Partis sans laisser d’adresse, de Susin Nielsen (Hélium, 2019)

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Cinq pages, et nous voilà suspendus à la plume de Susin Nielsen. Félix n’a pas l’air bien dangereux, mais il a toutes les peines du monde à répondre aux questions de la policière : nom ? Adresse ? Ces fondamentaux ne sont pas une évidence pour lui. C’est « provisoire », mais avec sa mère, ils vivent dans un combi Volkswagen « emprunté ». Nous voici aussi curieux que la policière : comment en sont-ils arrivés là ? Et que vont-ils devenir ? Le plan de Félix de remporter le jackpot de la version canadienne de Questions pour un champion est-il réaliste ?

Les situations et les personnages, tous plus romanesques les uns que les autres, piquent notre curiosité, nous faisant tourner les pages avec avidité. Et évidemment, on VEUT savoir si Félix parviendra à conquérir son émission de télévision favorite et à tirer son foyer du pétrin !

Lors de cette lecture qu’ils ont adorée, les enfants ont été constamment tiraillés entre cette soif de connaître le fin mot de l’histoire, l’envie de céder à l’humour irrésistible de Susin Nielsen et une vraie prise de conscience de ce que signifie la pauvreté. Ce roman évoque avec beaucoup de finesse les innombrables glissements, parfois imperceptibles, qui entraînent dans une spirale de galères dont il devient difficile de s’extirper. La misère se concrétise de façon très concrète, douloureuse et stigmatisante. On réalise la valeur d’un réfrigérateur plein, d’une prise électrique, de toilettes à disposition.

Ce texte d’une profondeur surprenante suscite aussi mille réflexions sur la famille, l’entraide, la tolérance, les croyances, les dilemmes moraux aussi. J’ai aussi été très touchée par ce qu’il dit de l’entrée dans l’adolescence qui provoque une détresse mêlée d’exaltation en levant le voile sur certaines illusions de l’enfance.

Proposer un roman aussi divertissant à partir de ces thématiques, c’est très fort ! D’où vient toute cette bonne humeur ? Peut-être d’un univers décalé et réjouissant qui métisse le Canada et la Suède, avec aussi un peu de France, de Syrie et de Haïti ? Ou de sa galerie de magnifiques personnages pleins de contradictions qui ne les rendent que plus attachants ? Impossible de résister à la tendre lucidité de Félix, garçon hors-norme plein de sagesse face à ses nombreux dilemmes. Ou à sa mère, artiste entière et sans doute un peu trop franche, fragile derrière son orgueil, ses avis tranchés et sa misanthropie. Mais pleine d’inventivité lorsqu’il s’agit de les tirer des situations les plus inextricables.

Un roman au potentiel de sympathie immense ! Il n’y a plus qu’à nous mettre d’accord sur le prochain livre de Susin Nielsen que nous allons découvrir : avec elle, nous remontons dans n’importe quel combi Volkswagen !

Les avis de Pepita et de Hashtagcéline

Extraits

« Merci, mais on n’a pas besoin d’aide.
– Tu es sûr ?
– Certain. On va s’en aller très bientôt.
– Ah bon ? Où ça ?
– Je ne sais pas encore ; Mais j’attends une rentrée d’argent. La seule question, c’est combien.
– Un héritage ?
– Non.
– Tu comptes vendre des objets de valeur ?
– Non.
– Dévaliser une banque ?
– Très drôle. Non.
– Alors d’où viendra-t-il, cet argent ?
– D’un jeu télévisé.
– Ah, alors là, tu m’intrigues. Raconte. »

« Abélard me rappelait Jésus, mais seulement physiquement. Il avait les cheveux longs et châtains, un petit bouc de hipster et une moustache. Il se disait bouddhiste et jacassait beaucoup sur la paix, l’amour et la tolérance, ce qui aurait été très bien s’il n’avait pas été si minable. Déjà, il tapait de l’argent à ma mère, alors que c’était évident qu’elle joignait à peine les deux bouts. Et en plus, il avait un sale caractère. Il insultait Astrid parce qu’elle mettait ses affaires de yoga dans le séchoir au lieu de les laisser sécher sur un fil, ou parce qu’elle avait interrompu sa méditation sans le faire exprès.
C’était un bouddhiste mal embouché. Je ne pouvais pas le sentir. »

