Les Croques, tome 2 – Oiseaux de malheur, de Léa Mazé (Éditions de la Gouttière, 2019)

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Notre foyer est en effervescence. Une agitation turbulente s’est emparée de toute la famille ces derniers jours. Que se passe-t-il ? Vous devriez le savoir ! Le deuxième tome de la bande-dessinée Les Croques, dont le final du tome 1 nous avait laissés littéralement suspendus aux péripéties de Céline et Colin, vient ENFIN de sortir ! Mettant ainsi (provisoirement…) un terme à de longs mois d’attente et d’angoisse. Comment les jumeaux vont-ils se sortir du guêpier dans lequel ils se sont fourrés ? Parviendront-ils enfin à se faire entendre et prendre au sérieux par les adultes ? Ne serait-il pas plus prudent de mettre plutôt un terme à leur enquête ?

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Cette parution a d’abord été l’occasion de relire le premier tome dont nous avions tant apprécié l’originalité d’un positionnement à la croisée entre drame, enquête et histoire d’horreur, la qualité de l’intrigue, le décor macabre et l’univers graphique tout en clair-obscur faisant la part belle aux couleurs automnales. Nous avions énormément aimé les personnages principaux, leur côté décalé, leur détresse et leur belle complicité.

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Toutes ces qualités se confirment ici. Le tome 2 brille notamment par un récit rythmé et parfaitement maîtrisé qui entremêle et poursuit habilement l’ensemble des fils narratifs du premier tome jusqu’à un final stupéfiant. Nous pensions que la tension était à son comble ? Léa Mazé monte ici encore d’un cran ! Ce deuxième volet est plus sombre encore que le premier. Les couleurs s’en ressentent. Des ombres menaçantes se rapprochent de Céline et Colin qui ne trouvent guère de réconfort dans une famille minée par l’incompréhension, les malentendus et le manque de confiance. L’imagination débordante, la fantaisie et la complicité des jumeaux n’en semblent que décuplées, comme d’ailleurs leur obstination féroce à faire la vérité.

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Nous avons eu un vrai coup de cœur familial pour le travail graphique de Léa Mazé, dont le trait est tout à la fois incisif, sensible et tendre.

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Voilà, en somme, de quoi confirmer le statut particulier de cette série parmi nos bandes-dessinées favorites. Mais voilà : il va falloir maintenant se résoudre à échanger nos conjectures en famille tout en attendant avec fébrilité… le troisième et dernier tome des Croques !

À recommander absolument à toutes celles et ceux qui aiment frissonner.

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Lu en octobre 2019 – Éditions de la Gouttière, 13,70€

Les loups du clair de lune. Histoires naturelles, de Xavier-Laurent Petit (L’école des loisirs, 2019)

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Loups du clair de lune_tip of the worldLes lecteurs et lectrices de ce blog savent à quel point nous aimons voyager grâce à nos lectures du soir. Avec Les loups du clair de lune, de Xavier-Laurent Petit, nous avons été servis – et ravis ! Car c’est littéralement au « Bout du monde » que ce roman nous a entraînés, en compagnie de Hannah. Ce nom de « Bout du monde », qui est celui de la propriété de la grand-mère d’Hannah chez qui celle-ci vient passer ses vacances, a titillé notre imagination. Nous voici donc tous les trois devant le grand planisphère à cogiter avec enthousiasme. Quelle partie du monde mériterait donc d’être appelée comme ça ? L’île Clipperton ? (Hugo) Le Svalbard ? (Antoine)

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Et bien non, c’est aux confins de la Tasmanie, cette petite île située au Sud de l’Australie, que nous entraîne cette histoire. Dans un paradis naturel caché à l’extrémité d’une piste à travers la forêt vierge, fourmillant de plantes et de créatures stupéfiantes. L’endroit rêvé pour s’évader du quotidien trépidant et dévorer Robinson Crusoé, non ? Les vacances ne vont pourtant pas se passer comme prévu. Les secrets révélés à Hannah par sa grand-mère vont en effet les entraîner dans une enquête passionnante, mais peut-être plus dangereuse qu’elles ne l’avaient prévu…

