Pax et le petit soldat, de Sara Pennypacker (2016 pour l’édition originale en anglais, 2017 pour la traduction française)

Un garçon, un renard apprivoisé – inséparables, mais pourtant brutalement arrachés l’un à l’autre par une guerre… Parviendront-ils à se retrouver sains et saufs ? La route est parsemée de dangers, mais aussi de rencontres inattendues !

Tels sont les ingrédients principaux de ce très joli roman publié il y a deux ans et salué unanimement par la critique. Je suis vraiment ravie de voir qu’un roman comme Pax et le petite soldat peut susciter un tel engouement : il s’agit d’un beau texte exigeant, raconté à deux voix par les deux protagonistes – et, loin des « page turners » qui caracolent en tête des ventes, avec un rythme à la fois intense et assez lent, ponctué de souvenirs et prenant le temps de nous montrer comment Peter et Pax se transforment au cours de leurs périples respectifs… Nous n’avons pas boudé notre plaisir : ces deux personnages sont irrésistiblement attachants, impossible de ne pas éprouver un élan de tendresse en apprenant à les connaître ! L’intrigue est passionnante. L’écriture est sublime et souvent bouleversante.

À travers le destin de Pax et de Peter, Sara Pennypacker évoque des thèmes universels : la perte d’un proche, la culpabilité, le doute, la solitude, l’expérience à la fois enthousiasmante et douloureuse de grandir, la difficulté de trouver sa voie par rapport à ses parents, l’émancipation, l’épreuve mêlée d’exaltation du retour à la vie sauvage…

J’ai trouvé géniale l’idée d’évoquer la guerre de la perspective d’un enfant et d’un animal. On n’apprend quasiment rien des ressorts de cette guerre particulière, mais on observe son déroulement et ses conséquences immédiates et durables d’un regard innocent, à hauteur d’enfant. Là où une fresque sur l’horreur de la guerre serait difficilement supportable par de jeunes lecteurs, Pax et le petit soldat nous la raconte de façon impressionniste, à travers le ressenti de ses petits héros. Ce livre est un vibrant hymne à la paix qui a résonné fortement chez nous tous.

En même temps, ce livre est étrangement empreint d’une douceur réconfortante, à l’image des illustrations sans pareille de Jon Klassen. L’amitié indéfectible que partagent le garçon et le renard, la façon dont ils apprivoisent la nouvelle situation, leur détermination et la bienveillance qu’ils suscitent, font souffler sur cette lecture un vent d’optimisme.

 

Extraits

« Parce que ça m’est soudain revenu : bon sang, j’adorais ces pêches. Il m’arrivait de me glisser dehors au milieu de la nuit pour aller en chercher. Je m’allongeais dans l’herbe sous ces arbres, au milieu des lumières des vers luisants et des stridulations des sauterelles, avec un tas de pêches sur le ventre, et j’en mangeais jusqu’à ce que le jus coule dans mes oreilles. Ça m’est revenu si nettement. C’était un souvenir que je pouvais sentir, que je pouvais entendre, que je pouvais goûter. Mais je ne comprenais pas comment cette petite fille pouvait être la même personne que celle qui avait enfilé un uniforme, pris un pistolet et fait ce que j’avais fait pendant la guerre. »

« […] Pax s’élança en avant. Son corps était léger, sa graisse brûlée par ces journées de jeûne. Il courut comme les renards sont censés courir : un corps compact filant comme une flèche dans l’air, à une vitesse qui faisait ondoyer son pelage. La joie de la découverte de la vitesse, l’imminence de la nuit, l’espoir de la réunion avec son garçon, tout cela le transformait en ce feu liquide qui fonçait entre les arbres. Ce feu qui n’était pas concerné par la pesanteur. Pax aurait pu courir indéfiniment. »

« Au moins savait-il que son garçon n’était pas là. Aucun de ces hommes n’avait sa silhouette mince, aucun ne se déplaçait avec la même énergie vive, aucun ne se tenait comme le faisait Peter, droit, mais la tête un peu inclinée vers le bas. Il en fut soulagé : les autres odeurs du camp – fumée, diesel, métal brûlé, et une étrange et noire odeur électrique – faisaient partie de ce dont il aurait essayé d’éloigner Peter. »