« J’avais reçu Horatio en cadeau pour mes dix ans. Ce que je voulais, moi, c’était un chien, et j’avais donc été d’abord déçu de me retrouver avec un rongeur. Mais en regardant ses petits yeux noirs, en caressant son pelage noir et blanc tout doux, j’étais tombé amoureux. Même s’il ne savait pas rapporter, ni courir, ni donner la patte, et même s’il avait une cervelle grosse comme une cacahuète, je l’adorais. C’est pourquoi, en le voyant perché en équilibre instable sur notre fourbi, j’ai craqué. Et si sa cage était tombée et qu’il s’était fait mal ? Et si elle avait été mal fermée et qu’il s’était enfui ? Et si un chien affamé était passé par là ? Horatio n’avait pas l’air traumatisé, mais d’un autre côté ce n’est pas facile de déchiffrer les émotions complexes des gerbilles. »

Lu à voix haute en mars 2020 – Hélium, 14,90€

L’étymologie avec Pico Bogue, de Dominique Roques et Alexis Dormal (Dargaud, deux volumes parus en 2018 et 2019)

Les enfants adorent les mots de toutes sortes – ceux qui sont nouveaux et qu’ils cherchent à caser à tout prix dans la conversation juste pour le plaisir, ceux qui sont particulièrement longs ou biscornus, ceux qui riment, qui sont passés de mode, les « gros » mots, le verlan et les néologismes… L’idée de Dominique Roques et Alexis Dormal est donc géniale : nous faire découvrir le sens et l’étymologie des mots les plus variés, à travers de courtes scènes de la vie quotidienne de Pico Bogue et sa sœur Ana Ana.

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En une à quelques pages, ces épatants mouflets révèlent l’origine et les liens de parenté des mots, nous faisant prendre conscience de la façon surprenante dont leur sens évolue. Saviez-vous par exemple que le mot « mot » vient de l’onomatopée « mu » qui a, plus tard, donné le mot latin « muttum » ? Que les mots « aiguilles », « âcres », « acier » et « acerbe » ont la même origine ? De même que dicter et dictateur ? Ou que « coquelicot » vient de l’onomatopée du cri du coq, dont la crête partage la même couleur ? Qu’étymologiquement, discours signifie une course en tous sens ?

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Pour être franche, j’ai hésité à proposer cette BD à Antoine et Hugo après l’avoir rapidement feuilletée, craignant que le propos ne soit trop pédagogique pour les séduire. Le retour enthousiaste de mon amie Colette m’a finalement convaincue de la découvrir ensemble. Force est de constater que nous aurions eu tort de nous en priver !

Les garçons ont tout simplement adoré. La mise en scène pleine de malice les a beaucoup amusés, par exemple grâce aux running gags qui montrent un Charlie récalcitrant, réquisitionné par son ami Pico pour illustrer des mots à grand renfort de mimes et déguisements auxquels il ne s’identifie pas franchement. Les dessins, avec leur charme enfantin et leur humour espiègle, ne sont pas en reste. Mais surtout, les saynètes montrent très bien les atouts que l’on peut retirer d’une fine connaissance de la langue en termes de répartie et de négociation. Un enseignement qui n’est pas tombé dans l’oreille de sourds…

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Le volume 1 couvrait les lettres A et B, le 2 les lettres C, D et E (avec, mystérieusement, « zizi » en fin de volume). Encore beaucoup de gags et de révélations en perspective !

Pour les amoureux de la langue et, plus généralement, toutes celles et ceux qui aiment rire !

Lu et relu depuis février 2020 – Dargaud, 15€ par volume

Thornhill, de Pam Smy (Le Rouergue, 2019)

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C’est une lecture sombre comme une nuit d’encre. Un imposant livre à la tranche noire, plongé tout entier dans les ténèbres, le lierre et les barbelés. Quoi de plus délicieux qu’une bonne dose de frissons partagée en famille, blottis les uns contre les autres sous une chaude couverture ?

