Sorceline, tome 2 : La fille qui aimait les animonstres (de Sylvia Douyé et Paola Antista, 2019)

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Il existe sur Terre un endroit que la plupart d’entre vous ne connaissent pas. C’est une île unique en son genre puisqu’elle est peuplée de créatures fantastiques…

Le premier tome de Sorceline, dévoré il y a quelques mois, nous avait familiarisés avec un univers débordant de créatures magiques que nous avions sillonné avec beaucoup de curiosité. Les dernières pages nous avaient laissés perplexes, en proie à des doutes effrayants face à la succession de drames qui touchent la petite troupe d’étudiants en cryptozoologie réunis autour du professeur Balzar…

Sorceline_extrait 1.jpgCe deuxième tome nous permet d’en savoir plus sur les deux plans. Au fil des cours et des excursions, nous suivons les enfants dans leurs explorations cryptozoologiques et continuons à découvrir les spécificités des espèces qui peuplent l’île de Vorn – une faune déconcertante que Paola Antista dessine avec énormément d’imagination et de générosité ! On voit également évoluer la dynamique du petit groupe qui reste travaillé par les rivalités et par les soupçons : le responsable des mésaventures de l’équipe se trouve-t-il parmi eux ? Convaincue de porter une responsabilité, Sorceline a toutes les peines du monde à dissimuler ses doutes aux autres… Elle est néanmoins loin d’être la seule qui semble avoir quelque chose à cacher !

Nous avons retrouvé avec plaisir le dosage de rêve, de suspense et de mystère qui nous avait séduits à la lecture du premier volet, avec une BD au graphisme toujours très travaillé, jouant sur des palettes de couleurs vives pour créer des contrastes entre clair et obscur et pour sublimer la beauté féérique du décor. Les personnages restent assez stéréotypés et on aimerait qu’ils prennent plus d’épaisseur. Mais ils nous réservent plusieurs vraies surprises et seront probablement encore développés dans les tomes à venir.

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Gageons que les jeunes lecteurs seront nombreux à guetter, comme Antoine et Hugo, la parution du tome 3 afin de connaître l’évolution de l’équipe et le fin mot de la propre histoire de Sorceline – un mystère ravivé par les toutes dernières pages qui ne peuvent pas ne pas attiser la curiosité…

Lu en mai 2019 – Vents d’Ouest (Glénat éditions), 10,95€

La légende de Podkin le Brave, tome 2 : Le trésor du terrier maudit (de Kieran Larwood, 2019)

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Impossible de résister à l’envie de se suspendre de nouveau aux lèvres du barde pour apprendre la suite de la légende de Podkin le Brave ! Après nous être passionnés pour le premier volet intitulé Naissance d’un chef, nous avons été littéralement captivés par ce tome 2. Nous avons retrouvé Podkin, Paz et Pook dans le Terrier de Trou noir, où nous les avions laissés à l’issue d’une bataille remportée contre les redoutables Gorms. Quel est le mystère qui plane sur Trou noir et pourquoi la dague magique de Podkin s’y agite-t-elle sans cesse ? Le petit groupe de résistants parviendra-t-il à survivre et à mettre fin à la terreur semée par les Gorms ?

Quel plaisir de retrouver tout ce qui nous avait séduits précédemment ! Avant tout, le talent de conteur du barde qui agrémente ses récits de remarques avisées sur l’art de raconter : « Mais il n’est pas nécessaire de connaître les véritables réponses. C’est là qu’intervient l’art du conteur. Ce que tu m’as raconté n’est pas une histoire. Ce n’est que son squelette, quelques faits énoncés dans l’ordre sans aucun souffle de vie à l’intérieur. Le travail du conteur consiste à ajouter de la chair, de la peau au squelette. À donner vie au récit. Approprie-toi Sans-Famille, rends-le vivant avant de l’offrir à ton public. Le fait qu’il ne soit pas conforme au véritable Sans-Famille n’a aucune importance. Comme tu l’as dit, c’était il y a des milliards d’années. Qui est encore là pour te faire remarquer que tu te trompes ? »

Le conteur connaît indéniablement son affaire. L’intrigue est parfaitement calibrée pour nous tenir en haleine de la première à la dernière page. La quête de Podkin mêle juste ce qu’il faut de magie, d’humour et de souffle épique pour faire vibrer les jeunes lecteurs. Kieran Larwood continue de revisiter de façon très personnelle le genre de l’heroic fantasy, avec un protagoniste qui suscite facilement l’identification puisqu’il ne se comporte pas spontanément en héros. Pour le reste, il n’agit jamais seul, mais compte sur la force de l’entraide de personnages aux qualités complémentaires. La petite troupe s’étoffe d’ailleurs, faisant la part belle aux personnages féminins !

