Le club de l’ours polaire, tome 1 : Stella et les mondes gelés (d’Alex Bell, 2017)

Bienvenue dans le froid polaire des mondes gelés ! Ce roman nous entraîne en expédition aux confins d’un monde aux nombreux territoires inexplorés. Stella, treize ans, ne rêve que de suivre les traces de Félix, son père adoptif, et de devenir exploratrice. Si les femmes ne sont pas admises dans les clubs d’explorateurs (qui entretiennent à l’extrême le culte de la moustache bien lissée…), Félix parvient à obtenir une exception pour Stella, et les voilà partis arpenter les contrées glaciales des mondes gelés. Mais rien ne se passe comme prévu et l’intrépide exploratrice est loin d’imaginer les rencontres, les aventures et les révélations qui l’attendent. Au passage, nous découvrons les créatures fantastiques qui peuplent l’univers imaginé par Alex Bell – les enfants ont pris beaucoup de plaisir à jouer les explorateurs aux côtés de Stella et à observer ces êtres magiques. Avec un faible particulier pour l’ours polaire domestique, les pingouins miniatures et les choux carnivores !

Hugo et moi avons découvert Le club de l’ours polaire dans le cadre de nos lectures à voix haute quotidiennes. Antoine n’a, quant à lui, pas résisté au suspense et a accéléré la lecture de son côté, ne faisant qu’une bouchée du roman. Cette lecture les a vraiment enchantés. Tous les ingrédients sont réunis pour entraîner les jeunes lecteurs : une couverture scintillante d’un attrait magnétique, un univers qui fait rêver (au cauchemarder d’ailleurs), des péripéties qui s’enchaînent de façon rythmée, une héroïne intrépide, des compagnons de voyage très particuliers, des dialogues pleins de vivacité et d’humour, et un final empreint de mystère et de suspense. Une fois le livre refermé, les garçons n’ont eu de cesse de regretter que le tome 2 ne soit pas encore disponible en français et sont restés quelques temps envoutés par les mondes gelés… Sans compter qu’ils envisagent maintenant tous les deux le métier d’explorateur !

Si j’ai partagé de jolis moments avec Antoine et Hugo autour de ce livre, j’ai clairement été moins transportée qu’eux. Peut-être comportait-il trop d’éléments évoquant d’autres lectures qui nous sont si chères : de façon évidente, on pense à l’atmosphère polaire et à l’héroïne des Royaumes du Nord, et au royaume glacial de la reine des neiges (il va de soit que je parle de celle de Hans Christian Andersen !). On pense aussi souvent à Harry Potter, autre héros orphelin qui découvre un monde plein de magie et de créatures merveilleuses (de multiples autres petits aspects suggèrent des parallèles, comme les caractéristiques bien typées des quatre clubs d’explorateurs qui font penser aux quatre maisons de Poudlard). Je n’ai donc pas trouvé l’univers de ce livre si original et la comparaison avec les monuments que je viens de citer est implacable. Peut-être ai-je été lassée par un certain excès de sucre glace, il faut reconnaître que ce texte n’est pas mal écrit ; cela dit, il ne me semble pas présenter d’intérêt particulier sur le plan littéraire – malheureusement rien à voir avec l’écriture d’un Philip Pullman ou d’une J.K. Rowling.

Au vu de l’enthousiasme d’Antoine et Hugo (n’hésitez pas à consulter aussi l’avis de Linda ici), je range volontiers mes réserves pour souligner que le principal est que ce type de romans plaise à la tranche d’âge ciblée principalement, ce qui être le cas d’après ce que j’ai pu en observer. Je m’en félicite car je ne trouve pas si facile de trouver des lectures un peu consistantes pour mes deux lecteurs en herbe friands d’immersion dans de longues aventures et capables d’engloutir plusieurs centaines de pages, mais encore petits (surtout Hugo) pour nombre de romans. Voici exactement le type de livres que l’on peut adresser à ce type de jeunes lecteurs !

