Le projet Barnabus, des Fan Brothers (Little Urban, 2020)

Voilà un objet-livre précieux : généreux format carré, épaisse couverture qu’on ouvre comme un dossier secret avec sur le dessus, cette poignante créature sous cloche, mi-souris, mi-éléphant…

Les premières pages nous l’apprennent, ce fameux projet Barnabus n’en est qu’un parmi beaucoup d’autres. Le « génie génétique » permet en effet de proposer à la vente toute une panoplie de créatures parfaitement parfaites. Vous vous en doutez, l’attrayante vitrine masque des coulisses moins reluisantes. Puisque, fatalement, l’entreprise implique un certain nombre de créatures « ratées » qui se voient placées sous cloche en attendant d’être recyclées en quelque chose correspondant mieux aux normes de perfection. Barnabus ne peut s’y résoudre. Non seulement il s’aime bien comme il est, mais figurez-vous qu’il rêve de voir les étoiles !

« Il n’était peut-être pas parfait… Mais il était libre ! »

Quel talent pour évoquer à hauteur d’enfant des sujets sombres et complexes – l’arbitraire des normes, l’eugénisme et les pires dérives du consumérisme auxquelles sont opposées de belles valeurs de liberté, de diversité et de solidarité. Le texte est prolongé par les illustrations extraordinaires qui sont la marque de fabrique des Fan Brothers : à la fois élégantes, très expressives et d’une précision méticuleuse, baignées dans une lumière bleutée un peu magique, elles fourmillent de détails réjouissants et d’intrigues secondaires qui se révèlent au fil des relectures.

Et ce final jubilatoire, digne de Godzilla qui voit les « ratés » faire voler en éclats le sinistre laboratoire !

Il faudrait avoir plus d’albums pour « grands » enfants. Celui-ci a ravi les pupilles et l’imaginaire de Hugo qui s’est réjoui des étrangetés, des aventures et de l’énergie subversive des « ratés ».

Un livre coup de cœur qui captive, enchante et réconforte.

Lu en octobre 2020 – Little Urban, 15,90€

Silex, de Stéphane Sénégas (Kaleidoscope, 2020)

Bizarres, ces hommes des cavernes qui n’ont pas l’air plus étonnés que cela de croiser le chemin d’un anachronique tyrannosaure… Cette couverture n’en est pas moins splendide. Et tout s’explique très vite : nous sommes sur une autre planète, où quelques petits humains moins chanceux que nous cohabitent avec une foule de dinosaures que Stéphane Sénégas dessine avec une jubilation toute communicative.

Vous l’imaginez aisément, cet état de nature est régi avant tout par la loi du plus fort. Pas de bol pour le petit Silex ! Armé de son courage, d’un optimisme à toute épreuve et d’une bonne dose d’ingéniosité, le gringalet est bien décidé à démontrer qu’il n’y a pas que les muscles dans la vie. Quitte à affronter pour cela l’abominable casse-tout, le hérissant que-qui-pique et le féroce mange-tout.

« Houlà, costaud le bestiau ! »

Quelle expressivité, quelle vie, quel humour dans les graphismes de Stéphane Sénégas ! Silex déborde d’énergie et de trouvailles. La couleur du papier donne l’impression de contempler une gravure rupestre. Certaines pages détournent les codes de la bande-dessinée (que l’auteur connaît bien), avec des cases délimitées par de assemblages d’os.

Il y a quelque chose de réjouissant dans la force colossale des dinosaures, soulignée en convoquant d’impressionnants chiffres sur leur stature et leurs attributs. En même temps, les parallèles avec le monde des hommes invitent à la réflexion : souhaitons-nous un monde où les plus forts s’imposent, ou préférons-nous miser sur l’intelligence, la patience, l’entraide et le respect ?

Pas crédible pour un sou mais divertissant, cet album réjouira les futurs lecteurs de Silex and the city !

Lu en octobre 2020 – Kaleidoscope, 13,50€

Le musée des émotions. 40 chefs d’œuvre livrent leurs secrets (Elsa Whyte, La Martinière Jeunesse, 2020)

Les émotions qui jaillissent des œuvres d’art, l’art de s’émouvoir… Vaste sujet pour ce documentaire ! La couverture saisissante et les illustrations sublimées par le format majestueux et le papier glacé font de cet album un bel objet-livre, à la hauteur de l’enjeu. Mais ce n’est pas tout : sa construction très intelligente autour de 40 œuvres captive en suggérant plusieurs clés de lecture.