La plume est vive et se prête parfaitement à nos lectures à voix haute du soir. Le roman est très bien construit, avec un tournant donnant subtilement à penser que la légende pourrait avoir des répercussions sur le temps présent de la narration. La prudence excessive du barde et ses signes d’inquiétude aiguisent la curiosité autant que la grande bataille qui se profile entre lapins et Gorms…

Le trésor du terrier maudit confirme donc pleinement le talent de conteur Kieran Larwood, magnifié par de jolies illustrations en noir et blanc. Une lecture parfaite pour les jeunes lecteurs déjà friands de belle littérature. Il va de soi que nous serons prêts à l’automne pour le tome 3 !

Lu à voix haute en avril 2019 – Gallimard Jeunesse, 15,50€

 

Jeu de piste à Volubilis (de Max Ducos, 2006)

Quel enfant (grand ou petit !) n’adore-t-il pas jouer les détectives ? Il n’est pas étonnant que ce plaisir ludique de l’enquête soit un motif récurrent dans la littérature ! Nous sommes, pour notre part, incapables de résister à l’appel d’une piste à suivre ou d’une énigme à résoudre : comptez sur nous, qu’il s’agisse de démêler un complot au cœur de la Rome antique (L’affaire Caius), de traquer le trésor de pirates (L’île au trésor), de faire la lumière sur les secrets d’une voisine que l’on pensait mieux connaître (L’arrêt du cœur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine), de localiser La rivière à l’envers ou de résoudre les intrigues policières les plus sombres – du chien des Baskerville au récent Jefferson, en passant évidemment par les aventures de L’as des détectives, Kalle Blomqvist !

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Et c’est justement à un véritable jeu de piste que nous convie Max Ducos avec ce bel album : « Quand j’étais petite, je trouvais ma maison vraiment étrange. Elle ne ressemblait à aucune des maisons que je connaissais. Et quand je demandais à mon père pourquoi elle était si étrange, il me répondait qu’elle n’était pas étrange, qu’elle était moderne, ce qui était très différent. Il me disait également que chaque maison était unique et possédait son secret et que le jour où je découvrirais celui de ma maison, je me mettrais à l’aimer comme ma meilleure amie. »

Intriguant, non ?

Notre curiosité est encore attisée par la découverte, par la narratrice, d’une clé annonçant une série d’indices à découvrir dans sa maison. Nous voici aux aguets, scrutant chacune des pièces de cette villa d’architecte étonnante, à la recherche d’une piste. Quel est le secret de cette bâtisse unique ? Qui est à l’initiative de cette enquête ? On se prend immédiatement au jeu d’une recherche captivante, ce qui n’empêche pas d’apprécier la beauté et la singularité des lieux, inspirés par l’architecture moderne ! Les amateurs ne manqueront pas d’y reconnaître des clins d’œil aux architectes et créateurs du XXème siècle. Max Ducos nous parle aussi de la filiation et du processus d’appropriation de sa maison – et, au-delà, de sa famille…

Extraits disponibles sur le site de Max Ducos

Un album lu et relu par toute la famille. Comme tous les livres de cet auteur bordelais – tous particulièrement bien adaptés aux bons lecteurs qui, comme Antoine et Hugo, continuent d’apprécier les albums illustrés. À découvrir absolument !

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Sarbacane – 16€

Winterhouse Hotel (de Ben Guterson, illustrations de Chloe Bristol, 2018)

Notre dernière lecture est un roman américain tout juste paru qui plaira aux amateurs et amatrices d’aventures, de livres et de magie ! Néanmoins une lecture en demi-teinte pour nous…

Winterhouse Hotel couvertureOrpheline, Elizabeth mène une existence morose et solitaire chez son oncle et sa tante. Lorsque ces derniers l’envoient passer les vacances de Noël au Winterhouse Hôtel, Elizabeth découvre un endroit merveilleux : une bâtisse majestueuse, nichée dans un splendide paysage hivernal et dont les recoins réservent des rencontres inattendues, des surprises et des secrets. Une fois surmontée sa perplexité initiale (comment sa famille adoptive a-t-elle trouvé l’argent pour la loger dans un lieu si cossu ?), notre héroïne nous entraîne dans une enquête intrinsèquement liée à l’histoire du lieu. On se prend au jeu de la chasse aux indices, mais Winterhouse semble aussi avoir ses côtés sombres et ses ombres qui planent de façon inquiétante…

Ce livre déborde de belles idées qui parlent aux enfants. Avant tout, celle de choisir pour décor un lieu de vacances si merveilleux qu’il semble magique – et qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler Poudlard, au cas où vous n’auriez pas déjà fait le parallèle avec une célèbre série au paragraphe précédent… La féérie des plaisirs hivernaux, des festins et des spécialités de Winterhouse a beaucoup fait rêver Hugo.

