Jonah, tome 3. La balade d’Adam et Véra, de Taï-Marc Le Thanh (Didier Jeunesse, 2014)

Jonah 3

Plus de trois mois avaient passé depuis le tome 2, il était temps de nous replonger en lecture à voix haute dans la série Jonah dont les tomes 1 et 2 nous avaient tant enthousiasmés ! Nous avons donc repris le fil de l’incroyable histoire de Jonah, l’orphelin infirme qui a le don de voir (et de nous montrer) le monde sous son jour le plus lumineux, le plus doux, le plus heureux. Alicia et lui reçoivent de stupéfiante révélations sur les origines du jeunes garçon. Des découvertes qui les précipitent vers de nouvelles aventures à couper le souffle…

On l’a déjà compris précédemment : la destinée de Jonah sera hors du commun, mais l’histoire ne se résume pas à cela. C’est une véritable fresque que Taï-Marc Le Thanh continue de tisser, faite d’entrelacs de fils narratifs qui semble s’imbriquer miraculeusement, mais jamais ne s’emmêlent. L’histoire est donc aussi celle des orphelins de M. Simon, de Martha et Big Jim, de Malcom, des Sentinelles, du président et surtout celle d’Adam et Véra qui savourent une « balade » qui n’est certes pas de tout repos, mais qui a le goût incomparable de la liberté. Ce n’est pas tout ! Plusieurs « personnages » secondaires, dont l’ours blanc du tome précédent, s’étoffent et gagnent en importance. D’autres encore viennent rejoindre cette joyeuse ribambelle : plus on est de fous, plus on rit !

Chacune de ces péripéties nous prend de cours, avec des rebondissements rocambolesques et des personnages faisant voler en éclats tous les clichés.

Ce troisième tome confirme les promesses des précédents, notamment les talents de conteurs et l’imagination sans bornes de l’auteur qui repousse résolument les limites de tout ce que nous pouvions concevoir jusqu’alors sans que l’on doute une seconde de la crédibilité de l’intrigue. Hugo et moi avons pleinement goûté le vent de folie et l’esprit « rock’n’roll » qui soufflent sur ce road-trip. Seule (petite) réserve : les chapitres courts qui nous font basculer toutes les quelques pages d’un fil narratif à l’autre, ce qui peut être un peu frustrant… mais contribue à rendre cette lecture addictive. On se demande bien où cette série nous emmène avec cette histoire de nature vengeresse déchaînant les éléments !

Les paris sont ouverts : combien de temps tiendrons-nous avant de nous jeter avidement sur le prochain tome ?

Extrait : « Pour faire simple, être rock’n’roll consiste à ne jamais se laisser abuser par une situation. Être rock’n’roll, c’est un peu comme nager dans les eaux troubles en choisissant le sens du courant. Pas de dérive, pas de contraintes, c’est un peu ça être rock’n’roll. »

Lu en février 2020 – Didier Jeunesse, 16€ (disponible aussi en Poche, 6,90€)

Animains, de Silvia Lopez et Guido Daniele (Éditions du Genévrier, 2019)

Animains

La nature est époustouflante : prenez le prodigieux camouflage du caméléon, le bec flamboyant du toucan, les couleurs du canard mandarin, les motifs fascinants des rayures du zèbre, ou la délicatesse du papillon « monarque » ! Cet album rend hommage à toute cette beauté, sublimée par le format à l’italienne et le pinceau minutieux de Guido Daniele. Le support est pour le moins inhabituel, puisque l’artiste milanais esquisse ces seize splendides animaux non pas sur une toile ou une feuille de papier, mais sur… des mains ! Paume, doigts, plis et ongles permettent à merveille de reproduire becs, écailles, rides, pelage, nervures, oreilles et pupilles… Une manière originale de symboliser la responsabilité des humains qui tiennent pour ainsi dire dans leurs mains le futur du monde animal.

