Je suis un animal, d’Alfredo Soderguit (Didier Jeunesse, 2018)

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Affirmation troublante à première vue : « Je suis un animal ». Mais quand on y pense…

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C’est là toute la proposition de ce bel album qui suscite une réflexion vertigineuse sur la base d’un principe pourtant simple : de grandes doubles pages colorées avec, à gauche, des états parmi les plus familiers (« quand j’observe », « quand j’écoute », « quand je mange », « quand je dors »…) et à droite, une illustration représentant un animal. Mots et images s’entrechoquent, nous interrogeant sur notre animalité.

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Car qui parle ? L’affirmation « Je suis un animal » revient plusieurs fois et le narrateur, dont on ne distingue initialement que l’extrémité de la crinière, se révèle petit à petit…

Les lecteurs de tous âges y retrouveront leur compte avec ce livre. Il est un peu imagier, avec ses illustrations stylisées pleines de classe, composant un bestiaire où l’on retrouve, à côté des suspects habituels, une chauve-souris, un perroquet ou encore un flamand rose… Le suspense est aussi au rendez-vous car il faudra attendre la dernière page pour connaître le fin mot de l’histoire. Les plus grands se laisseront volontiers inviter à réfléchir à la question passionnante de la démarcation pas si évidente entre humains et animaux. L’occasion de prendre conscience de notre part d’animalité… mais aussi de réaliser que les animaux, comme nous, dansent, rient, jouent et rêvent.

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Un album stimulant pour réveiller son côté sauvage !

Les avis de Pépita et de Chlop

Lu et relu depuis février 2019 – Didier Jeunesse, 20€

Nico et Ouistiti explorent les fonds marins, de Nadine Brun-Cosme et Anna Aparicio Català (ABC Melody, 2019)

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Quoi de plus de grisant en ce moment que d’imaginer pouvoir ouvrir une trappe et se laisser glisser vers un univers infini ? Ce premier tome des aventures de Nico et de Ouistiti, son ami singe, prend une dimension particulière dans la période d’enfermement que nous vivons…

Hugo et moi n’avons pas résisté au charme enfantin des illustrations d’Anna Aparicio Català dont je continuerai à suivre les publications avec beaucoup de curiosité. À l’évidence, l’illustratrice espagnole s’amuse à imaginer un univers steampunk de machines toutes plus intrigantes les unes que les autres.

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Puis à déployer sous nos yeux émerveillés tout un monde marin, lorsque Nico et Ouistiti partent en exploration. Il y a de quoi se sentir impressionné face à l’immensité de cette fresque ondulante de créatures aquatiques multicolores ! Pourtant, nos deux aventuriers, s’ils osent se jeter à l’eau, pourraient bien, si minuscules soient-ils, avoir un rôle à jouer…

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Cet album a de quoi faire rêver les enfants. Qui n’adorerait pas avoir un singe pour compagnon, passer ses journées à bricoler des engins géniaux et partir en expédition dans les contrées les plus reculées de notre planète ? La destinée de Nico et Ouistiti invite à se lancer vers l’inconnu et la promesse de mille splendeurs inattendues. Cela dit, l’intrigue nous a laissés un peu sur notre faim. J’apprécie ce que propose Nadine Brun-Cosme dont j’ai déjà eu l’occasion de parler ici, mais j’ai trouvé que cette histoire-ci était racontée en naviguant à vue (sans mauvais jeu de mot !) et qu’un peu de tension narrative aurait été bienvenue.

Un très joli album tout de même, à proposer à toutes celles et ceux qui aiment s’imaginer d’incroyables univers marin sous la surface de l’eau…

Lu en mars 2019 – ABC Melody, 16€

Les Vermeilles, de Camille Jourdy (Actes Sud, 2019)

