Eli & Gaston. L’esprit de l’automne, de Ludovic Villain et Céline Deregnaucourt (Ankama Éditions, 2019)

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Aussi curieux que cela puisse paraître, lorsque Éli apprend que ses parents ne peuvent pas prendre de vacances et qu’elle passera l’été avec son chat (Gaston) chez sa grand-mère, elle ne se félicite pas de cette opportunité de se confiner au vert à l’abri des gouttelettes du coronavirus… La maison, à mille lieux de la civilisation et du moindre écran, n’est-elle pas excessivement isolée ? Quels sont ces bruits et ces ombres nocturnes qui réveillent Éli et Gaston ? Pourraient-ils venir de la forêt voisine, sur laquelle courent de curieuses légendes ? Un immense lieu luxuriant, mais où le silence est assourdissant…

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Toute la famille a pris beaucoup de plaisir à faire la connaissance de ce jeune duo auteur-illustratrice avec cette BD. La composition dynamique, les couleurs vives et le trait rond de Céline Deregnaucourt sont très attrayants. Elle représente, avec un plaisir communicatif, la forêt dans ce qu’elle a de plus merveilleux et inquiétant – univers improbable, évoquant à la fois les bergères guerrières et Mon voisin Totoro. Les deux protagonistes sont campés à merveille : Éli, pleine de vie et de caractère, et Gaston, boule de poils dont la gloutonnerie et la froussardise n’ont d’égale que sa drôlerie…

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Éli & Gaston_4Nous avons été séduits par ces personnages, ainsi que celui de la grand-mère un peu sorcière… L’amorce de l’intrigue, construite comme un thriller, est particulièrement réussie, avec un dosage parfait entre frisson et humour. Les rencontres d’Éli et Gaston réservent de multiples surprises qui piquent notre curiosité. J’ai trouvé que la suite et le dénouement n’étaient pas tout à fait à la hauteur. J’aurais notamment aimé en savoir plus sur cet esprit de l’automne qui rôde et qui, en l’état, reste un peu insondable. Cela dit, Antoine et Hugo n’ont fait qu’une bouchée de cette BD et je suis très admirative que les auteurs parviennent à proposer une telle qualité sur 136 pages. Je suis certaine que les petits lecteurs dès l’école primaire seront ravis de découvrir un tome de cette envergure, mais dans un registre très enfantin.

Une belle aventure initiatique, vitaminée par toute une palette de belles couleurs !

Lu en mars 2020 – Ankama Éditions, 19,90€

Akita et les grizzlys, de Caroline Solé et Gaya Wisniewski (L’école des loisirs, 2019)

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Dans le grand blanc sauvage qui règne sur la forêt polaire, une petite fille de sept ans, ça paraît minuscule ! Il ne faudrait pas qu’une bête gigantesque et féroce ne vienne à surgir. Je sais bien comment vous envisagez la situation, mais je vous arrête tout de suite, vous n’y êtes pas du tout. Akita est petite, certes, mais elle est aussi et surtout redoutable. Et les grizzlys du titre ne sont pas les prédateurs attendus, mais plutôt d’effrayants démons intérieurs. Pour tenter de les apprivoiser, Akita doit se rendre au fond des bois, chez la mystérieuse vieille femme qui vit dans la glook glacée…

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« La glooglooka la jettera-t-elle dans une marmite de graisse de phoque brûlante ? »

Akita_extrait 2Akita est un merveilleux petit texte, une pépite à faire découvrir aux jeunes lecteurs qui commencent à lire des romans. Tout y est ravissant, à commencer par les illustrations à l’aquarelle de Gaya Winsniewski. Dans la continuité de ses albums précédents, la talentueuse illustratrice continue de nous régaler de scènes hivernales qui font la part belle à la nature, aux émotions et à l’imaginaire. Et à un univers polaire traversé par la magie du feu, des traineaux et des aurores boréales.

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Le texte de Caroline Solé n’est pas en reste, piquant notre curiosité, nous prenant par la main pour nous entraîner au plus profond de la grotte de la glooglooka dont on se demande bien si Akita parviendra à ressortir indemne. De façon métaphorique, l’histoire montre, comme nulle autre, les sentiments si difficiles à dompter qu’ils peuvent terroriser, les contradictions parfois douloureuses qu’implique l’acte de grandir, et le pouvoir de l’imaginaire et (aussi lointain que le monde d’Akita puisse paraître) de la psychologie pour y faire face. Tout cela en 80 pages à peine !

