Naissance, de Hélène Druvert (avec la collaboration de Jean-Claude Druvert, De La Martinière Jeunesse, 2019)

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Quoi de plus intrigant qu’une naissance ? Très tôt, les enfants sont curieux de tout comprendre et le thème de la fabrication des bébés fait partie des questions incontournables qui peuvent rapidement devenir techniques ! Hélène Druvert s’attaque avec brio à ce vaste sujet, avec un album qui ravit aussi bien les yeux que l’esprit.

Les yeux d’abord, grâce à ce grand format illustré avec classe et sobriété qui fait un usage à la fois pertinent et esthétique des rabats, des découpes et des animations pour révéler ce qui se passe « à l’intérieur ». Un objet-livre sans doute un peu fragile, mais somptueux et très agréable à lire. Je suis de plus en plus époustouflée par le soin apporté par les auteurs et leurs maisons d’édition à l’embellissement des publications, on se demande comment ils parviennent à se surpasser encore !

Naissance_fécondation

Naissance_2ème mois

L’esprit n’est pas en reste. Les petits curieux (je m’y connais) en auront leur content d’explications : de la fécondation à l’allaitement en passant par l’accouchement, tous les sujets sont abordés de façon à la fois complète, concise et factuelle, avec de magnifiques schémas à l’appui. Aucun tabou dans cet album qui appréhende la naissance dans une multiplicité de configurations possibles, permettant à chacun de s’y reconnaître. Le livre revient par exemple en détail sur les PMA, en précisant que cette possibilité s’offre notamment aux couples de femmes ou aux femmes seules. Avec quelques mots simples et justes, il évoque également des réalités dont il reste difficile de parler, comme les règles, les fausses couches ou la prématurité. Antoine et Hugo ont été particulièrement captivés par les pages sur la division cellulaire et la génétique qui leur ont permis de découvrir pour la première fois un sujet fascinant.

Naissance_ADN

Une lecture incontournable, donc, à offrir en particulier aux futurs grands frères et grandes sœurs qui pourront suivre le petit miracle que représente le développement du bébé mois par mois.

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L’avis de Sophie

Extraits

« Les jumeaux monozygotes possèdent le même ADN mais ils ne partagent pas les mêmes empreintes digitales. Ces dernières sont uniques car elles dépendent aussi d’autres facteurs environnementaux (la position dans l’utérus, la façon de sucer son pouce, de toucher les objets…). »
« Avoir un bébé par PMA n’est pas simple, c’est un parcours qui demande de l’investissement et beaucoup d’amour. En fonction des pays et des lois, cela n’est plus réservé aux couples hétérosexuels (un homme et une femme). Une femme seule ou un couple de femmes peuvent aussi avoir recours au don de sperme, à l’insémination artificielle et à la FIV. En revanche, la gestation pour autrui (GPA) étant interdite en France, un couple d’hommes ne peut faire appel à une mère porteuse. »
« Les premières semaines, l’embryon ne ressemble pas encore à un être humain, plutôt à un minuscule hippocampe enroulé sur lui-même.
Malgré son apparence, le développement de l’embryon a commencé. Le système nerveux et le cerveau s’ébauchent, la colonne vertébrale se construit. La vésicule vitelline, reliée à l’embryon tel un ballon, est une réserve nutritive, elle forme également les premiers vaisseaux sanguins. Son rôle est temporaire, elle disparaîtra dans les semaines à venir, quand les organes et le placenta prendront le relais.
À trois semaines, un petit cœur commence à battre, c’est le premier organe de l’embryon. Ce cœur bat à un rythme très rapide, entre 130 et 160 battements par minute contre 60 et 100 pulsations pour un adulte. Il occupe la majorité du corps constitué d’une tête et d’une queue. Très vite, des petits bourgeons apparaissent sur les côtés, ils deviendront les bras et les jambes. »

Lu en février 2020 – De la Martinière Jeunesse, 23€

Tobie Lolness, Tome 1, de Timothée de Fombelle (Gallimard Jeunesse, 2006)

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Tout un monde, ce livre que nous venons de refermer après deux semaines délicieuses de lecture à voix haute… Un univers touffu, densément peuplé, dont les ramifications s’entrelacent sans jamais s’emmêler. Un arbre généalogique dont les racines s’enfoncent profondément dans le passé. Un macrocosme segmenté, des Cimes ensoleillées et convoitées, aux Basses branches humides et sauvages, en passant un écheveau de rameaux réservant mille surprises. Un écosystème fragile, menacé par le productivisme, la cupidité, les obscurantismes et les populismes…

Tout cela se cristallise dans l’aventure incroyable de Tobie, un millimètre et demi de clairvoyance, de courage et de débrouillardise. Pourquoi ce petit fils d’une riche propriétaire des Cimes fait-il l’objet d’une traque impitoyable ? Combien de temps survivra-t-il dans cette jungle semée d’embûches et de prédateurs terrifiants ? Sur qui peut-t-il vraiment compter ?