Animains_camaléon

L’album est de ceux qui se prêtent à plusieurs lectures. Chaque double-page présente une espèce, dont on peut admirer les singularités que Guido Daniele jubile manifestement à représenter dans leurs moindres détails. Certaines des peintures sont vraiment stupéfiantes de réalisme ; à première vue, on ne soupçonnerait pas que ces animaux sont peints ! Les textes de Silvia Lopez sont à la fois concis et riches d’anecdotes qui témoignent bien de la diversité des façons dont les espèces s’adaptent à leur environnement. Et bien sûr, une fois le principe compris, Antoine et Hugo ont pris beaucoup de plaisir à repérer les mains humaines (parfois nombreuses) qui se camouflent derrière les illustrations.

Animains_aigle

Animains_panda géant

A mi-chemin entre livre d’art et documentaire, Animains est une lecture à la fois plaisante et instructive. Seules réserves : on ressent bien la tendresse des auteurs pour chacune des espèces présentées, mais on en apprend finalement peu sur ce qui les rendent vulnérables. Les risques d’extinction ne sont évoqués que sur une double-page finale (dont la mise en page me semble assez rébarbative…), ce qui est dommage étant donnée l’ambition affichée par cet album de sensibiliser ses lecteurs à la préservation de la biodiversité. Par ailleurs, à moins de poser l’album sur une table, son format à l’italienne ne facilite pas la consultation des illustrations « verticales » (comme celle du panda ci-contre), heureusement peu nombreuses.

À faire découvrir à celles et ceux qui aiment l’art, la nature et… le camouflage !

Pour en savoir plus sur le handpainting de Guido Daniele, n’hésitez pas à consulter son site.

 

Extraits

« Dans certains pays d’Asie, les canards mandarins sont considérés comme un symbole d’amour et de fidélité, parce que mâle et femelle restent ensemble toute leur vie.
Le mâle est considéré comme l’un des plus beaux canards au monde. Ses plumes sont une explosion de couleurs et de motifs, contrairement à celles de la femme qui n’ont rien de spectaculaire. Mais il y a une bonne raison à cela.
La femme mandarin dépose ses œufs dans des creux d’arbres hauts placés. Ses plumes unies se mêlent aux ombres, dissimulant le nid aux prédateurs tels que les serpents, les chouettes ou les putois. »

« Un pygargue à tête blanche plane au-dessus d’un lac scintillant, ses immenses ailes déployées, à quelques 1000 mètres d’altitude. Même à cette hauteur, l’oiseau peut repérer un poisson nageant au loin. Les paupières de l’aigle produisent des gouttelettes huileuses qui enduisent ses yeux et atténuent le reflet de l’eau. L’expression « œil d’aigle » n’a jamais été plus appropriée. » 

Lu en janvier 2020 – Éditions du Genévrier, 16€

Petits tigres, de Jo Weaver (Kaleidoscope, 2019)

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« Petits tigres » : sur cette splendide couverture brille un titre qui sonne comme un oxymore, tant la réputation du tigre est terrible. Notre imaginaire a tendance à classer cet animal avec les loups et les lions, parmi les prédateurs les plus redoutables. Les tigres sont majestueux, fauves, terrifiants, mais on ne les voit habituellement pas comme petits. Et pourtant, le tigre est une espèce animale vulnérable, poussée dans ses retranchements par les humains…

Jo Weaver a donc mille fois raison de renverser les clichés avec ces petits tigres adorables qu’elle esquisse avec une tendresse communicative. L’intrigue est simple, mais palpitante : deux tigreaux et leur mère doivent fuir la présence des hommes et chercher un nouvel abri dans la jungle – une tanière chaleureuse et abritée de l’humidité et des autres animaux… Parviendront-ils à trouver refuge avant la tombée de la nuit ?