Une lecture merveilleuse qui laisse un goût réconfortant de sirop de bouleau sur les lèvres…

L’avis de Pepita est disponible par ici.

Extrait : « Quand Akita ressent une colère noire, son corps devient chaud, tremblant comme s’il était parcouru par une vague incontrôlable et qu’un monstre allait sortir de sa bouche.
La première fois qu’elle a ressenti cette force mystérieuse et menaçante, il y a quelques mois, elle a pensé à un animal sauvage, celui qu’elle guette par la fenêtre : l’ours, le mammifère le plus puissant sur Terre. »

Lu à voix haute en mars 2020 – L’école des loisirs, 8€

Tobie Lolness, Tome 1, de Timothée de Fombelle (Gallimard Jeunesse, 2006)

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Tout un monde, ce livre que nous venons de refermer après deux semaines délicieuses de lecture à voix haute… Un univers touffu, densément peuplé, dont les ramifications s’entrelacent sans jamais s’emmêler. Un arbre généalogique dont les racines s’enfoncent profondément dans le passé. Un macrocosme segmenté, des Cimes ensoleillées et convoitées, aux Basses branches humides et sauvages, en passant un écheveau de rameaux réservant mille surprises. Un écosystème fragile, menacé par le productivisme, la cupidité, les obscurantismes et les populismes…

Tout cela se cristallise dans l’aventure incroyable de Tobie, un millimètre et demi de clairvoyance, de courage et de débrouillardise. Pourquoi ce petit fils d’une riche propriétaire des Cimes fait-il l’objet d’une traque impitoyable ? Combien de temps survivra-t-il dans cette jungle semée d’embûches et de prédateurs terrifiants ? Sur qui peut-t-il vraiment compter ?

Les mots ne seront sans doute pas à la hauteur pour dire à quel point nous avons aimé ce roman.

De sa plume incroyable, Timothée de Fombelle nous a cueillis sans ambages, nous précipitant dans un tourbillon d’aventures avec un grand « A ». L’intrigue est parfaitement construite pour nous tenir en haleine, livrés tous crus aux spirales entre présent et passé qui se resserrent lentement mais sûrement autour de nous au fil des chapitres… nous laissant frémissants d’impatience de nous jeter sur le deuxième tome.

L’écriture est sensuelle, imagée, belle à couper le souffle. Les personnages sont parfaitement campés, dans leurs dilemmes, leurs choix et leurs contradictions – incarnations subtiles de la façon dont les périodes de tourmente politique peuvent tordre les cheminements individuels… La profondeur du propos est vertigineuse : cette histoire d’arbre éclaire notre monde avec la force des métaphores, que l’on pense au changement climatique, aux clivages sociaux, aux autoritarismes, aux frontières ou encore aux dérives de la science. Un propos, dont l’actualité n’a malheureusement jamais été plus brûlante, une quinzaine d’années après sa parution, mais qui est traité ici de façon lumineuse et porteuse d’espoir, en forme d’invitation à prendre de la hauteur et d’hymne à la vie.

Un trésor à découvrir absolument, lové dans un bel arbre. Pour l’évasion, le souffle épique et une sensation grisante de liberté.

Les avis de Linda, Pépita et Sophie sont aussi enthousiastes que le mien ! Et si vous aimez Tobie Lolness, n’hésitez pas à découvrir Les Minuscules, de Roald Dahl, une autre histoire de peuple miniature vivant dans les arbres…

Extraits

« Dans l’arbre, les voyages se vivaient toujours comme des aventures. On circulait de branche en branche, à pied, sur des chemins très peu tracés, au risque de s’égarer sur des voies en impasse ou de glisser dans les pentes. À l’automne, il fallait éviter de traverser les feuilles, ces grands plateaux bruns, qui, en tombant, risquaient d’emporter les voyageurs vers l’inconnu.
De toute façon, les candidats au voyage étaient rares. Les gens restaient souvent leur vie entière sur la branche où ils étaient nés. Ils y trouvaient un métier, des amis… De là venait l’expression ‘vieille branche’ pour un ami de longue date. On se mariait avec quelqu’un d’une branche voisine, ou de la région. Si bien que le mariage d’une fille des Cimes avec un garçon des Rameaux, par exemple, représentait un événement très rare, assez mal vu par les familles. C’était exactement ce qui était arrivé aux parents de Tobie. Personne n’avait encouragé leur histoire d’amour. Il valait mieux épouser dans son coin. »