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Deux fils narratifs s’imbriquent de façon mystérieuse, avec pour trait d’union l’institut Thornhill, vieil orphelinat désaffecté dont le bâtiment sinistre semble nous écraser. En 1982, Mary y vit un enfer quotidien. Son histoire nous est restituée à travers son journal intime, chronique d’une spirale qui semble sans issue. En 2017, alors que Thornhill ne semble plus peuplé que de mauvaises herbes et de panneaux « interdit d’entrer », Ella emménage dans la maison voisine. C’est plus fort qu’elle, l’adolescente est fascinée par la vieille bâtisse qui n’est peut-être pas si déserte qu’il n’y paraît…

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Les mots tourmentés de Mary nous sont livrés en alternance avec le récit sous forme graphique des explorations d’Ella, dans une cadence inquiétante rythmée par des doubles-pages noires. Texte et illustrations en noir et blanc se répondent parfaitement pour composer une atmosphère glaçante (pas trop quand même, juste ce qu’il faut pour savourer de trembler de concert). Dans la première moitié du livre, nous avons été surtout happés par l’histoire terrible de Mary. La tension monte, au fil des pages, alors que le choc de ces deux destins semble de plus en plus inéluctable. Résultat, malgré quelques flottements dans l’intrigue à certains moments, on ne voit pas vraiment passer les 530 pages de ce pavé… et nous avons trouvé la fin très réussie.

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La mise en scène comporte ce qu’il faut d’escaliers branlants gravis dans les ténèbres, de bruits nocturnes et de poupées brisées. Mais ce n’est pas tout : Thornhill ne se limite pas à un roman qui « fait peur », mais parle de façon juste et terrible des affres de la solitude et du harcèlement.

Plusieurs clins d’œil littéraires nous ont donné envie de découvrir ensemble plusieurs grands romans anglais, notamment Le Jardin secret, de Frances Hodgson Burnett.

Une pépite gothique qui nous a fait forte impression !

L’avis de Hashtagcéline

Lu à voix haute en mars 2020 – Éditions du Rouergue, 19,90€

 

Iskari, tome 1. Asha, tueuse de dragons, de Kirsten Ciccarelli (Gallimard Jeunesse, 2019)

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À Firgaard, les légendes sont proscrites. Asha l’a appris à ses dépens (et tout le royaume avec elle), les raconter est effroyablement dangereux. Depuis qu’elle a attiré sur le pays le feu d’un dragon mythique, la jeune fille s’emploie à racheter sa faute, chassant inlassablement les créatures cracheuses de flammes. Exécutant sa destinée d’Iskari, tueuse de dragon, crainte par tous, mais sans libre-arbitre. Pourquoi ne peut-elle pourtant se résoudre à taire ces histoires du temps ancien qui la hantent ?

C’est Antoine qui s’est laissé tenter, à la librairie, par la splendide couverture du premier tome de ce qui sera une trilogie. Il l’a dévoré cet été avant de nous inviter, Hugo et moi, à le découvrir à voix haute, ce que nous venons de faire avec plaisir.

Iskari revisite le genre de l’heroic fantasy de façon originale, avec une héroïne féminine, pour changer (et même une ribambelle d’héroïnes féminines toutes plus badass les unes que les autres !), une dose de romance et quelques réminiscences des contes des mille et une nuits.

L’univers fantastique imaginé par l’autrice canadienne Kisten Ciaccarelli est très consistant. Le panorama escarpé, l’histoire politique trouble, la mythologie et la société organisée en castes rigides (sans doute inspirées de l’Inde), tout cela compose un monde dans lequel nous sommes entrés de plain-pied. Cela dit, nous avons mis un peu de temps à nous approprier sa complexité, les multiples protagonistes du passé et du présent, leurs noms, surnoms et titres, et les différents fils narratifs qui s’imbriquent au fil des pages. Antoine nous a aidés à nous y retrouver et, en retournant une ou deux fois aux passages essentiels du début, nous avons fini par prendre nos repères.

L’intrigue de ce premier tome est soutenue et pleine de surprises. Plusieurs événements perturbent la quête d’Asha qui nourrissait le fil narratif initial, pour nous faire reconsidérer la situation et nous emmener vers quelque chose de complètement différent et complexe. Au-delà des péripéties qui s’enchaînent avec beaucoup de rythme, le roman propose une réflexion pertinente sur les mythes et l’Histoire comme fondement du pouvoir et de la domination, mais aussi sur l’émancipation féminine et le poids des attentes sociales.

Iskari me semble donc une bonne initiation au genre de la fantasy qui ravira les futurs lecteurs de Games of Thrones ! Les thèmes, la complexité de la trame et la romance destineront ce roman aux lecteurs et lectrices plutôt à partir du collège. Nous découvrirons le tome 2 dès que l’occasion se présentera, en espérant que le troisième sera bientôt traduit.

Par ici pour lire l’avis de Bouma !

