La ballade d’Ilyas (d’Alex Cousseau et David Sala, 2018)

Extrait.jpgLa ballade d’Ilyas est un album atypique, inclassable, qui nous entraîne hors des sentiers battus, en compagnie de l’âge Rouge, d’Ilyas et de son rêve d’enfant… Quel est le sens de la lettre mystérieuse qu’Ilyas reçoit mais qu’il ne sait déchiffrer ? Le cheminement amorcé pour résoudre cette énigme se mue en expérience initiatique ponctuée de rencontres, enrichissante en elle-même et source d’inspiration pour les compositions musicales d’Ilyas, qui a décidément des airs de John Lennon…

Cet album onirique et métaphorique a de quoi dérouter son lecteur. Mais nous avons pris le parti de nous laisser entraîner sur les chemins empruntés par Ilyas et avons été époustouflés (le mot est faible !) par la beauté des paysages fleuris et psychédéliques qu’ils traversent. Des décors qui sont de vrais tableaux, fourmillant de détails dans lesquels se plonger pour une inspirante parenthèse contemplative… Une merveille d’album qui séduira à coup sûr rêveurs, poètes, voyageurs, amoureux de la nature et nostalgiques des années 1970 et du mouvement hippie !

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Extrait

« On dit que les musiciens ont un pouvoir. C’est peut-être vrai. Quand j’entends la musique d’Ilyas, j’ai l’impression que les arbres s’écartent sur notre passage. Que les chemins s’élargissent. J’ai l’impression que le monde s’agrandit. »

« Le jour tombe doucement. Une lumière vive, celle qui précède le soir, envahit la végétation. On traverse un jardin. Les couleurs et les parfums inspirent Ilyas, il fredonne en grattant sa guitare. Sa chanson est prête. Elle parle du sommeil des forêts et des rivières. Elle parle de la nuit et de l’hiver. »

« La barque file au gré du courant. On entend le clapotis de l’eau, le murmure du vent dans les roseaux. Ilyas prend sa guitare. Sa nouvelle chanson parle des rêves qu’on laisse derrière soi. De ceux qu’on partage, et du bonheur qu’en échange on reçoit. »

Lu à voix haute en décembre 2018 – Éditions Casterman, 15,95 €

La ballade d'Ilyas

Le Petit loup de papier (de Céline Person

IMG_1048.JPGCes créatures, personnages et décors de papier que les enfants, petits ou grands, esquissent avec tant d’implication… Leurs contours sont le plus souvent drôles ou pour le moins singuliers, mais si le dessinateur s’applique vraiment, il arrive que l’être de papier semble vivant, sur le point de s’animer ! Comme cet irrésistible petit loup de papier qui, pour contrer l’ennui et la solitude, se détache du frigo et part à la découverte du vaste monde.

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Il souffle un vent de fantaisie, un soupçon de magie sur cet album qui nous entraîne dans une balade initiatique. Les illustrations semblent un peu estompées et il en émane une grande douceur. Le cheminement du petit loup donne à réfléchir sur la solitude, la valeur de l’amitié et la difficulté de grandir, entre appréhensions et envie de découvrir le monde. Un concentré de rêve et de poésie qui rend joliment grâce à l’esprit de l’enfance.

L’avis de Hugo: Hugo, qui adore rêver en contemplant ses dessins, a eu immédiatement envie de lire cet album aux allures de conte. Son plaisir s’est confirmé au fil des pages et il s’est même lancé en rédigeant son propre avis : « Il s’agit d’un petit loup de papier qui se sent seul et qui part à l’aventure. Il rencontre beaucoup de gens sur son chemin mais le monde pourrait être dangereux pour un petit loup de papier ! Je ne vous en dis pas plus pour ménager le suspense… J’ai adoré ce livre et je lui ai mis cinq étoiles. J’ai aimé les illustrations, l’aventure, la magie de l’histoire et aussi la fin. Je le conseillerais aux enfants qui aiment l’aventure et les animaux ! »

 

Un grand merci aux éditions Circonflexe de nous avoir permis de découvrir cet album !