Les mots ne seront sans doute pas à la hauteur pour dire à quel point nous avons aimé ce roman.

De sa plume incroyable, Timothée de Fombelle nous a cueillis sans ambages, nous précipitant dans un tourbillon d’aventures avec un grand « A ». L’intrigue est parfaitement construite pour nous tenir en haleine, livrés tous crus aux spirales entre présent et passé qui se resserrent lentement mais sûrement autour de nous au fil des chapitres… nous laissant frémissants d’impatience de nous jeter sur le deuxième tome.

L’écriture est sensuelle, imagée, belle à couper le souffle. Les personnages sont parfaitement campés, dans leurs dilemmes, leurs choix et leurs contradictions – incarnations subtiles de la façon dont les périodes de tourmente politique peuvent tordre les cheminements individuels… La profondeur du propos est vertigineuse : cette histoire d’arbre éclaire notre monde avec la force des métaphores, que l’on pense au changement climatique, aux clivages sociaux, aux autoritarismes, aux frontières ou encore aux dérives de la science. Un propos, dont l’actualité n’a malheureusement jamais été plus brûlante, une quinzaine d’années après sa parution, mais qui est traité ici de façon lumineuse et porteuse d’espoir, en forme d’invitation à prendre de la hauteur et d’hymne à la vie.

Un trésor à découvrir absolument, lové dans un bel arbre. Pour l’évasion, le souffle épique et une sensation grisante de liberté.

Les avis de Linda, Pépita et Sophie sont aussi enthousiastes que le mien ! Et si vous aimez Tobie Lolness, n’hésitez pas à découvrir Les Minuscules, de Roald Dahl, une autre histoire de peuple miniature vivant dans les arbres…

Extraits

« Dans l’arbre, les voyages se vivaient toujours comme des aventures. On circulait de branche en branche, à pied, sur des chemins très peu tracés, au risque de s’égarer sur des voies en impasse ou de glisser dans les pentes. À l’automne, il fallait éviter de traverser les feuilles, ces grands plateaux bruns, qui, en tombant, risquaient d’emporter les voyageurs vers l’inconnu.
De toute façon, les candidats au voyage étaient rares. Les gens restaient souvent leur vie entière sur la branche où ils étaient nés. Ils y trouvaient un métier, des amis… De là venait l’expression ‘vieille branche’ pour un ami de longue date. On se mariait avec quelqu’un d’une branche voisine, ou de la région. Si bien que le mariage d’une fille des Cimes avec un garçon des Rameaux, par exemple, représentait un événement très rare, assez mal vu par les familles. C’était exactement ce qui était arrivé aux parents de Tobie. Personne n’avait encouragé leur histoire d’amour. Il valait mieux épouser dans son coin. »

« La largeur de la toile du vêtement était à la mesure de l’âge. Les petits enfants vivaient tous nus, puis on leur mettait autour de la taille une petite bande de lin, on les appelait alors Brin de Lin, et chaque année, on retissait quelques nouvelles rangées. On disait d’une jeune fille « elle a peu de lin », et d’un vieillard, « il porte sur lui un champ de lin blanc ». À quinze ans, le vêtement couvrait depuis les cuisses jusqu’à la poitrine. À la fin de la vie, une dernière rangée de tissu transformait la robe en linceul. »

L’émouvantail (tomes 1 et 2), de Renaud Dillies (Éditions de la Gouttière, 2019)