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En ces temps de confinement où les enfants doivent trouver chaque jour de quoi s’occuper une fois les devoirs terminés, notre bibliothèque se révèle un vrai trésor. Je suis toujours étonnée de la capacité de Hugo d’y dénicher exactement les lectures qui correspondent aux préoccupations du moment (son frère aussi, mais sa prédilection pour les séries-fleuves fait que ses choix sont moins variés en ce moment !). Quand les inquiétudes se sont faites trop grandes, il a demandé à lire de beaux albums apaisants – La balade de Koïshi et Émerveillements. Et depuis quelques jours, il répand un peu partout dans l’appartement des Robinsonades (Robinson, Vendredi ou les autres jours…), mais aussi des livres permettant de s’évader très loin (de Max et les Maximonstres à Histoires de fleuves en passant par Le voyage de Darwin et Cap sur les îles !). J’en suis convaincue : les escapades les plus dépaysantes ne sont pas offertes par des expéditions, si exotiques soient-elles, mais par le pouvoir infini de l’imaginaire. Je n’ai donc pas été surprise de voir que Hugo relisait aujourd’hui une pépite en la matière, j’ai nommé la BD Les Vermeilles, de Camille Jourdy !

Jo est haute comme trois pommes, mais aussi hardie que déterminée. Ne trouvant pas sa place dans la famille recomposée de son père, elle n’hésite pas une seconde à s’enfoncer dans la forêt. Puis à emboiter le pas à de curieuses petites créatures bavardes, quitte à entrer dans un tunnel obscur… pour déboucher dans un monde où souffle un vent de fantaisie, une sorte de quatrième dimension où l’univers des contes percuterait celui des années 1970. Très vite, on ne s’étonne plus de voir de petits enfants aux oreilles de chats côtoyer un cyclope en Birkenstocks et un crocodile en blouson de cuir, sous la direction musclée d’un renard mal léché. Car l’heure est grave : tout ce petit monde a décidé de s’élever contre le despote qui terrorise le pays. Ce dernier organise justement un bal costumé : notre fine équipe ne devrait pas avoir de mal à s’infiltrer dans sa forteresse…

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Vermeilles_2Cette BD est d’abord un objet livre hors du commun, hypnotique, débordant de générosité tant dans les couleurs que dans le format (plus de 150 pages !). Je l’avais déjà dit ici, Camille Jourdy n’a pas son pareil pour saisir d’un trait rond et malicieux tout ce qui fait le charme de l’esprit de l’enfance. L’histoire est prenante et pleine de rebondissements, prenant un tour épique avant de nous prendre de court avec des pages plus oniriques, voire psychédéliques… Les dessins à l’aquarelle fourmillent de détails et clins d’œil réjouissants que l’on découvre au fil des lectures. Les dialogues sont savoureux, mêlant l’ironie, l’absurde et de petites phrases qui résonnent comme des comptines. Comme Jo, on rentre grandi et galvanisé de cette étrange aventure initiatique.

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Quelle vermeille quand les livres repoussent les frontières de ce que nous pouvions imaginer ! On en oublierait presque, comme Hugo qui choisit décidément très bien ses lectures, que nous sommes confinés entre quatre murs…

Lu et relu depuis décembre 2019 – Actes Sud BD, 21,50€

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Partis sans laisser d’adresse, de Susin Nielsen (Hélium, 2019)

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Cinq pages, et nous voilà suspendus à la plume de Susin Nielsen. Félix n’a pas l’air bien dangereux, mais il a toutes les peines du monde à répondre aux questions de la policière : nom ? Adresse ? Ces fondamentaux ne sont pas une évidence pour lui. C’est « provisoire », mais avec sa mère, ils vivent dans un combi Volkswagen « emprunté ». Nous voici aussi curieux que la policière : comment en sont-ils arrivés là ? Et que vont-ils devenir ? Le plan de Félix de remporter le jackpot de la version canadienne de Questions pour un champion est-il réaliste ?

Les situations et les personnages, tous plus romanesques les uns que les autres, piquent notre curiosité, nous faisant tourner les pages avec avidité. Et évidemment, on VEUT savoir si Félix parviendra à conquérir son émission de télévision favorite et à tirer son foyer du pétrin !

Lors de cette lecture qu’ils ont adorée, les enfants ont été constamment tiraillés entre cette soif de connaître le fin mot de l’histoire, l’envie de céder à l’humour irrésistible de Susin Nielsen et une vraie prise de conscience de ce que signifie la pauvreté. Ce roman évoque avec beaucoup de finesse les innombrables glissements, parfois imperceptibles, qui entraînent dans une spirale de galères dont il devient difficile de s’extirper. La misère se matérialise de façon très concrète, douloureuse et stigmatisante. On réalise la valeur d’un réfrigérateur plein, d’une prise électrique, de toilettes à disposition.

