Petits tigres, de Jo Weaver (Kaleidoscope, 2019)

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« Petits tigres » : sur cette splendide couverture brille un titre qui sonne comme un oxymore, tant la réputation du tigre est terrible. Notre imaginaire a tendance à classer cet animal avec les loups et les lions, parmi les prédateurs les plus redoutables. Les tigres sont majestueux, fauves, terrifiants, mais on ne les voit habituellement pas comme petits. Et pourtant, le tigre est une espèce animale vulnérable, poussée dans ses retranchements par les humains…

Jo Weaver a donc mille fois raison de renverser les clichés avec ces petits tigres adorables qu’elle esquisse avec une tendresse communicative. L’intrigue est simple, mais palpitante : deux tigreaux et leur mère doivent fuir la présence des hommes et chercher un nouvel abri dans la jungle – une tanière chaleureuse et abritée de l’humidité et des autres animaux… Parviendront-ils à trouver refuge avant la tombée de la nuit ?

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Nous avons tourné les pages avec avidité, soucieux du devenir des félins et époustouflés par la beauté du décor digne des meilleures pages de Rudyard Kipling, sublimé par le trait de l’autrice. Ces dessins réalisés au fusain sont une merveille, un véritable hymne à la beauté de la nature sauvage ! Les trois tigres, qui se détachent grâce au jeu sur les couleurs, sont tout simplement irrésistibles et représentés avec beaucoup de sensibilité ; la préoccupation de la mère, la gaieté insouciante et la soif d’exploration des petits sont palpables.

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Petits tigres

Un hommage touchant à l’amour maternel et à la chaleur réconfortante des liens familiaux. Qui nous dit aussi, avec une douceur infinie, l’importance essentielle d’avoir un foyer – et la vulnérabilité terrible de ceux qui n’en ont pas.

Un merveilleux condensé de beauté et d’émotions, à partager en famille, en ronronnant de plaisir !

L’avis de Pepita est disponible ici.

Lu à voix haute en janvier 2020 – Kaleidoscope / L’école des loisirs, 13€

Ma vallée, de Claude Ponti (L’école des loisirs, 1998)

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Il y a des livres dont Antoine et Hugo ne se lassent jamais. Ils restent à portée de main sur les étagères de leurs chambres et je les retrouve régulièrement empilés dans tous les coins de la maison… Nous aimons les ré-ouvrir ensemble, parfois après plusieurs années. Certains ont la saveur des madeleines de l’enfance, nous replongeant instantanément dans la période de vie où nous les avons lues et relues. Beaucoup conservent un charme intact, qui opère aussi bien aujourd’hui qu’il y a quelques années. Cette semaine, par exemple, nous avons pris beaucoup de plaisir à relire plusieurs livres de Claude Ponti, dont Ma Vallée, un album grand comme un univers, qui nous fait entrer dans le monde merveilleux des Touims. Depuis tout petits, les garçons aiment beaucoup ce grand-format qui ne manque jamais de les intriguer, de les enthousiasmer et de les toucher.

Ma Vallée, c’est d’abord un objet-livre unique en son genre, fascinant, foisonnant, avec de petites surprises qui se nichent un peu partout (jusqu’au code barre !) et que les enfants n’ont pas leur pareil pour repérer. On découvre l’univers et le quotidien des Touims, grâce à l’alliage improbable d’une bonne dose de fantaisie et de codes quasi-scientifiques, avec force schémas annotés et cartes à la clé !

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Nous ne résistons pas à la mignonnerie irrésistible des Touims, adorables boules de poil pleines de vie, de créativité et de bonne humeur. Leur gaieté et leur entrain à inventer mille jeux sont communicatifs et amusent beaucoup Antoine et Hugo (il faut ici faire une mention spéciale de leur technique de construction de bonhommes de neige !).