Chacune de ces créations est mise à l’honneur sur une double page et associée à une émotion. Ces œuvres comprennent des incontournables de l’histoire de l’art, comme la Joconde, le Cri de Munch ou Guernica de Picasso. Mais aussi des peintures, des sculptures et des photographies moins célèbres, dont certaines nous étaient inconnues. Page après page, elles esquissent une palette d’émotions aux quarante nuances, montrant ce que tristesse, chagrin, colère, sérénité, déception, honte, souffrance, etc. font aux corps. De petits encadrés zooment sur des détails pour mieux attirer notre attention sur un sourcil froncé, une ride déformant un visage, un torse affaissé, une main crispée, des yeux exorbités, un sourire énigmatique… Le texte interroge chaque scène, tend des perches, invite à sonder les états d’âmes des personnages représentés. Voilà de quoi éveiller la sensibilité artistique des jeunes lecteurs, en leur faisant prendre conscience que chaque œuvre renferme une histoire !

L’ensemble est classé par ordre chronologique, permettant de découvrir les principales périodes artistiques et leurs mouvements les plus importants. Un voyage dans le temps fascinant car il donne à voir comment les émotions et leur expression, que l’on pourrait croire universelles, changent au fil des siècles. Ainsi ces pleureuses à la forme triangulaire déconcertante, figurant leur buste et leurs bras saisissant désespérément leur tête, sur une céramique vieille de près de 3.000 ans, témoignent de la façon dont la tristesse pouvait être représentée pendant l’Antiquité. Et en même temps, les « têtes de caractère » sculptées au 18ème siècle par Franz Xaver Messerschmidt ont un côté outrancier qui n’est pas si éloigné des caricatures contemporaines.

Un album très riche, que nous avons parcouru de la première à la dernière page, et qui donne envie d’aller voir plus loin sur certaines œuvres et leurs artistes. Vous l’aurez compris, le musée des émotions vaut le détour !

Lu à voix haute en septembre 2020 – La Martinière Jeunesse, 18€

Une planète verte ! Les énergies renouvelables, de Sandrine Dumas Roy et Céline Manillier (Éditions du Ricochet, 2020)

L’énergie est au cœur des débats actuels et les enfants le perçoivent bien : ils voient à quel point la moindre prise électrique est stratégique et ont, comme nous, du mal à concevoir un mode de vie sans appareils ni voiture. Et en même temps, on leur demande d’éviter les gaspillages, ils étudient le changement climatique à l’école, se rendent compte que le sujet cristallise les tensions et voient défiler les cortèges des Fridays for Future. Le problème semble donc incontournable mais il peut être angoissant. Voilà un documentaire qui permet de l’aborder sous un angle résolument optimiste, à l’image de cette attrayante couverture verte, puisqu’il s’agit du développement des énergies renouvelables !

Les questions abordées sont passionnantes : pourquoi avons nous besoin d’énergie ? Que sont les énergies fossiles ? Les humains les ont-ils toujours utilisées ? Quels sont leurs problèmes ? Mais surtout, quelles sont les alternatives ? L’album donne à voir un spectre impressionnant de technologies toutes plus inventives les unes que les autres, dont plusieurs m’étaient complètement inconnues. Aviez-vous entendu parler du four solaire, des biocarburants, des centrales hydro-éoliennes, de la production d’énergie à partir du sel de mer, ou des recherches encours pour entraîner les cargos à l’aide d’immenses voiles de cerf-volant ? Le texte et les illustrations expliquent à hauteur d’enfant comment fonctionnent ces technologies, sans omettre leurs lacunes respectives ni le fait que la façon la plus efficace de protéger la planète reste encore d’économiser l’énergie.

Comme d’habitude chez les éditions Ricochet (voir ici ou pour d’autres exemples), le travail de vulgarisation est remarquable. C’est une vraie prouesse de restituer les débats dans leurs multiples dimensions (techniques, écologiques, sociales, politiques) sous la forme d’un texte qui se lit comme une histoire, accessible aux jeunes enfants et porté par de belles illustrations annotées. Nous avons notamment adoré la double-page de rétrospective historique sur les besoins d’énergie des humains !

De quoi donner envie d’imaginer de nouvelles solutions, mais aussi (d’ici là) d’enfourcher son vélo plutôt que de prendre la voiture et de vivre plus sobrement. Énergisant !