« La largeur de la toile du vêtement était à la mesure de l’âge. Les petits enfants vivaient tous nus, puis on leur mettait autour de la taille une petite bande de lin, on les appelait alors Brin de Lin, et chaque année, on retissait quelques nouvelles rangées. On disait d’une jeune fille « elle a peu de lin », et d’un vieillard, « il porte sur lui un champ de lin blanc ». À quinze ans, le vêtement couvrait depuis les cuisses jusqu’à la poitrine. À la fin de la vie, une dernière rangée de tissu transformait la robe en linceul. »

Émerveillements, de Sandrine Kao (Grasset Jeunesse, 2019)

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Émerveillements_extrait 1Si je devais résumer cet album en un mot, ce serait « douceur ». Douceur de la couverture que l’on effleure des doigts. Douceur du trait japonisant et des teintes distillées, page après page – case après case faudrait-il dire pour rendre justice au beau travail de composition. Douceur du message murmuré par ces saynètes qui nous imprègnent imperceptiblement d’une certitude : les graines semées peuvent mettre du temps à germer, nous plongeant dans la perplexité et le doute, mais c’est précisément de ces flottements et de ces tâtonnements que peuvent naître les plus belles idées… Cette conviction infuse, comme nous suivons les expérience d’une petite créature blanche qui semble s’éveiller après un long hiver et découvrir le monde pour la première fois : ses merveilles, ses saveurs douces et amères, ses amitiés, ses jeux et ses réconforts.

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Je vois là l’une des leçons de vie qui me tiennent peut-être le plus à cœur quand je pense à ce que j’ai envie de transmettre à mes enfants : les essais, les hésitations, les détours et même les erreurs ne sont pas vains, mais sont tout autant d’opportunités de comprendre, de grandir et de se laisser surprendre.

Cela dit, pour être très franche, j’ai douté en découvrant l’album. Mes garçons, véritables petits tourbillons de vie et d’enthousiasme, versent plus dans les intrigues riches de péripéties, celles qui vous tiennent en haleine et vous donneraient envie de pouvoir tourner les pages plus vite, que dans l’art de la contemplation. Se laisseraient-ils séduire par cet univers zen fait de paysages plongés dans le calme, d’infimes motifs d’émerveillement (un oiseau, un flocon de neige, un pétale) et d’imperceptibles développements nous rappelant que le soleil et les saisons poursuivent leur ronde rassurante ? Par cette histoire au fil narratif subtil, esquissé presque en filigrane ?

Et bien oui, ils ont aimé. Mais en toute franchise, je dois dire que nous n’en avons peut-être pas fait la lecture la plus intuitive. Ils ont été d’abord extrêmement intrigués et amusés par l’énigmatique mignonnerie du petit protagoniste – lapin, chien, pokémon ou… patate, les élucubrations ont fusé dans la bonne humeur ! Elles sont de nouveau allées bon train quelques pages plus tard, lorsque surgit de terre une deuxième bestiole (qui ferait peut-être penser à une taupe ?). Les initiatives du protagoniste pour faire pousser plus vite la plante qu’il a semée et les idées lumineuses que lui inspire la succession de situations ont réjoui tout le monde, avec de grands éclats de rire en découvrant une partie de pétanque improvisée (il a alors fallu vérifier précisément qui avait gagné…) ou une course de courges (oui, vous avez bien lu, tout s’explique en lisant l’histoire…). Résultat : l’hilarité était telle que les dernières pages, en forme d’hommage au rêve, à la méditation et à l’exploration de l’inconnu n’ont pas vraiment ramené le calme !