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Ma vallée_flaquesLes Touims donnent aussi envie de savourer la vie qui fourmille dans la nature, de nous laisser bercer par le rythme rassurant des saisons qui passent, de rêver sans limite. Claude Ponti a l’art de restituer les chimères les plus savoureuses des enfants, qu’il s’agisse d’aménager un tronc d’arbre, de voler en se laissant emporter par une bourrasque ou de débarquer sur l’Île molle, entièrement comestible… Son imagination sans bornes nous réjouit en repoussant les frontières de notre horizon, avec des inventions géniales, comme la Balanquette – combinaison de balançoire et de banquette à laquelle il fallait décidément penser !

Chacune de ces gourmandises vaudrait à elle-seule le détour. Mais ce n’est pas tout. Si les livres de Ponti font autant de bien, c’est qu’ils aident à grandir, à la manière des histoires universelles qui nous parlent de la vie – ses joies, ses peurs, ses colères, ses moments de contemplation et d’agitation, ses secrets et ses surprises. La fantaisie n’est-elle pas le meilleur moyen d’appréhender tout cela ?

Cet auteur est aussi le maître des jeux sur les sonorités des mots et des noms – notre palme spéciale, déterminée après de longs débats, revenant à Olie-Boulie et à Fouchtri-Fouchtra, frères du narrateur. Cette histoire pourrait n’avoir aucun sens, elle resterait jubilatoire pour cette drôle de musique qui résonne comme une comptine et qui ravit les enfants !

Extrait :

« Quand le vent moyen souffle, on se disperse un peu partout dans la Vallée. Le premier, celui qui est le plus loin, raconte une histoire. Quand le vent l’apporte au deuxième, l’histoire a déjà changé. Le deuxième la raconte à son tour, et le vent la change encore…
Soyotte a fait un clafoutis aux cerises et l’a caché sous son lit.
Je l’ai goûté, il est fameux. Je l’ai caché ailleurs. Qui en veut ?
Soyotte a fait un chatouillis en crise et a craché sous son lit.
Dégoûtée, elle a fait « Meuh ! » chez le tailleur qui est vieux !
Le coyote a vu un chat rouillé en chemise et l’a couché dans son nid.
Il a fait mieux chez ma sœur qui mange des pneus !
La bouillotte, sur un châle mouillé, s’est mouchée dans les plis
du rapporteur en tranches de tarte aux cheveux !
Blounotte râle, toute mouillée, elle a été douchée par un papoteur
sans manches qui lui a mis une carpe sur les yeux ! »

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La légende de Podkin le Brave, tome 3 : Le monstre de cœur sombre, de Kieran Larwood (Gallimard Jeunesse, 2019)

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Nous en venions presque à souhaiter la fin de l’été pour que vienne le temps de s’installer au coin du feu… pour lire ensemble la suite de la légende de Podkin le Brave. Depuis un an déjà, nous l’attendions en frémissant d’impatience. Le lapereau et ses amis parviendraient-ils à trouver suffisamment d’alliés pour contrer l’attaque des terribles créatures métalliques qui menaçaient de prendre le pouvoir ?

L’histoire nous est toujours restituée par un barde au talent exceptionnel. Il parvient toujours aussi habilement à nous captiver, multipliant les péripéties, prenant des pauses aux moments les plus palpitants et sachant garder dans sa manche d’ultimes secrets et rebondissements. Il faut dire qu’il n’a pas le droit à l’erreur dans ce récit : il y va de sa vie. Et oui, l’écriture de l’histoire (ou de l’Histoire) présente des enjeux politiques forts et le métier de barde (ou d’historien) peut s’avérer dangereux…

La légende nous emmène loin dans la forêt de Cœur Sombre. Chargé d’histoire, ce lieu enchanteur regorge de créatures et d’objets stupéfiants qui ont enchanté Hugo. Pour ma part, j’ai apprécié la carte en début d’ouvrage et le glossaire final qui fournissent des repères pour m’y retrouver, mais lui a immédiatement retenu avec délectation quels dons et quels personnages étaient associés à quel terrier – aurait-il des dispositions pour devenir barde ? Tout ce cabinet de curiosités l’a vraiment fait rêver, notamment la magie des douze dons…

