D’ici, je vois la mer (de Joanne Schwartz et Sydney Smith, 2019)

« Je pense à la mer, je pense à mon père. »

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Dès la couverture, le contraste entre ombre et lumière nous coupe presque le souffle. Et au fil des pages, comme nous découvrons le quotidien de cette famille de mineurs des années 1950, on reste estomaqué par le choc entre l’océan scintillant de lumière, s’étendant à perte de vue et la noirceur de la mine, sous la mer, qui défigure la côte et semble écraser les ouvriers.

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C’est un petit garçon qui nous raconte cette vie, partagée entre la beauté de la mer, qu’il ne se lasse pas de contempler, de scruter, de côtoyer et de respirer, et les pensées lancinantes pour son père qui creuse à longueur de journée pour trouver du charbon. Pour son grand-père, aussi, qui exerçait déjà le même métier. Le contraste est, une fois encore, implacable entre l’horizon infini de l’océan et le fatalisme de ce jeune garçon : « Un jour, ce sera mon tour. Je suis fils de mineur. Dans ma ville, c’est comme ça. »

Le texte est très beau, tout en retenue. Porté par des illustrations pleines de sensibilité, il évoque avec subtilité la centralité de la mine et sa prise sur la vie des habitants, heure après heure, génération après génération. La note finale de l’auteur permet d’en savoir plus sur la vie dans les villages miniers. Un album émouvant, qui donne à réfléchir.

Ce livre a beaucoup intéressé, et même impressionné mes garçons qui ont réalisé qu’au début du 20ème siècle, l’aîné aurait déjà eu l’âge de descendre dans la mine… Un grand merci à ma mère de nous avoir permis de découvrir ce bel album ! L’occasion pour nous d’évoquer l’histoire des mines du Pas-de-Calais qui est aussi l’un des fils de notre histoire familiale.

Lu à voix haute en juin 2019 – Didier Jeunesse, 16€

Sur mon île (de Myung-Ae Lee, 2019)

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La littérature, et la littérature jeunesse en particulier, offre souvent une parenthèse de rêve, une opportunité de faire abstraction des préoccupations quotidiennes et de s’évader dans des mondes imaginaires où tout est possible… Elle peut aussi permettre de parler de la réalité, des splendeurs et des misères du monde réel avec les enfants – parfois plus aisément qu’en les abordant de façon frontale. Car les petits sont sensibles au monde qui les entoure. Ils perçoivent les grandes questions de société et l’actualité, sans toujours être armés pour les décoder. Ce contexte est pourtant souvent essentiel car il préoccupe les adultes autour d’eux, mais aussi dans la mesure où il affecte leurs comportements et motive certains principes de vie. Par exemple, il n’a pas toujours évident de faire comprendre à nos enfants pourquoi nous consommons le moins possible et en privilégiant, dès que la situation le permet, les matériaux durables et les objets d’occasion… Nous sommes évidemment soucieux de les préserver des réalités sociales trop dures. Mais impossible de leur expliquer pourquoi nous ne achetons pas de jouets en plastique sans leur parler de surconsommation, de déchets et de pollutions.

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Sur mon île est un album précieux qui permet précisément de parler, à hauteur d’enfant, du « continent de plastique » qui grandit dans l’océan Pacifique, alimenté par les déchets au gré des courants marins. Nous découvrons cette gigantesque décharge à travers la perspective d’un oiseau qui évoque la consommation massive d’objets en plastique qui paraissent à première vue inoffensifs. Mais dont on perçoit bientôt, grâce à un jeu subtil sur les couleurs, la dissémination dans les cours d’eau et le milieu marin – dévastatrice pour le paysage, mais aussi pour les animaux… Les mots sont d’autant plus touchants qu’ils sont simples. Et pourtant, les dessins de Myung-Ae Lee sont si splendides et densément évocateurs qu’ils se suffiraient presque à eux-mêmes. Avec intelligence, il donnent beaucoup à réfléchir à notre portion de responsabilité individuelle dans ce drame écologique…

