Mon père des montagnes, de Madeline Roth (Le Rouergue, 2019)

Mon père des montagnes

La couverture donne le ton : une maisonnette perdue dans une nature crépusculaire, désolée, mais paisible. L’ensemble est sombre, mais pas vraiment triste. La lumière tombe sur la façade et le chemin blanc, dont on ne voit pas où il mène : tout semble ouvert.

C’est un joli roman choral que nous offre Madeline Roth. Elle nous fait entendre deux voix : celle de Lucas, seize ans, et de son père, qui ne se parlent plus depuis si longtemps, mais qui se retrouvent pour une semaine de vacances dans le chalet familial. Ce n’est pas qu’ils soient fâchés, mais les silences, leurs différences et le temps qui voit Lucas grandir et son père vieillir ont distendu le fil de leurs liens. Perdus dans la montagne, ils n’ont guère le choix de se faire face. Parviendront-ils à s’apprivoiser ?

Le père et le fils sont on ne peut plus différents : l’un est posé, habile de ses mains, taiseux, solitaire ; l’autre a soif de vivre, aime le bruit, les discussions, ses amis. Et pourtant, les deux se manquent l’un à l’autre. Chacun à une charnière de sa vie, ils ont (peut-être plus que jamais) besoin de la tendresse de l’autre. Ils partagent peut-être plus qu’ils ne le pensent. Et pas seulement le socle des souvenirs heureux que les vestiges d’une cabane ou la saveur des pommes de terres cuites dans les braises suffisent à raviver…

J’ai beaucoup aimé ce texte qui me donne envie de continuer à découvrir les livres de Madeline Roth. Elle n’en fait pas trois tonnes – 75 pages à peine en réalité, mais dont chaque mot est dense, pesé pour aller droit au cœur. Ces mots parlent très justement de l’ambivalence que représente le fait de grandir vers l’âge adulte. J’ai beaucoup aimé aussi la façon dont les deux narrateurs évoquent le personnage de la mère qui n’est pas présente sur place, mais dont on pressent constamment le trait d’union qu’elle représente entre eux. Un beau texte sur le pouvoir qu’a l’amour de transcender les différences et sur l’urgence d’entretenir, mot après mot, geste après geste, les liens qui nous tiennent à cœur.

Merci beaucoup à Pepita de m’avoir donné envie de découvrir ce livre ! J’aime beaucoup la façon dont elle en parle, n’hésitez pas à aller la lire par ici.

Extraits

« Ça n’a pas toujours été comme ça, froid, entre lui et moi. Quand j’étais petit, je sais que c’est qui m’a appris à faire du vélo et on jouait au foot dans la revue devant la maison. Parfois il m’emmenait au cinéma et on achetait du pop-corn. Et puis je ne sais ce qui s’est passé, j’ignore de quand ça date, je ne me souviens pas d’un moment précis qui aurait basculé. Un jour je me suis rendu compte qu’on ne faisait presque plus rien ensemble, et qu’on se parlait de moins en moins. Mais comme on est trois, et que je parle beaucoup avec ma mère, les repas, la vie à la maison, tout ça ne m’a jamais semblé compliqué. Là c’est différent. On est lui et moi. On n’est pas fâchés, j’ai plutôt le sentiment qu’on est gênés. À un moment donné, j’ai dû grandir. Peut-être que c’est juste à cause de ça. »

« Et puis parfois je me dis qu’il te suffirait d’une main posée sur moi, comme ce que tu as fait, là, avec mes cheveux. Même pas tellement des mots, amis sentir que tu es là. Comme une sécurité. Comme quand tu me rattrapais si je sautais du petit mur. Tes bras à l’arrivée. Je voudrais pouvoir me dire que tu es là. Que tu seras toujours là. Que tu es là, c’est tout. »

Lu en novembre 2019 – Le Rouergue, 9€

Eden, de Rebecca Lighieri (École des loisirs, 2019)

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« Existe-t-il, ce monde où je viens fuir la laideur de la réalité et la monotonie de mon existence ? Existe-t-il ou est-il une pure fantasmagorie jaillie du tréfonds de mon inconscient, comme le pense Lou ? Un rêve sans plus de substance que les rêves de la nuit ? Une vision que j’oublierai en grandissant ? »