Ce troisième tome vient parachever l’épopée de Podkin avec panache, confirmant l’originalité de la réappropriation du genre de l’heroic fantasy par Kieran Larwood. Si Podkin est entré dans la légende, ce n’est pas en réalisant seul des prouesses de super-héros, mais grâce à la force de l’entraide et de l’amour de ses proches qui permettent à ce personnage pétri de doutes de déployer des trésors de bravoure et d’ingéniosité dans les moments les plus désespérés. Les personnages féminins – déesses, fillettes, mères, sorcières et autres tueuses à gage – jouent un rôle plus crucial que jamais. La morale de l’histoire (les légendes ne véhiculent-elles pas toutes des leçons de vie ?), invite subtilement à une réflexion sympathique sur la force de l’union, l’écriture de l’histoire, les traditions ancestrales qui servent à justifier l’arbitraire des formes de patriarcat, peut-être aussi le sens de la séparation des pouvoirs… (quoique la fin m’ait laissée un peu perplexe à cet égard, pour des raisons que je ne peux développer ici sans spoiler éhontément, mais dont je discuterai avec plaisir avec celles et ceux qui en auraient envie !)

C’est avec un pincement de cœur que nous refermons ce troisième et dernier tome. La légende de Podkin le Brave est un trésor à faire découvrir d’urgence aux jeunes lecteurs gourmands de belle littérature. Une pépite qui mérite amplement le prix Sorcières reçu l’année dernière ! Pour nous, elle a aussi été la révélation d’une plume alerte et généreuse – celle de Kieran Larwood que nous espérons retrouver très bientôt. Gageons que le barde a encore plus d’un récit dans son sac. En attendant les prochains, je vais à la prochaine occasion me procurer Watership Down, histoire de ne pas quitter trop vite le genre de la « fantasy lapinesque » !

Extraits :

« Sur le sentier, les branches s’écartèrent et une silhouette apparut. Elle se découpait à peine au clair de lune, mais Podkin vit distinctement qu’il s’agissait d’une créature incroyablement grande et large – aucun des lapins qu’il avait croisés jusque là n’était aussi volumineux. Sur la tête de la bête se dressait une paire de bois de cerf.  Un seul être au monde portait ce genre de cornes. Cette fois, Podkin était certain de rêver. »

 » – Paz ?
– Hum… Quoi ?
– As-tu remarqué quelque chose de particulier chez la Gardienne cheffe ?
– Elle est très grande ?
– Non, elle est lapine.
– Oui, Podkin, je l’avais remarqué.
– Or, cette tribu existe depuis fort longtemps.
– Des siècles, je suppose.
– Par conséquent, ça signifie qu’il fut un temps où les lapines étaient cheffes. Au terrier de l’Antre de Hern, mais peut-être dans d’autres terriers aussi. Cette règle que tu détestes tant… celle qui prétend que seuls les mâles sont habilités à être chefs… a peut-être été inventée.
– J’y ai pensé, répondit Paz. »

Lu à voix haute en novembre 2019 – Gallimard Jeunesse, 15,50€

Les petites reines, de Clémentine Beauvais (Sarbacane, 2015)

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Et bien non, je n’ai pas passé les dernières années sur une exoplanète ou sur une île déserte… À vrai dire, je ne sais pas comment j’ai fait mon compte. D’une manière ou d’une autre, j’ai réussi à passer à côté de ce roman dont tout le monde a déjà entendu parler. Heureusement qu’il y a ma maman à qui j’avais fait découvrir Brexit Romance l’année dernière et qui a eu la merveilleuse idée de lire, puis de me passer Les petites reines ! Alors certes, j’arrive un peu après la bataille et je ne vous cache pas que j’ai un peu hésité à publier une chronique en voyant qu’il y en avait déjà 447 rien que sur Babelio… Mais il serait dommage de se priver de partager avec d’autres le plaisir d’une lecture aussi savoureuse, non ? J’apporte donc ici ma petite goutte d’eau au moulin !