Extraits

« Quand Stella déboucha à l’extérieur, l’air glacial lui coupa la respiration. Il faisait froid chez elle, et à Colfroid, mais c’était un froid normal, un froid de neige et de verglas. Ici, en revanche, c’était un froid de gobelins et de blizzard : il était mordant et cinglant, au lieu d’être doux et poudreux. Le genre de froid qui vous transperçait. Le navire scintillait, entièrement recouvert d’un manteau de givre, et Stella avait l’impression qu’il y avait dix fois plus d’étoiles que d’habitude : elle distinguait des centaines de petits points lumineux glacials, comme si quelqu’un avait répandu un sac de paillettes sur le ciel nocturne. »

« Chuter d’un pont de glace et se faire transpercer par une défense de mammouth constituait une mort éminemment respectable pour un explorateur ; néanmoins, Stella n’avait vraiment, vraiment pas envie que ça lui arrive. »

Lu à voix haute en janvier 2019 – Gallimard jeunesse, 16,50€

club de l'ours polaire_couverture

Le collier du géant (de Michael Morpurgo, 2018 pour la présente édition)

Les enfants peuvent parfois concevoir des projets inattendus et les mettre en œuvre avec une ténacité qui confine à l’obstination ! Cherry, onze ans, par exemple, a passé chaque jour de ses vacances en Cornouailles à traquer chaque coquillage de la plage pour en faire le collier le plus long jamais fabriqué – un collier de géant ! Et lorsqu’approche le moment de repartir, la fillette est déterminée à tout mettre en œuvre pour finaliser cette œuvre spectaculaire. Si bien que toute à son entreprise, elle ne se rend pas compte que les nuages s’amassent au-dessus de la plage, que le vent se lève et que la marée monte…

Le collier du géant_extriat 1

Michael Morpurgo signe un album aux allures de conte. Cheryl est une petite fille sympathique, vive et imaginative, qui semble s’animer grâce aux illustrations tendres et chaleureuses de Briony May Smith. Son projet démesuré est de ceux qui parlent aux enfants et à tous ceux qui l’ont été un jour : impossible de ne pas vibrer avec elle à l’idée que le collier reste inachevé !

Le collier du géant_extrait 2

Mais cet album étrange nous entraîne aussi, comme le font souvent les contes, sur les chemins de ce qui nous terrorise le plus : l’angoisse d’être livré à soi-même, vulnérable face à des dangers aux contours indiscernables, et bien sûr la peur de la mort. À tel point qu’on ne sait plus très bien s’il s’agit d’un récit enfantin, d’une fable, d’une histoire d’épouvante ou d’un drame. La qualité d’écriture de Michael Morpurgo transporte ses lecteurs, jeunes ou moins jeunes, les faisant passer par tous les sentiments, de la tendresse et l’amusement à la terreur et l’horreur. La tension narrative, qui semble au summum de la première à la dernière page, fait de cet album une lecture magnétique qui se découvre d’un trait.

Impossible, donc, de rester insensible à l’histoire de Cherry. Encore sous le coup de la fin, glaçante, je me suis demandé si les sentiments mitigés que Hugo et moi avons ressentis en refermant le livre étaient dus au caractère tragique de l’histoire, un peu surprenant dans un livre adressé aux lecteurs à partir de 7 ans. Ou à une ambivalence face à la morale qui me semble émerger de cette histoire – alors que nous aimons tant les histoires qui nous font rêver d’aventures enfantines vécues par des gamins intrépides, quitte à faire abstraction le temps d’une parenthèse de lecture des dangers qui les guetteraient dans le monde réel…

Lu à voix haute en décembre 2018 – Gallimard Jeunesse, 13€

Le collier du géant

Le secret de Zara (de Fred Bernard et Benjamin Flao, 2018)

Zara extrait 1.jpgZara est une adorable petite fille fougueuse, un brin sauvage, avec de l’imagination, de l’énergie et de l’inspiration à revendre… Sous le trait de Benjamin Flao, elle prend vie et nous entraîne dans un tourbillon créatif aussi réjouissant que débordant ! Le monde, qu’elle observe de son regard si particulier, lui offre une source d’inspiration, mais aussi et surtout un terrain pour ses créations… Difficile pour ses parents, si bienveillants et mordus d’art qu’ils soient, d’admettre que la peinture pour le moins envahissante de Zara pourrait en réalité se révéler l’expression d’une passion artistique et d’un réel talent ! Aussi finissent-ils, à bout, par se résoudre à lui interdire d’utiliser la peinture avant d’être suffisamment grande pour en faire un usage plus raisonnable… Mais peut-on croire une seule seconde qu’il est possible de brider le souffle artistique de leur artiste en herbe ?

