Sorceline, tome 2 : La fille qui aimait les animonstres (de Sylvia Douyé et Paola Antista, 2019)

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Il existe sur Terre un endroit que la plupart d’entre vous ne connaissent pas. C’est une île unique en son genre puisqu’elle est peuplée de créatures fantastiques…

Le premier tome de Sorceline, dévoré il y a quelques mois, nous avait familiarisés avec un univers débordant de créatures magiques que nous avions sillonné avec beaucoup de curiosité. Les dernières pages nous avaient laissés perplexes, en proie à des doutes effrayants face à la succession de drames qui touchent la petite troupe d’étudiants en cryptozoologie réunis autour du professeur Balzar…

Sorceline_extrait 1.jpgCe deuxième tome nous permet d’en savoir plus sur les deux plans. Au fil des cours et des excursions, nous suivons les enfants dans leurs explorations cryptozoologiques et continuons à découvrir les spécificités des espèces qui peuplent l’île de Vorn – une faune déconcertante que Paola Antista dessine avec énormément d’imagination et de générosité ! On voit également évoluer la dynamique du petit groupe qui reste travaillé par les rivalités et par les soupçons : le responsable des mésaventures de l’équipe se trouve-t-il parmi eux ? Convaincue de porter une responsabilité, Sorceline a toutes les peines du monde à dissimuler ses doutes aux autres… Elle est néanmoins loin d’être la seule qui semble avoir quelque chose à cacher !

Nous avons retrouvé avec plaisir le dosage de rêve, de suspense et de mystère qui nous avait séduits à la lecture du premier volet, avec une BD au graphisme toujours très travaillé, jouant sur des palettes de couleurs vives pour créer des contrastes entre clair et obscur et pour sublimer la beauté féérique du décor. Les personnages restent assez stéréotypés et on aimerait qu’ils prennent plus d’épaisseur. Mais ils nous réservent plusieurs vraies surprises et seront probablement encore développés dans les tomes à venir.

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Gageons que les jeunes lecteurs seront nombreux à guetter, comme Antoine et Hugo, la parution du tome 3 afin de connaître l’évolution de l’équipe et le fin mot de la propre histoire de Sorceline – un mystère ravivé par les toutes dernières pages qui ne peuvent pas ne pas attiser la curiosité…

Lu en mai 2019 – Vents d’Ouest (Glénat éditions), 10,95€

Chnourka (de Gaya Wisniewski, 2019)

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Cet album délicieux nous transporte au creux de l’hiver – celui du froid glacial, de la poudreuse qui freine les marches et du grand blanc qui nous ferait presque perdre nos repères. Cet hiver qui rend d’autant plus merveilleux le parfum des biscuits qui sortent du four, la chaleur du foyer, de l’amitié et des longues veillées à se raconter des histoires autour d’un thé. Un hiver sublimé par le charme et la sensibilité des aquarelles de Gaya Winsniewski.

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« Maintenant, j’éteins la lanterne, la lune éclaire notre marche. La neige est encore plus belle ainsi. Elle est tellement blanche qu’elle reflète nos rêves. »

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De la belle slow literature, nous invitant à prendre notre temps pour profiter des plaisirs de l’hiver et des moments de partage d’une bande d’amis aussi improbable que soudée. On s’émerveille avec eux des beautés de la nature, on suit le chat Mirko dans une aventure dont il sortira grandi et plus proche que jamais de ses compères. Jusqu’à ce qu’un beau jour, la neige fonde et la nature commence à s’éveiller sous nos yeux éblouis.

 

 

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Un concentré de plaisirs simples, d’amitié et de sagesse – un album paru le 21 mars, idéal pour se réchauffer lorsque le printemps commence à se faire désirer…

Merci beaucoup à l’éditeur pour cette gourmandise de saison !