Quel personnage que celui de Mireille ! Son physique ingrat n’a d’égal que son regard acéré sur autrui, son sens de l’humour et sa répartie à toute épreuve – mais aussi sa sympathique capacité à s’enthousiasmer pour les spécialités culinaires et fromagères locales. D’une lucidité radicale, elle n’attend pas grand-chose de ses semblables et, d’une certaine manière ne peut qu’être agréablement surprise…

« Ça y est, les résultats sont tombés sur Facebook : je suis Boudin de Bronze. Perplexité. Après deux ans à être élue Boudin d’Or, moi qui me croyais indéboulonnable, j’avais tort. »

Par un extraordinaire concours de circonstances, la destinée des trois lauréates de l’infâme concours de boudin converge vers un point modal : la garden-party organisée à l’Élysée le 14 juillet. Qu’à cela ne tienne, elles y seront ! Quitte à s’y rendre à vélo et à vendre… du boudin pour financer le voyage.

« Alors on va clarifier les choses, chères amies. Personne ne va se jeter dans les escaliers au nom de quelque esprit que ce soit. On a des vélos, on a des mollets, on a une garden-party à gate-crasher. »

J’ai passé un moment délicieux avec ce road-trip farfelu, ponctué de dialogues et de situations irrésistibles. Ce roman se lit d’un trait. Cela fait un bien fou de voir Mireille et ses acolytes tourner en dérision les stéréotypes de genre, les journalistes sans scrupules et les réseaux sociaux qui font le buzz avec tout ce qui est bon à prendre. J’ai ri, parfois jaune, souvent à gorge déployée. L’histoire est d’autant plus touchante que les émotions sont tout en retenue ; le ton exubérant ne change rien à la profondeur du propos sur le rapport au corps, la différence, la filiation, le féminisme et la valeur de l’amitié. Une lecture libératrice, savoureuse (je pèse mes mots) qui vous donne envie d’enfourcher votre vélo et de laisser opérer la magie !

« – Mireille… tu nous as fait monter jusqu’en haut de cette colline juste pour visiter le village qui est spécialiste de ton fromage préféré ?!
– Boudinette scandinave, on ne pouvait pas rater ça. Impossible !
– Mais enfin, il y a plein de crottins de Chavignol en vente partout dans ce pays ! Qu’est-ce que ça peut te faire d’en manger ici ?
– C’est comme un pèlerinage, Astrid. Respecte un peu ma religion. »

Pourquoi ne pas jeter à œil à ce que disent Alice, Pepita, Sophie et les Lectures lutines de ce roman ?

Autres extraits

« Mon père est franco-allemand. Pour préserver son anonymat, surnommons-le Klaus Von Strudel. »

« Je suis pas psy, Malo, mais j’ai l’impression que tu déplaces sur moi ta propre culpabilité d’être devenu un petit caïd macho con comme ses pieds qui n’a rien trouvé de mieux pour marquer la rupture avec l’enfance que d’humilier publiquement sa meilleure copine de maternelle et qui est maintenant pris dans un engrenage infernal où il est obligé de garder la face, alors que les meufs qu’il a essayé de détruire n’en ont totalement rien à foutre de lui, et qu’au lieu de le craindre, elles l’ignorent et vont se balader à travers la France en devenant populaires sans lui demander son autorisation. C’est ça ? »

Lu en novembre 2019 – Sarbacane, 15,50€ (existe également au format poche, 7,40€)

Les Croques, tome 2 – Oiseaux de malheur, de Léa Mazé (Éditions de la Gouttière, 2019)

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Notre foyer est en effervescence. Une agitation turbulente s’est emparée de toute la famille ces derniers jours. Que se passe-t-il ? Vous devriez le savoir ! Le deuxième tome de la bande-dessinée Les Croques, dont le final du tome 1 nous avait laissés littéralement suspendus aux péripéties de Céline et Colin, vient ENFIN de sortir ! Mettant ainsi (provisoirement…) un terme à de longs mois d’attente et d’angoisse. Comment les jumeaux vont-ils se sortir du guêpier dans lequel ils se sont fourrés ? Parviendront-ils enfin à se faire entendre et prendre au sérieux par les adultes ? Ne serait-il pas plus prudent de mettre plutôt un terme à leur enquête ?