Petits tigres_extrait

Nous avons tourné les pages avec avidité, soucieux du devenir des félins et époustouflés par la beauté du décor digne des meilleures pages de Rudyard Kipling, sublimé par le trait de l’autrice. Ces dessins réalisés au fusain sont une merveille, un véritable hymne à la beauté de la nature sauvage ! Les trois tigres, qui se détachent grâce au jeu sur les couleurs, sont tout simplement irrésistibles et représentés avec beaucoup de sensibilité ; la préoccupation de la mère, la gaieté insouciante et la soif d’exploration des petits sont palpables.

Petits tigres_extrait2

Petits tigres

Un hommage touchant à l’amour maternel et à la chaleur réconfortante des liens familiaux. Qui nous dit aussi, avec une douceur infinie, l’importance essentielle d’avoir un foyer – et la vulnérabilité terrible de ceux qui n’en ont pas.

Un merveilleux condensé de beauté et d’émotions, à partager en famille, en ronronnant de plaisir !

L’avis de Pepita est disponible ici.

Lu à voix haute en janvier 2020 – Kaleidoscope / L’école des loisirs, 13€

Ma vallée, de Claude Ponti (L’école des loisirs, 1998)

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Il y a des livres dont Antoine et Hugo ne se lassent jamais. Ils restent à portée de main sur les étagères de leurs chambres et je les retrouve régulièrement empilés dans tous les coins de la maison… Nous aimons les ré-ouvrir ensemble, parfois après plusieurs années. Certains ont la saveur des madeleines de l’enfance, nous replongeant instantanément dans la période de vie où nous les avons lues et relues. Beaucoup conservent un charme intact, qui opère aussi bien aujourd’hui qu’il y a quelques années. Cette semaine, par exemple, nous avons pris beaucoup de plaisir à relire plusieurs livres de Claude Ponti, dont Ma Vallée, un album grand comme un univers, qui nous fait entrer dans le monde merveilleux des Touims. Depuis tout petits, les garçons aiment beaucoup ce grand-format qui ne manque jamais de les intriguer, de les enthousiasmer et de les toucher.

Ma Vallée, c’est d’abord un objet-livre unique en son genre, fascinant, foisonnant, avec de petites surprises qui se nichent un peu partout (jusqu’au code barre !) et que les enfants n’ont pas leur pareil pour repérer. On découvre l’univers et le quotidien des Touims, grâce à l’alliage improbable d’une bonne dose de fantaisie et de codes quasi-scientifiques, avec force schémas annotés et cartes à la clé !

Ma vallée_carte      Ma vallée_bâtiment

Nous ne résistons pas à la mignonnerie irrésistible des Touims, adorables boules de poil pleines de vie, de créativité et de bonne humeur. Leur gaieté et leur entrain à inventer mille jeux sont communicatifs et amusent beaucoup Antoine et Hugo (il faut ici faire une mention spéciale de leur technique de construction de bonhommes de neige !).

Ma vallée_neige

Ma vallée_flaquesLes Touims donnent aussi envie de savourer la vie qui fourmille dans la nature, de nous laisser bercer par le rythme rassurant des saisons qui passent, de rêver sans limite. Claude Ponti a l’art de restituer les chimères les plus savoureuses des enfants, qu’il s’agisse d’aménager un tronc d’arbre, de voler en se laissant emporter par une bourrasque ou de débarquer sur l’Île molle, entièrement comestible… Son imagination sans bornes nous réjouit en repoussant les frontières de notre horizon, avec des inventions géniales, comme la Balanquette – combinaison de balançoire et de banquette à laquelle il fallait décidément penser !

Chacune de ces gourmandises vaudrait à elle-seule le détour. Mais ce n’est pas tout. Si les livres de Ponti font autant de bien, c’est qu’ils aident à grandir, à la manière des histoires universelles qui nous parlent de la vie – ses joies, ses peurs, ses colères, ses moments de contemplation et d’agitation, ses secrets et ses surprises. La fantaisie n’est-elle pas le meilleur moyen d’appréhender tout cela ?