La vie, ce n’est pas toujours drôle. Sans même penser aux drames qui peuvent fissurer toute une existence, vivre peut sembler terriblement ennuyeux, banal, futile ou vain. Sur notre île aux trésors, nous sommes convaincus que dans ces moments-là, la lecture offre une passerelle précieuse vers des mondes imaginaires élargissant à l’envi l’horizon des possibles. Ce n’est pourtant pas vers la lecture que se tourne Ruby, l’héroïne adolescente du premier roman jeunesse de Rebecca Lighieri, qui étouffe et se consume d’ennui dans sa petite vie morose et bien réglée…

Ruby découvre en effet qu’en entrant dans un petit cagibi, il peut lui arriver de voir sa réalité s’effacer et de basculer dans un autre monde. Un monde onirique, fait de beauté, de nature luxuriante, d’intenses expériences sensuelles et de rencontres bouleversantes. Ce lieu magique est-il le fruit de son imagination ? Quoiqu’il en soit, les escapades dont Ruby semble avoir de plus en plus besoin ont des effets bien réels sur sa vie et sur la manière dont elle perçoit notre monde…

« Depuis que je remonte le temps, le monde moderne m’apparaît dans toute sa laideur et toute sa folie. »

Eden est un très joli roman qui se lit d’une traite, l’intrigue parvenant à nous rendre aussi « accro » que Ruby au monde d’Eden. Comme elle, on brûle d’en savoir plus et d’élucider la nature de cet univers. On s’inquiète de voir Ruby basculer dans cette autre dimension qui n’existe peut-être que dans sa tête et perdre ce qui pouvait lui rester de goût à sa propre vie. On se demande comment cette histoire va bien pouvoir finir. L’écriture de Rebecca Lighieri, pseudonyme de l’autrice Emmanuelle Bayamack-Tam qui a été récompensée l’an dernier par le Prix du Livre Inter pour Arcadie, est vive, sensuelle et incarnée.

« Devenir adulte, c’est renoncer à faire les trucs intéressants dont on a rêvé enfant. »

Le thème des mondes imaginaires est classique en littérature jeunesse, mais il est traité ici avec originalité, en donnant la part belle aux valeurs de respect de la nature et aux utopies (à l’heure où la mode est plutôt aux dystopies) et en développant un propos très juste sur le passage de l’enfance à adolescence. Cet âge qui peut tourner la page de beaucoup d’illusions, ouvrir les yeux sur les dysfonctionnements de notre monde et faire envisager des choix de vie radicaux. La lecture d’Éden offre une parenthèse en suspension, dont on sort irradiée de l’envie de se recentrer sur l’essentiel et habitée d’une flamme d’espoir de sauver un monde qui court à sa perte. Les représentations de mondes passés, futurs ou alternatifs n’offrent en effet pas seulement des bulles d’évasion. Elles peuvent constituer de puissants catalyseurs pour changer ce qui doit l’être.

Merci à Hashtagcéline et à l’émission Bibliothèques d’adolescents de France Inter de m’avoir donné envie de découvrir ce roman !

Lu en novembre 2019 – L’École des Loisirs, 14,50€

Boo, de Neil Smith (L’école des loisirs, 2019)

Voici un roman étrange, en forme de casier métallique à travers lequel deux yeux semblent nous épier d’on ne sait où…

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On le comprend dès les premières pages, ce regard indéchiffrable est celui d’Oliver, alias Boo – collégien surdoué, présentant tous les signes d’un syndrome d’Asperger, marginalisé, et même harcelé. Boo s’adresse à ses parents d’une sorte d’au-delà, après avoir trouvé la mort au collège, alors qu’il venait enfin de parvenir à réciter par cœur (et dans l’ordre !) les 106 éléments du tableau périodique… Ainsi, Oliver n’atteindra jamais l’âge adulte et ne deviendra jamais scientifique comme il en rêve depuis toujours. Le roman pourrait être pathétique, mais il ne l’est pas. En effet, Boo pose sur son passage de vie à trépas et sur l’existence dans l’au-delà un regard curieux, avide de comprendre et soucieux de restituer cette expérience de la façon la plus factuelle et précise possible. On découvre donc, petit à petit, le fonctionnement de cet étrange « Village » réservé aux adolescents décédés aux États-Unis au cours de leur treizième année. Mais il n’est pas si facile pour Boo de tourner la page de sa vie sur Terre : lorsque arrive un autre élève de son collège, mort quelques jours après lui, Boo réalise qu’après tout, il n’a peut-être pas été victime d’un emballement cardiaque dû à l’euphorie de son exploit mémoriel…