Nous avons aussi aimé partager la passion d’Elizabeth pour la lecture et les bibliothèques. Quelque chose qui nous a d’autant plus parlé que nous partageons bon nombre de lectures avec elle : Le mystérieux cercle Benedict (p. 82), Le jardin secret (p. 89), Alice au pays des merveilles (p. 115), les enquêtes de Sherlock Holmes (p. 206), Cœur d’encre (p. 276), Le Hobbit (p. 428)… Nous avons pioché au passage d’autres idées de romans cités alors que nous ne les connaissions pas, comme Vingt-quatre heures dans l’incroyable bibliothèque de M. Lemoncello (p. 97), que j’ai ajouté à ma liste d’idées de futures lectures. J’ai aussi noté avec amusement un clin d’œil à un autre hôtel, celui des Vacances de M. Hulot (p. 190), qui fait partie des références mythiques des séjours d’Antoine et Hugo chez leurs grands-parents…

Une autre trouvaille concerne le travail autour des anagrammes, échelles de mots et messages chiffrés dans le roman. Des allusions aux événements à venir apparaissent dans l’ombre de chaque titre de chapitre sous la forme d’échelles de mots. Aucun code ne résiste à Elizabeth et à son nouvel ami Freddy. Les jeux de piste auxquels se livrent les deux amis sont très ludiques et leur entrain est véritablement communicatif. Hugo s’est donc très vite lancé pour inventer anagrammes et échelles de mots !

Cela dit, pourquoi une lecture en demi-teinte ? Le fait est que nous avons été moins captivés par ce roman que par d’autres. L’intrigue souffre à la fois d’une trop grande prévisibilité et de plusieurs incohérences. J’ai eu l’impression d’une lecture touffue, interrompue par de trop nombreuses digressions autour de lieux, de personnages ou de situations certes intéressants mais donnant souvent l’impression de diluer la tension narrative. En outre, l’écriture n’est pas très belle et manque de fluidité, avec des coquilles multiples, ce qui est un comble pour un roman mettant en scène une amoureuse des livres et des mots. Dans l’ensemble, si Hugo a apprécié ce séjour au Winterhouse Hôtel, c’est avec le sentiment d’un potentiel insuffisamment réalisé que nous avons refermé ce livre… Peu de chances, donc, que nous poursuivions avec le tome 2 qui vient de paraître aux États-Unis.

Extrait

« Nous t’avons prévenue à plusieurs reprises que nous devions nous absenter pour trois semaines et que tu ne pouvais pas rester seule en notre absence. Tu ne seras donc pas surprise par la teneur de cette lettre. Les portes et volets de la maison sont fermés. Tu trouveras dans cette enveloppe un billet pour le train du nord, départ dix-huit heures vingt. Ne le rate pas, et lorsque tu arriveras à Sternhaven demain, tu iras à la gare routière, où t’attend un autre billet. Il faut que tu prennes le bus qui conduit à Winterhouse Hôtel, où tu es attendue. Ci-joint également trois dollars, pour ton voyage. Tu recevras un autre billet pour rentrer après le Nouvel An. Interdiction de raconter tes inepties habituelles ! »

« – Terminus ! annonça le chauffeur. Winterhouse Hôtel !
Un mur de briques apparut, puis un immense portail en fonte, aux battants ouverts. Enfin, sous les yeux d’Elizabeth, illuminé comme en plein jour, surgit le colossal hôtel – véritable forteresse de briques dorées, aux remparts saillants, aux fenêtres de cristal, aux tourelles élancées, toutes ornées de lumières scintillantes, d’oriflammes flottant dans les cieux et d’un bon millier, semblait-il, de bannières argentées toutes frappées d’un W blanc, immaculé, éblouissant. Çà et là saillaient des porches aux vastes arches, des balcons ornés de lanternes chinoises; des arbres couverts de scintillantes guirlandes de métal bordaient la façade de l’hôtel comme autant de projecteurs de théâtre. Jamais Elizabeth n’avait imaginé qu’un bâtiment puisse être à la fois aussi grand et aussi beau. »