Extrait : « Asha n’avait plus peur du feu depuis que le Premier Dragon en personne avait laissé une hideuse cicatrice sur toute la moitié droite de son corps. Elle portait dorénavant une armure complète, patchwork des peaux de tous les dragons qu’elle avait tués, ainsi que son casque préféré en forme de tête de dragon, avec ses cornes noires. Le cuir tanné, moulant comme une seconde peau, la protégeait parfaitement du feu. »

Lu à voix haute en mars 2020 – Gallimard Jeunesse, 18,50€

Eli & Gaston. L’esprit de l’automne, de Ludovic Villain et Céline Deregnaucourt (Ankama Éditions, 2019)

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Aussi curieux que cela puisse paraître, lorsque Éli apprend que ses parents ne peuvent pas prendre de vacances et qu’elle passera l’été avec son chat (Gaston) chez sa grand-mère, elle ne se félicite pas de cette opportunité de se confiner au vert à l’abri des gouttelettes du coronavirus… La maison, à mille lieux de la civilisation et du moindre écran, n’est-elle pas excessivement isolée ? Quels sont ces bruits et ces ombres nocturnes qui réveillent Éli et Gaston ? Pourraient-ils venir de la forêt voisine, sur laquelle courent de curieuses légendes ? Un immense lieu luxuriant, mais où le silence est assourdissant…

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Toute la famille a pris beaucoup de plaisir à faire la connaissance de ce jeune duo auteur-illustratrice avec cette BD. La composition dynamique, les couleurs vives et le trait rond de Céline Deregnaucourt sont très attrayants. Elle représente, avec un plaisir communicatif, la forêt dans ce qu’elle a de plus merveilleux et inquiétant – univers improbable, évoquant à la fois les bergères guerrières et Mon voisin Totoro. Les deux protagonistes sont campés à merveille : Éli, pleine de vie et de caractère, et Gaston, boule de poils dont la gloutonnerie et la froussardise n’ont d’égale que sa drôlerie…

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Éli & Gaston_4Nous avons été séduits par ces personnages, ainsi que celui de la grand-mère un peu sorcière… L’amorce de l’intrigue, construite comme un thriller, est particulièrement réussie, avec un dosage parfait entre frisson et humour. Les rencontres d’Éli et Gaston réservent de multiples surprises qui piquent notre curiosité. J’ai trouvé que la suite et le dénouement n’étaient pas tout à fait à la hauteur. J’aurais notamment aimé en savoir plus sur cet esprit de l’automne qui rôde et qui, en l’état, reste un peu insondable. Cela dit, Antoine et Hugo n’ont fait qu’une bouchée de cette BD et je suis très admirative que les auteurs parviennent à proposer une telle qualité sur 136 pages. Je suis certaine que les petits lecteurs dès l’école primaire seront ravis de découvrir un tome de cette envergure, mais dans un registre très enfantin.

Une belle aventure initiatique, vitaminée par toute une palette de belles couleurs !

Lu en mars 2020 – Ankama Éditions, 19,90€

Autour de Jupiter, de Gary Schmidt (Bayard, 2019)

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Je ne pense pas avoir déjà lu un roman qui parvienne à insuffler autant de douceur à des thématiques aussi dures. À 14 ans, Joseph a déjà connu la prison, le deuil, la violence et… il est le père d’une petite fille. L’adolescent est confié aux Hurd, famille d’agriculteurs du Maine dont le fils, Jack, nous raconte cette histoire. Joseph parviendra-t-il à surmonter les traumatismes, les préjugés et la solitude pour renouer avec une existence de collégien ? Pour l’heure, ses préoccupations semblent graviter exclusivement autour d’un point focal : le besoin irrépressible de voir sa fille.

L’intrigue est bien construite, jouant sur notre curiosité quant à l’avenir et au passé de Joseph, avec un rythme qui s’accélère dans le dernier tiers du roman. Autour de Jupiter n’est pas de ces lectures qui s’éternisent sur votre table de chevet !

Mais la magie de ce roman réside avant tout dans ses personnages. Joseph, d’abord, personnalité hors-norme, cabossée par la vie qui l’a forcé à grandir trop vite, mais qui ne demande qu’à se révéler. Jack ensuite, si ouvert, attentif et plein de jugement du haut de ses douze ans, dont l’amitié naissante pour Joseph semble capable de surmonter tous les fossés. Son point de vue donne envie d’aller vers les autres, tant il met en relief les surprises que la vie peut réserver à celles et ceux qui parviennent à passer outre leurs préjugés. En miroir, on perçoit de façon très juste l’importance vitale du regard bienveillant et optimiste que posent sur Joseph la famille Hurd ainsi que certains de ses professeurs – de très belles personnes, là-encore. La nature et les animaux (presque des personnages à part entière !) jouent, eux aussi, un rôle de repère essentiel pour la tentative de Joseph de se reconstruire.