Zara extrait 2.jpg

Zara extrait 3.JPGLe secret de Zara procure un plaisir de lecture intense : l’énergie créative de Zara est communicative et donne envie, sitôt le livre refermé, de sortir pinceaux et couleurs et de s’abandonner à son inspiration sans se fixer de limite… Une lecture délicieusement rafraîchissante qui invite à laisser les enfants vivre pleinement leurs rêves. Zara et ses parents, si bien dessinés, sont profondément humains et attachants. J’ai ri avec beaucoup de tendresse de l’embarras des parents face aux débordements de leur fille ! Les illustrations sont de toute beauté et font la part belle à l’imagination débridée de Zara. Elles regorgent de détails et de références qui n’ont pas échappé à l’œil expert d’Antoine, de Hugo et de leurs petites cousines. Tous ont beaucoup ri des frasques de Zara et l’ont adoptée à l’unanimité ! Je vous laisse deviner ce qu’ils ont fait ensuite…

Un grand merci aux éditions Delcourt de nous avoir permis de découvrir une BD si merveilleuse ! Sur le même sujet, n’hésitez pas à regarder aussi Max et son art (de David Wiesner) et du même auteur (dans un genre complètement différent), les aventures passionnantes d’une autre héroïne, avec Anya et Tigre blanc.

Lu à voix haute en décembre 2018 – Éditions Delcourt, 13,50€

Le secret de Zara couverture

Zarbi – enfant zèbre (de Suzanne Galéa et Floriane Ricard, 2018)

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce n’est pas forcément facile d’être un enfant « zèbre » – terme proposé par la psychologue Jeanne Siaud-Facchin pour désigner les enfants « surdoués ». Spontanément, beaucoup pensent à ces petits génies capables très jeunes de performances (intellectuelles, artistiques…) extraordinaires. En réalité, la littérature montre que la particularité des enfants zèbres n’est pas seulement quantitative, telle que mesurée classiquement par un indice de QI, mais aussi et surtout qualitative, avec souvent les particularités suivantes :
– un fonctionnement cognitif différent avec une pensée « en arborescence » plutôt que structurée par une séquence linéaire ;
– des perceptions sensorielles très intenses typiquement associées à une conscience aiguë des choses et une hypersensibilité émotionnelle.

Particularités pouvant notamment permettre d’appréhender des problèmes complexes de façon intuitive, de percevoir intensément l’état émotionnel ou de développer un sens affirmé de la justice. Les conséquences peuvent aussi ne pas être toutes aussi positives. Outre les problèmes d’ennui à l’école, elles peuvent comprendre, pêle-mêle : une incapacité à « filtrer » pouvant causer des problèmes d’attention ; une sensibilité exacerbée, notamment vis-à-vis des critiques et des reproches ; un état d’anxiété et de vigilance permanente ; une surchauffe mentale ; et surtout un sentiment de décalage par rapport aux autres susceptible de peser sur la confiance en soi… D’où le sentiment de beaucoup de personnes concernées que ces particularités ne sont pas faciles à vivre – ni pour les enfants, ni pour leurs parents. Les observations montrent que le diagnostic et le fait de mettre en mot ces spécificités sont déjà très importants pour surmonter ces difficultés potentielles. Ce n’est pourtant pas forcément facile d’expliquer ce qui précède à des enfants, a fortiori s’ils sont très jeunes.