Lu à voix haute en mars-avril 2019 – Albin Michel, 15,90€

Vango, tome 1 : Entre ciel et terre (de Timothée de Fombelle, 2010)

« Vango avançait dans la vie en effaçant ses traces. Il n’appelait pas cela de la paranoïa mais de la survie. »

Antoine, qui grandit, préfère désormais souvent faire ses explorations littéraires seul, ce qui lui permet de lire à son propre rythme (effréné). Quand un livre le captive, nous ne le voyons presque plus, mais il aime échanger avec nous autour de ses découvertes. Récemment, il a piqué ma curiosité en dévorant d’un trait ou presque le premier tome du diptyque Vango, de Timothée de Fombelle, nous expliquant que le « niveau de mystère » était maximal et distillant des allusions au contexte historique, aux personnages. Intriguée, je me suis plongée à mon tour dans ce roman…

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J’ai immédiatement saisi ce qu’avait voulu dire Antoine avec sa remarque sur le « niveau de mystère » : la première scène, hautement énigmatique, installe une énorme tension narrative. Dans les années 1930, une cérémonie religieuse sur le parvis de Notre-Dame de Paris est brutalement interrompue par la police qui recherche un certain Vango. Ce dernier parvient à prendre la fuite, en escaladant la façade de la cathédrale jusqu’au sommet, sous les yeux effarés de l’assistance, dont une mystérieuse jeune fille. Un immense zeppelin survole alors l’édifice mais doit battre en retraite lorsque des coups de feu sont tirés… Les questions fusent inévitablement dans l’esprit du lecteur : qui est Vango ? Que lui veulent la police et les autres individus qui semblent après lui ? Le roman nous permet progressivement de reconstituer les fils de l’histoire et de donner du sens à cette scène improbable – et à celles qui se succèdent ensuite avec beaucoup de rythme. La restitution des faits dans le désordre, nous faisant naviguer dans le temps entre la course-poursuite amorcée à Paris et des scènes anciennes correspondant à plusieurs époques de la vie de Vango (et de l’Histoire), entretient une tension qui demeure à son comble jusqu’à la dernière page. Déconcerté(e) par le récit échevelé, on ne peut que s’interroger avec Vango qui cherche désespérément à comprendre qui il est et d’où il vient. Et douter : est-il traqué ou paranoïaque ?

J’ai essayé de résister au suspense et de ne pas lire Vango trop vite pour mieux savourer l’écriture merveilleuse de Timothée de Fombelle. Sa plume évoque avec une intensité folle les personnages et les lieux si romanesques, des îles éoliennes à Moscou et aux lacs de Constance et du Loch Ness, qui donnent de la chair au récit. Le contexte historique de l’entre-deux-guerres donne de l’épaisseur au roman et du poids à la soif de liberté de ses personnages, tous plus indomptables et extraordinaires les uns que les autres…

Force est de constater que me voilà aussi conquise qu’Antoine !

Extraits

« Vango poussa sur la pente de ce volcan éteint.
Il y trouva ce dont il avait besoin.
Il grandit avec trois nourrices : la liberté, la solitude et Mademoiselle. À elles trois, elles firent son éducation. Il reçut d’elle tout ce qu’il croyait possible d’apprendre.
À cinq ans, il comprenait cinq langues mais ne parlait à personne. À sept ans, il grimpait les falaises sans avoir besoin des pieds. À neuf ans, il nourrissait les faucons qui plongeaient sur lui pour manger dans sa main. Il dormait torse nu sur les rochers avec un lézard sur le cœur. Il appelait les hirondelles en sifflant. Il lisait des romans français que sa nourrice achetait à Lipari. Il montant en haut du volcan pour se mouiller les cheveux dans les nuages. Il chantait des berceuses russes aux scarabées. Il regardait Mademoiselle couper les légumes avec des facettes impeccables, comme on taille les diamants. Puis il dévorait sa cuisine de fée. »