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Ce n’est pas parce qu’on est fait de paille, de bois et de haillons qu’on ne ressent rien ! Tous les amateurs de littérature le savent depuis leur rencontre avec Pinocchio, le petit soldat de plomb d’Andersen ou encore la poupée Scoubidou imaginée par Pierre Gripari : les objets fabriqués et entretenus avec suffisamment d’amour peuvent prendre vie. C’est ainsi que l’épouvantail de l’histoire devient un adorable émouvantail qui met tout son cœur à sa mission de repousser les oiseaux. Mais voilà, ces volatiles multicolores ne manquent ni d’aplomb, ni d’arguments, ni de potentiel de sympathie pour plonger notre émouvantail dans le doute : sera-t-il capable d’être à la hauteur de la tâche ? En a-t-il vraiment envie, au fond ? Mais à laisser les oisillons picorer les semis, ne risque-t-il pas de devenir inutile et de finir sa vie dans la cheminée ? Cette vie, d’ailleurs, vaut-elle vraiment d’être vécue dans la solitude de celui qui, ni tout à fait objet, ni tout à fait humain, se sent irrémédiablement différent ?

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À la manière des contes, l’histoire de l’émouvantail cristallise, en quelques pages, les sentiments universels qui font le sel (et le miel) de l’existence. De son pinceau chatoyant, Renaud Dillies compose un petit monde étrange et poétique dans lequel tous les éléments, des animaux aux végétaux en passant par la lune ou le vent semblent animés d’une volonté propre. Surtout la nuit, lorsque le décor est plongé dans un halo bleuté qui crée une ambiance un peu magique.

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En quelques traits et avec une énergie portée par la composition très dynamique des cases, son dessin nous emporte dans un tourbillon d’émotions et de mouvements. L’émouvantail, en particulier, est campé à merveille, dans sa sensibilité, sa maladresse et ses pensées tour à tour sombres ou fleuries. Vous lui ferez bien une place dans votre potager ?

Deux albums plein de charme, doux comme un paysage printanier, à mettre sous la dent des enfants à partir du plus jeune âge !

L’avis de Bouma est disponible par ici !

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Lu en février 2020 – Éditions de la Gouttière, 10,70€ par tome

Nos mains en l’air, de Coline Pierré (Le Rouergue, 2019)

Nos mains en l'air

Leur rencontre fait partie de ces événements aussi magiques qu’improbables qui subliment nos déambulations littéraires. Qu’est-ce qu’un cambrioleur de 21 ans et une jeune orpheline atteinte de surdité pourraient avoir en commun ? Le sentiment d’être désespérément seuls et différents, de voir leur destin dérailler et leur échapper. Chez Victor, on est braqueur de père en fils, mais lui est irrémédiablement gentil, sensible et… honnête. Yazel, d’une lucidité et d’une détermination déconcertantes pour son âge, perçoit un décalage désespérant avec les autres collégiens et surtout avec sa tante qui s’efforce de faire d’elle une jeune fille exemplaire. Ces deux destins qui s’entrechoquent font immédiatement des étincelles (le plus effrayé des deux n’étant pas celui qu’on croit…), déclenchant une grande vadrouille à travers l’Europe, en direction de la Bulgarie et du lac Pancharevo.

Vu de l’extérieur, c’est un enlèvement aux motivations troubles. Vu de l’intérieur, ce sont deux êtres à la croisée des chemins qui se donnent réciproquement l’élan pour avoir le courage de se soustraire aux fatalités. Qui se découvrent et s’affirment à travers le regard de l’autre. Qui goûtent la liberté grisante et initiatique du voyage. Et cette relation qui se noue comme une évidence et qui finit par se passer de mots. Un peu comme dans le film Little Miss Sunshine, dans lequel les membres de l’équipée orchestrent de mieux en mieux le démarrage « poussé » de leur bus, nos deux amis prennent leurs marques et construisent une belle alchimie.

J’ai suivi ce road-trip constamment partagée entre l’envie de ralentir le rythme pour savourer la poésie de cette cavale, les dialogues ciselés (et truffés de chouettes références, de Brecht au baron perché, en passant par Arsène Lupin et Boris Vian !), et celle de tourner les pages pour connaître le fin mot de l’histoire. L’intrigue nouée autour de la course-poursuite entre nos deux protagonistes, la police et leurs familles va crescendo pour déboucher sur une sorte de vol-plané écourté par différentes réalités qui finissent par rattraper Victor et Yazel. Nous le savons bien, la vie n’est pas une escapade en suspension dans une voiture colorée portée par des ballons multicolores. Il n’en reste pas moins que ce roman invite à rêver grand, à ne pas accepter de destin tout tracé, même si cela implique de risquer un saut dans l’inconnu. On n’atterrit peut-être pas toujours là où on s’y attendait, mais comme le dit si bien Le Bon Gros Géant de Roald Dahl cité en épigraphe : « C’est pour ça qu’il y a toujours deux pages blanches à la fin des atlas […], c’est pour les nouveaux pays, comme ça on peut en dessiner la carte soi-même. »

Les lectures lutines, Hashtagcéline et Pépita parlent, chacune à sa manière, de Nos mains en l’air, n’hésitez pas à aller les lire !