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J’adore me faire prendre de court par une lecture. Et si celle-ci ne se voulait probablement pas un album à haut potentiel comique, elle irradie des ondes positives qui ne se refusent pas en cette fin d’hiver et qui nous inviteront, je n’en doute pas, à nous émerveiller plus calmement de ces pages pleines de sagesse et de poésie.

L’avis de Pépita, de Hashtagcéline et de Nadège

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Lu à voix haute en février 2020 – Grasset Jeunesse, 18,90€

Jonah, tome 3. La balade d’Adam et Véra, de Taï-Marc Le Thanh (Didier Jeunesse, 2014)

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Plus de trois mois avaient passé depuis le tome 2, il était temps de nous replonger en lecture à voix haute dans la série Jonah dont les tomes 1 et 2 nous avaient tant enthousiasmés ! Nous avons donc repris le fil de l’incroyable histoire de Jonah, l’orphelin infirme qui a le don de voir (et de nous montrer) le monde sous son jour le plus lumineux, le plus doux, le plus heureux. Alicia et lui reçoivent de stupéfiante révélations sur les origines du jeunes garçon. Des découvertes qui les précipitent vers de nouvelles aventures à couper le souffle…

On l’a déjà compris précédemment : la destinée de Jonah sera hors du commun, mais l’histoire ne se résume pas à cela. C’est une véritable fresque que Taï-Marc Le Thanh continue de tisser, faite d’entrelacs de fils narratifs qui semble s’imbriquer miraculeusement, mais jamais ne s’emmêlent. L’histoire est donc aussi celle des orphelins de M. Simon, de Martha et Big Jim, de Malcom, des Sentinelles, du président et surtout celle d’Adam et Véra qui savourent une « balade » qui n’est certes pas de tout repos, mais qui a le goût incomparable de la liberté. Ce n’est pas tout ! Plusieurs « personnages » secondaires, dont l’ours blanc du tome précédent, s’étoffent et gagnent en importance. D’autres encore viennent rejoindre cette joyeuse ribambelle : plus on est de fous, plus on rit !

Chacune de ces péripéties nous prend de cours, avec des rebondissements rocambolesques et des personnages faisant voler en éclats tous les clichés.

Ce troisième tome confirme les promesses des précédents, notamment les talents de conteurs et l’imagination sans bornes de l’auteur qui repousse résolument les limites de tout ce que nous pouvions concevoir jusqu’alors sans que l’on doute une seconde de la crédibilité de l’intrigue. Hugo et moi avons pleinement goûté le vent de folie et l’esprit « rock’n’roll » qui soufflent sur ce road-trip. Seule (petite) réserve : les chapitres courts qui nous font basculer toutes les quelques pages d’un fil narratif à l’autre, ce qui peut être un peu frustrant… mais contribue à rendre cette lecture addictive. On se demande bien où cette série nous emmène avec cette histoire de nature vengeresse déchaînant les éléments !

Les paris sont ouverts : combien de temps tiendrons-nous avant de nous jeter avidement sur le prochain tome ?

Extrait : « Pour faire simple, être rock’n’roll consiste à ne jamais se laisser abuser par une situation. Être rock’n’roll, c’est un peu comme nager dans les eaux troubles en choisissant le sens du courant. Pas de dérive, pas de contraintes, c’est un peu ça être rock’n’roll. »

Lu en février 2020 – Didier Jeunesse, 16€ (disponible aussi en Poche, 6,90€)

Petits tigres, de Jo Weaver (Kaleidoscope, 2019)

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« Petits tigres » : sur cette splendide couverture brille un titre qui sonne comme un oxymore, tant la réputation du tigre est terrible. Notre imaginaire a tendance à classer cet animal avec les loups et les lions, parmi les prédateurs les plus redoutables. Les tigres sont majestueux, fauves, terrifiants, mais on ne les voit habituellement pas comme petits. Et pourtant, le tigre est une espèce animale vulnérable, poussée dans ses retranchements par les humains…

Jo Weaver a donc mille fois raison de renverser les clichés avec ces petits tigres adorables qu’elle esquisse avec une tendresse communicative. L’intrigue est simple, mais palpitante : deux tigreaux et leur mère doivent fuir la présence des hommes et chercher un nouvel abri dans la jungle – une tanière chaleureuse et abritée de l’humidité et des autres animaux… Parviendront-ils à trouver refuge avant la tombée de la nuit ?