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Nous avons été conquis par ce petit roman, les garçons n’exprimant qu’un seul regret : Loups du clair de lune_chouette.JPG« C’était trop court et on voudrait que l’histoire continue ! ». L’objet-livre, sa couverture à battants et ses illustrations bichromiques (ocre-noir) sont de toute beauté et le travail de l’éditeur et de l’illustratrice, Amandine Delaunay, doit être salué à cet égard. L’histoire est captivante. Elle est racontée avec beaucoup d’humour et nous avons plusieurs fois éclaté de rire au fil de la lecture. On s’amuse notamment des extravagances de la grand-mère d’Hannah, un très beau personnage qui vit intensément ses passions et déborde de générosité. Son enthousiasme pour l’observation de la nature et la « crottologie » est communicatif : on se passionne avec elle pour la faune locale, on rêve d’explorer des contrées lointaines, on rit avec le kookaburra, on tremble en réalisant à quel point tout cela est éphémère…

Un joli roman très original à proposer sans hésiter aux lecteurs qui commencent à aborder des lectures plus longues ! Cette histoire ravira particulièrement tous ceux qui aiment les animaux.

L’avis de Linda est par ici !

Lu à voix haute en octobre 2019 – L’école des loisirs, 12€

Le dernier sur la plaine, de Nathalie Bernard (Éditions Thierry Magnier, 2019)

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« Toujours en mouvement, nous suivons la transhumance des bisons. La terre est notre mère, le soleil est notre père. Les plaines sur lesquelles nous chevauchons ne nous appartiennent pas, mais notre territoire s’étend à perte de vue. Herbe haute, arbustes, rocaille, immense ciel bleu. »

C’est de loin que je reviens pour vous faire part de cette chronique, de très loin même ! Pour être précise : des grandes plaines américaines des années 1860-1870, à une époque tourmentée où colons et indiens s’affrontent violemment pour l’immense territoire s’étalant des plaines canadiennes au golfe du Mexique. Grâce au talent de conteuse de Nathalie Bernard, nous voilà propulsés au cœur des événements, avec pour fil rouge la vie incroyable de Quanah Parker, fils du chef comanche Peta Nocona et de Cynthia Ann Parker, une blanche enlevée à sa famille. Nous suivons Quanah de sa naissance à la fin de son enfance, de son adolescence à l’âge adulte, dans une quête saisissante d’un espace, d’une issue, de ses origines, de son identité.

Nathalie Bernard nous livre un récit captivant – à tel point qu’il a été difficile d’interrompre la lecture pour mettre les garçons au lit ! L’écriture est brute, imagée, très belle. La tension amorcée dès les premières pages autour des grandes questions qui hanteront Quanah toute sa vie se nourrit également, au fil du récit, de péripéties qui s’enchaînent avec beaucoup de rythme. Quanah est un personnage magnifique, sensible et solide, d’une humanité désarmante et bouleversante.

Le contexte est restitué de façon très dense : on voit sous nos yeux le paysage transformé par le développement des lignes de chemin de fer et de l’agriculture ; le quotidien des amérindiens qui vivent, survivent, tentent de s’adapter ; la condition des femmes, dans les deux camps ; la nature façonnée par le rythme des saisons et la guerre. L’autrice fait très fort : l’histoire est si passionnante qu’on remarque à peine tout ce que l’on apprend au passage. Elle parvient avec brio à livrer un récit de cette époque qui ne tombe ni dans le manichéisme, ni dans les stéréotypes teintés de folklore. À raconter des vérités terribles tout en portant constamment un beau message d’espoir et de tolérance.

« Si les bisons n’avaient pas été exterminés, je serais resté dans les plaines.
Mais je ne peux pas revenir en arrière.
Alors, je regarde vers l’avenir. »

Ma curiosité a été si bien aiguisée par cette lecture qu’il fallait en savoir plus. En cherchant un peu, nous avons découvert que Quanah Parker a réellement existé. J’ai été terrifiée en découvrant que les grandes lignes de cette histoire sont vraies, notamment le désastre humain et le massacre de quinze millions de bisons américains, essentiels dans le mode de vie des Comanches. Une mémoire douloureuse, mais importante, que Nathalie Bernard contribue à entretenir avec beaucoup de talent.

Un grand merci à l’éditeur de nous avoir permis de découvrir ce roman. Une épopée flamboyante dont on peine décidément à s’extraire…

Lu à voix haute en septembre 2019 – Éditions Thierry Magnier, 14,80€