Ma vallée, de Claude Ponti (L’école des loisirs, 1998)

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Il y a des livres dont Antoine et Hugo ne se lassent jamais. Ils restent à portée de main sur les étagères de leurs chambres et je les retrouve régulièrement empilés dans tous les coins de la maison… Nous aimons les ré-ouvrir ensemble, parfois après plusieurs années. Certains ont la saveur des madeleines de l’enfance, nous replongeant instantanément dans la période de vie où nous les avons lues et relues. Beaucoup conservent un charme intact, qui opère aussi bien aujourd’hui qu’il y a quelques années. Cette semaine, par exemple, nous avons pris beaucoup de plaisir à relire plusieurs livres de Claude Ponti, dont Ma Vallée, un album grand comme un univers, qui nous fait entrer dans le monde merveilleux des Touims. Depuis tous petits, les garçons aiment beaucoup ce grand-format qui ne manque jamais de les intriguer, de les enthousiasmer et de les toucher.

Ma Vallée, c’est d’abord un objet-livre unique en son genre, fascinant, foisonnant, avec de petites surprises qui se nichent un peu partout (jusqu’au code barre !) et que les enfants n’ont pas leur pareil pour repérer. On découvre l’univers et le quotidien des Touims, grâce à l’alliage improbable d’une bonne dose de fantaisie et de codes quasi-scientifiques, avec force schémas annotés et cartes à la clé !

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Nous ne résistons pas à la mignonnerie irrésistible des Touims, adorables boules de poil pleines de vie, de créativité et de bonne humeur. Leur gaieté et leur entrain à inventer mille jeux sont communicatifs et amusent beaucoup Antoine et Hugo (il faut ici faire une mention spéciale de leur technique de construction de bonhommes de neige !).

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Ma vallée_flaquesLes Touims donnent aussi envie de savourer la vie qui fourmille dans la nature, de nous laisser bercer par le rythme rassurant des saisons qui passent, de rêver sans limite. Claude Ponti a l’art de restituer les chimères les plus savoureuses des enfants, qu’il s’agisse d’aménager un tronc d’arbre, de voler en se laissant emporter par une bourrasque ou de débarquer sur l’Île molle, entièrement comestible… Son imagination sans bornes nous réjouit en repoussant les frontières de notre horizon, avec des inventions géniales, comme la Balanquette – combinaison de balançoire et de banquette à laquelle il fallait décidément penser !

Chacune de ces gourmandises vaudrait à elle-seule le détour. Mais ce n’est pas tout. Si les livres de Ponti font autant de bien, c’est qu’ils aident à grandir, à la manière des histoires universelles qui nous parlent de la vie – ses joies, ses peurs, ses colères, ses moments de contemplation et d’agitation, ses secrets et ses surprises. La fantaisie n’est-elle pas le meilleur moyen d’appréhender tout cela ?

Cet auteur est aussi le maître des jeux sur les sonorités des mots et des noms – notre palme spéciale, déterminée après de longs débats, revenant à Olie-Boulie et à Fouchtri-Fouchtra, frères du narrateur. Cette histoire pourrait n’avoir aucun sens, elle resterait jubilatoire pour cette drôle de musique qui résonne comme une comptine et qui ravit les enfants !

Extrait :

« Quand le vent moyen souffle, on se disperse un peu partout dans la Vallée. Le premier, celui qui est le plus loin, raconte une histoire. Quand le vent l’apporte au deuxième, l’histoire a déjà changé. Le deuxième la raconte à son tour, et le vent la change encore…
Soyotte a fait un clafoutis aux cerises et l’a caché sous son lit.
Je l’ai goûté, il est fameux. Je l’ai caché ailleurs. Qui en veut ?
Soyotte a fait un chatouillis en crise et a craché sous son lit.
Dégoûtée, elle a fait « Meuh ! » chez le tailleur qui est vieux !
Le coyote a vu un chat rouillé en chemise et l’a couché dans son nid.
Il a fait mieux chez ma sœur qui mange des pneus !
La bouillotte, sur un châle mouillé, s’est mouchée dans les plis
du rapporteur en tranches de tarte aux cheveux !
Blounotte râle, toute mouillée, elle a été douchée par un papoteur
sans manches qui lui a mis une carpe sur les yeux ! »