« En deux jours à peine, les deux jours qui avaient suivi les événements de Notre-Dame, Boulard avait compris qu’il ne trouverait rien à Paris sur ce Vango Romano. Il n‘avait en fait jamais été confronté à une telle situation : un garçon qui avait vécu quatre ans dans un séminaire, au milieu de dizaines d’autres dont il était apprécié, admiré parfois, un garçon inséré dans une communauté soudée, mais dont personne ne pouvait absolument rien dire. Rien.
Boulard enquêtait parfois sur un drame de la rue, et il arrivait qu’un témoin ne sache même pas dire son propre nom, et réponde : « Ici, on m’appelle Moustique, je ne sais pas mon nom. » Mais Vango n’était pas un vagabond, il était pensionnaire au séminaire des carmes depuis quatre ans !
Boulard avait cherché à obtenir de ses camarades un lieu de naissance, le nom d’un membre de la famille, l’adresse des parents, n’importe quelle information qui aurait enraciné Vango Romano quelque part sur la terre. Il avait demandé ses centres d’intérêt, l’endroit où il passait ses vacances, les visites qu’il pouvait recevoir, le courrier qui lui arrivait…
Rien. Rigoureusement rien.
Rien. Rien. Rien. »

Lecture en parallèle avec Antoine, mars 2019 – Gallimard Jeunesse (Folio Junior), 7,90€

Les sept étoiles du Nord, d’Abi Elphinstone (2019)

J01690_sept-etoiles-nord_sansrabats.inddL’un des plus grands charmes de nos lectures du soir est de nous extraire du quotidien pour nous entraîner dans des contrées lointaines, merveilleuses et surprenantes… C’est une expédition des plus captivantes que nous venons de faire à travers les terres polaires imaginées par l’autrice écossaise Abi Elphinstone ! Les sept étoiles du Nord nous transportent dans un univers de glaces, de forêts boréales et de tribus qui évoque la mythologie nordique et le souvenir d’autres pépites littéraires, en particulier La Reine des Neiges (celle de Hans-Christian Andersen, évidemment !), Les Royaumes du Nord de Philip Pullman, Le Club de l’Ours Polaire d’Alex Bell et l’album Anya et tigre blanc, de Fred Bernard et François Roca. Le prologue plante le décor en racontant la genèse du pays d’Erkenwald, une histoire de dieux et déesses stellaires à la magie puissante, mais aux relations conflictuelles qui se répercutent de façon dramatique sur le monde des hommes : « La plus petite déesse stellaire était jalouse de la puissance de l’étoile Polaire et voulait régner elle-même sur Erkenwald. Une nuit d’hiver, elle quitta la constellation et plongea vers la Terre. »

Dès les premières pages, je savais que ce roman allait captiver mes deux petits amateurs de mythologie ! On découvre ensuite la terrible reine des Glaces qui règne sur Erkenwald en semant la terreur et la division entre les tribus. Eska est retenue prisonnière dans son palais ; on lui prête un pouvoir mystérieux, mais elle ignore lequel puisqu’elle a été privée de tous ses souvenirs. Flint se risque à entrer dans le palais de la reine pour tenter de délivrer sa mère. Ils s’évadent ensemble, apprennent à se connaître et s’efforcent d’organiser la résistance…

Il s’agit là précisément du type de romans que j’aimerais trouver plus souvent pour mes petits dévoreurs de livres qui apprécient les textes longs permettant une immersion dans un univers singulier, mais qui sont encore trop jeunes pour beaucoup de lectures destinées aux adolescents et aux jeunes adultes. La magie et le souffle épique qui animent ce récit feront sans aucun doute vibrer ces lecteurs et lectrices en herbe qui se laisseront happer avec plaisir par l’intrigue et l’imagination d’Abi Elphinstone. Les personnages sont à la fois attachants et empreints de mystère, puisqu’ils se découvrent eux-mêmes au cours de l’aventure. L’héroïne, Eska, suscite l’identification et son lien particulier avec les aigles a beaucoup fait rêver les garçons. Ce récit initiatique porte de belles valeurs de liberté, de courage, de solidarité et d’ouverture au-delà des frontières. Alors certes, la vision du monde est manichéenne et je n’ai personnellement pas douté un seul instant de l’issue heureuse de l’aventure, mais ces caractéristiques sont celles qui font de ce roman une lecture adaptée pour de bons lecteurs à partir de l’école primaire…

L’objet-livre est très soigné : belle couverture mêlant lueurs boréales et scintillement des étoiles, tranche colorée, pages parsemées d’étoiles (à moins que ce ne soient des flocons de neige) et imprimées sur du papier recyclable…

Jeune fille et son aigle

Merci beaucoup à Gallimard Jeunesse de nous avoir permis cette expédition exaltante à travers les terres gelées d’Erkenwald ! Nous en sommes revenus ravis, avec l’impression d’avoir voyagé très loin…

Bonus : Le documentaire La Jeune fille et son aigle offre une très jolie manière de prolonger cette lecture, en découvrant une autre jeune fille qui apprend elle aussi à dresser des aigles, dans les montagnes de Mongolie.