Ce texte d’une profondeur surprenante suscite aussi mille réflexions sur la famille, l’entraide, la tolérance, les croyances, les dilemmes moraux aussi. J’ai aussi été très touchée par ce qu’il dit de l’entrée dans l’adolescence qui provoque une détresse mêlée d’exaltation en levant le voile sur certaines illusions de l’enfance.

Proposer un roman aussi divertissant à partir de ces thématiques, c’est très fort ! D’où vient toute cette bonne humeur ? Peut-être d’un univers décalé et réjouissant qui métisse le Canada et la Suède, avec aussi un peu de France, de Syrie et de Haïti ? Ou de sa galerie de magnifiques personnages pleins de contradictions qui ne les rendent que plus attachants ? Impossible de résister à la tendre lucidité de Félix, garçon hors-norme plein de sagesse face à ses nombreux dilemmes. Ou à sa mère, artiste entière et sans doute un peu trop franche, fragile derrière son orgueil, ses avis tranchés et sa misanthropie. Mais pleine d’inventivité lorsqu’il s’agit de les tirer des situations les plus inextricables.

Un roman au potentiel de sympathie immense ! Il n’y a plus qu’à nous mettre d’accord sur le prochain livre de Susin Nielsen que nous allons découvrir : avec elle, nous remontons dans n’importe quel combi Volkswagen !

Les avis de Pepita et de Hashtagcéline

Extraits

« Merci, mais on n’a pas besoin d’aide.
– Tu es sûr ?
– Certain. On va s’en aller très bientôt.
– Ah bon ? Où ça ?
– Je ne sais pas encore ; Mais j’attends une rentrée d’argent. La seule question, c’est combien.
– Un héritage ?
– Non.
– Tu comptes vendre des objets de valeur ?
– Non.
– Dévaliser une banque ?
– Très drôle. Non.
– Alors d’où viendra-t-il, cet argent ?
– D’un jeu télévisé.
– Ah, alors là, tu m’intrigues. Raconte. »

« Abélard me rappelait Jésus, mais seulement physiquement. Il avait les cheveux longs et châtains, un petit bouc de hipster et une moustache. Il se disait bouddhiste et jacassait beaucoup sur la paix, l’amour et la tolérance, ce qui aurait été très bien s’il n’avait pas été si minable. Déjà, il tapait de l’argent à ma mère, alors que c’était évident qu’elle joignait à peine les deux bouts. Et en plus, il avait un sale caractère. Il insultait Astrid parce qu’elle mettait ses affaires de yoga dans le séchoir au lieu de les laisser sécher sur un fil, ou parce qu’elle avait interrompu sa méditation sans le faire exprès.
C’était un bouddhiste mal embouché. Je ne pouvais pas le sentir. »

« J’avais reçu Horatio en cadeau pour mes dix ans. Ce que je voulais, moi, c’était un chien, et j’avais donc été d’abord déçu de me retrouver avec un rongeur. Mais en regardant ses petits yeux noirs, en caressant son pelage noir et blanc tout doux, j’étais tombé amoureux. Même s’il ne savait pas rapporter, ni courir, ni donner la patte, et même s’il avait une cervelle grosse comme une cacahuète, je l’adorais. C’est pourquoi, en le voyant perché en équilibre instable sur notre fourbi, j’ai craqué. Et si sa cage était tombée et qu’il s’était fait mal ? Et si elle avait été mal fermée et qu’il s’était enfui ? Et si un chien affamé était passé par là ? Horatio n’avait pas l’air traumatisé, mais d’un autre côté ce n’est pas facile de déchiffrer les émotions complexes des gerbilles. »

Lu à voix haute en mars 2020 – Hélium, 14,90€

L’étymologie avec Pico Bogue, de Dominique Roques et Alexis Dormal (Dargaud, deux volumes parus en 2018 et 2019)

Les enfants adorent les mots de toutes sortes – ceux qui sont nouveaux et qu’ils cherchent à caser à tout prix dans la conversation juste pour le plaisir, ceux qui sont particulièrement longs ou biscornus, ceux qui riment, qui sont passés de mode, les « gros » mots, le verlan et les néologismes… L’idée de Dominique Roques et Alexis Dormal est donc géniale : nous faire découvrir le sens et l’étymologie des mots les plus variés, à travers de courtes scènes de la vie quotidienne de Pico Bogue et sa sœur Ana Ana.