«  – Je ne me mets pas en colère. Je ne suis pas comme lui. Je refuse d’être comme lui.
Vola s’assit en face de lui.
– Oh. Je vois. Je comprends, maintenant. Mais je ne crois pas que ça puisse marcher. Tu es humain, et les humains ressentent de la colère.
– Pas moi. Trop dangereux.
Vola leva la tête et lâcha son étrange rire aboyant.
– Laisse-moi te dire que tous les sentiments sont dangereux. L’amour, l’espoir… Ha ! L’espoir ! Tu parlais d’un sentiment dangereux ? Non, on ne peut pas les éviter, aucun d’entre eux. Nous possédons tous en nous un monstre qui s’appelle la colère. Il peut se révéler utile : notre colère contre l’injustice peut donner de très bons résultats. Bien des maux sont réparés ainsi. »

« C’était pour l’eau qu’il y avait la guerre. Peter se rappela que Vola lui avait demandé un jour de quel côté se battait son père.
– Du côté de ceux qui libèrent, ou de ceux qui protègent?
Peter n’avait même pas compris qu’elle puisse lui poser la question.
– Du bon côté, bien sûr! avait-il répondu indigné.
– Gamin, l’avait appelé Vola.Gamin! avait-elle répété, pour être certaine qu’il l’écoute. Crois-tu que, dans l’histoire de ce monde quelqu’un ait jamais décidé de se battre du mauvais côté ? »

Lu à voix haute en octobre/novembre 2018 – Gallimard Jeunesse, 13,90€

pax et le petit soldat

Mémoire en eaux troubles, de Joëlle Van Hee (2017)

Dans ce roman, l’autrice belge Joëlle Van Hee n’y va pas par quatre chemins pour nous parler de choses graves et universelles, mais parvient à le faire sans pathos, avec beaucoup de tendresse, d’humanité et même de l’humour !

Son protagoniste, Antonin, doit faire face à une épreuve terrible : la maladie d’Alzheimer de son grand-père, qu’il adore. Le roman évoque, à travers son regard, de façon juste et touchante la souffrance et les réactions parfois maladroites des membres de la famille, le malaise, l’appréhension et le dégoût d’Antonin en découvrant la « section spéciale » où réside son grand-père et la démence des malades – les « schmouls », comme Antonin les nomme spontanément lors de sa première visite. Son sentiment d’impuissance face à l’inéluctable déclin de cet homme qu’Antonin a toujours connu droit et fort, et qu’il admire tant. Ce livre, parce qu’il est si brut et direct, permet d’apprendre beaucoup de choses sur Alzheimer et la fin de vie.

Mais ce ne serait pas rendre justice au roman que de le réduire à cela : il raconte aussi et surtout la tendresse éprouvée par Antonin à l’égard de son grand-père et la manière dont il parvient à apprivoiser ses troubles – et ceux des autres résidents – et à accompagner le vieil homme le mieux possible. L’élan de cohésion familiale face à l’épreuve est restitué de façon juste et belle. J’y ai vu une belle invitation à profiter de la vie et à cultiver les liens si précieux avec ceux qui nous sont les plus chers, même lorsqu’ils ne sont plus ceux qu’ils avaient pu être.

Le roman vit aussi d’une intrigue passionnante, puisque le grand-père d’Antonin semble hanté par un secret remontant à la période tourmentée de la Seconde guerre mondiale : parviendra-t-il à se confier à son petit fils avant que ses souvenirs ne se dissipent complètement ? Et Antonin, qui souhaite de toutes ses forces pouvoir aider son grand-père à se libérer de son fardeau, a-t-il vraiment envie de connaître la vérité ?

Merci beaucoup aux éditions du Jasmin qui m’ont permis de découvrir Mémoire en eaux troubles. Il s’agit d’un livre très riche et touchant qui donne une belle leçon d’humanité. À titre personnel, j’ai toutefois été un peu dérangée par le registre de la narration : une langue très directe, souvent familière, ironique et ponctuée d’interjections et de points d’exclamation, dont j’imagine qu’elle est supposée refléter l’expression d’un adolescent écorché qui raconte son histoire à l’oral, ou même qui se confie à un journal intime (le lecteur est parfois tutoyé et pris à partie). Ce registre de langue m’a gênée pour entrer pleinement dans l’histoire, mais cela ne m’a pas empêchée d’être émue par la dernière partie du roman. Mais cela ne représente que mon expérience subjective et ne perturbera sans doute pas la lecture du cœur de cible du roman, les lecteurs qui ont l’âge d’Antonin !