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Nous avons tourné les pages avec avidité, soucieux du devenir des félins et époustouflés par la beauté du décor digne des meilleures pages de Rudyard Kipling, sublimé par le trait de l’autrice. Ces dessins réalisés au fusain sont une merveille, un véritable hymne à la beauté de la nature sauvage ! Les trois tigres, qui se détachent grâce au jeu sur les couleurs, sont tout simplement irrésistibles et représentés avec beaucoup de sensibilité ; la préoccupation de la mère, la gaieté insouciante et la soif d’exploration des petits sont palpables.

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Petits tigres

Un hommage touchant à l’amour maternel et à la chaleur réconfortante des liens familiaux. Qui nous dit aussi, avec une douceur infinie, l’importance essentielle d’avoir un foyer – et la vulnérabilité terrible de ceux qui n’en ont pas.

Un merveilleux condensé de beauté et d’émotions, à partager en famille, en ronronnant de plaisir !

L’avis de Pepita est disponible ici.

Lu à voix haute en janvier 2020 – Kaleidoscope / L’école des loisirs, 13€

Histoires de fleuves, de Timothy Knapman, illustré par Ashling Lindsay et Irène Montano (Sarbacane, 2019)

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Les fleuves offrent un fil conducteur prodigieux pour explorer le monde ! À la fois frontière, lieu d’échanges et trait d’union entre des régions parfois distantes de milliers de kilomètres, ils sont aussi des écosystèmes, des lieux chargés d’histoire où résonnent légendes, mémoire des civilisations qui se sont succédé sur leurs rives et écho de mille et une aventures… Tirant partie de cette richesse, Histoires de Fleuves nous invite à une série d’expéditions captivantes dans les méandres de cinq fleuves mythiques.

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Au fil des pages, le Nil, le Mississippi, le Rhin, le Yangtsé et l’Amazone se déplient (littéralement) sous nos yeux, de la source à l’embouchure, restituant délicieusement les sensations et les couleurs d’un vrai voyage. Les illustrations sont luxuriantes. Non seulement elles rendent hommage à la géographie, l’histoire et la biodiversité de chaque fleuve, mais elles invitent à rêver d’évasion, d’aventures, d’explorations… Au fil de l’eau, on s’arrête à l’envi pour découvrir les anecdotes, les histoires et légendes charriées par chaque fleuve et l’on apprend une foule de choses : le Mississippi, par exemple, nous entraîne des terres gelées du Minnesota au golfe du Mexique, nous murmurant en route la légende d’un monstre mystérieux et l’histoire de peuples amérindiens et de la guerre de Sécession, avant de faire résonner la musique de la Nouvelle-Orléans…

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Au passage, cette lecture nous a fait prendre conscience de l’importance des fleuves en littérature, nous donnant le plaisir d’évoquer de belles lectures faites ensemble. Comment sillonner les rives du Mississippi sans penser aux aventures de Tom Sawyer et Huckleberry Finn, ou encore au Célèbre catalogue Walker & Dawn ? Celles de l’Amazone et du Nil sans évoquer L’explorateur et La déesse indomptable ? Le Yangtsé nous était moins familier, mais nous n’avons pris que plus de plaisir à le découvrir.

Un album stimulant qui ravit aussi bien les yeux que l’esprit et l’imaginaire !

Extraits

« Que le spectacle commence ! De 1830 à la fin des années 1930, de véritables théâtres flottants naviguaient sur le Mississippi, vers le sud comme le nord. Ils faisaient escale dans les villes bordant le fleuve et présentaient des spectacles musicaux, des ballets ou du cirque avec de vrais chevaux. Certains pouvaient accueillir jusqu’à 3400 spectateurs ! »

« LORELEI, LE ROCHER CHANTANT. Un jour, un homme prétendit avoir été ensorcelé par une belle jeune fille. Alors qu’on l’emmenait en prison, elle se jeta dans les eaux tumultueuses du Rhin. Depuis, les marins parlent d’une femme assise sur un « rocher chantant ». Envoûtés à leur tour par la beauté du chant, ils perdent le contrôle de leur bateau et chavirent. »

Lu en janvier 2020 – Sarbacane, 18,50€