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En une à quelques pages, ces épatants mouflets révèlent l’origine et les liens de parenté des mots, nous faisant prendre conscience de la façon surprenante dont leur sens évolue. Saviez-vous par exemple que le mot « mot » vient de l’onomatopée « mu » qui a, plus tard, donné le mot latin « muttum » ? Que les mots « aiguilles », « âcres », « acier » et « acerbe » ont la même origine ? De même que dicter et dictateur ? Ou que « coquelicot » vient de l’onomatopée du cri du coq, dont la crête partage la même couleur ? Qu’étymologiquement, discours signifie une course en tous sens ?

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Pour être franche, j’ai hésité à proposer cette BD à Antoine et Hugo après l’avoir rapidement feuilletée, craignant que le propos ne soit trop pédagogique pour les séduire. Le retour enthousiaste de mon amie Colette m’a finalement convaincue de la découvrir ensemble. Force est de constater que nous aurions eu tort de nous en priver !

Les garçons ont tout simplement adoré. La mise en scène pleine de malice les a beaucoup amusés, par exemple grâce aux running gags qui montrent un Charlie récalcitrant, réquisitionné par son ami Pico pour illustrer des mots à grand renfort de mimes et déguisements auxquels il ne s’identifie pas franchement. Les dessins, avec leur charme enfantin et leur humour espiègle, ne sont pas en reste. Mais surtout, les saynètes montrent très bien les atouts que l’on peut retirer d’une fine connaissance de la langue en termes de répartie et de négociation. Un enseignement qui n’est pas tombé dans l’oreille de sourds…

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Le volume 1 couvrait les lettres A et B, le 2 les lettres C, D et E (avec, mystérieusement, « zizi » en fin de volume). Encore beaucoup de gags et de révélations en perspective !

Pour les amoureux de la langue et, plus généralement, toutes celles et ceux qui aiment rire !

Lu et relu depuis février 2020 – Dargaud, 15€ par volume

Thornhill, de Pam Smy (Le Rouergue, 2019)

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C’est une lecture sombre comme une nuit d’encre. Un imposant livre à la tranche noire, plongé tout entier dans les ténèbres, le lierre et les barbelés. Quoi de plus délicieux qu’une bonne dose de frissons partagée en famille, blottis les uns contre les autres sous une chaude couverture ?

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Deux fils narratifs s’imbriquent de façon mystérieuse, avec pour trait d’union l’institut Thornhill, vieil orphelinat désaffecté dont le bâtiment sinistre semble nous écraser. En 1982, Mary y vit un enfer quotidien. Son histoire nous est restituée à travers son journal intime, chronique d’une spirale qui semble sans issue. En 2017, alors que Thornhill ne semble plus peuplé que de mauvaises herbes et de panneaux « interdit d’entrer », Ella emménage dans la maison voisine. C’est plus fort qu’elle, l’adolescente est fascinée par la vieille bâtisse qui n’est peut-être pas si déserte qu’il n’y paraît…

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Les mots tourmentés de Mary nous sont livrés en alternance avec le récit sous forme graphique des explorations d’Ella, dans une cadence inquiétante rythmée par des doubles-pages noires. Texte et illustrations en noir et blanc se répondent parfaitement pour composer une atmosphère glaçante (pas trop quand même, juste ce qu’il faut pour savourer de trembler de concert). Dans la première moitié du livre, nous avons été surtout happés par l’histoire terrible de Mary. La tension monte, au fil des pages, alors que le choc de ces deux destins semble de plus en plus inéluctable. Résultat, malgré quelques flottements dans l’intrigue à certains moments, on ne voit pas vraiment passer les 530 pages de ce pavé… et nous avons trouvé la fin très réussie.