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Les Zarnaks, de Julian Clary, illustré par David Roberts (ABC Melody, 2016)

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C’est qu’ils passeraient presque inaperçus, dans leur tranquille banlieue londonienne… Une famille qui déborderait certes d’énergie, dont les membres pourraient bien paraître un peu plus velus et dentus que la moyenne, mais alors vraiment en y regardant de près… La seule chose qui pourrait bien les trahir, c’est leur propension irrépressible à hurler de rire à la moindre occasion. Car oui, mais que cela reste entre nous, hein ! La vérité, c’est que les Zarnak sont une famille de hyènes !

Il souffle un vent de fantaisie et de bonne humeur sur ce petit roman dont la loufoquerie est toute britannique. Pour une raison qui m’échappe, les auteurs anglais semblent avoir la recette de ce type de romans à la fois follement extravagants et parfaitement plausibles, drôlissimes et corrosifs.

Zarnak_concombreCe charme singulier opère dès la couverture qui tourne en dérision les clichés de la petite famille traditionnelle et invite à se laisser aller à éclater (bruyamment) de rire ! Hugo et moi n’avons fait qu’une bouchée du roman à voix haute, ne nous interrompant pratiquement que pour nous tenir les côtes. Les péripéties des Zarnaks qui peinent à ne pas attirer l’attention, le comique de situation et les blagues intempestives de M. Zarnak ont ravi Hugo – ce n’est pas pour rien qu’il est un grand fan des blagues d’Astrapi… Mais le plus drôle, selon moi, ce sont les illustrations pleines d’ironie du talentueux David Roberts. Je ne suis pas étonnée qu’à la suite de Quentin Blake et Anthony Browne, il ait reçu le prestigieux prix Childrens’ Laureate. Rien que l’illustration ci-contre a fait s’esclaffer Hugo pendant cinq bonnes minutes !

Une telle dose de gaieté et d’entrain arrive à point nommé en cette période de grisaille. Mais le roman ne se limite pas à cela. Les tribulations des Zarnaks nous interrogent, certes sur le mode du rire, mais sur des sujets profonds et essentiels : les stéréotypes (car voyez-vous, les hyènes ne sont bien vues ni des hommes, ni des autres animaux), l’aliénation des humains passée au révélateur du regard des hyènes, leurs liens avec le monde animal, l’anticonformisme et la valeur de la tolérance.

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Un livre à proposer sans hésitation aux jeunes enfants qui, comme Hugo, aiment l’humour et les animaux. Le découpage en chapitres courts, la police relativement grande, le jeu sur les typographies et les illustrations faciliteront la lecture des apprentis-lecteurs. On en redemande !

Extraits

« Alors vous pouvez me croire quand je vous dis que l’histoire que je vais vous relater ici est RIGOUREUSEMENT VRAIE. Il est primordial que vous n’ayez aucun doute là-dessus dans la mesure où il s’agit d’une histoire tout à fait extraordinaire. Et drôle. Drôlement bizarre. Très drôle et très bizarre en fait.
Mais véridique. Chaque mot est vrai. »

« La première chose que vous devez comprendre avant que je ne commence mon récit, c’est qu’au fil des ans, les humains sont devenus plutôt présomptueux et qu’ils se croient maintenant très supérieurs à tous les autres êtres vivants.
C’est faux. Ce n’est pas parce que les humains savent lire et écrire ou parce qu’ils se servent de couteaux, de fourchettes et d’ordinateurs, qu’ils sont plus intelligents que les animaux. C’est même stupide ! Saviez-vous qu’un écureuil peut cacher dix mille noix dans les bois et se rappeler où est dissimulée chacun d’entre elles ? Alors je vous pose la question : pourriez-vous vous rappeler où vous auriez caché dix mille noix ?
Les grenouilles peuvent dormir les yeux ouverts. Et vous ?
Un chat peut se lécher le derrière ! Vous ne trouvez pas ça fort ? »