Extrait

« – Tu as vu les moiseaux ? répète-t-il.

Il n’attend pas de réponse, je le sais. Il cherche seulement à attirer mon attention. Je m’approche de lui et je lui prends la main. Elle tremble toujours autant. Pauvre Papy…

Quand on est « moiseau » on n’imagine pas plonger et devenir poisson. Comment passer de l’air à l’eau sans y laisser toutes ses plumes ? Se faire poisson, c’est troquer ses ailes contre des nageoires et des écailles, c’est se glisser dans une combinaison de caoutchouc. S’enfoncer dans la mer, pénétrer dans un plasma vert où tout est mou et souple, où les bruits et les mouvements sont étouffés, où tout est lisse, où tout fuit, où tout est pris dans cette matière fluide qui te tient en suspension entre deux courants, deux lumières, deux températures. Les rayons du soleil y sombrent, les arbres y ont de longs cheveux et les vents s’y déplacent sans souffler, sans craquer mais en te faisant plier. Être poisson c’est ne plus pouvoir se débarrasser de cette seconde peau qui te colle au corps, ni ce de ce sel qui te colle aux yeux. C’est ne plus avoir de pères, ne plus jamais avoir soif, ne plus jamais tomber et se faire mal, mais couler, couler, couler, jusqu’au fond du fond du fond, sur le sable mou, dessous, et couler encore. C’est être l’épicentre d’une onde de choc qui jamais ne s’arrête de faire des vagues. C’est encaisser tous les coups, toutes les ondes de choc des autres, sans savoir pourquoi, sans comprendre. Rien. Jamais. Devenir poisson, c’est se souvenir qu’on était libre quand on était oiseau. C’est le regarder, cet oiseau, et ressentir encore l’ivresse de quand on déployait les bras pour glisser sur les ailes du vent. C’est sentir le vent traverser son cœur comme quand on montait toujours plus haut, qu’on fendait l’air à plein bec et qu’on se laissait tomber, pour se redresser juste avant que le sol ne nous rattrape… Être poisson, c’est être incapable de hurler son impuissance liquide…

Je croyais pouvoir oublier mon cafard chez Papy, c’est râpé. Un mot, « moiseau », a suffi à me faire toucher le fond à ses côtés. Ses mots inventés sont si beaux. »

 

Lu en octobre 2018 – Éditions du Jasmin, 14,90€

Mémoire en eaux troubles

Fishgirl, de David Wiesner & Donna Jo Napoli (Éditions du Genévrier, 2017)

Il y a des livres qu’on ne peut pas ne pas ouvrir ! Tenez par exemple : si j’entends parler d’un livre illustré par David Wiesner, et qu’en plus il est question de mondes aquatiques, je pense immédiatement à ça :

 

Fish girl_Couv.asp

Quand on connaît Le monde englouti, impossible de résister à la tentation de lire Fish Girl et je remercie les éditions du Genévrier de m’en avoir donné la possibilité ! Cette fois, il ne s’agit pas d’un album sans texte, mais d’un « roman graphique » de plus de 180 pages, écrit en collaboration avec Donna Jo Napoli. La couverture a eu un effet magnétique sur nous. Impossible de ne pas être intrigués par cette présence humaine dans ce monde sous-marin, puis par les petits détails discernables dans l’entrelacs des algues ! Ce livre a été un coup de cœur immédiat pour Hugo qui a voulu le commencer tout de suite. Ne pouvant plus soutenir le suspense, il l’a même (fait rarissime pour les livres que nous commençons ensemble), terminé tout seul le soir-même… mais il a quand même voulu relire la fin avec moi le lendemain !

De quoi s’agit-il ? À l’aquarium des Merveilles de l’Océan, Neptune règne en maître. Mais la vraie attraction, c’est Fish Girl. Mystérieuse créature hybride, fille poisson insaisissable, c’est elle que les visiteurs s’efforcent d’apercevoir entre bans de poissons, algues et coraux. Existe-t-elle vraiment ou ses apparitions furtives sont-elles le fruit de notre imagination ? Qui est-elle et quelle est son histoire ? Quelle est cette autorité sans faille que Neptune prétend exercer sur elle – et sur l’ensemble des mondes marins ? Les questions se multiplient et, sous nos yeux, une rencontre inattendue pousse Fish Girl, à chercher elle-même les réponses avec une détermination dont elle ne se croyait pas capable…

Fish Girl est un très beau livre, très riche, qui se prête à être lu et relu. Un énorme point fort concerne, comme j’y ai fait allusion plus haut, son intrigue captivante qui vient nous prendre dans ses filets. La mise en page, jouant sur l’alternance de plusieurs cadrages et formats d’illustrations, vient donner du rythme. Nous avons également aimé Fish Girl pour sa palette de couleurs bleutées, pour son univers aquatique fascinant, à la fois étrange et réconfortant.