Cet auteur est aussi le maître des jeux sur les sonorités des mots et des noms – notre palme spéciale, déterminée après de longs débats, revenant à Olie-Boulie et à Fouchtri-Fouchtra, frères du narrateur. Cette histoire pourrait n’avoir aucun sens, elle resterait jubilatoire pour cette drôle de musique qui résonne comme une comptine et qui ravit les enfants !

Extrait :

« Quand le vent moyen souffle, on se disperse un peu partout dans la Vallée. Le premier, celui qui est le plus loin, raconte une histoire. Quand le vent l’apporte au deuxième, l’histoire a déjà changé. Le deuxième la raconte à son tour, et le vent la change encore…
Soyotte a fait un clafoutis aux cerises et l’a caché sous son lit.
Je l’ai goûté, il est fameux. Je l’ai caché ailleurs. Qui en veut ?
Soyotte a fait un chatouillis en crise et a craché sous son lit.
Dégoûtée, elle a fait « Meuh ! » chez le tailleur qui est vieux !
Le coyote a vu un chat rouillé en chemise et l’a couché dans son nid.
Il a fait mieux chez ma sœur qui mange des pneus !
La bouillotte, sur un châle mouillé, s’est mouchée dans les plis
du rapporteur en tranches de tarte aux cheveux !
Blounotte râle, toute mouillée, elle a été douchée par un papoteur
sans manches qui lui a mis une carpe sur les yeux ! »

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Curieux mammifères, de Florence Guiraud (Saltimbanque, 2019)

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N’y allons pas par quatre chemins : Curieux mammifères est le plus beau documentaire qu’il nous ait été donné de lire depuis longtemps. Époustouflantes, les immenses illustrations de Florence Guiraud rendent grâce à la beauté et à la diversité des membres de la grande famille des mammifères. Leurs compositions attirent intelligemment notre attention aux étonnantes formes de nez, trompes, cornes, queues, pelages et autres cuirasses qui permettent aux différentes espèces de s’adapter à leur environnement. Mais surtout, elles restituent comme aucune autre les frémissements, la douceur, la vulnérabilité aussi, de ces animaux dont elles nous font sentir si proches…

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Ces graphismes émouvants vaudraient à eux seuls le détour. Cela dit, la qualité du texte est à la hauteur – il ne nous arrive pas souvent de lire (et relire !) un documentaire de bout en bout ! Florence Guiraud propose des éclairages complémentaires, combinant informations sur l’évolution, anecdotes historiques et restitution de croyances et mythes relatifs à certains animaux… On ne peut qu’être ébahi des super pouvoirs des différentes espèces. Il y a celles qui voient à des kilomètres dans le désert, celles qui plongent à 900 mètres de profondeur, celles qui réalisent des bonds fabuleux, celles qui disposent d’un radar naturel pour se mouvoir de nuit… Ce documentaire sort des sentiers battus en nous faisant découvrir de nombreux animaux dont nous ignorions jusqu’à l’existence : une mine d’informations aussi stupéfiantes que réjouissantes !

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Cet enthousiasme est à la mesure du désarroi ressenti en constatant que l’histoire est toujours la même. La recherche du profit et les superstitions alimentent le braconnage, le commerce d’ivoire, de fourrures, de cornes, contribuant ainsi à faire disparaître ces espèces une à une. À l’image du pangolin, au bord de l’extinction : traqué pour sa viande et ses écailles, il s’immobilise enroulé lorsqu’il se sent menacé et les braconniers n’ont plus qu’à se pencher pour le ramasser…

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Un majestueux cabinet de curiosité dont chaque double page charrie sa dose de grains dans le sablier de notre conscience. Indispensable !