« – J’ai lu dans un journal que les gens avaient ce qu’ils appellent un « boulot », annonça un jour Amelia.
– Ce ne serait pas un truc qui se mange ? demanda innocemment Fred. Quelque chose qui se boulotte ? »

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Lu à voix haute en janvier 2020 – ABC Melody, Collection MeloKids+ (8 ans et plus), 13,50€

Norman n’a pas de super-pouvoir, Kamel Benaouda (Gallimard Jeunesse, 2018)

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Imaginez une société en tout point identique à la nôtre. À ceci près que le sort doterait chacun d’un pouvoir spécial, donnant aux plus chanceux le don de se mouvoir dans les airs, de décrypter les pensées d’autrui, de décupler ses forces ou encore de passer à travers les murs. Si vous aviez moins de chance, vous pourriez par exemple réaliser des origami par la simple force de votre pensée. Ou hériter d’une faculté plus futile encore, voire franchement pénible – je laisse votre imagination concevoir l’ampleur des possibles ! Tout cela aurait beau se résumer à une grande loterie, cela n’en déterminerait pas moins grandement la reconnaissance sociale et le statut de tous. Dans ce monde où chacun serait spécial, le comble de la malchance, ce serait quand même d’être le SEUL à être normal jusqu’au bout des ongles. Et que cette vérité mortifiante soit sur le point d’être révélée à la terre entière par le test que doivent passer ceux dont le pouvoir ne s’est pas révélé spontanément…

En voilà une belle intrigue ! Dès les premières pages, la tension est à son comble. Antoine n’a pas mis deux jours à lire ces 322 pages, attendant ensuite avec impatience que Hugo et moi l’ayons terminé aussi (à voix haute, donc un peu plus lentement !) pour pouvoir en parler…

Kamel Benaouda construit son roman avec brio, brossant peu à peu les portraits (sûrs d’eux, généreux, complexés, anxieux, ambitieux…) de l’entourage de Norman autour d’une trame addictive. L’univers du roman nous a immédiatement séduits par son originalité, la façon dont il s’incarne sous la plume pétillante de l’auteur, son côté décalé qui nous interroge et une élégante parcimonie – puisqu’il est si semblable à notre société après tout. On réalise à quel point cette petite histoire de pouvoirs, parfaitement plausible, change radicalement la donne. L’histoire de Norman est une parabole qui nous interroge sur le hasard, le poids des normes et inégalités sociales, mais aussi sur le pouvoir de la volonté et de l’entraide pour déjouer les déterminismes. Une parabole qui m’a fait un peu repenser au beau film Bienvenue à Gattaca, avec aussi évidemment des clins d’œil malicieux aux histoires de super-héros.

Seules réserves : l’histoire d’amour, qui ne nous a pas passionnés, et le dénouement que nous avons trouvé un peu rapide !

Un roman généreux de rebondissements, d’humour et de sagesse, qui donne envie d’apprécier les différences – et de s’accepter tel que l’on est. Parce qu’il peut y avoir une vie en dehors des prouesses des super-héros.

L’avis de Bouma est disponible ici.

