Piccadilly Kids, tome 1 : Londres, Secrets & Rock Stars, d’Éric Sénabre (ABC Melody, 2015)

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Ce petit roman sympathique nous entraîne à travers différents quartiers de Londres en compagnie d’un trio de collégiens amateur de rock. Ils pensaient rejoindre discrètement le concert de leur groupe préféré en empruntant un passage sous-terrain, mais voilà qu’ils tombent sur le chanteur du groupe himself ! Ce dernier semble avoir une mission importante à accomplir, quelque chose de suffisamment important pour lui faire quitter la scène à quelques heures du show… Les Piccadilly Kids ne sont pas prêts à oublier cette journée.

L’objet livre est attrayant, avec sa couverture colorée et son marque-page détachable. Ses 145 pages, sa mise en page agréables et ses illustrations le rendent accessible pour de jeunes lecteurs, à partir de l’école primaire. Hugo (9 ans) a tout de suite eu envie de se lancer dans cette lecture. Elle lui a bien plu, notamment grâce à la belle alchimie entre les Piccadilly Kids, même si le dénouement l’a laissé sur sa faim.

L’histoire nous entraîne à travers Londres, de Highgate au British Museum, en passant par Sherrans Farm, Carnaby Street et le stade, une ville que l’auteur connaît manifestement comme sa poche (il y situe aussi les fameuses enquêtes d’Arjuna Banerjee). On déambule aussi dans le monde du rock en causant guitare, accords, groupes et tubes de plusieurs époques… L’ensemble est plaisant, même si j’ai trouvé que ces fils rouges donnaient un côté didactique qui ne se fondait pas suffisamment dans l’intrigue. Les aventures des Picadilly Kids n’en restent pas moins une bonne lecture pour préparer un séjour londonien, ou pour celles et ceux qui rêveraient de rencontrer leur idole.

Lu en avril 2020 – ABC Melody, 10,50€

Extrait

« À ce moment-là, Chuck s’est raidi comme un chien d’arrêt ; tellement brusquement que je me suis cogné contre son dos. Il a levé le doigt en l’air, et il nous a dit, aussi essoufflé que s’il avait couru un cent mètres :
– Écoutez !
On a écouté, mais on n’a rien entendu. J’ai demandé :
– Il y a quelque chose à entendre ?
Il a agité la tête comme ces petits chiens à ressort qu’on met parfois à l’arrière des voitures :
– Mais oui ! L’arpège de guitare, là ! Vous êtes sourds, ou quoi ?
On a tendu l’oreille. On a même arrêté de respirer pour faire encore moins de bruit. Et là, effectivement, on a entendu un vague son qui pouvait ressembler à de la musique. Chuck, ça avait dû être un berger allemand dans une autre vie, parce que lui, il avait l’air d’entendre tout ça comme si les musiciens étaient à côté de nous :
– Vous ne reconnaissez pas l’intro de Elevator to Heaven ? »

La ballade de Cornebique (de Jean-Claude Mourlevat, 2003)

C’est officiel, nous ne nous refusons désormais plus aucun livre de Jean-Claude Mourlevat ! Quelques semaines après avoir vibré pour l’adorable hérisson-justicier Jefferson, nous voilà conquis par le bouc Cornebique – un gaillard tout en jambes, doté d’un don pour le banjo, d’un solide appétit, d’une bonne dose d’auto-ironie et d’un cœur tendre à souhait. Ravagé par un chagrin d’amour, notre héros se résout à quitter le pays des boucs, pourtant si sympathique. Il est loin d’imaginer les rencontres et les aventures extraordinaires que lui réserve cette ballade à travers le vaste monde…

Jean-Claude Mourlevat est un conteur incroyable et la magie opère immédiatement : difficile de reposer le livre, une fois ouvert ! On se passionne pour les péripéties de Cornebique, on pleure de ses malheurs comme on s’attendrit de sa générosité, on rit de ses frasques et on partage avec délice les petits bonheurs qu’il accueille avec tant de simplicité. Tout, de l’esprit de compétition à la fantaisie et la liberté de Cornebique, va droit au cœur des enfants – et de ceux qui l’ont été ! On se délecte également des dialogues, qui débordent d’humour et de répartie. Ils font de ce texte un vrai bonheur de lecture à voix haute (je voudrais pouvoir vous faire entendre dans cette chronique les éclats de rire des garçons !). Et mine de rien, sans cesser une seule seconde de nous divertir, cette fable animalière évoque la vie, ses hauts et bas, l’art de prendre des risques et de savoir trouver le bonheur à portée de main, autour d’un bon repas chaud et entouré des êtres aimés…

Vous aimez la fête, la musique folk, les courses-poursuites et les concours en tous genres ? Ce livre est fait pour vous !