C’est l’objectif parfaitement atteint de cet album qui donne la parole à Zarbi, une enfant-zèbre qui évoque sa différence avec ses mots à elle, très évocateurs et accessibles, portés par des illustrations pleines de sensibilité.

extrait Zarbi.jpg

L’objet livre est vraiment beau, avec sa couverture à la texture zébrée et aux couleurs chatoyantes. Les autrices sont parvenues à exprimer le ressenti que peuvent avoir les enfants-zèbres de façon simple, percutante et touchante. Nous sommes loin, ici, de l’image fausse d’enfants « petits génies ». Zarbi nous explique l’effervescence permanente dans sa tête, ses inquiétudes, l’intensité de ses émotions, son sentiment de décalage, son aspiration à ressembler aux autres et sa détresse de ne pas y parvenir. Elle raconte aussi sa conscience de la préoccupation de ses parents et de la maîtresse, puis sur un mode optimiste, ce que lui a apporté la compréhension et l’acceptation de sa différence.

Zarbi Hugo.jpgHugo a repéré ce livre parmi les nouvelles parutions et a eu immédiatement envie de le lire ; je remercie beaucoup les éditions Rue de l’échiquier jeunesse de nous avoir permis de le découvrir. Mes deux garçons se sont jetés sur cet album avec avidité et ont été très touchés par cette histoire qui leur a visiblement beaucoup parlé. Ils ont tous les deux regretté que le récit ne se poursuive pas et auraient apprécié de passer plus de temps avec Zarbi…

J’espère sincèrement que Zarbi sera lu largement pour contribuer à faire mieux comprendre et accepter les particularités des enfants-zèbres, à rebours des stéréotypes. À cet égard, il me semble que cet album est important pour les enfants directement concernés, mais aussi pour tous les autres…

Éditions Rue de l’échiquier jeunesse, 2018, 16,50€

zarbi couverture

Zoé et la boule à neige (de Lorette Berger et Ben.Bert)

Au moment où les enfants commencent à se débrouiller pour lire seuls et se sentent capables de « s’attaquer » à des romans avec plus de texte, tout l’enjeu pour eux consiste à amorcer ce type de lecture avec une histoire suffisamment passionnante pour persévérer jusqu’à la dernière page, sans être trop exigeante pour éviter que le petit lecteur ou la petite lectrice ne se décourage… Ce savant équilibre me semble très réussi pour Zoé et la boule à neige.

Capture d_écran 2018-11-16 à 20.06.05L’histoire est jolie comme un conte. Zoé est une petite fille gourmande et rêveuse qui guette la neige de Noël avec anxiété. La vie n’est pas toujours comme on la souhaite, mais à cette période de l’année, les choses les plus merveilleuses ne peuvent-elles pas se produire ? Zoé est loin d’imaginer ce qui l’attend lorsque sa vieille voisine glisse un énigmatique petit paquet dans son cartable… Agréablement surprenante, l’intrigue me semble avoir de quoi captiver les lecteurs et lectrices en herbe. La forme me semble également très adaptée : le roman n’excède pas une cinquantaine de pages, divisée en brefs chapitres dont la lecture est aérée et appuyée par des illustrations.

C’est Hugo (actuellement en CE1) qui a repéré ce petit roman et je remercie les éditions ThoT de nous avoir permis de le découvrir. Le moins que l’on puisse dire est que la lecture a été concluante, puisque Hugo a dévoré cette histoire en une seule fois ! Nous avons eu beaucoup de plaisir à reparler par la suite des aventures de Zoé.

Ma seule réserve concernerait les illustrations qui sont un peu curieuses, avec des personnages déformés qui ne m’ont pas parlé. Mais pour être toute à fait transparente, la tête aplatie de Zoé a fait rire les garçons !

Voici donc un chouette petit roman pour apprentis lecteurs, à découvrir au coin du feu pendant les vacances de Noël – ou cet été, histoire de se rafraîchir un peu les idées !