Extraits

« – Ah ! s’extasiait-il, j’aimerais avoir ton âge et ne pas connaître encore mon pouvoir. C’est tout un éventail de possibles qui s’étale devant soi. »

« J’ai entendu l’un de mes camarades maugréer :
– De toute façon, je sais que le mien ne sera pas terrible. Mon père plie le papier par la pensée et ma mère imite des chants d’oiseaux… Que des pouvoirs archinuls !
J’ai soupiré intérieurement. C’était toujours mieux que de ne rien avoir du tout. Son voisin, Rajeev, s’est vanté :
– Nous, au contraire, à la maison, on a des capacités vraiment cool, comme l’inflammabilité, la vitesse hors norme…
Il a assorti la révélation de sa formidable hérédité d’un coup d’œil circulaire, afin de s’assurer que chacun en avait bien pris la mesure. Puis m’avisant, il a fait remarquer :
– Et toi, Norman, on ne t’entend pas. Raconte-nous donc qui fait quoi chez toi ! »

Lu à voix haute en décembre 2019/janvier 2020 – Gallimard Jeunesse, 14,50€

La troisième vengeance de Robert Poutifard, de Jean-Claude Mourlevat (Gallimard Jeunesse, 2004)

La troisième vengeance de Robert Poutifard

Trente-sept ans de carrière d’instituteur à l’école des Tilleuls… On aurait pu croire qu’au moment de partir à la retraite Robert Poutifard serait nostalgique, ou impatient d’entamer une nouvelle vie – et bien, rien de tel ! Le maître d’école cache bien son jeu, mais ses pensées tournent en réalité autour d’une idée fixe : se venger des mouflets tous plus épouvantables les uns que les autres qui se sont succédé sur les bancs de sa classe au fil des décennies. Ils lui en ont fait voir de toutes les couleurs ? La revanche minutieusement imaginée par Poutifard, aidé de son indéfectible maman, pourrait bien être à la hauteur…

Jean-Claude Mourlevat a sauvé notre samedi dernier, alors que les embouteillages auraient pu nous rendre fous. Notre trajet de retour de vacances menaçait de prendre quelques heures de plus ? Qu’à cela ne tienne, dans les situations désespérées, il y a toujours la possibilité d’écouter un livre lu – et tant qu’à faire, l’un des romans de cet auteur que nous avions la chance de ne pas connaître !

Nous avons été bien inspirés d’opter pour La troisième vengeance de Robert Poutifard, lu par l’auteur lui-même. Le récit nous a immédiatement pris de court (voir les premières lignes ci-dessous), avec l’improbable duo que forment Poutifard et sa mère qui, à 88 ans, n’est plus aussi alerte mais aime toujours autant se régaler d’un bon steak de cheval et est littéralement galvanisée par la vengeance de son fils qu’elle soutient envers et contre tous. Il nous a ensuite tenus en haleine jusqu’à l’arrivée à la maison, alternant entre souvenirs des farces les plus abominables de la carrière de l’instituteur et l’exécution de chaque étape de ses incroyables représailles.

L’histoire est à la fois drôle et féroce, ravissant l’enfant qui persiste au fond de chaque lecteur, un peu à la manière de Roald Dahl. Particulièrement pour notre famille qui n’a pas toujours eu des expériences positives avec l’école, je dois avouer que cela fait du bien de rire à gorge déployée des péripéties de cet instituteur et de ses (anciens) élèves, tous parfaitement croqués avec une plume trempée dans le vitriol. Jean-Claude Mourlevat nous délecte de cette vendetta outrancière, redoublant d’imagination pour concevoir des mauvais tours digne des Deux gredins. Cela dit, l’équilibre est savamment dosé, le récit ne versant jamais dans la surenchère et restant dans un registre ironique jubilatoire.

La fin vient d’ailleurs adoucir le ton et saupoudrer le tout d’une pincée de tendresse. Elle a un peu fait débat parmi nous. Certains membres de la famille auraient trouvé plus plausible que Poutifard reste l’indécrottable misanthrope qu’il a toujours été ! Pour ma part, j’ai aimé que la conclusion du récit suggère qu’il n’est jamais trop tard pour décider de changer de perspective, pour décider de voir le bon côté des personnes et surtout pour être heureux.