Extraits

« Mon p’tit camarade, c’est un des nombreux noms qu’il lui a trouvés. Il en a inventé beaucoup d’autres, des gentils et des moins aimables : Crottes-aux-Fesses, au début, hélas ; l’Aviateur, ensuite, à cause de son arrivée par la voie des airs ; Gros-Pépère ; Fiston ; l’Artiste, etc. Il ne l’appelle par son véritable nom, Pié, que lorsque la situation l’exige. Ainsi, cette fameuse nuit où il l’a égaré dans une forêt. C’est vrai qu’on hésite à crier « Crottes-aux-Fesses ! » tout seul au milieu des sapins. On se sent ridicule. »

« Au fait, c’est quoi la récompense ? Un sac d’or ?
– Oh non ! Juste un bon repas à l’auberge, ce soir.
– Ça me plaît. »

« Espèces de bons à riens ! Tristes faces ! Moisissures ! Saucissons ! Traînes-savates ! Grandes brailles ! Petites fesses ! Sacs à boustifaille ! Résidus de tripette ! Coulis de bouillasse ! Ramassis de graillons ! Aplatissures ! Chiures de mouches à crottes ! Enfileurs de perles ! Canards à deux becs ! Emboudineurs ! Culs !…
Là, il est déjà obligé de faire une première pause. Les gens rigolent tellement qu’on ne l’entend plus. Alors il pointe son index menaçant vers eux, et hausse un peu le ton :
– Trous vides ! Moins que rien ! Apprentis bousiers ! Zéros pour cent ! Soustractions de rien du tout ! »

 

Lu à voix haute en février 2019 – Folio Junior (Gallimard jeunesse), 5,90€

Ballade de Cornebique

 

La ballade d’Ilyas (d’Alex Cousseau et David Sala, 2018)

Extrait.jpgLa ballade d’Ilyas est un album atypique, inclassable, qui nous entraîne hors des sentiers battus, en compagnie de l’âge Rouge, d’Ilyas et de son rêve d’enfant… Quel est le sens de la lettre mystérieuse qu’Ilyas reçoit mais qu’il ne sait déchiffrer ? Le cheminement amorcé pour résoudre cette énigme se mue en expérience initiatique ponctuée de rencontres, enrichissante en elle-même et source d’inspiration pour les compositions musicales d’Ilyas, qui a décidément des airs de John Lennon…

Cet album onirique et métaphorique a de quoi dérouter son lecteur. Mais nous avons pris le parti de nous laisser entraîner sur les chemins empruntés par Ilyas et avons été époustouflés (le mot est faible !) par la beauté des paysages fleuris et psychédéliques qu’ils traversent. Des décors qui sont de vrais tableaux, fourmillant de détails dans lesquels se plonger pour une inspirante parenthèse contemplative… Une merveille d’album qui séduira à coup sûr rêveurs, poètes, voyageurs, amoureux de la nature et nostalgiques des années 1970 et du mouvement hippie !

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Extrait

« On dit que les musiciens ont un pouvoir. C’est peut-être vrai. Quand j’entends la musique d’Ilyas, j’ai l’impression que les arbres s’écartent sur notre passage. Que les chemins s’élargissent. J’ai l’impression que le monde s’agrandit. »

« Le jour tombe doucement. Une lumière vive, celle qui précède le soir, envahit la végétation. On traverse un jardin. Les couleurs et les parfums inspirent Ilyas, il fredonne en grattant sa guitare. Sa chanson est prête. Elle parle du sommeil des forêts et des rivières. Elle parle de la nuit et de l’hiver. »

« La barque file au gré du courant. On entend le clapotis de l’eau, le murmure du vent dans les roseaux. Ilyas prend sa guitare. Sa nouvelle chanson parle des rêves qu’on laisse derrière soi. De ceux qu’on partage, et du bonheur qu’en échange on reçoit. »

Lu à voix haute en décembre 2018 – Éditions Casterman, 15,95 €

La ballade d'Ilyas

Louis Armstrong (de Pierre Ducrozet, Zaü et Jacques Bonnaffé, 2012)

Louis Armstrong portrait.jpgQui aurait cru le petit Louis, cet enfant qui déambulait pieds nus dans les rues de la Nouvelle Orléans à l’aube du XXème siècle deviendrait l’une des figures les plus marquantes de l’histoire du jazz ? Pierre Ducrozet conte avec talent l’histoire extraordinaire de Louis Armstrong. Une histoire qui est aussi celle du jazz, dont on suit les développements à travers le destin et les rencontres de ce trompettiste, cornettiste, chanteur et compositeur de légende. Une histoire qui est, finalement, celle des Etats-Unis. Cette lecture a d’ailleurs fortement résonné chez nous avec celle du Célèbre catalogue Walker & Dawn, dont l’intrigue s’inscrivait dans le même contexte historique. Les deux livres restituent avec finesse les contrastes qui divisent les États-Unis, des rives du Mississippi à l’immensité de Chicago et de New York, et l’irrépressible soif de liberté, d’émancipation face au poids des conventions et de la ségrégation.

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Louis-Armstrong-extraitLes illustrations de Zaü, si vivantes qu’elles semblent animées, et la voix captivante de Jacques Bonnaffé, qui lit l’histoire de Louis sur le CD assorti au livre, portée par de nombreux extraits musicaux, permettent une véritable immersion. Cette lecture, offerte aux garçons par mes parents qui savent si bien dénicher des trésors littéraires qui leur plaisent (et que je remercie affectueusement au passage !), a énormément marqué Antoine et Hugo. Il s’est agi pour eux d’une rencontre avec le jazz – et elle leur a indéniablement fait forte impression. Il faut dire que le cornet et la voix de Louis Armstrong ont de quoi laisser bouche bée ! En témoigne cette interprétation d’une chanson que j’adore, St James Infirmary !

Cet album a aiguisé leur curiosité et leur a vraiment donné envie d’aller plus loin. Après avoir refermé le livre, nous avons découvert de nombreux morceaux de musique de la Nouvelle Orléans, de blues et de swing, et reparlé très souvent de Louis Armstrong. Écouté et réécouté la chanson que Claude Nougaro a écrite en son hommage. J’espère que de nombreux lecteurs et lectrices auront le même plaisir à découvrir Louis Armstrong !

Éditions Bulles de savon, 19€

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