Lu à voix haute en septembre 2020 – Éditions du Ricochet, 13,50€

Le caïman, de Maria Eugenia Manrique, illustrations de Ramon Paris (La Martinière Jeunesse, 2020 pour la traduction française, 2019 pour l’édition originale en espagnol)

« L’amour est un tourbillon de pureté originelle. Même l’animal féroce chuchote son doux chant. »

On a beau aimer les bêtes, il y a de quoi s’interroger : cette croyance joliment mise en mots par l’artiste chilienne Violeta Parra, citée en incipit, ne pourrait-elle pas être un peu risquée ? Est-il raisonnable de se fier aux sentiments d’un redoutable prédateur ? L’incroyable amitié racontée par cet album suggère que oui – certains animaux pourraient même surpasser les humains en loyauté et en fidélité !

Sur les rives d’un fleuve, au Venezuela, Faoro sauve un petit caïman en l’emmenant chez lui (car les caïmans sont des prédateurs, mais aussi et surtout les proies des humains qui les chassent pour leur peau). C’est le début d’une longue relation. Le bébé, qui tenait dans la main du jeune homme, devient un animal majestueux de plusieurs mètres de long…

Nous avons eu un coup de cœur pour les illustrations très graphiques de Ramon Paris qui rendent hommage, en doubles-pages, à la beauté luxuriante de la nature vénézuélienne et à l’esthétique des années 1970. À la fois élégantes et sensibles, elles sortent vraiment de l’ordinaire. L’artiste n’en fait pas trop, faisant même le choix de laisser des « vides » et de ne pas coloriser certains éléments et espaces. Mais ses lignes fascinantes insufflent beaucoup de vie au décor comme aux personnages.

En tournant les pages pour la première fois, je me suis dit que l’autrice aurait pu créer plus de tension narrative en suscitant des doutes quant à l’issue de l’histoire. Elle fait le choix de dérouler le récit tranquillement, faisant la part belle à la douceur, la gaieté et à une certaine mélancolie. La magie opère, puisque ce livre a emporté tous les enfants de notre entourage, de 4 à 11 ans. Et les dernières pages nous prennent de court, lorsqu’on réalise avec sidération que l’on vient de lire une histoire vraie.

Un album de toute beauté pour les ami.e.s des animaux, mais aussi pour celles et ceux qui les craignent.

Lu à voix haute en août 2020 – La Martinière Jeunesse, 12,90€

La belle équipée, de Sophie Vissière (Hélium, 2020)

Quel plaisir de fabriquer, bricoler, bidouiller ce dont on a besoin ! Je suis épatée par la créativité des enfants qui n’hésitent jamais à laisser libre-cours à leurs idées. Mais aussi par la façon dont ces créations sont sublimées par la magie de leur imagination : une voiture sculptée dans le sable les emmène à l’autre bout du monde, quelques galets sur la plage en font des chasseurs de pierres précieuses, une canne à pêche faite d’une branche et d’un peu de ficelle assure leur subsistance au cœur de la jungle… L’inverse est vrai aussi : il suffit parfois d’imaginer construire quelque chose de chouette pour s’amuser. Je garde ainsi un souvenir d’enfance émerveillé des livres Copains des bois et Copains des champs, véritables mines d’idées pour observer la nature, s’y orienter et s’y débrouiller. À vrai dire, je ne me souviens pas d’avoir mis en œuvre aucun de ces conseils, mais j’ai adoré les découvrir (visiblement, je ne suis pas la seule vu le prix auquel ces livres se revendent d’occasion…).

C’est précisément cet art du jeu et de l’imagination avec un grand « I » – celle qui change radicalement les perspectives et repousse l’horizon des possibles – que célèbre cet album de façon très originale – et sur 128 pages ! L’histoire est celle de trois copains désœuvrés : alors que le reste de la colo part faire du canoë, les voilà punis et confinés au centre de vacances. Heureusement, nos compères sont plein de ressources : pour ne pas être en reste, ils vont allier leurs forces pour organiser une belle équipée. Rassembler le matériel et les outils pour construire leur embarcation, un nécessaire de survie, une boussole et des provisions, le trio a du pain sur la planche…

La forme entre album d’aventures, manuel de bricolage et film est aussi originale que réjouissante, à commencer par la splendide couverture à la texture tissée. Réalisées au pochoir, les illustrations donnent à l’ensemble un charme vintage immense. Ces pages colorées restituent l’ennui, les idées qui fusent, les brouillons ratés et les tâtonnements, les difficultés et le bonheur du partage, la fierté du travail accompli : de quoi donner envie de retomber en enfance !