Une lecture hilarante, parfaite pour faire le plein d’énergie avant la rentrée !

Et voilà que les garçons exigent de faire une pause dans notre lecture à voix haute du moment pour relire La Ballade de Cornebique et que résonne notre appartement de leurs rires de ce soir. Jean-Claude Mourlevat est décidément un grand conteur.

Extrait

« Le 29 juin 1999 à 16h45, on donna une fête bien sympathique dans la salle des maîtres de la vieille école des Tilleuls. Robert Poutifard, maître des CM1, prenait sa retraite et ses collègues tinrent absolument à lui offrir un pot et un cadeau d’adieu.
Le premier à prendre la parole fut le directeur, M. Gendre, un petit homme sec et sévère. Il tapa dans ses mains pour obtenir le silence et commença ainsi:
– Cher Robert, permettez que je vous appelle Robert, votre nom restera à jamais lié à notre école puisque vous y avez passé… trente-sept années scolaires !
En effet, murmura Poutifard entre ses dents afin que personne ne puisse l’entendre, trente-sept années de cauchemar
– Vous n’avez jamais songé à partir, jamais songé à nous quitter…
Oh si ! Tous les soirs, figurez-vous, tous les soirs depuis trente-sept ans…
– Les anciens de l’établissement se rappellent encore le jeune enseignant dynamique et novateur qui, dès son arrivée…
– … avait envie de repartir, acheva muettement Poutifard.
– A vos qualités de pédagogue, vous avez su adjoindre…
Déjà, Robert Poutifard n’entendait plus. Il arborait un sourire de circonstance et tâchait de faire bonne figure, mais sa tête était ailleurs et son regard s’enfuyait malgré lui vers le grand tilleul qui bruissait dans la cour de récréation, derrière la fenêtre ouverte.
Plus qu’une heure, se disait-il. Plus que soixante petites minutes et nous y serons…
Il sursauta presque quand les applaudissements éclatèrent. Le directeur achevait son discours:
– … aussi je l’avoue avec un peu d’émotion: vous nous manquerez, Robert. Et vous manquerez aux enfants…
Mais je n’ai pas du tout l’intention de les abandonner ! commenta Poutifard en silence.
Deux fillettes de CM1 s’avancèrent alors vers lui. La première lui remit un bouquet de fleurs presque aussi gros qu’elle.
– Je te remercie, il est magnifique ! déclara Poutifard, je passe justement devant la benne à ordure en rentrant à la maison…
La seconde lut avec application un compliment préparé par la classe:
– Il nous a appris les mathématiques, l’orthographe et la botanique, toujours patient, toujours gentil…
… il a failli mourir d’ennui ! compléta Poutifard.
– … il nous a consacré sa vie, dit la petite. Monsieur Poutifard, merci beaucoup d’avoir tant travaillé pour nous. Même si passent mille années, nous ne vous oublierons jamais.
– Oh mais c’est charmant ! s’exclama le directeur. Tout à fait charmant !
Toutes les personnes présentes applaudirent la fillette ravie qui exécuta une gracieuse révérence.
Moi non plus je ne vous oublierai jamais, songea Poutifard. Faites-moi confiance… »

Chat noir, tome 1 : Le secret de la tour Montfrayeur, de Yann Darko (Gallimard Jeunesse, 2013)

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Premier tome d’une trilogie, Chat noir nous entraîne à Deux-Brumes, décor médiéval fait de murailles, de superstitions, de castes figées et de mots avec le suffixe –asse… Et aussi plusieurs étrangetés qui pourraient d’abord paraître insignifiantes (un calendrier singulier, des rites mortuaires inhabituels…) mais se multiplient et suscitent des interrogations croissantes : sommes-nous dans une cité moyenâgeuse européenne, ou dans un monde fantastique ?