 

Fishgirl_extrait 2

Le troisième point fort de cet album est, sans aucun doute, l’intérêt et l’originalité de la thématique. De façon très subtile, Fish Girl nous parle de captivité et de maltraitance. Cette lecture montre très bien à quel point il est difficile de prendre conscience de cette oppression lorsqu’elle est exercée par quelqu’un qui se présente comme protecteur, qu’on ne connaît que cette personne manipulatrice, qu’on vit captive, qu’on n’a pas trop confiance en soi et qu’on se sent différente… L’intrigue, les illustrations et les métaphores (par exemple sur l’émancipation permettant à une jeune fille de se tenir littéralement « debout ») portent de belles valeurs de liberté et d’émancipation, de vérité et de solidarité. S’il est pas évident de parler de tout cela de manière frontale avec des enfants, Fish Girl permet de le faire, sous une forme largement métaphorique et grâce à la pincée de magie et de merveilleux qui rendent un livre adapté à de jeunes lecteurs. Il faut reconnaître la prouesse des auteurs qui parviennent, avec beaucoup de sensibilité, à nous montrer le cheminement interne de Fish Girl vers la liberté, représentée par l’horizon complètement ouvert de l’illustration finale.

Vous aurez compris que Fish Girl nous a beaucoup plu. Si c’est un coup de cœur sans équivoque pour Antoine et Hugo, j’aurais pour ma part un seul petit bémol. Les précédents albums de David Wiesner (Le monde englouti, mais aussi Max et son art par exemple) avaient placé la barre très, très haut – et à cet égard, je n’ai pas été époustouflée par les illustrations comme je m’y attendais. Certaines m’ont semblé trop lisses et moins abouties, mais d’autres (comme cette belle double-page ci-dessous) nous ont beaucoup inspirés. Un plongeon en apnée, ça vous dit ?

Fishgirl_extrait 4

Lu à voix haute en septembre 2018 – Éditions du Genévrier, 20€

Sally Lockhart. La malédiction du rubis de Philip Pullman (1985 pour l’édition originale en anglais, 2003 pour la traduction française)

Lu à voix haute en septembre 2018

Si on me demandait de citer les lectures du soir qui m’ont le plus marquée, Les Royaumes du Nord feraient sans aucun doute partie de celles qui me viendraient à l’esprit en premier : intrigue à couper le souffle, univers fascinant magnifié par la plume de l’auteur, personnages inoubliables… Comment ne pas se pencher avec avidité sur les autres écrits du talentueux Philip Pullman ? C’est ainsi que nous ouvert le premier tome des aventures de Sally Lockhart. Outre la valeur sûre que représente l’auteur, la couverture et la quatrième nous promettaient un mystère, de l’aventure, et un voyage dans le temps et l’espace, nous projetant à la fin du 19ème siècle au cœur des quartiers les plus mal famés de Londres. Comme dans Les Royaumes du Nord, l’héroïne est une jeune fille – encore un choix qui contribue à me rendre Philip Pullman sympathique.

Le personnage de Sally est d’ailleurs un point fort du roman : on a plaisir à rencontrer cette héroïne indépendante, attachante, débrouillarde et réfléchie – voire stratège ! Ces qualités lui sont indispensables pour mener l’enquête et faire face aux menaces qui se multiplient depuis la disparition, suspecte, de son père en mer de Chine : un rubis à l’histoire trouble, une malédiction effrayante, l’intrusion de multiples personnages peu recommandables, la succession de morts violentes dans l’entourage de la jeune fille…

Malgré ces qualités et au regard de nos attentes élevées, le roman nous a un peu déçus. Nous avons fini par le terminer, mais sa lecture a été un peu laborieuse et j’ai cru plusieurs fois que les enfants allaient décrocher. Pourquoi ? Ils sont probablement un peu jeunes pour entrer dans le public ciblé par le roman – l’éditeur le recommande « à partir de 11 ans », mais l’écriture exigeante, la multiplication des morts violentes, le contexte historique et l’évocation détaillée des fumeries d’opium et des activités de piraterie le destinent sans doute à des lecteurs plus âgés.