Il n’en reste pas moins que le propos est dur, et même terrible. Un roman oxymorique et marquant, en somme, dont je comprends très bien qu’il figure dans les sélections les plus prestigieuses, dont les pépites de Montreuil et le prix Sorcières. Gary Schmidt est un auteur américain dont j’entends de plus en plus parler, cette première découverte me donne pleinement envie de continuer à le lire.

Ne manquez pas la très belle critique de Pépita !

Extraits

« Il ne parle jamais de ce qu’on lui a fait là-bas.
Mais depuis qu’il a quitté cette prison, il ne porte plus jamais de vêtement orange.
Il ne laisse jamais quelqu’un rester derrière lui.
Il ne veut jamais qu’on le touche.
Il n’entre jamais dans des pièces exiguës.
Et il ne mange jamais de pêches au sirop.
– Il n’aime pas tellement le pain de viande, non plus, a dit Mme Stroud en refermant le dossier du Département de la santé et des services sociaux de l’État du Maine.
– Je suis sûre qu’il va adorer les pêches au sirop que fait ma mère, ai-je commenté. »

« – Tu n’es pas seul.
Il a hoché la tête de haut en bas.
– Non, tu n’es pas seul.
– Si.
– Tu m’as, moi.
Il a eu un petit rire triste, avant de répondre :
– Jackie, j’ai toute une vie d’avance sur toi. »

Lu en mars 2020 – Bayard, 13,90€

Akita et les grizzlys, de Caroline Solé et Gaya Wisniewski (L’école des loisirs, 2019)

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Dans le grand blanc sauvage qui règne sur la forêt polaire, une petite fille de sept ans, ça paraît minuscule ! Il ne faudrait pas qu’une bête gigantesque et féroce ne vienne à surgir. Je sais bien comment vous envisagez la situation, mais je vous arrête tout de suite, vous n’y êtes pas du tout. Akita est petite, certes, mais elle est aussi et surtout redoutable. Et les grizzlys du titre ne sont pas les prédateurs attendus, mais plutôt d’effrayants démons intérieurs. Pour tenter de les apprivoiser, Akita doit se rendre au fond des bois, chez la mystérieuse vieille femme qui vit dans la glook glacée…

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« La glooglooka la jettera-t-elle dans une marmite de graisse de phoque brûlante ? »

Akita_extrait 2Akita est un merveilleux petit texte, une pépite à faire découvrir aux jeunes lecteurs qui commencent à lire des romans. Tout y est ravissant, à commencer par les illustrations à l’aquarelle de Gaya Winsniewski. Dans la continuité de ses albums précédents, la talentueuse illustratrice continue de nous régaler de scènes hivernales qui font la part belle à la nature, aux émotions et à l’imaginaire. Et à un univers polaire traversé par la magie du feu, des traineaux et des aurores boréales.

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Le texte de Caroline Solé n’est pas en reste, piquant notre curiosité, nous prenant par la main pour nous entraîner au plus profond de la grotte de la glooglooka dont on se demande bien si Akita parviendra à ressortir indemne. De façon métaphorique, l’histoire montre, comme nulle autre, les sentiments si difficiles à dompter qu’ils peuvent terroriser, les contradictions parfois douloureuses qu’implique l’acte de grandir, et le pouvoir de l’imaginaire et (aussi lointain que le monde d’Akita puisse paraître) de la psychologie pour y faire face. Tout cela en 80 pages à peine !

Une lecture merveilleuse qui laisse un goût réconfortant de sirop de bouleau sur les lèvres…

L’avis de Pepita est disponible par ici.

Extrait : « Quand Akita ressent une colère noire, son corps devient chaud, tremblant comme s’il était parcouru par une vague incontrôlable et qu’un monstre allait sortir de sa bouche.
La première fois qu’elle a ressenti cette force mystérieuse et menaçante, il y a quelques mois, elle a pensé à un animal sauvage, celui qu’elle guette par la fenêtre : l’ours, le mammifère le plus puissant sur Terre. »

Lu à voix haute en mars 2020 – L’école des loisirs, 8€