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La mise en scène comporte ce qu’il faut d’escaliers branlants gravis dans les ténèbres, de bruits nocturnes et de poupées brisées. Mais ce n’est pas tout : Thornhill ne se limite pas à un roman qui « fait peur », mais parle de façon juste et terrible des affres de la solitude et du harcèlement.

Plusieurs clins d’œil littéraires nous ont donné envie de découvrir ensemble plusieurs grands romans anglais, notamment Le Jardin secret, de Frances Hodgson Burnett.

Une pépite gothique qui nous a fait forte impression !

L’avis de Hashtagcéline

Lu à voix haute en mars 2020 – Éditions du Rouergue, 19,90€

 

Iskari, tome 1. Asha, tueuse de dragons, de Kirsten Ciccarelli (Gallimard Jeunesse, 2019)

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À Firgaard, les légendes sont proscrites. Asha l’a appris à ses dépens (et tout le royaume avec elle), les raconter est effroyablement dangereux. Depuis qu’elle a attiré sur le pays le feu d’un dragon mythique, la jeune fille s’emploie à racheter sa faute, chassant inlassablement les créatures cracheuses de flammes. Exécutant sa destinée d’Iskari, tueuse de dragon, crainte par tous, mais sans libre-arbitre. Pourquoi ne peut-elle pourtant se résoudre à taire ces histoires du temps ancien qui la hantent ?

C’est Antoine qui s’est laissé tenter, à la librairie, par la splendide couverture du premier tome de ce qui sera une trilogie. Il l’a dévoré cet été avant de nous inviter, Hugo et moi, à le découvrir à voix haute, ce que nous venons de faire avec plaisir.

Iskari revisite le genre de l’heroic fantasy de façon originale, avec une héroïne féminine, pour changer (et même une ribambelle d’héroïnes féminines toutes plus badass les unes que les autres !), une dose de romance et quelques réminiscences des contes des mille et une nuits.

L’univers fantastique imaginé par l’autrice canadienne Kisten Ciaccarelli est très consistant. Le panorama escarpé, l’histoire politique trouble, la mythologie et la société organisée en castes rigides (sans doute inspirées de l’Inde), tout cela compose un monde dans lequel nous sommes entrés de plain-pied. Cela dit, nous avons mis un peu de temps à nous approprier sa complexité, les multiples protagonistes du passé et du présent, leurs noms, surnoms et titres, et les différents fils narratifs qui s’imbriquent au fil des pages. Antoine nous a aidés à nous y retrouver et, en retournant une ou deux fois aux passages essentiels du début, nous avons fini par prendre nos repères.

L’intrigue de ce premier tome est soutenue et pleine de surprises. Plusieurs événements perturbent la quête d’Asha qui nourrissait le fil narratif initial, pour nous faire reconsidérer la situation et nous emmener vers quelque chose de complètement différent et complexe. Au-delà des péripéties qui s’enchaînent avec beaucoup de rythme, le roman propose une réflexion pertinente sur les mythes et l’Histoire comme fondement du pouvoir et de la domination, mais aussi sur l’émancipation féminine et le poids des attentes sociales.

Iskari me semble donc une bonne initiation au genre de la fantasy qui ravira les futurs lecteurs de Games of Thrones ! Les thèmes, la complexité de la trame et la romance destineront ce roman aux lecteurs et lectrices plutôt à partir du collège. Nous découvrirons le tome 2 dès que l’occasion se présentera, en espérant que le troisième sera bientôt traduit.

Par ici pour lire l’avis de Bouma !

Extrait : « Asha n’avait plus peur du feu depuis que le Premier Dragon en personne avait laissé une hideuse cicatrice sur toute la moitié droite de son corps. Elle portait dorénavant une armure complète, patchwork des peaux de tous les dragons qu’elle avait tués, ainsi que son casque préféré en forme de tête de dragon, avec ses cornes noires. Le cuir tanné, moulant comme une seconde peau, la protégeait parfaitement du feu. »

Lu à voix haute en mars 2020 – Gallimard Jeunesse, 18,50€