L’intrigue se noue autour du personnage de Chat noir, brigand insaisissable qui parvient toujours à s’échapper grâce à ses mystérieuses griffes lui permettant d’escalader toutes les murailles. Le seigneur de Deux-Brumes, exaspéré, a mis sa tête à prix et le jeune Sasha voit ici l’occasion rêvée de gagner la considération, et surtout la main de Phélina de Belorgueil. Qui est Chat noir ? Un malfaiteur doté de super-pouvoirs ? Une sorte de robin des bois ? Ou encore autre chose ? Sasha parviendra-t-il à l’attraper ? Le garçon est loin de soupçonner les conséquences de la traque qu’il amorce…

Hugo et moi avons lu Chat noir en quelques jours, pris par les nombreux rebondissements qui s’enchaînent sans répit. Ces péripéties font évoluer ce texte d’un roman historique vers une enquête, puis un roman d’aventures qui se renouvelle encore sur la fin, pour tendre vers quelque chose qui relèverait plus du fantastique et qui prend probablement des contours plus nets dans les tomes suivants. J’ai été, pour ma part, un peu déboussolée par ces mutations successives (après tout, le roman ne fait que 241 pages), mais cela n’a pas semblé perturber Hugo plus que cela. Pas plus qu’il n’a été dérangé par des personnages que j’ai trouvés un peu caricaturaux. Il a donc ri de bon cœur de la vanité de Phélina de Belorgueil (qui porte bien son nom !) ou de l’odeur pénétrante et du langage fleuri de Cagouille, l’ami de Sasha aux origines modestes mais à la loyauté sans faille.

Chat noir mise sur une intrigue construite pour tenir en haleine ses jeunes lecteurs. Aux prochains tomes de nous fournir les éléments qui nous manquent encore pour comprendre le comportement des alliés et des ennemis de Sasha, et voir où tout cela nous mène…

L’avis de Pépita est disponible ici !

Extraits

« Oyez ! Chat Noir aura les mains tranchées et jetées au feu ! Ses yeux seront arrachés, donnés aux chiens, et trois onces de plomb fondu seront coulées sous ses paupières ! Oyez ! Puis il sera pendu par le cou ! Le bourreau tranchera ses figues et les réduira en cendres dans un brasier ! »

« Mon pauv’ Sasha, va ! dit ironiquement Cagouille. T’es toujours aussi naïf. À supposer que quelqu’un touche cette prime un jour, chaque sou qui sortira du trésor pour la payer sera remplacé par de nouveaux impôts. Chat Noir vivant, il coûte surtout cher aux riches. Mais si on le tue, la récompense, elle, coûtera cher aux pauvres. »

« Deux-Brumes est une très grande ville qui se targue d’être au pinacle de la civilisation. Mais il fut un temps lointain où cette cité n’était qu’un petit village de pêcheurs aux mœurs sauvages. De cette époque oubliée, la coutume de confier les morts à l’océan a été préservée. »

Lu à voix haute en décembre 2019 – Gallimard Jeunesse, 11,90€

Jules et le renard, de Joe Todd-Stanton (L’école des loisirs, 2019)

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Le plus fort n’est pas toujours celui qu’on croit ! Le rusé goupil de l’histoire l’apprend à ses dépens, le jour où croyant attraper le minuscule Jules, il se retrouve la tête coincée dans son terrier. Le souriceau pourrait bien, quant à lui, recevoir aussi une belle leçon de vie, lui qui pensait préférer la solitude à la compagnie…

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Comme dans Le secret du rocher noir, le registre est celui de la fable, porté par un joli texte qui parvient en peu de mots à nous toucher, à nous faire (beaucoup) rire, trembler et réfléchir. Le charme de cet album opère dès la couverture aux couleurs chatoyantes et au trait japonisant caractéristique de Joe Todd-Stanton. Comme toujours chez lui, la composition graphique est dynamique, alternant cases, illustrations enchâssées dans le récit et doubles-pages fourmillant de détails. Ces illustrations nous font découvrir un monde fascinant fait de terriers et de galeries cachés sous terre, d’herbes hautes et de fruits appétissants, d’alliés et de prédateurs…

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Un album merveilleux qui invite à ne jamais sous-estimer ceux qui semblent plus petits que nous, mais aussi à faire voler en éclats les idées reçues pour trouver le courage d’aller vers l’autre.