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Cette parution a d’abord été l’occasion de relire le premier tome dont nous avions tant apprécié l’originalité d’un positionnement à la croisée entre drame, enquête et histoire d’horreur, la qualité de l’intrigue, le décor macabre et l’univers graphique tout en clair-obscur faisant la part belle aux couleurs automnales. Nous avions énormément aimé les personnages principaux, leur côté décalé, leur détresse et leur belle complicité.

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Toutes ces qualités se confirment ici. Le tome 2 brille notamment par un récit rythmé et parfaitement maîtrisé qui entremêle et poursuit habilement l’ensemble des fils narratifs du premier tome jusqu’à un final stupéfiant. Nous pensions que la tension était à son comble ? Léa Mazé monte ici encore d’un cran ! Ce deuxième volet est plus sombre encore que le premier. Les couleurs s’en ressentent. Des ombres menaçantes se rapprochent de Céline et Colin qui ne trouvent guère de réconfort dans une famille minée par l’incompréhension, les malentendus et le manque de confiance. L’imagination débordante, la fantaisie et la complicité des jumeaux n’en semblent que décuplées, comme d’ailleurs leur obstination féroce à faire la vérité.

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Nous avons eu un vrai coup de cœur familial pour le travail graphique de Léa Mazé, dont le trait est tout à la fois incisif, sensible et tendre.

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Voilà, en somme, de quoi confirmer le statut particulier de cette série parmi nos bandes-dessinées favorites. Mais voilà : il va falloir maintenant se résoudre à échanger nos conjectures en famille tout en attendant avec fébrilité… le troisième et dernier tome des Croques !

À recommander absolument à toutes celles et ceux qui aiment frissonner.

L’avis de Linda est par ici !

Lu en octobre 2019 – Éditions de la Gouttière, 13,70€

Le dernier sur la plaine, de Nathalie Bernard (Éditions Thierry Magnier, 2019)

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« Toujours en mouvement, nous suivons la transhumance des bisons. La terre est notre mère, le soleil est notre père. Les plaines sur lesquelles nous chevauchons ne nous appartiennent pas, mais notre territoire s’étend à perte de vue. Herbe haute, arbustes, rocaille, immense ciel bleu. »

C’est de loin que je reviens pour vous faire part de cette chronique, de très loin même ! Pour être précise : des grandes plaines américaines des années 1860-1870, à une époque tourmentée où colons et indiens s’affrontent violemment pour l’immense territoire s’étalant des plaines canadiennes au golfe du Mexique. Grâce au talent de conteuse de Nathalie Bernard, nous voilà propulsés au cœur des événements, avec pour fil rouge la vie incroyable de Quanah Parker, fils du chef comanche Peta Nocona et de Cynthia Ann Parker, une blanche enlevée à sa famille. Nous suivons Quanah de sa naissance à la fin de son enfance, de son adolescence à l’âge adulte, dans une quête saisissante d’un espace, d’une issue, de ses origines, de son identité.

Nathalie Bernard nous livre un récit captivant – à tel point qu’il a été difficile d’interrompre la lecture pour mettre les garçons au lit ! L’écriture est brute, imagée, très belle. La tension amorcée dès les premières pages autour des grandes questions qui hanteront Quanah toute sa vie se nourrit également, au fil du récit, de péripéties qui s’enchaînent avec beaucoup de rythme. Quanah est un personnage magnifique, sensible et solide, d’une humanité désarmante et bouleversante.

Le contexte est restitué de façon très dense : on voit sous nos yeux le paysage transformé par le développement des lignes de chemin de fer et de l’agriculture ; le quotidien des amérindiens qui vivent, survivent, tentent de s’adapter ; la condition des femmes, dans les deux camps ; la nature façonnée par le rythme des saisons et la guerre. L’autrice fait très fort : l’histoire est si passionnante qu’on remarque à peine tout ce que l’on apprend au passage. Elle parvient avec brio à livrer un récit de cette époque qui ne tombe ni dans le manichéisme, ni dans les stéréotypes teintés de folklore. À raconter des vérités terribles tout en portant constamment un beau message d’espoir et de tolérance.

