Chroniques du tueur de roi, tome 1 : Le nom du vent (Bragelonne, 2009)

Le nom du vent

Une seule et même personne, est-ce vraiment possible ? L’aubergiste Kote, que l’on remarque à peine, serait en réalité Kvothe, dont nul n’ignore la légende ? L’un est taiseux, discret, effacé. L’autre est flamboyant, entêté et d’une audace incroyable. Ces deux faces si peu assorties nouent une double énigme que l’on brûle d’élucider : comment Kvothe s’est-il rendu si célèbre ? Et quelles sont les circonstances qui l’ont poussé à devenir Kote ?

Ces deux énigmes s’entremêlent, lorsqu’un chroniqueur illustre reconnaît le héros et le persuade de lui livrer le récit de son incroyable vie. Un récit si riche que trois jours seront nécessaires pour le restituer. L’histoire d’un garçon surdoué dans tous les domaines, mais sur lequel le sort semble s’acharner, à partir du jour funeste où sa famille est sauvagement assassinée. Commence une quête jalonnée de rencontres, d’apprentissages et d’embûches, qui ne fait que commencer au crépuscule de ce premier jour…

Cette lecture m’a entraînée très loin de ma zone de confort, moi qui ne lis pas de fantasy. Les univers imaginés dans les moindres détails – histoire politique, langues, géographie, mythologie, etc. –, les personnages largement déterminés par les caractéristiques de leur « clan », les affrontements manichéens et les grands récits épiques déployés sur des centaines de pages (dont presque tous les héros sont masculins), très peu pour moi – très certainement une perception horriblement simplificatrice, je compte sur les adeptes pour me détromper en me faisant découvrir les livres qui me feront surmonter mes idées reçues ! Toujours est-il qu’Antoine, lui, ne lit presque que des romans/séries fantasy, et adore les partager avec le reste de la famille. Cette série a été une vraie révélation pour lui, même s’il ne se remet pas de voir que la parution du troisième tome traîne depuis des années. Face à son insistance tenace, j’ai fini par ouvrir Le nom du vent. Et je n’ai pas boudé mon plaisir !

Le pavé fait certes 800 pages, mais elles se lisent très bien. D’une plume vive et généreuse, Patrick Rothfuss nous entraîne dans un univers étonnant, dense, mais dans lequel je suis facilement entrée : pays médiéval de cités, de forêts et de tavernes où l’on répète des légendes et joue du luth ; une contrée plongée dans une magie qui s’enseigne comme une science dont les ressorts m’ont semblé fascinants ; un pays miné par les injustices sociales, menacé par des forces dont on ne fait que pressentir les contours à la fin du premier tome. Intriguant aussi, tant on brûle de savoir ce qui rend l’époque si trouble et Kote si inquiet. Les personnages sont très réussis, à commencer par le protagoniste, que ses fêlures, son énergie et sa soif de savoir rendent attachants. Autour de lui gravitent des personnes profondément troublantes, à l’image de la mystérieuse Denna, ou du professeur Elodin, dont on ne sait s’il est génial ou fou. Ou encore de Bast, l’étrange apprenti qui ne lâche pas Kote d’une semelle et dont on serait plus rassuré de mieux cerner la personnalité.

Autant dire que je suis suspendue à ce récit et que je ne tarderai pas à découvrir la suite ! Et que je vais noter dans un coin de ma tête de ne pas hésiter à m’aventurer dans les littératures de l’imaginaire.

Captivant et émouvant !

Lu en mai 2020 – Bragelonne, 25€

Sixtine, tome 1 : L’Or des Aztèques, de Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac (Éditions de la Gouttière, 2017)

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« Elle a peut-être pas de bateau, mais elle a la classe, cette petite. »

Sixtine ne sait pas grand-chose de son père, mort alors qu’elle était encore toute petite. Les émotions de sa mère sont encore trop vives pour qu’elles puissent vraiment parler de lui. Si Sixtine doit composer avec cette absence qui lui pèse, elle est flanquée, depuis la disparition de son père, d’un improbable trio de pirates-fantômes qu’elle semble être la seule à voir. Des anges-gardiens qui ne seront pas de trop pour l’aider à faire face aux problèmes matériels de son foyer et surtout aux dangers liés à l’histoire de son père…

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Ce premier tome plante le décor de la série, à la frontière entre un univers réaliste et un monde surnaturel peuplé de pirates, de fantômes et de grimoires, dont on ne fait encore qu’entrevoir les contours. Toute la famille a pris un immense plaisir à faire la connaissance de Sixtine, une héroïne comme nous les aimons, pur produit d’éducation pirate : pull à capuche, cheveux bleus en bataille, rêveuse mais déterminée, dotée d’une curiosité à toute épreuve et d’un arsenal de jurons digne du capitaine Haddock. La tendresse bourrue de ses trois compagnons de bord est irrésistible. Le scénario de Frédéric Maupomé est réussi, autour d’une trame addictive. Impossible de ne pas brûler d’en savoir plus sur l’histoire de ce père mystérieux et sur les péripéties à venir.