Lu en novembre 2018 – Éditions ThoT, 8€

zoé et la boule à neige

Ronya, fille de brigand (d’Astrid Lindgren, 1981 pour l’édition originale en suédois)

Ronya, onze ans, est la fille de Lovise et de Mattis, le chef d’une redoutable bande de brigands. Elle grandit dans un château moyenâgeux, sombre et froid mais choyée par l’ensemble du clan. Son terrain de jeux est la vaste forêt qui entoure le château : peuplée d’animaux sauvages et de créatures fantastiques, elle offre à la petite fille une liberté sans bornes. Avec son ami Rik, Ronya déploie des ruses pour échapper aux trolls et aux sylves griffues, conquiert une grotte, pêche, apprivoise des chevaux sauvages, observe attentivement le cycle des saisons… La lecture de ce roman nous a fait ressentir intensément l’ivresse de la liberté de Rik et de Ronya. Mais leur amitié est menacée par l’affrontement de leurs bandes respectives, puisque Rik est le fils du chef d’un autre clan qui conteste l’autorité de Mattis. Que peut faire Mattis, partagé entre l’amour infini qu’il voue à sa fille et son aspiration à affirmer son autorité ? Et que peuvent faire les enfants, qui aiment sincèrement leurs parents, mais refusent la brutalité des brigands et l’affrontement de leurs clans respectifs ?

Un célèbre roman de la grande Astrid Lindgren, qui nous transporte des rêves de liberté sans bornes aux frissons, puis du rire aux larmes lorsque les jeunes héros doivent envisager de dire au-revoir à ceux qu’ils aiment le plus. Ronja est un beau personnage : indépendante, droite, loyale, ingénieuse et attachante… La preuve : même les plus bourrus des brigands ne peuvent lui résister ! Un très joli roman initiatique évoquant les histoires de brigands populaires dans la littérature, mais qui nous invite à refuser la violence et la brutalité. On pense aussi bien sûr à Roméo et Juliette, mais dans une version plus optimiste, agrémentée d’un soupçon de magie. Astrid Lindgren et ses personnages, si humains, y affirment fortement de belles valeurs d’émancipation, de respect, de fraternité et de paix. Mais pourquoi ce roman, qui est un must-read absolu en Allemagne et en Europe du nord n’est-il pas plus connu en France ?

Extraits

« Une toute petite fille, qui, de l’avis de Lovise, rendait Mattis et tous ses brigands plus au moins gâteux. Ça ne leur faisait bien sûr pas de mal d’avoir des gestes un peu plus doux et des manières un peu plus raffinées. Mais il y avait des limites. Ce n’était quand même pas normal de voir douze brigands s’extasier devant un bébé qui venait d’apprendre à faire le tour de la grande salle à quatre pattes. Comme si le monde n’avait jamais connu plus grande merveille ! »

« Il contemplait avec ravissement ses yeux sombres et purs, sa petite bouche, ses touffes de cheveux noirs et ses mains délicates. Il dit d’une voix vibrante d’amour : “Mon enfant, tu tiens déjà mon cœur de brigand entre tes petites mains. Je n’y comprends rien, mais c’est comme ça”. »

« Même à l’automne, la forêt était agréable. La mousse des sous-bois était verte et douce sous les pieds de Ronya. Ça sentait bon l’automne et l’humidité faisait briller les feuilles des arbres. Il pleuvait souvent. Ronya aimait s’accroupir sous un sapin touffu pour écouter le bruit régulier des gouttes de pluie. Lorsqu’il y avait une grosse averse, la forêt tout entière bruissait et Ronya adorait ça. »

« La forêt entière semblait s’être endormie. En fait, elle s’éveillait tout doucement à la vie crépusculaire. Tous les génies de l’ombre se mirent maintenant à bouger, à ramper et à se faufiler partout dans le sous-bois bruissant. Des pataudgrins batifolaient entre les arbres, des trolls des ténèbres se glissaient derrière les pierres et des bandes de nains gris sortaient péniblement de leurs cachettes en sifflant pour effrayer ceux qu’ils rencontraient sur leur chemin. Et de leurs montagnes descendaient les sylves griffues, les plus cruels et les plus fous de tous les êtres de la forêt. Leurs silhouettes noires se détachaient sur le ciel limpide. »