Lu à voix haute en décembre 2018 – Éditions Circonflexe, 15€

Petit loup de papier

Sublutetia, tome 1: La révolte de Hutan (d’Eric Senabre, 2011)

Sublutetia fait partie de ces romans qui forcent l’admiration ! L’histoire de Nathan et de Keren est des plus improbables – disons qu’elle implique le métro de Paris, un monde souterrain insoupçonné, aussi utopique que vulnérable, une disparition inexplicable, un certain nombre de prouesses technologiques, une horde d’orangs-outans et une course contre la montre effrénée… Et pourtant, aussi incongrue que cette association d’éléments puisse paraître, chaque parcelle du roman d’Eric Senabre est crédible. Ce livre nous a happés et, pendant cette lecture, nous avons vécu au rythme des aventures palpitantes de Nathan et de Keren…

Il faut bien admettre qu’en ce mois de décembre, nous venons de découvrir in extremis ce qui nous restera en mémoire comme l’une de nos lectures les plus marquantes de l’année. Il s’agit-là d’un excellent roman d’aventures dont les rebondissements incroyables nous ont fait tour à tour trembler et vibrer. Mais ce n’est pas que ça. L’univers steampunk de Sublutetia est fascinant et animé de débats politiques passionnants. L’auteur a fait un travail impressionnant (digne du meilleur Jules Verne !) pour le rendre crédible et intelligible. Le résultat a beaucoup inspiré Antoine et Hugo qui ont pris un plaisir fou à imaginer Sublutetia, par exemple en s’efforçant de calculer à quelle distance elle se trouve de la surface de la terre ou en se prenant au jeu de l’inventif Eric Senabre en imaginant des machines à air comprimé. Les protagonistes sont travaillés, aux prises avec de vrais dilemmes, ce qui rend l’intrigue plus intéressante encore… À travers Sublutetia, Eric Senabre évoque avec beaucoup d’intelligence l’histoire de Paris, la modernité, les dérives de la technique et de la consommation, la quête de sens, mais aussi les relations entre humains et animaux. Ce roman nous a beaucoup donné à réfléchir et a suscité de multiples discussions en famille. Que demander de plus ?

Le tome 2 a été réclamé à peine ce premier volet refermé… Comme nous ne l’avons pas sous la main, nous nous sommes jetés sur Le dernier songe de Lord Scriven pour patienter !

Extrait

« Les Sublutetiens étaient habitués à vivre de peu, se consacrant au bien de la communauté plutôt qu’à leur propriété personnelle ; ce qu’ils laissaient derrière eux était, de fait, bien plus précieux que des objets. C’était une certaine idée de l’harmonie, du partage, de la vie en communauté qui, là-haut, n’existait que dans les livres. »
Lu à voix haute en décembre 2018 – Didier Jeunesse, 14,90€ (existe également au format poche, 5,90€)
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Louis Armstrong (de Pierre Ducrozet, Zaü et Jacques Bonnaffé, 2012)

Louis Armstrong portrait.jpgQui aurait cru le petit Louis, cet enfant qui déambulait pieds nus dans les rues de la Nouvelle Orléans à l’aube du XXème siècle deviendrait l’une des figures les plus marquantes de l’histoire du jazz ? Pierre Ducrozet conte avec talent l’histoire extraordinaire de Louis Armstrong. Une histoire qui est aussi celle du jazz, dont on suit les développements à travers le destin et les rencontres de ce trompettiste, cornettiste, chanteur et compositeur de légende. Une histoire qui est, finalement, celle des Etats-Unis. Cette lecture a d’ailleurs fortement résonné chez nous avec celle du Célèbre catalogue Walker & Dawn, dont l’intrigue s’inscrivait dans le même contexte historique. Les deux livres restituent avec finesse les contrastes qui divisent les États-Unis, des rives du Mississippi à l’immensité de Chicago et de New York, et l’irrépressible soif de liberté, d’émancipation face au poids des conventions et de la ségrégation.