Ce roman est très prenant, tant on a besoin de comprendre ce qui est arrivé à Boo – et de savoir comment son histoire peut continuer. Le récit nous a surpris en bifurquant à plusieurs reprises, l’intrigue se complexifiant et prenant à chaque fois un cours complètement inattendu. Les aventures et les réflexions foisonnantes de Boo permettent de traiter de façon profonde et intéressante plusieurs thèmes pourtant difficiles à évoquer en littérature jeunesse, notamment le harcèlement scolaire, les fusillades dans des écoles américaines et la peine de mort. C’est peut-être la perspective analytique, presque détachée, de Boo qui permet de parler de tout cela de façon adaptée à un lectorat jeune. Il me semble également que le roman parle très bien des troubles du spectre autistique, du décalage perçu par Boo, de son besoin de se réfugier dans sa bulle et dans le monde rassurant des sciences. Les thèmes sont graves, donc, mais la tonalité du roman est souvent positive et porteuse d’espoir. La façon dont Boo parle à/de ses parents est belle et touchante. Lui qui avait tant de mal à nouer des relations sociales tant qu’il était en vie, rencontre au « Village » des personnes magnifiques qui apprennent à apprivoiser ses petites singularités.

« Puis, parce que je demeure allergique aux câlins, elle me donne un petit coup de pied dans le tibia, ce qu’elle appelle une « tape d’amour ». Je lui rends la pareille. »

La vision de la mort imaginée par Neil Smith est très riche ; il invente une voie médiane fascinante entre l’approche matérialiste et les représentations religieuses de la mort. L’univers de cet au-delà est très travaillé avec sa géographie et son écosystème particulier, son vocabulaire, ses traditions et une multitude de références à des personnages de livres, des œuvres littéraires et musicales (de Cole Porter à Nirvana !)… Nous avons aussi beaucoup aimé les clins d’œil multiples au monde de la science et des scientifiques.

Un roman original, captivant et sensible qui parvient à parler à hauteur d’adolescent de questions aussi difficiles qu’incontournables. Je ne suis pas étonnée du tout qu’il ait déjà remporté un tel succès en anglais et qu’il soit traduit dans de nombreuses langues !

L’avis de Linda est disponible par ici !

Autres extraits

« Je songe à mon existence sans amis au collège Helen-Keller. Dans le cours de sciences, j’étais toujours seul pour disséquer la grenouille. Aucun camarade ne voulait être jumelé à moi, malgré une note maximale garantie. Avant d’adopter ma politique d’évitement, j’avais essayé à quelques reprises, en particulier en cinquième, d’engager la conversation avec d’autres élèves. Je m’étais au préalable exercé devant le miroir : par le passé, en effet, mes propos avaient eu le malheur d’offenser ou d’irriter. Devant la glace, donc, j’ai dit : « Tiens, salut, Cynthia Orwell. Comment se sont passées les épreuves de sélection des pom-pom girls, aujourd’hui ? Tu as réussi des grands écarts satisfaisants ? » »

« Comme vous le savez, chère mère et cher père, chez nous, aux États-Unis, je n’allais jamais au théâtre. Je ne regardais pas de sitcoms ni de séries policières à la télévision. Je ne lisais pas de romans. Rien, en somme, qui suppose une incursion dans la fiction. Je ne comprenais pas la nécessité de la fiction dans un monde où les événements de la vie réelle – les drames qui se produisent à l’échelle cellulaire dans notre corps et sur le plan astrophysique dans notre univers – étaient à la fois fantastiques et fascinants.
Ce n’est que dans le monde réel du paradis que j’ai pris conscience du bien-fondé de l’illusion. La fiction a le grand avantage de vous dégager de la réalité lorsque la réalité devient peu engageante. Je regrette de ne pas avoir fait cette découverte aux États-Unis. Sa Majesté des mouches m’aurait peut-être aidé à survivre au collège. »