Cette belle équipée prend une dimension particulière dans le contexte actuel où nous pourrions nous retrouver de nouveau confinés entre quatre murs. Autant vous dire que nous gardons l’album précieusement sous la main pour pouvoir nous évader à loisir…

Lu en août 2020 – Hélium, 17,90€

La Grande Aventure de Petit Ours, de Benedict Blathwayt (Le Genévrier, 2020 pour la traduction en français)

Quel joli petit album pour les petits qui découvrent la mer ! Grâce aux éditions du Genévrier, ce titre est désormais disponible en français. Voilà de quoi vivre une incroyable aventure avec Petit Ours qui partage les jeux des enfants sur la plage, jusqu’au jour où il y est oublié, seul face à la marée montante.

Suspense et rebondissements sont au rendez-vous ! En même temps, les illustrations au charme un peu suranné débordent de douceur et fourmillent de coraux, poissons et autres fascinants détails marins.

Et les dernières pages sont réconfortantes comme des retrouvailles…

Histoire en forme de conte qui nous fait basculer d’un sentiment à l’autre, récit d’aventure, livre promenade, imagier de l’océan, cet album qui mêle les genres a ravi les enfants de notre entourage pendant nos vacances à la plage !

Lu à voix haute en août 2020 – Le genévrier, 12€

Des vacances timbrées, de Mathilde Poncet (Les fourmis rouges, 2020)

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Quelle merveille que cet album de Mathilde Poncet ! Serait-elle un peu sorcière ? En quelques pages, elle parvient à condenser des rêves entiers, des trésors de fantaisie, d’incroyables mondes imaginaires !

Écriture

Le texte écrit d’une écriture ronde pourrait être celui d’une carte postale envoyée par une petite fille à sa grand-mère. Elle raconte le voyage en train, l’animatrice, les autres enfants, le campement, les baignades, les rencontres, les jeux et les veillées… Chacun des ces mots est sublimé par les illustrations qui les revisitent, les fondent et les modèlent pour nous entraîner dans un univers fabuleux : l’animatrice et les camarades sont des créatures dignes d’un film de Miyazaki, le transport est assuré par un crapaud géant et par une sorte de monstre du Loch Ness à la crinière bleue, le paysage fourmille de surprises, de clins d’œil et d’étrangetés qui se révèlent un peu plus à chaque lecture.

Extrait 1

Extrait 2

 

On pourrait se dire que la rédactrice de la lettre a eu de la chance de séjourner dans un endroit aussi extraordinaire.

Nous avons plutôt vu dans ces pages un hymne à l’imagination et à l’esprit de l’enfance qui peuvent donner une dimension merveilleuse à un simple feu de camp, une cabane construite dans un arbre, une plongée dans les eaux intrigantes d’un lac ou même à la magie de pouvoir envoyer une missive en la glissant dans la boîte aux lettres.

 

 

Nous étions donc déjà complètement sous le charme de cette colonie de vacances lorsque la petite fille a posé le point final de sa lettre. Nous n’étions pourtant pas au bout de nos surprises ! La réponse de la grand-mère, dans les dernières pages, nous ont pris de court de façon toute réjouissante.

Cet album est drôle, tendre et splendide. Un vrai régal pour les yeux et pour l’imaginaire. Une invitation séduisante à rêver en grand format, à s’émerveiller de tout et… à écrire des lettres. C’est un coup de cœur familial et nous allons suivre de très près les parutions de Mathilde Poncet !

Lu en août 2020 – Les fourmis rouges – 17,90€

Horribles énigmes, de Victor Escandell et Anne Gallo (Saltimbanque, 2020)

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Hugo, neuf ans, adore jouer au détective : il se délecte des petites énigmes d’Astrapi, des jeux d’escape game et des livres ludiques proposant au lecteur de mener son enquête. Ces derniers temps, il aime aussi les « histoires qui font peur » – celles qu’il se raconte avec son frère et celles que nous lisons ensemble. Pendant le confinement, le splendide roman graphique Thornhill et Le cas étrange du Dr Jekyll et de Mr Hyde leur ont fait forte impression, et la nouvelle édition de Dracula illustrée par François Roca figure très haut sur notre liste d’envies. Logiquement, donc, Hugo a eu immédiatement envie de se plonger dans l’album Horribles énigmes, paru récemment aux éditions Saltimbanque.

L’idée est excellente : raconter l’histoire d’une dizaine de créatures monstrueuses, en terminant à chaque fois par une énigme soumise à la sagacité du lecteur.