L’avis de Pépita est disponible par ici!

Extrait : « – Excuse-moi, pourrais-tu avoir la bonté de m’aider ? demanda le renard.
– Moi, t’aider, piailla Jules, hé, mais tu voulais me dévorer !
– Allons donc ! mentit le renard. Je passais simplement voir si tout allait bien. »

Lu en décembre 2019 – L’école des loisirs, 12,20€

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Chatapouf, espion du Maharadjah, de Pascal Brissy (Poulpe Fictions, 2019)

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Mes garçons sont des amis des bêtes. C’est bien simple, ils sont incapables de résister au charme de la moindre bestiole à pattes, à écailles ou à plumes. À défaut d’accepter de céder à leurs pressions en prenant un animal domestique (dieu nous en garde !), je leur lis volontiers toutes les histoires de lapins, de chien, de renard ou de chat qui me tombent sous la main. Ces livres enchantent les enfants, tout en ayant l’avantage de perdre moins de poils et de faire moins de bêtises qu’un compagnon sur pattes…

Je n’ai donc pas hésité un seul instant en découvrant la bouille inspirée de Chatapouf en couverture de ce roman d’espionnage. Un félin un brin imbu de sa personne, dont la gouaille n’a d’égale que sa gourmandise et son goût de l’aventure !

Offert en cadeau au maharadjah, Chatapouf espérait mener une vie de pacha(t). La réalité sera toute autre : non seulement les jardins grouillent de molosses aussi abrutis qu’agressifs, mais voilà qu’on l’enlève pour placer un micro dans son collier. On a clairement sous-estimé les ressources de Chatapouf qui révèle dans l’adversité la part de fauve qui sommeillait (très profondément) en lui ! Quand il s’agit de déjouer un mystérieux complot, l’épatant matou n’a pas son pareil pour s’associer aux alliés les plus improbables et pour tirer la situation au clair…

Nous avons littéralement englouti ce roman, en deux soirs seulement (et à voix haute) : un moment de franche rigolade frisant l’hystérie ! Cascades et rebondissements s’enchaînent à un rythme vertigineux et font tourner les pages. L’exubérance de Chatapouf et de ses amis alimente un comique de situation qui se double de dialogues truffés de jeux de mots et de (beaucoup de) points d’exclamation. Tout cela n’est pas d’une subtilité folle, mais mes garçons ont ri de bon cœur. Et les aventures de Chatapouf permettent une petite incursion en Inde avec une première découverte du cinéma de Bollywood, des vaches sacrées, des délicieux naans, mais aussi des inégalités.

Une lecture plaisante, donc, qui peut être recommandée dans la catégorie des « premiers romans » idéaux pour les apprentis lecteurs souhaitant se lancer dans un texte plus long. Grâce à l’intrigue efficace, au chapitrage court, aux illustrations qui portent le texte imprimé avec une police de caractère assez grande et bien aérée, gageons qu’ils n’en feront qu’une bouchée !

Extraits

« Il ne faut pas s’y tromper, moi aussi, j’ai une part de tigre à l’intérieur ! (Faut juste bien regarder… Mais si, la petite lueur qui brille dans ma pupille gauche !) D’ailleurs, si je le voulais, je pourrais très bien aller vivre dans la jungle ! »

« Je veux rentrer ! J’ai un palais qui m’attend, des coussins moelleux, une gamelle de croquettes au saumon en forme de « C », comme Chatapouf, un canapé en cuir tout neuf pour faire mes griffes… »

Lu à voix haute en novembre 2019 – Poulpe Fictions, 9,95€