Cela dit, la raison principale de nos épisodes de lassitude me semble plutôt liée à l’intrigue qui est menée de façon un peu décousue. Les fils de l’histoire – liés au passé de Sally, à la disparition du père, aux activités troubles de l’effrayante Mme Holland et à la recherche du fameux rubis – ne s’imbriquent pas de façon fluide et on a parfois l’impression de perdre l’un des fils. Les digressions, notamment sur l’activité de photographie de l’un des amis de Sally, sont trop nombreuses et peuvent, elles aussi, donner l’impression qu’on perd le fil. Et ces longueurs sont d’autant plus flagrantes que la résolution des différentes intrigues intervient en trois coups de cuillère à pot et sans que l’on puisse suivre comment ni pourquoi. Une déception relative donc, mais à mettre en perspective par rapport à des attentes qui étaient très élevées !

Extrait

« C’était une personne d’environ seize ans, seule et d’une beauté rare. Mince et pâle, elle portait un costume de deuil, avec un bonnet noir, sous lequel elle coinça une mèche blonde que le vent avait détachée de sa chevelure. Elle avait des yeux marron, étonnamment foncés pour quelqu’un d’aussi blond. Elle s’appelait Sally Lockhart, et dans moins d’un quart d’heure, elle allait tuer un homme. »

« Sa mère était une jeune femme fougueuse, sauvage et romantique, qui montait à cheval comme un cosaque, tirait comme une championne et fumait de tout petits cigares noirs dans un fume-cigarette en ivoire, ce qui scandalisait et fascinait tout le régiment. »

Folio Junior, 7,40€

Sally Lockhart

Au-delà de la forêt de Nadine Robert et Gérard Dubois (2017)

Lu à haute voix en septembre 2018

Imaginez un petit village, à peine un hameau, perdu dans une forêt aussi effrayante qu’incommensurable.

Au-delà de la forêt_forêt

On a beau pressentir le danger, comment ne pas avoir irrésistiblement envie de savoir ce qu’il y a au-delà ? Existerait-il un moyen d’y parvenir sans se risquer à traverser ? Telle est l’intrigue passionnante de ce bel album qui a littéralement ravi les garçons qui lisent pourtant plus volontiers des gros pavés ces derniers temps… Cette idée de ne pas renoncer là où tous rebroussent chemin, de passer outre et de se poser un défi spectaculaire – tout cela leur a parlé à 100% ! Un peu comme l’avait fait Le secret du rocher noir, construit suivant à partir d’une intrigue similaire.

au-delà de la forêt

Le suspense est instauré dès la couverture (puisque le titre nous annonce qu’il s’agit d’aller au-delà de la forêt sans rien nous montrer qui dépasse l’horizon des deux protagonistes), puis délicieusement ménagé jusqu’à la dernière page. Mes petits auditeurs ont vibré de plaisir, à un point auquel je dois avouer que je ne m’attendais pas !

Mais il n’y a pas que cela : l’objet-livre est beau, avec sa couverture rigide et texturée et ses illustrations tellement « vintage » (on croirait presque retrouver un album de Beatrix Potter). À dire vrai, d’habitude, j’ai plutôt le coup de cœur pour les explosions de couleurs qui sont peut-être plus dans l’air du temps, comme par exemple – pour rester dans l’univers de la forêt – dans l’album Lotte, fille pirate, de Sandrine Bonini et Audrey Spiry.

Lotte fille pirate

Mais finalement, ce côté rétro, travaillé jusque dans les moindres détails, graphismes, couleurs un peu effacées, donne au livre des allures de conte et produit un effet réconfortant comme une madeleine de Proust. Tout fait du bien dans cette lecture : l’enthousiasme de mettre à exécution une idée folle, la satisfaction du travail effectué et du chemin parcouru pas à pas, la complicité du jeune héro avec son père, et le bel élan collectif et la solidarité déclenchée par leur projet qui pouvait pourtant paraître si démesuré à première vue. Un vrai album « feel-good », immédiatement adopté par Hugo comme livre de chevet !

Seuil jeunesse, 13,90€

Au-delà de la forêt_extrait