Lu à voix haute en mai 2019 – Éditions MeMo, 16€

Le voyage de Darwin (de Giacomo Scarpelli et Maurizio A.C. Quarello, 2019)

Ce n’est plus un secret, nous adorons voyager dans l’espace et dans le temps ! Nous nous en sommes donné à cœur joie avec ce bel album qui nous a entraînés à bord du Beagle, navire célébrissime pour avoir conduit Charles Darwin autour du monde, entre 1831 et 1836…

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L’histoire de cette expédition et des observations de la nature qui ont inspiré L’origine des espèces est racontée avec enthousiasme par Syms, un jeune mousse qui assiste le naturaliste dans ses recherches. Toute déformation professionnelle de chercheuse mise à part (les sciences naturelles sont d’ailleurs hors de ma portée !) : impossible de ne pas se laisser gagner par curiosité et la soif de savoir de Syms qui sont absolument communicatives ! Son regard attentif nous fait découvrir la faune et la flore de contrées lointaines, sublimées par les magnifiques illustrations – de la jungle amazonienne à l’Australie, en passant par la Patagonie et les îles Galapagos. Chaque lieu est la promesse de nouvelles aventures, de rencontres (souvent drôles !) et de découvertes… En toile de fond du récit d’aventures, l’auteur évoque très bien l’époque, marquée à la fois par le développement de méthodes d’enquête scientifique et par les résistances réactionnaires, la traite des esclaves et les colonialismes.

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Les idées révolutionnaires de Darwin sont expliquées très simplement, au fil des échanges entre les deux protagonistes, dont on partage les interrogations, les conjectures et l’élan lorsque la résolution de l’énigme se présente !

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Ce concentré d’aventures, de voyages, d’anecdotes animalières et de révolution scientifique a évidemment fait l’unanimité à la maison ! Merci beaucoup à l’éditeur de nous avoir permis de découvrir cet album.

Extraits

« Pour résoudre un mystère, le bon détective réunit les indices qu’il trouve çà et là et les relie entre eux pour démasquer le coupable. Ah, si le naturaliste pouvait faire pareil… »

« Paco, qui parlait anglais, nous apprit à lancer les bolas, l’arme dont se servent les gauchos pour chasser sans descendre de cheval : il s’agit de trois pierres enveloppées dans du cuir et reliées par une cordelette en forme de T ; on en prend une dans la main et on fait tournoyer les deux autres au-dessus de sa tête. Une fois lâchées, elles vont s’entortiller autour des pattes de la proie pour la bloquer. Charles Darwin tenta un lancer, mais ne réussit qu’à entraver les pieds de son propre cheval ! »

« Ce n’est pas un ballon, Syms, c’est un tatou ! Un mammifère capable de s’enrouler sur lui-même et qui oppose aux prédateurs sa carapace d’écailles. Tu as découvert un animal bien intéressant. Et il le serait encore plus s’il ne dormait pas à poings fermés.
– Je sais comment le réveiller en douceur… »

Lu à voix haute en mai 2019 – Sarbacane, 15,90€

Robot Sauvage (de Peter Brown, 2017)

Robot sauvageUn cargo, un naufrage, une caisse rescapée du désastre qui échoue sur une île perdue… S’en extrait Rozzoum 7134, robot intelligent, capable de se déplacer, de communiquer et d’apprendre à améliorer l’exécution des missions qui lui sont confiées – mais pas vraiment conçue pour les aléas de la vie sauvage. Cela dit, ayant été activée pour la première fois sur l’île, elle n’imagine pas un seul instant qu’elle n’y est pas à sa place. Et elle est dotée de toutes les ressources pour apprendre de ses erreurs et de l’observation de la nature !

 

« Comme tu le sais, cher lecteur, Roz avait toujours aimé rester aussi propre que possible. Mais elle tenait encore plus à rester en vie qu’à rester propre, alors notre robot décida qu’il valait mieux se salir. Roz allait se fabriquer un camouflage. »

 

Mais quel joli roman que celui-ci… Rien que l’oxymore du titre et l’intrigante couverture nous ont fait chavirer ! Cette robinsonnade moderne est écrite dans une belle langue imagée qui fait de ce livre un bonheur de lecture à voix haute et un bel hommage aux merveilles de la nature. À travers les mésaventures et l’initiation de Roz, Peter Brown soulève des questions véritablement passionnantes : sur l’entraide au-delà des différences (puisque les animaux surmontent leurs réactions farouches, voire hostiles vis-à-vis de cette créature qui leur semble d’abord monstrueuse) ; sur la nature et l’humanité (dans quelle mesure un robot peut-il, par mimétisme et par des déductions itératives, s’approprier les comportements que les être vivants adoptent instinctivement ?) ; mais aussi sur la manière dont l’intelligence artificielle peut déborder au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer, en détournant les règles suivant lesquelles elle a été programmée (« Le système d’exploitation du robot l’empêchait d’être violent, mais rien ne lui interdisait d’être agaçant. »).