« Si les bisons n’avaient pas été exterminés, je serais resté dans les plaines.
Mais je ne peux pas revenir en arrière.
Alors, je regarde vers l’avenir. »

Ma curiosité a été si bien aiguisée par cette lecture qu’il fallait en savoir plus. En cherchant un peu, nous avons découvert que Quanah Parker a réellement existé. J’ai été terrifiée en découvrant que les grandes lignes de cette histoire sont vraies, notamment le désastre humain et le massacre de quinze millions de bisons américains, essentiels dans le mode de vie des Comanches. Une mémoire douloureuse, mais importante, que Nathalie Bernard contribue à entretenir avec beaucoup de talent.

Un grand merci à l’éditeur de nous avoir permis de découvrir ce roman. Une épopée flamboyante dont on peine décidément à s’extraire…

Lu à voix haute en septembre 2019 – Éditions Thierry Magnier, 14,80€

Le Garçon du Phare, de Max Ducos (Sarbacane, 2019)

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Relégué dans sa chambre par sa grande sœur qui le snobe, Timothée enrage et s’en prend violemment à un dessin au mur, arrachant du même coup un lambeau de tapisserie. Il découvre alors une peinture surprenante. Celle d’un paysage marin dont les couleurs sont si réelles et profondes qu’il semble possible de s’y enfoncer. Se révèle alors un monde d’une beauté vertigineuse, mais peuplé de créatures étranges. Un monde sur lequel souffle un vent d’aventures…

 

 

La sortie d’un nouvel album de Max Ducos est toujours une fête chez nous. Nous les avons presque tous à la maison et ils font partie de ceux que les garçons relisent sans jamais se lasser. Il serait, certes, dommage de se limiter à une seule lecture. Les illustrations regorgent toutes de petits détails qui se livrent à celui qui prend le temps de les apprivoiser. Et surtout, au-delà de leurs singularités, tous ces livres ont en commun une capacité à nous prendre par la main pour nous emmener très loin, aux confins de notre imaginaire. L’histoire est toujours ancrée dans le réel – le quotidien d’une école, d’une sortie de classe, d’une famille en vacances, d’une petite fille qui erre dans sa grande maison… Mais l’auteur sait à quel point pour les enfants, imaginaire et réalité sont imbriqués et le basculement de l’un à l’autre peut être rapide. Il connaît leur envie d’explorer le vaste monde pour mieux revenir à la chaleur du foyer et de leurs proches… On le laisse ainsi volontiers nous entraîner dans une aventure initiatique dont on a l’impression de rentrer grandi et dépaysé.

Toutes ces qualités se confirment ici. Les illustrations de Max Ducos n’ont peut-être jamais été aussi splendides : lumineuses, elles nous font sentir l’air marin, respirer la houle, entendre le cri des mouettes et frissonner face à l’abîme de la falaise. On comprend ce que ressent Timothée quand il raconte : « La peinture semblait si réelle que j’eus l’impression de sentir un vent chaud me caresser le visage. » Un plaisir intense pour les amoureux de l’océan que nous sommes !

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Le récit, parfaitement maîtrisé, a captivé Antoine et Hugo. Ils ont été galvanisés par l’appel de l’aventure, avides de connaître l’histoire du garçon du phare, séduits par sa rencontre avec Timothée. Ce dernier change sous nos yeux, se redécouvre et s’affirme.

Un album qui m’a évoqué le charme d’une autre histoire de périple imaginaire, Max et les Maximonstres dont l’auteur, Maurice Sendak, observait très justement que « la fantaisie reste la meilleure arme dont l’enfant dispose pour apprivoiser ses parties sauvages ».

Une pépite à découvrir absolument – et sans limite d’âge !

Lu en septembre 2019 – Sarbacane, 16,90 €