Extrait

«  – Moi, je n’ai pas d’argent, mais mon oncle et ma tante en ont plein. Je peux vous dire où il est.
– Je sais qu’ils en ont, répond Vicyot. Mais je ne veux pas savoir où il se trouve. Ne me dis rien.
– Pourquoi ?
– Si je leur prends, c’est du vol. C’est moralement honteux, légalement répréhensible, et c’est un moyen odieux de gagner sa vie.
– Oh, vous savez, ils en ont tellement, de l’argent, que je ne sais même pas s’ils s’en rendraient compte, dit Yazel.
– Peut-être, mais ils l’ont durement gagné.
Yazel éclate de rire.
– Tu rigoles ! Leur argent n’est pas durement gagné, il est gagné en profitant de la vulnérabilité de gens malades pour leur vendre des médicaments très chers et inefficaces aux effets secondaires scandaleux.
– Ton oncle et ta tante travaillent pour un laboratoire pharmaceutique ?
– Mon oncle est propriétaire d’un laboratoire pharmaceutique, précise Yazel. Ma tante, elle, elle dépense l’argent gagné par mon oncle. Elle mange du caviar et boit des cocktails avec ses copines en se moquant de ses autres copines.
– Il y a une citation géniale d’un auteur de théâtre sur ce sujet. Brecht, je crois. Il disait quelque chose comme : il y a pire que de braquer une banque, c’est d’en fonder une. »

Lu en parallèle avec Antoine en février 2020 – Le Rouergue, 14,80€

Du haut de mon cerisier, de Paola Peretti (Gallimard Jeunesse, 2019)

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Tous les enfants ont peur du noir. Pour Mafalda, cette peur prend une dimension différente, puisqu’une maladie au nom mystérieux lui dérobe la vue jour après jour. Dans un décompte implacable, la fillette voit ainsi décroître le nombre de mètres desquels elle discerne le cerisier de l’école : soixante-dix, soixante, cinquante… Cela dit, Mafalda ne manque pas de ressources ni d’imagination pour appréhender cette épreuve ! Forte de son chat affublé d’un prénom ET d’un nom, de deux parents inquiets mais aimants, de l’amitié précieuse d’Estella et de Filippo, du souvenir de sa grand-mère et même de l’iconoclaste protagoniste d’un roman célèbre, la petite fille a de quoi puiser le courage nécessaire pour apprivoiser l’obscurité. Et surtout : elle a un plan !

Nous avons adoré faire la connaissance de Mafalda, personnalité irrésistible qui prend les choses en main, aime autant lire que jouer au foot, grimper aux arbres et observer les étoiles. En réalité, ce sont tous les personnages qui sont attachants et lumineux, chacun à sa manière. Et qui battent en brèche tous les stéréotypes, ce qui rend cette histoire d’autant plus intéressante. Mafalda, elle, est désarmante de sincérité, avec ses mots qui vont droit au cœur des enfants, qu’il s’agisse de les faire rire ou entrer dans le type de jeux ou d’élucubrations dont les moins de dix ans (et ceux qui se souviennent d’avoir joué à ne pas tomber dans la lave pour ne pas se faire manger par les crocodiles) semblent avoir le secret. Son histoire a piqué notre curiosité, nous a chamboulés, fait rire aussi (souvent), même si ce sont les larmes qui prennent le dessus sur la fin.