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Extraits

« Les cornes ont plusieurs fonctions. Tout d’abord, c’est un signe de reconnaissance. Dans la savane, elles permettent aux antilopes et aux gazelles de se distinguer entre espèces. Elles sont aussi un atout de séduction et un signe de supériorité : les femelles préfèrent les mâles qui possèdent les plus grandes cornes. Celles-ci sont également un moyen de défense. »

« Il y eut jusqu’à 300 espèces d’éléphants, mais aujourd’hui il n’en reste plus que trois : l’éléphant de forêt, l’éléphant de savane et l’éléphant d’Asie. »

« Dans ces régions désertiques, les prédateurs abondent. Heureusement, le suricate possède une vue incroyable qui lui permet d’identifier un ennemi à des kilomètres de distance. Alors que certains membres du groupe cherchent la nourriture, d’autres surveillent et se tiennent prêts, pour les avertir, à pousser des cris stridents, sortes de vocalises bien spécifiques. L’organisation dans leur société est basée sur l’entraide et l’altruisme. Tout repose sur la coopération et le partage du travail. Chacun contribue à la protection du groupe, à l’entretien du terrier, à la surveillance des petits. Et même la défense contre des prédateurs, comme le cobra, se fait à plusieurs. Prédateurs, ils n’hésitent pas à s’attaquer à plusieurs à ces serpents venimeux ou à des scorpions dont ils se délectent. »

Lu (et déjà relu !) en décembre 2019 – Saltimbanque, 22€

Jules et le renard, de Joe Todd-Stanton (L’école des loisirs, 2019)

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Le plus fort n’est pas toujours celui qu’on croit ! Le rusé goupil de l’histoire l’apprend à ses dépens, le jour où croyant attraper le minuscule Jules, il se retrouve la tête coincée dans son terrier. Le souriceau pourrait bien, quant à lui, recevoir aussi une belle leçon de vie, lui qui pensait préférer la solitude à la compagnie…

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Comme dans Le secret du rocher noir, le registre est celui de la fable, porté par un joli texte qui parvient en peu de mots à nous toucher, à nous faire (beaucoup) rire, trembler et réfléchir. Le charme de cet album opère dès la couverture aux couleurs chatoyantes et au trait japonisant caractéristique de Joe Todd-Stanton. Comme toujours chez lui, la composition graphique est dynamique, alternant cases, illustrations enchâssées dans le récit et doubles-pages fourmillant de détails. Ces illustrations nous font découvrir un monde fascinant fait de terriers et de galeries cachés sous terre, d’herbes hautes et de fruits appétissants, d’alliés et de prédateurs…

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Un album merveilleux qui invite à ne jamais sous-estimer ceux qui semblent plus petits que nous, mais aussi à faire voler en éclats les idées reçues pour trouver le courage d’aller vers l’autre.

L’avis de Pépita est disponible par ici!

Extrait : « – Excuse-moi, pourrais-tu avoir la bonté de m’aider ? demanda le renard.
– Moi, t’aider, piailla Jules, hé, mais tu voulais me dévorer !
– Allons donc ! mentit le renard. Je passais simplement voir si tout allait bien. »

Lu en décembre 2019 – L’école des loisirs, 12,20€

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Violette Hurlevent et le Jardin Sauvage, de Paul Martin et J.-B. Bourgois (Sarbacane, 2019)

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« – On va dire… On va dire que… j’étais une héroïne, et tu étais ma fidèle monture. Et on se cachait dans ce jardin. Le jardin fantastique. Euh, non, pas fantastique. Le jardin…
Vu d’ici, le jardin semble totalement différent. Les silhouettes tordues des arbres, les herbes fouettées par le vent, les allées envahies d’orties et de ronces… Tout lui apparaît mille fois plus déroutant, mille fois plus vaste. Et le nom la frappe comme une évidence.
– Le Jardin Sauvage ! »

Il ne faut pas plus aux enfants qu’une petite phrase magique pour basculer dans un monde imaginaire où tout devient possible ! Un monde régi par ses propres lois, où l’on peut vivre ses rêves les plus fous… et apprendre à dompter ses angoisses. Mais le Jardin Sauvage que Violette et son fidèle chien Pavel découvrent en fuyant une menace terrible est-il vraiment un monde imaginaire ? Quelles surprises leur réserve-t-il ? Quel rôle la petite fille est-elle amenée à y jouer ? L’univers du Jardin Sauvage est-il complètement déconnecté de sa vie « normale », ou des liens essentiels existent-ils ?