 

Extrait : « Flint était assis dans le hamac de sa chambre et regardait la lumière du soir par une fenêtre ronde. Petite extension biscornue sur le côté de la cabane perchée où il habitait avec Tomkin et Blu, la chambre de Flint ressemblait davantage à un laboratoire. Les murs circulaires étaient tapissés de placards qui contenaient des centaines de bouteilles, flacons, ampoules et tubes à essai remplis de liquides bouillonnants. Il s’agissait d’inventions encore inabouties. Flint laissait toujours les portes des placards ouvertes quand il était dans la pièce : il préférait garder un œil sur ses expériences, au cas où quelque chose tournerait mal.
Il joua distraitement avec les fils argentés de son hamac. Il l’avait fabriqué à partir de rayons de lune et de toiles d’une espèce très rare (voire quasi éteinte) d’araignée des glaces. Au bout de plusieurs semaines d’expériences et de consultation de l’écorce où étaient gravées des formules sur la magie d’Erkenwald, Flint avait découvert que ce tissage assurait des rêves excellents.
Son regard glissa sur certaines de ses autres créations, alignées sur les plus hautes étagères. Un ballon en cuir de caribou rempli de vent, qui filait si vite quand on tapait dedans qu’il était presque impossible qu’un adversaire l’arrête. Une horloge météorologique, qui indiquait le temps qu’il faisait au lieu de l’heure en crachant des flocons de neige, des rayons de soleil ou de la brume, selon le cas. Un coffre où il avait enfermé un orage (qui lâchait de temps en temps un rot sonore) avec une pincée de poussière de lune, et qui, ouvert à minuit précisément, produisait pendant un mois des pièces d’argent. Il y avait aussi des lanternes alimentées par le soleil, des rouleaux de cordage en nuages tressés… »

Lu (d’un trait, ou presque !) à voix haute en février-mars 2019 – Gallimard Jeunesse, 15€

Sorceline (de Sylvia Douyé et Paola Antista, 2018)

Sorceline extrait 1.jpgSorceline ne vit que pour la cryptozoologie, la science des animaux fantastiques – elfes, licornes, gorgones, phénix, fées et autres bêtes étranges. Elle se passionne pour leurs propriétés, leurs régime alimentaire et leurs habitudes et rêve d’en faire son métier. Elle est donc ravie de bénéficier, avec un groupe d’autres adolescents, d’un stage avec le savant Archibald Balzar. Cette formation est cependant bientôt perturbée par une succession d’événements aussi inquiétants qu’inexplicables. L’intrépide Sorceline n’hésite pas à mener l’enquête et pourrait bien, au passage, apprendre des choses incroyables sur elle-même…

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Ce premier tome Sorceline ravira tous les lecteurs qui aiment s’évader dans des mondes merveilleux, d’école de magie et de créatures féériques… Cette bande-dessinée nous plonge dans un univers surnaturel que l’on apprend progressivement à connaître au fil de ce premier tome. Ce décor envoûtant est porté par les dessins débordant de magie, dont les traits arrondis et la représentation des visages rappelle un peu l’univers des mangas. L’esthétique est particulière et semble un peu « girly », mais on aurait manifestement tort de s’arrêter à cette première impression, puisque mes deux garçons ont immédiatement eu envie de la découvrir et l’ont tous les deux beaucoup appréciée. Ils ont particulièrement aimé l’atmosphère sombre et l’intrigue qui comporte ce qu’il faut de frisson, d’escapades nocturnes et d’énigmes (et est bien servie par une composition dynamique des planches).

Certes, l’univers est très enfantin et les personnages m’ont semblé assez stéréotypés – l’héroïne bourrée de talents qui découvre ses pouvoirs, la bonne copine, le beau ténébreux, les ambitieux prêts à tout pour réussir… – et on n’apprend pas à les connaître en profondeur à ce stade. Mais il s’agit d’un premier tome et cela parlera sans doute aux jeunes lecteurs ciblés qui pourront s’identifier et auront envie, comme Antoine et Hugo, de poursuivre leurs explorations cryptozoologiques avec le tome 2…

L’avis de Bouma

Lu en janvier 2019 – Glénat, « Vents d’Ouest », 10,95€

Sorceline