« – Vade retro, Satana ! lui dis-je.
C’est une expression latine que j’adore, mais que j’ai rarement l’occasion d’utiliser. (Origine : formule d’exorcisme qui se traduit par « Arrière, Satan ».) »

Lu à voix haute en octobre 2019 – L’école des loisirs (coll. Medium +), 18€

Petit renard, d’Edward van de Vendel et Marije Tolman (Albin Michel Jeunesse, 2019)

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Attention, attention ! Autant vous prévenir tout de suite : nous avons ici à faire à un livre très, très singulier. Un album enchanteur, moderne, intemporel qui nous entraîne dans une déambulation sur la crête des dunes… et de la vie. Une promenade mêlant poésie et philosophie – tant le petit renard de l’album porte en lui de choses universelles.

Petit renard_extrait 2.jpgL’histoire est donc celle d’une adorable boule de poils orange vif qui vagabonde dans un paysage côtier, s’émerveille des mille et unes beautés qui s’épanouissent au creux de la dune, se laisse aller au jeu de poursuivre les mouettes ou d’imiter les canards sauvages, observe d’un air inspiré les allers et venues de la famille de blaireaux et des autres animaux qui peuplent la forêt de pins… Tout à sa contemplation, le petit renard chute et plonge dans un rêve bouleversant d’intensité : toute une vie de petit renard condensée sous forme d’impressions fortes et de moments marquants. La chaleur de sa mère et des autres renardeaux, l’exaltation des premières sorties du terrier, l’immensité du monde, l’émerveillement des sens et le délice des premiers frissons… Où ce rêve le mènera-t-il ? Et quel est cet étrange petit garçon roux qui ressemble à Petit renard comme un alter ego et qui semble veiller sur lui comme un ange gardien ?

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Chaque mot du texte résonne, comme les lignes d’une comptine, évoquant intensément la force et la subtilité de sensations qui parlent : la caresse d’une bourrasque de vent ; l’odeur des pins et de la mer ; ou encore la saveur de l’inconnu. Ces mots sont magistralement portés par les illustrations de Marije Tolman qui mêle la beauté teintée de mélancolie de grandes photographies aux couleurs passées et la tendresse de dessins vibrants de vie et de malice.

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Le charme opère irrésistiblement. La lecture de Petit Renard a été intense pour mes deux garçons et moi : une expérience tour à tour étrange, captivante, inquiétante et réconfortante comme un terrier bien chaud.

Un album inoubliable en forme d’ode aux rêves avec un grand « R », à la nature, à la vie, aux expériences qui nous font grandir.

Merci beaucoup à Pepita d’avoir attiré mon attention sur cette merveille et à l’éditeur de nous avoir permis de la découvrir en famille !

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Lu à voix haute en octobre 2019 – Albin Michel Jeunesse, 15,90€

Les amoureux, de Victor Hussenot (La Joix de Lire, 2019)

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Ce week-end, j’ai pris beaucoup de plaisir à me laisser entraîner hors des sentiers battus par Victor Hussenot. Ses graphismes sont reconnaissables entre mille ; ils réinventent le support de la bande-dessinée en en bousculant malicieusement les codes à tous les niveaux – en s’affranchissant du texte, en faisant voler en éclat les sempiternelles cases, en proposant un dessin minimaliste au stylo bille, en entremêlant la forme et le fond…