Les personnages (enfin, les animaux et le robot !) sont très attachants et leurs dialogues pleins d’humour. Par exemple lorsque Roz, désemparée, se fait expliquer comment « jouer la maman » par une vieille oie :

« – Tu veux qu’il survive, n’est-ce pas ? fit l’oie.
– Oui, je veux qu’il survive, assura Roz. Mais je ne sais pas comment jouer la maman.
– Oh, ce n’est rien : il suffit de donner de la nourriture, de l’eau et un refuge à l’oison, de faire en sorte qu’il se sente aimé sans trop le couver, de le protéger du danger et de veiller à ce qu’il apprenne à marcher, à parler, à nager, à voler, à bien s’entendre avec les autres et à se débrouiller tout seul. C’est tout. Le rôle de maman, ce n’est pas compliqué ! »

 

Grâce aux illustrations qui parsèment le texte et à des chapitres très courts, le texte est accessible à de jeunes lecteurs. Impatient, Hugo (qui est actuellement en CE1) a d’ailleurs sans problème dévoré les 50 dernières pages tout seul… Lui qui adore les romans animaliers, il est complètement entré dans l’histoire et a été très ému par le destin de Roz. Antoine, qui est un peu plus grand et actuellement plutôt porté sur la fantasy, n’a pas été transporté. Moins intéressé que son frère par l’expérience de l’initiation du robot à la vie sauvage, il a trouvé que l’intrigue était trop lente à démarrer et s’est agacé de la brièveté des chapitres.

De mon point de vue, ce roman n’en reste pas moins éminemment original, à la fois intelligent et plein de tendresse et de surprises – jusqu’à la toute fin !

Retrouvez l’avis de Linda qui a eu mille fois raison de nous inciter à rencontrer Roz…

Lu à voix haute en avril 2019 – Gallimard Jeunesse, 13,50€

Pombo Courage (d’Émile Cucherousset et Clémence Paldacci, 2019)

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Pantoufles et tomahawk en forêt !

Une couverture ravissante, une histoire en forme de conte, un roman dans lequel on entre avec le sentiment réjouissant de renouer intensément avec l’enfance – son insouciance, son imagination et sa créativité sans bornes…

 

 

 

 

 

Les deux protagonistes de l’histoire ne pourraient pas être plus différents l’un de l’autre, mais nous rappellent forcément des personnes rencontrées dans la vraie vie ! D’un côté, Pombo, incorrigible pantouflard qui préfère vivre ses aventures en imagination, confortablement installé dans son fauteuil à bascule ; de l’autre, Java le casse-cou qui ne tient pas en place et ne recule devant aucun défi. Justement, sa dernière lubie a de quoi donner le vertige à Pombo : il s’agit de construire une cabane au sommet d’un chêne. Leur amitié résistera-t-elle à ce projet téméraire ?

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Nous le savions depuis Truffe et Machin: avec son écriture vive et limpide, Émile Cucherousset n’a pas son pareil pour évoquer les jeux enfantins – nous avons pris autant de plaisir à le lire qu’à dévorer les romans d’Astrid Lindgren qui en parle si bien. Les illustrations douces et tendres de Clémence Paldacci donnent un charme irrésistible au roman et rendent joliment hommage à la forêt comme merveilleux terrain de jeux. On regretterait presque de ne plus avoir l’âge de construire de cabanes et de grimper aux arbres !

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Les dialogues débordent d’humour et d’esprit :
« – Java, pourquoi faudrait-il que ta cabane se trouve perchée tout là-haut ? Elle est très bien au sol.
– C’est pour voir le lointain, Pombo.
– Le lointain, je n’ai qu’à fermer les yeux pour le voir, Java.
– Ce n’est pas le lointain que tu vois. C’est le fond de ton imagination.
– Si tu crois que mon imagination a un fond… »

Ode au jeu et aux bonheurs simples de l’enfance, le roman célèbre aussi et surtout l’amitié qui transcende les différences, convainc de faire des concessions et peut fournir des ressources insoupçonnées pour parvenir à se dépasser…

Une merveilleuse lecture à voix haute ou un texte à lire seul. Émile Cucherousset parvient en effet à proposer un texte à la fois littéraire et accessible aux plus jeunes lecteurs. Nous vous mettons au défi de ne pas fondre de tendresse !

Un grand merci à Chloé Mary et à l’auteur pour l’envoi d’un exemplaire dédicacé qui m’est parvenu le jour de mon anniversaire !