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Louis-Armstrong-extraitLes illustrations de Zaü, si vivantes qu’elles semblent animées, et la voix captivante de Jacques Bonnaffé, qui lit l’histoire de Louis sur le CD assorti au livre, portée par de nombreux extraits musicaux, permettent une véritable immersion. Cette lecture, offerte aux garçons par mes parents qui savent si bien dénicher des trésors littéraires qui leur plaisent (et que je remercie affectueusement au passage !), a énormément marqué Antoine et Hugo. Il s’est agi pour eux d’une rencontre avec le jazz – et elle leur a indéniablement fait forte impression. Il faut dire que le cornet et la voix de Louis Armstrong ont de quoi laisser bouche bée ! En témoigne cette interprétation d’une chanson que j’adore, St James Infirmary !

Cet album a aiguisé leur curiosité et leur a vraiment donné envie d’aller plus loin. Après avoir refermé le livre, nous avons découvert de nombreux morceaux de musique de la Nouvelle Orléans, de blues et de swing, et reparlé très souvent de Louis Armstrong. Écouté et réécouté la chanson que Claude Nougaro a écrite en son hommage. J’espère que de nombreux lecteurs et lectrices auront le même plaisir à découvrir Louis Armstrong !

Éditions Bulles de savon, 19€

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La montagne noire (de Maria Jalibert, 2018)

La montagne noire, récit onirique aux allures de conte, fait résonner des peurs universelles – celles qui nous ont fait frissonner à la lecture du Petit Poucet ou de Hansel et Gretel : la terreur d’être un jour oublié, abandonné seul au cœur d’une forêt sauvage et étrange…

L’histoire est celle de Rémi, dont la vie s’est écroulée suite à la mort brutale de ses parents, quelques mois plus tôt. Le jeune garçon est plongé depuis dans un état second, plongé dans une spirale de rêveries et de souvenirs. En retrait de la réalité, du temps et des autres enfants, qu’il perçoit vaguement mais dont il ne parvient plus à partager l’insouciance. Tellement en retrait que lorsque la colonie où il passe l’été rentre d’une excursion à la montagne noire, Rémi est oublié et reste seul. Seul dans le noir, au creux d’une nature incommensurable et mystérieuse. Seul avec son désarroi, ses souvenirs, mais aussi une détermination à survivre qui s’affirme avec force…

La montagne noire est un bel objet-livre qui attire l’œil avec une intrigante couverture aux couleurs mates signée par Anne Laval. Mes garçons ont apprécié les illustrations esquissées au début de chaque chapitre et les petits marques-pages détachables à l’effigie des protagonistes (caractéristiques de la collection Mon marque-page). Ce roman parvient à évoquer avec justesse et sensibilité la question du deuil, si douloureuse et si préoccupante pour beaucoup d’enfants, en portant un message positif à travers le cheminement d’un garçon qui prend confiance en lui-même. La belle écriture évocatrice de Maria Jalibert va droit au cœur des jeunes lecteurs : l’intrigue a immédiatement intéressé Antoine et Hugo – qui ont terminé seuls cette lecture amorcée ensemble, trop impatients de connaître la fin.

Mais justement la fin… Et bien, sans vouloir en révéler trop, elle nous a malheureusement laissé sur notre faim ! Nous avons tous ressenti un sentiment de frustration en refermant le livre sans apprendre le fin mot de l’histoire sur la déambulation hallucinée (?) de Rémi à travers la montagne noire. Cette issue ne nous a pas semblé à la hauteur d’un roman qui nous avait captivés jusque-là…

Extraits

« Depuis la mort des mes parents, rien ne semblait s’imprimer clairement dans mon cerveau. Je m’étais installé dans une sorte de rêverie mélancolique. C’était comme un voile opaque qui s’était abattu brutalement sur ma vie. Un voile pesant qui avait tout recouvert sans laisser passer le moindre trait de lumière. »

« Je ne vis personne et la nuit, peu à peu, me tomba dessus. Les bois, éclairés par les derniers rayons du soleil quelques minutes auparavant, s’assombrirent et prirent une allure inquiétante. Les massifs de bruyère devinrent des tâches noires, les rochers des silhouettes menaçantes. Je décidai de rester sur le mien, et je m’y raccrochai comme un naufragé à son radeau. »

« Il y avait quelque chose d’étrange dans cette clairière : pas un seul bruit, c’était le silence total. »

 

Lu à voix haute en novembre 2018 – Didier Jeunesse, 12€

la montagne noire

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