La ruée vers l’art (de Clémence Simon, 2018)

Le street art appartient sans doute aux mouvements artistiques contemporains les plus dynamiques. Ces graffiti, sculptures et pochoirs intégrés aux constructions urbaines font sortir l’art des musées, en transformant la rue en « musées à ciel ouvert » accessibles à tous, et donnent à réfléchir aux citadins de passage…

La ruée vers l’art nous permet de découvrir près d’une vingtaine d’œuvres de street-artistes de renommée, qui ont toutes en commun de détourner des peintures ultra-célèbres. Chacune est présentée par une grande photo s’étendant sur une double page, assortie d’un rabat proposant une description, quelques pistes d’interprétation et des informations sur l’œuvre d’art détournée.

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Joconde.jpgNous nous sommes beaucoup amusés à découvrir certains tableaux que les garçons ne connaissaient pas encore, mais aussi à en reconnaître d’autres : la Joconde, les fresques de Lascaux visitées l’année dernière, un portrait d’Arcimboldo étudié à l’école maternelle, La Grande Vague de Kanagawa que nous avons en poster… Antoine et Hugo ont été abasourdis par la prouesse technique que représentent certaines œuvres de street art, comme ces tableaux monumentaux réalisées sur des immeubles vertigineux. Les photos montrent très bien comment les artistes jouent sur les échelles en créant des motifs démesurés que l’on distingue de loin, mais dans lesquels s’intègrent d’autres sujets dont on prend conscience en approchant – comme cet énorme robot composé d’objets électro-ménagers, ou la silhouette de Napoléon dans laquelle fourmillent personnages de dessins animés et symboles…

Nous avons aussi été très intéressés par les problématiques sociales auxquelles ces différentes œuvres et les explications passionnantes de Clémence Simon invitent à réfléchir, en particulier (pêle-mêle): qu’est-ce que l’art ? Les artistes de la grotte de Lascaux ne seraient-ils pas aujourd’hui exposés au risque de voir un employé municipal effacer leurs fresques au kärcher ? Les mondes des jeux vidéos et des galeries d’art sont-ils irréconciliables ou peut-on imaginer des ponts ? N’y a-t-il pas urgemment besoin de mieux considérer toutes sortes de formes de travail invisible, en particulier le travail ménager souvent assumé par des femmes ? Beaucoup d’œuvres évoquent la société de consommation et la crise écologique, à l’image de cette Joconde moderne, « fashion-victim » au regard vide qui ne s’aperçoit pas que la nature environnante est à l’agonie et qu’elle est en train de sombrer. Ou ce robot colossal composé en agglomérant non pas des légumes, comme le faisait le peintre Arcimboldo, mais des tonnes de produits-ménagers usagers entassés en montagnes de déchets.

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Cet album joue donc sur un choc très stimulant entre chefs-d’œuvre ayant marqué l’histoire et street art – choc également entre art et objets du quotidien, comme ce seau ménager qui, déversé, déverse une vague qui ressemble à s’y méprendre à celle de Hokusai. Une façon très ludique de découvrir en famille l’histoire et l’actualité de l’art !

Lu à voix haute en janvier 2019 – Arola, 19€

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Le secret de Zara (de Fred Bernard et Benjamin Flao, 2018)

Zara extrait 1.jpgZara est une adorable petite fille fougueuse, un brin sauvage, avec de l’imagination, de l’énergie et de l’inspiration à revendre… Sous le trait de Benjamin Flao, elle prend vie et nous entraîne dans un tourbillon créatif aussi réjouissant que débordant ! Le monde, qu’elle observe de son regard si particulier, lui offre une source d’inspiration, mais aussi et surtout un terrain pour ses créations… Difficile pour ses parents, si bienveillants et mordus d’art qu’ils soient, d’admettre que la peinture pour le moins envahissante de Zara pourrait en réalité se révéler l’expression d’une passion artistique et d’un réel talent ! Aussi finissent-ils, à bout, par se résoudre à lui interdire d’utiliser la peinture avant d’être suffisamment grande pour en faire un usage plus raisonnable… Mais peut-on croire une seule seconde qu’il est possible de brider le souffle artistique de leur artiste en herbe ?