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C’est tout ce qui fait le charme et le sel de la vie amoureuse qui est évoqué ici, à hauteur d’enfant, à partir du principe simple qui a déjà fait le succès des albums précédents de l’auteur : deux personnages à peine esquissés, l’une rouge, l’autre bleu, dont les lignes se touchent, s’entremêlent, s’entrechoquent, évoluent de façon parallèle, divergent pour mieux se retrouver. Le décor est réduit à sa plus simple expression, façonné avant tout par l’imagination des deux protagonistes – mais après tout : cette histoire n’est-elle pas universelle ? Avec la force des métaphores, les péripéties des amoureux restituent le partage des moments heureux et difficiles, la force de l’entraide, le bonheur procuré par les instants de complicité, la force de la relation face aux épreuves, l’envie de se lancer à deux dans des aventures un peu folles, d’inventer des rêves communs, de construire ensemble, mais aussi le besoin que peuvent avoir les amoureux les plus éperdus de ménager leur individualité…

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L’espièglerie et la joie de vivre des deux amoureux sont très communicatives. Ces personnages, et d’ailleurs plus largement cette façon unique de dessiner qu’invente Victor Hussenot, sont une ode à la créativité et à la liberté qui donne envie de croquer la vie à pleines dent !

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Un concentré de poésie à offrir, évidemment, aux amoureux de votre entourage. Mais aussi aux enfants qui se posent des questions sur l’amour. Et surtout à tous ceux qui aiment s’évader dans des dessins gribouillés au stylo bille dont ils sous-estiment peut-être les potentialités !

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Un grand merci à Bouma de m’avoir fait découvrir le travail de Victor Hussenot, et à l’éditeur de m’avoir permis de lire Les amoureux !

Lu en octobre 2019 – La Joie de Lire, 15,90€

Toute une vie en chiffres, de Bruno Gibert (Actes Sud Junior, 2019)

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Je l’ai déjà constaté ici : Bruno Gibert a le don de parler de façon simple et percutante de tout ce qui nous dépasse. Avec cet album, qui sort aujourd’hui, il s’attaque à une question de taille : qu’est-ce qu’une vie ? Pas facile pour les enfants de prendre conscience que la vie a un début et une fin. Pas évident non plus pour nous de répondre à leurs questions et angoisses, tant il nous est nous-mêmes difficile de prendre la mesure de ce que représente une vie…

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Bruno Gibert offre une série de pistes avec un parti pris original et intelligent : ces éléments sont présentés sous forme de chiffres illustrés. L’idée est simple, mais lumineuse : prendre pour étalon une vie de 90 ans, nous permettant de réaliser ce que cela représente en moyenne à travers différents indicateurs tous plus évocateurs les uns que les autres… Une vie, c’est souffler 90 fois son gâteau d’anniversaire. C’est 492 dimanches et 32850 jours. Mais c’est aussi 30 années de sommeil, 11000 heures passées aux toilettes, 50000 litres d’eau bus, etc. Une vraie mine d’informations ! Mais n’insistez pas, je ne vous dévoilerai pas combien une vie compte de litres de sueur, de mètres de cheveux, d’heures passées à téléphoner, à étudier, à travailler ou à se déplacer…

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Certains chiffres donnent le vertige (4 milliards de battements de cœur !), d’autres nous rendraient presque mélancoliques – on ne naît et on ne meurt qu’une fois, et on passe un sacré temps accaparé par des questions purement matérielles. Alors bien sûr, il s’agit de valeurs moyennes dont la pertinence est sans doute limitée si on s’éloigne du contexte français et occidental – ou masquant comme toutes moyennes d’immenses disparités. Mais l’exercice n’en reste pas moins fascinant et donne à réfléchir sur le temps disponible, l’urgence de définir des priorités, mais aussi l’empreinte écologique d’une vie humaine…

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Cet album offre un plaisir ludique intense en permettant de prendre précisément la mesure de phénomènes difficiles à appréhender intuitivement. Voilà qui a énormément parlé à Antoine et Hugo qui ont pu donner libre cours à leur passion parfois épuisante, mais obstinée, pour les chiffres… Ils en sont restés bluffés : « Mais comment a-t-il pu calculer cela ? » Cerise sur le gâteau, l’auteur explique sur la double page finale les bases de ses calculs, sources à l’appui. De quoi ravir les garçons qui ont évidemment aussitôt entrepris de tout vérifier !

Un album ludique, poétique, vertigineux, qui interroge notre condition d’être vivant, l’immensité et la brièveté de la vie. Renversant !

Lu à voix haute en octobre 2019 – Actes Sud Junior, 14,90€