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Myung-Ae Lee prend donc ses jeunes lecteurs au sérieux, mais parvient parfaitement à se placer à hauteur d’enfant. Parce que le ton de l’oiseau-narrateur reste sobre et ne verse à aucun moment dans le pathos. Parce que les dessins permettent de montrer la réalité en choquant moins qu’une photographie. Parce que les initiatives prises pour limiter l’ampleur des dégâts sont évoquées, elles-aussi. Parce que la nature reste belle et continue de fourmiller de vie sur chacune des illustrations de l’album. Parce que la mort des animaux n’est pas explicitement évoquée – l’album se prête à des prolongements sous forme d’échange avec les parents qui jugeront ce que leur enfant peut entendre et sous quelle forme…

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Sur mon île_détail.jpgUn album fort, émouvant et important, qui a su captiver mes deux garçons, mais aussi mes deux nièces plus jeunes, dont l’une est en maternelle. Tous l’ont dévoré avec curiosité et l’ont beaucoup apprécié, ce qui ne m’a pas étonnée. Les enfants aiment quand le monde leur est rendu intelligible… Sur mon île montre qu’il est possible de parler avec eux des questions les plus terribles. Le souffle poétique, la densité du texte et la sensibilité des illustrations en font un modèle en la matière.

Lu à voix haute en mai 2019 – La Martinière Jeunesse, 13,90€

Chnourka (de Gaya Wisniewski, 2019)

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Cet album délicieux nous transporte au creux de l’hiver – celui du froid glacial, de la poudreuse qui freine les marches et du grand blanc qui nous ferait presque perdre nos repères. Cet hiver qui rend d’autant plus merveilleux le parfum des biscuits qui sortent du four, la chaleur du foyer, de l’amitié et des longues veillées à se raconter des histoires autour d’un thé. Un hiver sublimé par le charme et la sensibilité des aquarelles de Gaya Winsniewski.

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« Maintenant, j’éteins la lanterne, la lune éclaire notre marche. La neige est encore plus belle ainsi. Elle est tellement blanche qu’elle reflète nos rêves. »

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De la belle slow literature, nous invitant à prendre notre temps pour profiter des plaisirs de l’hiver et des moments de partage d’une bande d’amis aussi improbable que soudée. On s’émerveille avec eux des beautés de la nature, on suit le chat Mirko dans une aventure dont il sortira grandi et plus proche que jamais de ses compères. Jusqu’à ce qu’un beau jour, la neige fonde et la nature commence à s’éveiller sous nos yeux éblouis.

 

 

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Un concentré de plaisirs simples, d’amitié et de sagesse – un album paru le 21 mars, idéal pour se réchauffer lorsque le printemps commence à se faire désirer…

Merci beaucoup à l’éditeur pour cette gourmandise de saison !

Lu à voix haute en mai 2019 – Éditions MeMo, 16€

Le voyage de Darwin (de Giacomo Scarpelli et Maurizio A.C. Quarello, 2019)

Ce n’est plus un secret, nous adorons voyager dans l’espace et dans le temps ! Nous nous en sommes donné à cœur joie avec ce bel album qui nous a entraînés à bord du Beagle, navire célébrissime pour avoir conduit Charles Darwin autour du monde, entre 1831 et 1836…

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L’histoire de cette expédition et des observations de la nature qui ont inspiré L’origine des espèces est racontée avec enthousiasme par Syms, un jeune mousse qui assiste le naturaliste dans ses recherches. Toute déformation professionnelle de chercheuse mise à part (les sciences naturelles sont d’ailleurs hors de ma portée !) : impossible de ne pas se laisser gagner par curiosité et la soif de savoir de Syms qui sont absolument communicatives ! Son regard attentif nous fait découvrir la faune et la flore de contrées lointaines, sublimées par les magnifiques illustrations – de la jungle amazonienne à l’Australie, en passant par la Patagonie et les îles Galapagos. Chaque lieu est la promesse de nouvelles aventures, de rencontres (souvent drôles !) et de découvertes… En toile de fond du récit d’aventures, l’auteur évoque très bien l’époque, marquée à la fois par le développement de méthodes d’enquête scientifique et par les résistances réactionnaires, la traite des esclaves et les colonialismes.