Antoine et Hugo ont ainsi été très curieux de connaître les développements du plan de Mafalda, inspiré par le prodigieux destin du baron perché qu’il nous faut désormais urgemment lire en famille. Eux qui vivent avec des personnages de romans composant un univers de références omniprésentes, ont apprécié ces clins d’œil (du Petit Prince à Dracula, en passant par Robin des bois et beaucoup d’autres) et la part belle donnée dans ce roman à l’amour des livres et à l’imaginaire comme atout pour surmonter les épreuves de la vie. Évidemment (les lecteurs qui nous connaissent savent qu’ils ne résistent à aucune boule de poil…), ils ont ri de bon cœur des frasques du chat. Mais aussi de la créativité avec laquelle Mafalda parle anglais (Comment, vous ne connaissez-pas Cherlocolme ?). Par-delà les éclats de rire, j’ai bien vu que les garçons s’identifiaient, réfléchissaient à ce que cela signifie de perdre la vue – j’ai même surpris Hugo en train d’essayer d’explorer l’appartement les yeux fermés…

Ce qui est beau, c’est la façon subtile dont on voit Mafalda investir ses autres sens qui la maintiennent en contact étroit avec ce(ux) qu’elle aime. Le parfum des fleurs de cerisier, le son d’un piano, le contact des feuilles d’un carnet sous les doigts, la vitesse d’une luge lancée à pleine vitesse, les bras d’une amie, la chaleur d’une couverture tricotée avec tout l’amour d’une grand-mère : il émane de ces impressions une chaleur mêlée de grâce, un hymne vibrant à la vie qui réconforte et fait grandir.

Si vous doutez encore les avis de Linda, Pépita et Hashtagcéline, ainsi que la lecture commune publiée À l’ombre du grand arbre !

Extraits

« Dans Le baron perché, mon personnage préféré est Cosimo : j’aime tellement qu’il aille vivre dans les arbres et qu’il n’en descende plus, parce qu’il veut être libre. »

« Notre arbre de Noël est vivant, par miracle. Mes parents ne savent pas très bien s’y prendre avec les plantes. Ce sapin, qu’on a mis près de la porte-fenêtre pour qu’il ait de la lumière, a déjà tellement d’aiguilles sèches que c’est à peine s’il soutient les boules en verre si légère. Pourtant, la vendeuse du centre commercial avait dit qu’il durerait jusqu’au printemps. Elle ne pouvait pas imaginer qu’Ottimo Turcaret ferait pipi dans le pot du sapin. Je ne l’ai pas vu, mais je sens l’odeur. Je m’assieds sur le tapis à côté de l’arbre et je renifle les cadeaux. Apparemment, ils ont été épargnés. Papa les a posés sous les branches les plus basses hier soir, en croyant que je dormais. Mais comment dormir la veille de Noël ? »

Lu à voix haute en février 2020 – Gallimard Jeunesse, 12,50€

Émerveillements, de Sandrine Kao (Grasset Jeunesse, 2019)

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Émerveillements_extrait 1Si je devais résumer cet album en un mot, ce serait « douceur ». Douceur de la couverture que l’on effleure des doigts. Douceur du trait japonisant et des teintes distillées, page après page – case après case faudrait-il dire pour rendre justice au beau travail de composition. Douceur du message murmuré par ces saynètes qui nous imprègnent imperceptiblement d’une certitude : les graines semées peuvent mettre du temps à germer, nous plongeant dans la perplexité et le doute, mais c’est précisément de ces flottements et de ces tâtonnements que peuvent naître les plus belles idées… Cette conviction infuse, comme nous suivons les expérience d’une petite créature blanche qui semble s’éveiller après un long hiver et découvrir le monde pour la première fois : ses merveilles, ses saveurs douces et amères, ses amitiés, ses jeux et ses réconforts.

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Je vois là l’une des leçons de vie qui me tiennent peut-être le plus à cœur quand je pense à ce que j’ai envie de transmettre à mes enfants : les essais, les hésitations, les détours et même les erreurs ne sont pas vains, mais sont tout autant d’opportunités de comprendre, de grandir et de se laisser surprendre.

Cela dit, pour être très franche, j’ai douté en découvrant l’album. Mes garçons, véritables petits tourbillons de vie et d’enthousiasme, versent plus dans les intrigues riches de péripéties, celles qui vous tiennent en haleine et vous donneraient envie de pouvoir tourner les pages plus vite, que dans l’art de la contemplation. Se laisseraient-ils séduire par cet univers zen fait de paysages plongés dans le calme, d’infimes motifs d’émerveillement (un oiseau, un flocon de neige, un pétale) et d’imperceptibles développements nous rappelant que le soleil et les saisons poursuivent leur ronde rassurante ? Par cette histoire au fil narratif subtil, esquissé presque en filigrane ?