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Nous nous sommes laissé entraîner avec grand plaisir dans cette aventure extraordinaire au cœur de la nature – des racines les plus profondes aux cimes les plus vertigineuses, de lacs habités par des êtres insolites à des entrelacs de tiges indociles… L’univers du Jardin Sauvage est merveilleux et inquiétant, dense et foisonnant, délicieusement absurde et parfaitement cohérent. Comme il est réjouissant de l’explorer et d’y trouver peu à peu ses repères !

Mais ce n’est pas tout. Tout cela n’est que le décor d’un récit initiatique qui nous a captivés de bout en bout, porté par une belle écriture imagée, modulée dans le rythme, tour à tour vive, drôle et angoissante. Par les illustrations tout en finesse aussi qui semblent onduler comme une prairie d’herbes hautes – et qui font de ce roman un objet-livre splendide.

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Avec une créativité et un talent de conteur impressionnants, Paul Martin affirme ici, dans la droite ligne de Max et les Maximonstres ou d’Alice au pays des merveilles, le pouvoir infini de l’imagination contre les épreuves de la vie. Le Jardin Sauvage est aussi un lieu où Violette grandit, comprend comment construire des alliance et trouver des compromis, n’hésitant pas à battre en brèche tous les préjugés pour parvenir à trouver le bien commun dans un écosystème complexe. Au fil des épreuves, Violette apprend à surmonter ses peurs et à s’affirmer, devenant sous nos yeux une héroïne exceptionnelle.

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Un roman fascinant comme une montre sans aiguille, féérique comme une pierre qui brille dans les ténèbres, qui fait intensément résonner notre imaginaire : l’un de ces trésors de l’enfance tout simplement indispensables !

Les avis de Pépita et de Hashtagcéline

Extraits

« – Eh bien, je préférerais que tu me vouvoies. Tu comprends, si je suis une héroïne, c’est important que je montre mon autorité aux gens. Donc, merci de me dire désormais « vous », fidèle destrier !
– Hein ? Te dire « vous » ?
– Oui ! J’ai toujours eu envie qu’on me vouvoie, mais les gens disent toujours « tu » aux enfants. Allez-sois chic !
Le chien se passa la patte gauche sur l’oreille, ce qui était pour lui un signe de grande perplexité. Puis il finit par lâcher :
– Bon. Comme vous voudrez, Violette ! »

« En effet, les Trolls se plaisaient à rester inertes. Leur nature minérale, leur poids, leur longévité, tout les portrait à détester le mouvement. C’était peut-être la raison de leur hostilité envers les bêtes et même les plantes : ce qui bouge, court, sautille, pousse et s’agite dans le vent leur semblait à la fois futile et agaçant. Eux tiraient leur force de leur capacité à rester sans faire un geste, sans respirer ni même cligner des yeux, pendant que le reste du monde tournait autour d’eux.
C’est pourquoi ils ne passaient pas à l’attaque. Ils auraient aisément pu ravager la place du marché, piétiner les pauvres protections mises en place par ses occupants, et contraindre ces faibles créatures à leur donner ce qu’ils voulaient. Mais cela n’était pas dans leur nature. Ils préféraient faire ce que savent le mieux faire les pierres : s’enfoncer dans le sol, être des obstacles, plus dur que le bois de chêne, plus patient que le félin à l’affût, jusqu’à ce que leurs adversaires viennent leur donner ce qu’ils demandaient. »

Lu à voix haute en décembre 2019 – Sarbacane, 19,90€