Par ici pour les avis de Pepita, de Hashtagcéline et d’Aurélie

Lu à voix haute en avril 2019 – Éditions MeMo (Petite Polynie), 9€

La légende de Podkin le Brave, tome 2 : Le trésor du terrier maudit (de Kieran Larwood, 2019)

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Impossible de résister à l’envie de se suspendre de nouveau aux lèvres du barde pour apprendre la suite de la légende de Podkin le Brave ! Après nous être passionnés pour le premier volet intitulé Naissance d’un chef, nous avons été littéralement captivés par ce tome 2. Nous avons retrouvé Podkin, Paz et Pook dans le Terrier de Trou noir, où nous les avions laissés à l’issue d’une bataille remportée contre les redoutables Gorms. Quel est le mystère qui plane sur Trou noir et pourquoi la dague magique de Podkin s’y agite-t-elle sans cesse ? Le petit groupe de résistants parviendra-t-il à survivre et à mettre fin à la terreur semée par les Gorms ?

Quel plaisir de retrouver tout ce qui nous avait séduits précédemment ! Avant tout, le talent de conteur du barde qui agrémente ses récits de remarques avisées sur l’art de raconter : « Mais il n’est pas nécessaire de connaître les véritables réponses. C’est là qu’intervient l’art du conteur. Ce que tu m’as raconté n’est pas une histoire. Ce n’est que son squelette, quelques faits énoncés dans l’ordre sans aucun souffle de vie à l’intérieur. Le travail du conteur consiste à ajouter de la chair, de la peau au squelette. À donner vie au récit. Approprie-toi Sans-Famille, rends-le vivant avant de l’offrir à ton public. Le fait qu’il ne soit pas conforme au véritable Sans-Famille n’a aucune importance. Comme tu l’as dit, c’était il y a des milliards d’années. Qui est encore là pour te faire remarquer que tu te trompes ? »

Le conteur connaît indéniablement son affaire. L’intrigue est parfaitement calibrée pour nous tenir en haleine de la première à la dernière page. La quête de Podkin mêle juste ce qu’il faut de magie, d’humour et de souffle épique pour faire vibrer les jeunes lecteurs. Kieran Larwood continue de revisiter de façon très personnelle le genre de l’heroic fantasy, avec un protagoniste qui suscite facilement l’identification puisqu’il ne se comporte pas spontanément en héros. Pour le reste, il n’agit jamais seul, mais compte sur la force de l’entraide de personnages aux qualités complémentaires. La petite troupe s’étoffe d’ailleurs, faisant la part belle aux personnages féminins !

La plume est vive et se prête parfaitement à nos lectures à voix haute du soir. Le roman est très bien construit, avec un tournant donnant subtilement à penser que la légende pourrait avoir des répercussions sur le temps présent de la narration. La prudence excessive du barde et ses signes d’inquiétude aiguisent la curiosité autant que la grande bataille qui se profile entre lapins et Gorms…

Le trésor du terrier maudit confirme donc pleinement le talent de conteur Kieran Larwood, magnifié par de jolies illustrations en noir et blanc. Une lecture parfaite pour les jeunes lecteurs déjà friands de belle littérature. Il va de soi que nous serons prêts à l’automne pour le tome 3 !

Lu à voix haute en avril 2019 – Gallimard Jeunesse, 15,50€

 

Winterhouse Hotel (de Ben Guterson, illustrations de Chloe Bristol, 2018)

Notre dernière lecture est un roman américain tout juste paru qui plaira aux amateurs et amatrices d’aventures, de livres et de magie ! Néanmoins une lecture en demi-teinte pour nous…

Winterhouse Hotel couvertureOrpheline, Elizabeth mène une existence morose et solitaire chez son oncle et sa tante. Lorsque ces derniers l’envoient passer les vacances de Noël au Winterhouse Hôtel, Elizabeth découvre un endroit merveilleux : une bâtisse majestueuse, nichée dans un splendide paysage hivernal et dont les recoins réservent des rencontres inattendues, des surprises et des secrets. Une fois surmontée sa perplexité initiale (comment sa famille adoptive a-t-elle trouvé l’argent pour la loger dans un lieu si cossu ?), notre héroïne nous entraîne dans une enquête intrinsèquement liée à l’histoire du lieu. On se prend au jeu de la chasse aux indices, mais Winterhouse semble aussi avoir ses côtés sombres et ses ombres qui planent de façon inquiétante…

Ce livre déborde de belles idées qui parlent aux enfants. Avant tout, celle de choisir pour décor un lieu de vacances si merveilleux qu’il semble magique – et qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler Poudlard, au cas où vous n’auriez pas déjà fait le parallèle avec une célèbre série au paragraphe précédent… La féérie des plaisirs hivernaux, des festins et des spécialités de Winterhouse a beaucoup fait rêver Hugo.