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Les idées révolutionnaires de Darwin sont expliquées très simplement, au fil des échanges entre les deux protagonistes, dont on partage les interrogations, les conjectures et l’élan lorsque la résolution de l’énigme se présente !

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Ce concentré d’aventures, de voyages, d’anecdotes animalières et de révolution scientifique a évidemment fait l’unanimité à la maison ! Merci beaucoup à l’éditeur de nous avoir permis de découvrir cet album.

Extraits

« Pour résoudre un mystère, le bon détective réunit les indices qu’il trouve çà et là et les relie entre eux pour démasquer le coupable. Ah, si le naturaliste pouvait faire pareil… »

« Paco, qui parlait anglais, nous apprit à lancer les bolas, l’arme dont se servent les gauchos pour chasser sans descendre de cheval : il s’agit de trois pierres enveloppées dans du cuir et reliées par une cordelette en forme de T ; on en prend une dans la main et on fait tournoyer les deux autres au-dessus de sa tête. Une fois lâchées, elles vont s’entortiller autour des pattes de la proie pour la bloquer. Charles Darwin tenta un lancer, mais ne réussit qu’à entraver les pieds de son propre cheval ! »

« Ce n’est pas un ballon, Syms, c’est un tatou ! Un mammifère capable de s’enrouler sur lui-même et qui oppose aux prédateurs sa carapace d’écailles. Tu as découvert un animal bien intéressant. Et il le serait encore plus s’il ne dormait pas à poings fermés.
– Je sais comment le réveiller en douceur… »

Lu à voix haute en mai 2019 – Sarbacane, 15,90€

Tyranno petite sœur (de Davide Cali et Sébastien Mourrain, 2019)

Tyranno petite soeur_couvertureC’est un véritable album d’épouvante que voilà ! On tremble rien qu’en découvrant l’étendue des dégâts sur la couverture, dans une chambre dévastée : objets renversés, Lego dépecés, matelas renversé, jouets amoncelés dans un chaos apocalyptique… Votre imagination galope sans doute déjà à la recherche de ce qui pourrait avoir causé un tel cataclysme : cyclone ? Séisme ? Guerre atomique ? La vérité pourrait être pire encore : la responsable est là, prise sur le fait, son sourire satisfait dégoulinant de bave et ses yeux diaboliques à la recherche de nouveaux terrains à ravager…

La petite sœur d’Axel pourrait paraître adorable dans son pyjama dinosaure, avec sa petite bouille ronde et ses cheveux en bataille. Sauf que du point de vue de son grand frère, elle n’est rien d’autre qu’une Tyranno petite sœur à la folie destructrice !

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Davide Cali et Sébastien Mourrain abordent avec beaucoup d’humour les turpitudes qui peuvent pimenter la cohabitation entre frères et sœurs. Nous nous sommes beaucoup amusés du goût de l’ordre (un brin excessif !) d’Axel, comme de l’énergie de sa petite sœur, qui n’est pas sans rappeler la légendaire Nana (des BD Tom-Tom et Nana). Les illustrations de Sébastien Mourrain jouent sur les perspectives pour rendre la fillette encore plus redoutable, Davide Cali n’hésite pas à mobiliser l’arsenal lourd du vocabulaire militaire pour rendre compte des affrontements. Si bien qu’on rit de bon cœur de tant d’excès ! Alors certes, le happy end n’est peut-être pas complètement crédible, mais cela fait du bien de rire en famille des disputes entre frères et sœurs et d’entrevoir qu’elles peuvent avoir une issue favorable !

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Si vous avez le courage d’affronter la Tyranno petite sœur, n’hésitez pas… Cet album peut être découvert avec des enfants de maternelle, il a beaucoup parlé à Antoine et Hugo qui ont quelques années de plus que le public cible. Et même à moi, il a rappelé un souvenir ancien : mon tumultueux petit frère s’était alors attaqué à ma bibliothèque que je gardais scrupuleusement triée par collection, taille et couleurs…

Lu à voix haute en avril 2019 – Sarbacane, 14,90€

L’art en bazar (de Ursus Wehrli, 2013)

L'art en bazar_couvertureLes adeptes du ménage et de l’ordre vous le diront : ranger, c’est tout un art ! Mais en matière d’art, justement, l’ordre n’est pas la priorité. Ce registre de création ne peut-il pas être défini précisément en opposition à la rationalité, à la fonctionnalité et aux formes d’activités séquencées et réplicables ? N’est-il pas un lieu par excellence de questionnement subversif, voire de remise en cause des ordres établis ?