Et bien oui, ils ont aimé. Mais en toute franchise, je dois dire que nous n’en avons peut-être pas fait la lecture la plus intuitive. Ils ont été d’abord extrêmement intrigués et amusés par l’énigmatique mignonnerie du petit protagoniste – lapin, chien, pokémon ou… patate, les élucubrations ont fusé dans la bonne humeur ! Elles sont de nouveau allées bon train quelques pages plus tard, lorsque surgit de terre une deuxième bestiole (qui ferait peut-être penser à une taupe ?). Les initiatives du protagoniste pour faire pousser plus vite la plante qu’il a semée et les idées lumineuses que lui inspire la succession de situations ont réjoui tout le monde, avec de grands éclats de rire en découvrant une partie de pétanque improvisée (il a alors fallu vérifier précisément qui avait gagné…) ou une course de courges (oui, vous avez bien lu, tout s’explique en lisant l’histoire…). Résultat : l’hilarité était telle que les dernières pages, en forme d’hommage au rêve, à la méditation et à l’exploration de l’inconnu n’ont pas vraiment ramené le calme !

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J’adore me faire prendre de court par une lecture. Et si celle-ci ne se voulait probablement pas un album à haut potentiel comique, elle irradie des ondes positives qui ne se refusent pas en cette fin d’hiver et qui nous inviteront, je n’en doute pas, à nous émerveiller plus calmement de ces pages pleines de sagesse et de poésie.

L’avis de Pépita, de Hashtagcéline et de Nadège

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Lu à voix haute en février 2020 – Grasset Jeunesse, 18,90€

La balade de Koïshi, de Agnès Domergue, illustré par Cécile Hudrisier (Grasset Jeunesse, 2019)

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Voilà un album singulier qui a de quoi fasciner ses lecteurs ! Il tient dans la main, mais ses pages se déplient comme un accordéon, déroulant sous nos yeux le chemin parcouru par Koïshi le long de cette « balade ». Nous voyons, donc, ce petit bonhomme, né d’une rizière, faire de premiers pas hésitants, s’émerveiller de découvrir le monde, gagner en assurance et continuer d’aller de l’avant, traversant les saisons comme autant de métaphores des âges de la vie, évitant les écueils, surmontant les obstacles, savourant les rencontres, prenant des pauses pour mieux repartir, mûrissant, puis s’étiolant à mesure que le temps s’écoule…

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Disons-le d’emblée, l’intrigue n’est pas de celles qui vous font frémir d’impatience de connaître le fin mot de l’histoire – ce n’est pas du tout le genre de cet album. Mais il y a quelque chose d’envoutant à regarder cette balade se déplier, grâce au format du leporello qui met en relief l’ampleur du chemin parcouru. Un parcours si long que ma nièce de sept ans et moi nous sommes demandé avec une curiosité joyeuse si le salon allait suffire pour le déployer… Une balade qui peut sembler interminable, mais qui est finalement vite parcourue, ça vous rappelle quelque chose ? Dans le mille, c’est bien de la vie que nous parle cet album. Je le disais récemment à propos d’un autre livre : difficile pour les enfants de prendre conscience de ce qu’est une vie, de saisir qu’elle a un début et une fin, d’appréhender son inscription dans une histoire plus large où rien ne se perd complètement et tout se transforme.

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Il me semble que La balade de Koïshi peut apporter une réponse réconfortante à leurs questionnements existentiels. Réconfortante, grâce à la poésie, la douceur et l’expressivité des illustrations de Cécile Hudrisier qui rendent un bel hommage aux saveurs et aux couleurs de la vie. Mais aussi : comme le texte nous le répète à la façon rassurante des petites comptines de l’enfance, Koïshi a dans sa poche un grain de riz et l’histoire ne se termine jamais vraiment… Quel amusement de constater que cette balade ne suit pas nécessairement un trajet linéaire, mais que les extrémités du livre se rejoignent, permettant un éternel recommencement de l’histoire ! C’est ainsi que ce qui aurait pu être triste a finalement suscité des exclamations réjouies.

Un livre à proposer sans hésiter aux amateurs de lectures contemplatives et de promenades…

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N’hésitez pas à lire également les avis de Pepita, de Hashtagcéline, de Nadège et de Petite Fleur Loves Book !

Lu en janvier 2020 – Grasset Jeunesse, 20€