Nous avons aussi aimé partager la passion d’Elizabeth pour la lecture et les bibliothèques. Quelque chose qui nous a d’autant plus parlé que nous partageons bon nombre de lectures avec elle : Le mystérieux cercle Benedict (p. 82), Le jardin secret (p. 89), Alice au pays des merveilles (p. 115), les enquêtes de Sherlock Holmes (p. 206), Cœur d’encre (p. 276), Le Hobbit (p. 428)… Nous avons pioché au passage d’autres idées de romans cités alors que nous ne les connaissions pas, comme Vingt-quatre heures dans l’incroyable bibliothèque de M. Lemoncello (p. 97), que j’ai ajouté à ma liste d’idées de futures lectures. J’ai aussi noté avec amusement un clin d’œil à un autre hôtel, celui des Vacances de M. Hulot (p. 190), qui fait partie des références mythiques des séjours d’Antoine et Hugo chez leurs grands-parents…

Une autre trouvaille concerne le travail autour des anagrammes, échelles de mots et messages chiffrés dans le roman. Des allusions aux événements à venir apparaissent dans l’ombre de chaque titre de chapitre sous la forme d’échelles de mots. Aucun code ne résiste à Elizabeth et à son nouvel ami Freddy. Les jeux de piste auxquels se livrent les deux amis sont très ludiques et leur entrain est véritablement communicatif. Hugo s’est donc très vite lancé pour inventer anagrammes et échelles de mots !

Cela dit, pourquoi une lecture en demi-teinte ? Le fait est que nous avons été moins captivés par ce roman que par d’autres. L’intrigue souffre à la fois d’une trop grande prévisibilité et de plusieurs incohérences. J’ai eu l’impression d’une lecture touffue, interrompue par de trop nombreuses digressions autour de lieux, de personnages ou de situations certes intéressants mais donnant souvent l’impression de diluer la tension narrative. En outre, l’écriture n’est pas très belle et manque de fluidité, avec des coquilles multiples, ce qui est un comble pour un roman mettant en scène une amoureuse des livres et des mots. Dans l’ensemble, si Hugo a apprécié ce séjour au Winterhouse Hôtel, c’est avec le sentiment d’un potentiel insuffisamment réalisé que nous avons refermé ce livre… Peu de chances, donc, que nous poursuivions avec le tome 2 qui vient de paraître aux États-Unis.

Extrait

« Nous t’avons prévenue à plusieurs reprises que nous devions nous absenter pour trois semaines et que tu ne pouvais pas rester seule en notre absence. Tu ne seras donc pas surprise par la teneur de cette lettre. Les portes et volets de la maison sont fermés. Tu trouveras dans cette enveloppe un billet pour le train du nord, départ dix-huit heures vingt. Ne le rate pas, et lorsque tu arriveras à Sternhaven demain, tu iras à la gare routière, où t’attend un autre billet. Il faut que tu prennes le bus qui conduit à Winterhouse Hôtel, où tu es attendue. Ci-joint également trois dollars, pour ton voyage. Tu recevras un autre billet pour rentrer après le Nouvel An. Interdiction de raconter tes inepties habituelles ! »

« – Terminus ! annonça le chauffeur. Winterhouse Hôtel !
Un mur de briques apparut, puis un immense portail en fonte, aux battants ouverts. Enfin, sous les yeux d’Elizabeth, illuminé comme en plein jour, surgit le colossal hôtel – véritable forteresse de briques dorées, aux remparts saillants, aux fenêtres de cristal, aux tourelles élancées, toutes ornées de lumières scintillantes, d’oriflammes flottant dans les cieux et d’un bon millier, semblait-il, de bannières argentées toutes frappées d’un W blanc, immaculé, éblouissant. Çà et là saillaient des porches aux vastes arches, des balcons ornés de lanternes chinoises; des arbres couverts de scintillantes guirlandes de métal bordaient la façade de l’hôtel comme autant de projecteurs de théâtre. Jamais Elizabeth n’avait imaginé qu’un bâtiment puisse être à la fois aussi grand et aussi beau. »

Lu à voix haute en mars-avril 2019 – Albin Michel, 15,90€