Lu à voix haute en octobre 2016 – Livre de Poche Jeunesse, 6,60€

Ronya-fille-de-brigand

Madame Pamplemousse et ses Fabuleux Délices (de Rupert Kingfisher, 2008 pour l’édition originale en anglais)

Pour concocter un délicieux petit roman jeunesse anglais, prenez une sélection de personnages décalés, loufoques, excessifs ou grotesques (voire tout cela à la fois). Ajoutez une bonne dose de mystère, une pincée de rêves merveilleux, un soupçon de magie et, si vous avez cela sous la main, un chef d’État ou de gouvernement… Nappez le tout de ce qu’il faut de second degré, c’est prêt !

Il n’y a pas à dire, il y a un truc avec les romans jeunesse d’outre-Manche. Roald Dahl, David Walliams et, en l’occurrence, Rupert Kingfisher exercent sur nous la même sorte de fascination. Ces auteurs partagent une même capacité à nous faire délicieusement douter face à des personnages équivoques. À nous faire retomber en enfance, face à l’évocation de transgressions réjouissantes et de rêves merveilleux. Mais aussi, il faut bien le reconnaître, à nous communiquer la satisfaction de voir des personnages déplaisants pris à leur propre jeu…

Ce petit roman illustré nous entraîne dans la boutique tenue, à Paris, par Madame Pamplemousse et son redoutable acolyte, le chat Camembert. Voyez plutôt :

Mme P

« Quelque chose, dans cette boutique, donnait la chair de poule. C’était en partie dû aux ombres projetées par les flammes des chandelles qui dansaient sur les murs, longues et élancées ; c’étaient aussi les marchandises, qui semblaient presque vivantes : on avait l’impression que les fromages soupiraient doucement, et que les chapelets de saucisses chuchotaient de leur voix sèche et gorgée d’ail. »

 

 

 

Madeleine, la nièce de l’infâme monsieur Lard (lui-même le propriétaire d’un restaurant douteux), est loin d’imaginer ce qui l’attend le jour où elle pousse la porte de l’épicerie ! Quand à l’insondable Madame Pamplemousse, ses secrets culinaires ont de quoi attiser toutes les convoitises, mais elle semble avoir plus d’un tour dans son sac…

« Pour une raison mystérieuse, une bouteille s’est renversée sur la plus haute étagère et vous dégouline sur la tête. Pour comble de malchance, cette bouteille contient de l’huile concentrée de « démon vert », un petit piment extraordinairement virulent, qui poussait autrefois au Pérou et que les Incas vénéraient à l’égal d’un dieu. Sa puissance est telle qu’une simple goutte est plus brûlante que le curry le plus épicé au monde. Je suis au regret de vous informer, monsieur, que plusieurs de ces gouttes viennent, je crois d’atterrir sur votre crâne. »

M Lard et M Langoustine.png

Ce premier opus des aventures de Madeleine, recommandé par Pepita que je remercie chaleureusement au passage, a été un véritable ravissement de lecture – immédiatement adopté à l’unanimité par toute la famille. L’ironie transparaît dès la couverture, dont la première impression donnée par son aspect rose et brillant est rapidement mitigée en discernant les détails… L’intrigue est captivante, l’écriture drôle et percutante, les délices de Madame Pamplemousse appétissants, avec juste ce qu’il faut de second degré sur la cuisine française. Quel bonheur de retrouver une forme d’enthousiasme que nous n’avions connue qu’avec Roald Dahl ! Espérons que de nombreux petits lecteurs s’en régaleront encore et gageons que cette lecture leur donnera envie de se mettre aux fourneaux !

« C’est le cuisinier lui-même qui donne de la saveur à sa cuisine : son caractère, ses rêves, ses sourires, ses larmes. Ton oncle est une brute. Sa cuisine aura toujours ce goût-là. »

Si vous doutez encore, regardez donc aussi l’avis de Linda par ici !

Lu à voix haute en octobre 2018 – Albin Michel Jeunesse, 8,50€

madame pamplemousse