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Zara extrait 3.JPGLe secret de Zara procure un plaisir de lecture intense : l’énergie créative de Zara est communicative et donne envie, sitôt le livre refermé, de sortir pinceaux et couleurs et de s’abandonner à son inspiration sans se fixer de limite… Une lecture délicieusement rafraîchissante qui invite à laisser les enfants vivre pleinement leurs rêves. Zara et ses parents, si bien dessinés, sont profondément humains et attachants. J’ai ri avec beaucoup de tendresse de l’embarras des parents face aux débordements de leur fille ! Les illustrations sont de toute beauté et font la part belle à l’imagination débridée de Zara. Elles regorgent de détails et de références qui n’ont pas échappé à l’œil expert d’Antoine, de Hugo et de leurs petites cousines. Tous ont beaucoup ri des frasques de Zara et l’ont adoptée à l’unanimité ! Je vous laisse deviner ce qu’ils ont fait ensuite…

Un grand merci aux éditions Delcourt de nous avoir permis de découvrir une BD si merveilleuse ! Sur le même sujet, n’hésitez pas à regarder aussi Max et son art (de David Wiesner) et du même auteur (dans un genre complètement différent), les aventures passionnantes d’une autre héroïne, avec Anya et Tigre blanc.

Lu à voix haute en décembre 2018 – Éditions Delcourt, 13,50€

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La ballade d’Ilyas (d’Alex Cousseau et David Sala, 2018)

Extrait.jpgLa ballade d’Ilyas est un album atypique, inclassable, qui nous entraîne hors des sentiers battus, en compagnie de l’âge Rouge, d’Ilyas et de son rêve d’enfant… Quel est le sens de la lettre mystérieuse qu’Ilyas reçoit mais qu’il ne sait déchiffrer ? Le cheminement amorcé pour résoudre cette énigme se mue en expérience initiatique ponctuée de rencontres, enrichissante en elle-même et source d’inspiration pour les compositions musicales d’Ilyas, qui a décidément des airs de John Lennon…

Cet album onirique et métaphorique a de quoi dérouter son lecteur. Mais nous avons pris le parti de nous laisser entraîner sur les chemins empruntés par Ilyas et avons été époustouflés (le mot est faible !) par la beauté des paysages fleuris et psychédéliques qu’ils traversent. Des décors qui sont de vrais tableaux, fourmillant de détails dans lesquels se plonger pour une inspirante parenthèse contemplative… Une merveille d’album qui séduira à coup sûr rêveurs, poètes, voyageurs, amoureux de la nature et nostalgiques des années 1970 et du mouvement hippie !

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Extrait

« On dit que les musiciens ont un pouvoir. C’est peut-être vrai. Quand j’entends la musique d’Ilyas, j’ai l’impression que les arbres s’écartent sur notre passage. Que les chemins s’élargissent. J’ai l’impression que le monde s’agrandit. »

« Le jour tombe doucement. Une lumière vive, celle qui précède le soir, envahit la végétation. On traverse un jardin. Les couleurs et les parfums inspirent Ilyas, il fredonne en grattant sa guitare. Sa chanson est prête. Elle parle du sommeil des forêts et des rivières. Elle parle de la nuit et de l’hiver. »

« La barque file au gré du courant. On entend le clapotis de l’eau, le murmure du vent dans les roseaux. Ilyas prend sa guitare. Sa nouvelle chanson parle des rêves qu’on laisse derrière soi. De ceux qu’on partage, et du bonheur qu’en échange on reçoit. »

Lu à voix haute en décembre 2018 – Éditions Casterman, 15,95 €

La ballade d'Ilyas

Le Petit loup de papier (de Céline Person

IMG_1048.JPGCes créatures, personnages et décors de papier que les enfants, petits ou grands, esquissent avec tant d’implication… Leurs contours sont le plus souvent drôles ou pour le moins singuliers, mais si le dessinateur s’applique vraiment, il arrive que l’être de papier semble vivant, sur le point de s’animer ! Comme cet irrésistible petit loup de papier qui, pour contrer l’ennui et la solitude, se détache du frigo et part à la découverte du vaste monde.