Horribles énigmes_loup garou

Les premières pages nous font entrer dans le rôle du détective avec une série de conseils pour devenir un enquêteur hors-pair. Elles plantent aussi le décor et invitent à s’y immerger, en découvrant ce livre dans la pénombre (à l’aide d’une lampe de poche !), en diffusant un fond musical lugubre et adoptant un ton de circonstance – conseils que nous avons évidemment suivis à la lettre, pour le plus grand plaisir de Hugo ! On peut ensuite choisir un monstre dans l’alléchant menu qui est proposé – de Frankenstein aux sorcières, en passant par le comte Dracula, Mr Hyde et le monstre du Loch Ness, toutes les stars du genre y sont.

Horribles énigmes_menu

Chaque chapitre comprend une petite introduction documentaire sur l’histoire de l’histoire (par exemple l’écriture de Frankenstein par Mary Shelly il y a deux siècles, ou la chasse aux sorcières au Moyen-Âge). Suit un effrayant petit récit illustré de la vie de la créature en question, conclu par une énigme à résoudre grâce aux indices. On peut ensuite vérifier ses intuitions en décryptant le texte des solutions grâce à la clé fournie.

Horribles énigmes_décrypteur

J’ai trouvé que cet album offrait une alternative divertissante à l’histoire du soir classique, plus interactive grâce à la mise en place de l’ambiance et aux cogitations pour résoudre chaque mystère. Les énigmes se sont révélées un peu faciles pour nous. Cela n’a pas vraiment altéré le plaisir du jeu et du partage, mais pour cette raison, je conseillerais donc cet album plutôt à des lecteurs du début de l’école primaire – enfin à ceux qui n’ont pas froid aux yeux ! Cela dit, les lecteurs plus grands apprendront plein de choses sur l’histoire des « monstres ». Seule chose à savoir : les histoires dévoilent des aspects-clé de romans célèbres (dénouement compris) et il vaut peut-être mieux éviter si vous avez prévu d’en lire un prochainement.

Un livre-jeu au sens large du terme, parfait pour aiguiser son sens de l’observation et de la logique – et pour apprivoiser ses peurs !

Extraits

« La logique sera ta principale alliée dans ces énigmes. Qui a eu un comportement suspect ? Qui a eu un comportement suspect ? Qui correspond aux descriptions d’un témoin ? Qu’est-ce qui pourrait faire tomber des soldats de plomb ? La logique te permet de faire des listes de réponses possibles.
L’observation est aussi un sens très développé chez les enquêteurs. Un objet qui a changé de place, un récipient mystérieusement vide, une expression inhabituelle sur un visage ? Tu devras être attentif aux détails ! »

« Avec des amis, une toile de tente dans un jardin est un lieu parfait pour se flanquer une bonne frousse pendant l’enquête. »

« Au Moyen-Âge, les gens croyaient aux sorcières, des femmes qui auraient signé un pacte avec le diable. Elles pouvaient ainsi détruire des récoltes ou causer des épidémies d’une simple formule magique. Une femme vivant seule et connaissant les secrets des plantes était immanquablement suspectées de sorcellerie. Elles furent des centaines d’innocentes à être condamnées à mort alors qu’elles n’essayaient que de soigner les gens avec des potions. »

Julian est une sirène, de Jessica Love (2018 pour l’édition originale en anglais, 2020 pour la traduction française parue chez Pastel)

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On a tous une lubie chérie, une chimère secrète, un rêve qui nous tient particulièrement à cœur. Julian, lui, adore les sirènes. Quel plaisir rien qu’à l’idée d’ondoyer gracieusement dans l’eau turquoise et d’évoluer dans un arc-en-ciel de poissons multicolores et scintillants ! Une idée si enthousiasmante que Julian décide un jour de la vivre… Mais quelle sera la réaction de l’imposante Mamita ?

Julian_extrait 1

Les personnages sont touchants d’expressivité, le décor plein de petits détails et clins d’œil qui se révèlent au fil des lectures… Nous avons eu un immense coup de cœur pour les illustrations de cet album qui célèbrent les charmes de la Mermaid Parade, défilé de sirènes qui illumine Brooklyn chaque année : un vrai festival de couleurs chaudes comme le soleil des tropiques, de fourrures, d’écailles, de perruques et autres parures qui donnent envie de laisser libre cours à ses envies les plus folles ! Une ode à l’élégance, d’autant plus enthousiasmante qu’elle s’épanouit par-delà les normes et les carcans. Et un magnifique message d’amour – de ceux qui transcendent toutes les différences et tous les jugements.

Samba !

Julian_extrait 3

Lu en juin 2020 – Pastel, 13€