Aude Soleilhac campe l’univers de Sixtine à merveille, de son trait vif et expressif. Les dessins sont très travaillés – j’ai particulièrement aimé les décors nocturnes qui semblent baigner dans une lumière magique. Les pirates sont plus vrais que nature, mais néanmoins parfaitement camouflés dans le quotidien de lycéenne de Sixtine !

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En toile de fond des péripéties qui s’enchaînent avec rythme, les deux auteurs parlent, d’un ton juste et tendre, du deuil, des secrets, de l’âge de l’adolescence et de la valeur de l’entraide.

Cet alliage parfaitement dosé d’aventure, d’humour et de profondeur a immédiatement propulsé cette série parmi les favorites d’Antoine et de Hugo. Foi de pirate !

L’avis de Bouma est disponible ici.

Lu et relu – Éditions de la Gouttière, 13,70€

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Si on chantait ? de Susie Morgenstern, Timothée de Fombelle, Clémentine Beauvais, Yves Grevet, Vincent Villeminot, Anne-Laure Bondoux, Stéphane Michaka, Christophe Mauri, Victor Dixen, Christelle Dabos, Jean-Claude Mourlevat, François Place et Jean-Philippe Arrou-Vignod (PKJ, 2020)

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Un roman en forme de cadavre exquis, les stars de la littérature jeunesse française l’ont fait ! C’est Susie Morgenstern qui a pris la plume pour nouer l’intrigue autour de l’amitié d’Ambre, qui cohabite avec une ribambelle de frères et sœurs dans un petit appartement de la tour F, et de Louis-Edmond qui se sent bien seul dans l’immense villa de ses richissimes parents. Ce premier chapitre a été envoyé à Timothée de Fombelle, qui a passé le relai à Clémentine Beauvais… et ainsi de suite jusqu’au treizième et dernier chapitre, signé Jean-Philippe Arrou-Vignod. Imaginant les rebondissements rocambolesques déclenchés dans la vie de nos deux amis lorsque la mère d’Ambre disparaît avec un individu peu recommandable. Où l’on croise, entre autres, un digne majordome anglais, une armure, une madame Irma, des palmiers, une bétaillère et une flopée de fruits et légumes !

Cela aurait pu donner quelque chose de décousu, et bien pas du tout ! La mayonnaise prend parfaitement et j’aurais été incapable de deviner qui a écrit quoi. Les chapitres rebondissent les uns sur les autres avec force péripéties, clins d’œil et running gags. Impressionnant ! L’ensemble donne un roman joyeusement loufoque qui nous a tenus en haleine de bout en bout et fait hurler de rire. Cette solide dose de bonne humeur était bienvenue dans le contexte actuel. Ce roman n’en pointe pas moins le gouffre abyssal qui sépare riches et pauvres.

Et puisqu’on en parle : les bénéfices tirés des ventes de ce livre sont intégralement reversés au Secours populaire pour favoriser l’accès à la culture pour toutes et tous. Vos 7,90€ seront utilisés par l’association pour offrir des sorties culturelles à de très nombreuses familles. Faites-vous plaisir, c’est pour la bonne cause !

Pendant le confinement, les auteur.e.s lisent chacun leur chapitre par ici. N’hésitez pas !

Lu en avril 2020 – PKJ, 7,90€

Extraits (j’ai eu un peu de mal à choisir !)

« Le chef barbare Attila ravagea la moitié de l’Europe en dix ans, Napoléon conquit l’Italie en un an, Hitler écrasa la Pologne en un mois… Il fallut deux jours seulement pour qu’un certain Sébastien mette en morceaux le fragile équilibre de la famille d’Antoinette. »

« – Mon kiwi, dit Antoinette, tu es un génie.
– Mon kiwi ? s’étrangle Britney.
– Je l’appelle mon kiwi, explique sa mère, parce qu’il me donne de l’énergie, et que le kiwi, c’est plein de vitamine C.
– Et de petits poils irritants, fait remarquer Britney. »

«  – Ah, il est facile d’être solidaire quand on ne possède presque rien, peste le comte. Quand les pauvres se serrent les coudes, ce n’est que par intéressement. Nous les riches, au contraire, sommes solidaires par pure grandeur d’âme, c’est toute la différence ! »

« – Bravo, les enfants ! J’ai adoré. Vos parents sont dans le coin ?
– Euh, non, répond Ashley, ils sont… en conférence.
Elle ne sait pas d’où lui est venue cette idée mais il lui semble que ça fait hyper sérieux.
– Où ça ?
Elle fait un vague signe en direction du centre-ville.
– Euh… par là-bas.
– Et c’est quoi comme conférence ?
Bennett vient au secours de sa sœur :
– C’est euh… sur la délinquance financière chez les bonobos. »