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Il souffle un vent de fantaisie, un soupçon de magie sur cet album qui nous entraîne dans une balade initiatique. Les illustrations semblent un peu estompées et il en émane une grande douceur. Le cheminement du petit loup donne à réfléchir sur la solitude, la valeur de l’amitié et la difficulté de grandir, entre appréhensions et envie de découvrir le monde. Un concentré de rêve et de poésie qui rend joliment grâce à l’esprit de l’enfance.

L’avis de Hugo: Hugo, qui adore rêver en contemplant ses dessins, a eu immédiatement envie de lire cet album aux allures de conte. Son plaisir s’est confirmé au fil des pages et il s’est même lancé en rédigeant son propre avis : « Il s’agit d’un petit loup de papier qui se sent seul et qui part à l’aventure. Il rencontre beaucoup de gens sur son chemin mais le monde pourrait être dangereux pour un petit loup de papier ! Je ne vous en dis pas plus pour ménager le suspense… J’ai adoré ce livre et je lui ai mis cinq étoiles. J’ai aimé les illustrations, l’aventure, la magie de l’histoire et aussi la fin. Je le conseillerais aux enfants qui aiment l’aventure et les animaux ! »

 

Un grand merci aux éditions Circonflexe de nous avoir permis de découvrir cet album !

Lu à voix haute en décembre 2018 – Éditions Circonflexe, 15€

Petit loup de papier

Max et son art, de David Wiesner (2011 pour l’édition française)

Lu en 2015 (et beaucoup relu depuis !)

Premières pages disponibles en feuilletage en ligne ici.

Nous lisons plutôt des romans ces derniers temps, mais nous adorons aussi les albums et il était temps de parler aussi d’eux sur ce blog ! Ouvrons donc le bal avec Max et son art, l’un de nos plus grands coups de cœur de ces dernières années. Arthur, peintre accompli, espérait bien mettre à profit sa journée pour créer un chef d’œuvre, mais c’était compter sans Max qui insiste pour s’initier à la peinture mais qui est vite dépassé par sa créativité délirante. Exaspéré par l’insistance du petit lézard déchaîné qui ne sait pas comment s’y prendre, Arthur finit par lui suggérer de « le » peindre : une idée que Max prendra au pieds de la lettre…

Remarqué par les enfants sur un rayon de la bibliothèque, nous avons emprunté cet album que nous avons lu et relu avec des attaques de fou-rire garanties à chaque lecture. Tant et si bien que nous avons prolongé l’emprunt… pour finalement acheter l’album et pouvoir en profiter indéfiniment. Le succès est assuré aussi quand nous le partageons avec d’autres lecteurs, comme l’année dernière, à la kermesse de l’école maternelle.

Les illustrations de l’album sont splendides, très vivantes et truffées de petits détails et personnages hilarants qui ont continué à nous émerveiller au fil des lectures. Le comique vient de là, évidemment, mais aussi des situations imaginées par David Wiesner, comme lorsque Max a l’idée géniale d’aller chercher un ventilateur. Le tour que prend la séance de peinture est surprenant – presque surréaliste – mais jouissif : on a aussitôt envie de se saisir d’un peau de peinture et d’en mettre partout ! Et la morale de l’histoire, s’il y en a une, est décomplexante : folie, maladresse et imagination débridée peuvent parfois nourrir les créations les plus inattendues !

Éditions Circonflexe, 13,50€

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Max et son art