Ursus Wehrli nous donne précisément à réfléchir sur ce qui constitue une œuvre d’art en prenant nos convictions à contre-pied, avec un projet aussi provocateur que réjouissant : l’artiste entreprend en effet de « mettre de l’ordre » dans d’illustres tableaux ! Qu’il s’agisse de toiles de la Renaissance, de peintures expressionnistes ou d’art abstrait, rien ne lui résiste ! Tel un maniaque du rangement, il procède avec méthode et une approche systématique redoutablement efficace, voyez plutôt…

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Face à tant d’audace, on oscille entre perplexité eu égard au caractère absurde de l’entreprise, admiration de la méticulosité du travail réalisé (puisque nous avons évidemment vérifié que chaque élément des tableaux était bien ordonné !) et de la beauté surprenante du résultat. Cet album a donné lieu à de vifs débats dans la famille entre ceux qui préféraient la version ordonnée ou désordonnée de chaque tableau… Un album fascinant permettant de découvrir ou de revisiter des œuvres incontournables !

Lu et relu – Milan, 14,95€

 

Jeu de piste à Volubilis (de Max Ducos, 2006)

Quel enfant (grand ou petit !) n’adore-t-il pas jouer les détectives ? Il n’est pas étonnant que ce plaisir ludique de l’enquête soit un motif récurrent dans la littérature ! Nous sommes, pour notre part, incapables de résister à l’appel d’une piste à suivre ou d’une énigme à résoudre : comptez sur nous, qu’il s’agisse de démêler un complot au cœur de la Rome antique (L’affaire Caius), de traquer le trésor de pirates (L’île au trésor), de faire la lumière sur les secrets d’une voisine que l’on pensait mieux connaître (L’arrêt du cœur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine), de localiser La rivière à l’envers ou de résoudre les intrigues policières les plus sombres – du chien des Baskerville au récent Jefferson, en passant évidemment par les aventures de L’as des détectives, Kalle Blomqvist !

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Et c’est justement à un véritable jeu de piste que nous convie Max Ducos avec ce bel album : « Quand j’étais petite, je trouvais ma maison vraiment étrange. Elle ne ressemblait à aucune des maisons que je connaissais. Et quand je demandais à mon père pourquoi elle était si étrange, il me répondait qu’elle n’était pas étrange, qu’elle était moderne, ce qui était très différent. Il me disait également que chaque maison était unique et possédait son secret et que le jour où je découvrirais celui de ma maison, je me mettrais à l’aimer comme ma meilleure amie. »

Intriguant, non ?

Notre curiosité est encore attisée par la découverte, par la narratrice, d’une clé annonçant une série d’indices à découvrir dans sa maison. Nous voici aux aguets, scrutant chacune des pièces de cette villa d’architecte étonnante, à la recherche d’une piste. Quel est le secret de cette bâtisse unique ? Qui est à l’initiative de cette enquête ? On se prend immédiatement au jeu d’une recherche captivante, ce qui n’empêche pas d’apprécier la beauté et la singularité des lieux, inspirés par l’architecture moderne ! Les amateurs ne manqueront pas d’y reconnaître des clins d’œil aux architectes et créateurs du XXème siècle. Max Ducos nous parle aussi de la filiation et du processus d’appropriation de sa maison – et, au-delà, de sa famille…

Extraits disponibles sur le site de Max Ducos

Un album lu et relu par toute la famille. Comme tous les livres de cet auteur bordelais – tous particulièrement bien adaptés aux bons lecteurs qui, comme Antoine et Hugo, continuent d’apprécier les albums illustrés. À découvrir absolument !

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Sarbacane – 16€