Petit renard, d’Edward van de Vendel et Marije Tolman (Albin Michel Jeunesse, 2019)

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Attention, attention ! Autant vous prévenir tout de suite : nous avons ici à faire à un livre très, très singulier. Un album enchanteur, moderne, intemporel qui nous entraîne dans une déambulation sur la crête des dunes… et de la vie. Une promenade mêlant poésie et philosophie – tant le petit renard de l’album porte en lui de choses universelles.

Petit renard_extrait 2.jpgL’histoire est donc celle d’une adorable boule de poils orange vif qui vagabonde dans un paysage côtier, s’émerveille des mille et unes beautés qui s’épanouissent au creux de la dune, se laisse aller au jeu de poursuivre les mouettes ou d’imiter les canards sauvages, observe d’un air inspiré les allers et venues de la famille de blaireaux et des autres animaux qui peuplent la forêt de pins… Tout à sa contemplation, le petit renard chute et plonge dans un rêve bouleversant d’intensité : toute une vie de petit renard condensée sous forme d’impressions fortes et de moments marquants. La chaleur de sa mère et des autres renardeaux, l’exaltation des premières sorties du terrier, l’immensité du monde, l’émerveillement des sens et le délice des premiers frissons… Où ce rêve le mènera-t-il ? Et quel est cet étrange petit garçon roux qui ressemble à Petit renard comme un alter ego et qui semble veiller sur lui comme un ange gardien ?

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Chaque mot du texte résonne, comme les lignes d’une comptine, évoquant intensément la force et la subtilité de sensations qui parlent : la caresse d’une bourrasque de vent ; l’odeur des pins et de la mer ; ou encore la saveur de l’inconnu. Ces mots sont magistralement portés par les illustrations de Marije Tolman qui mêle la beauté teintée de mélancolie de grandes photographies aux couleurs passées et la tendresse de dessins vibrants de vie et de malice.

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Le charme opère irrésistiblement. La lecture de Petit Renard a été intense pour mes deux garçons et moi : une expérience tour à tour étrange, captivante, inquiétante et réconfortante comme un terrier bien chaud.

Un album inoubliable en forme d’ode aux rêves avec un grand « R », à la nature, à la vie, aux expériences qui nous font grandir.

Merci beaucoup à Pepita d’avoir attiré mon attention sur cette merveille et à l’éditeur de nous avoir permis de la découvrir en famille !

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Lu à voix haute en octobre 2019 – Albin Michel Jeunesse, 15,90€

Le Garçon du Phare, de Max Ducos (Sarbacane, 2019)

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Relégué dans sa chambre par sa grande sœur qui le snobe, Timothée enrage et s’en prend violemment à un dessin au mur, arrachant du même coup un lambeau de tapisserie. Il découvre alors une peinture surprenante. Celle d’un paysage marin dont les couleurs sont si réelles et profondes qu’il semble possible de s’y enfoncer. Se révèle alors un monde d’une beauté vertigineuse, mais peuplé de créatures étranges. Un monde sur lequel souffle un vent d’aventures…

 

 

La sortie d’un nouvel album de Max Ducos est toujours une fête chez nous. Nous les avons presque tous à la maison et ils font partie de ceux que les garçons relisent sans jamais se lasser. Il serait, certes, dommage de se limiter à une seule lecture. Les illustrations regorgent toutes de petits détails qui se livrent à celui qui prend le temps de les apprivoiser. Et surtout, au-delà de leurs singularités, tous ces livres ont en commun une capacité à nous prendre par la main pour nous emmener très loin, aux confins de notre imaginaire. L’histoire est toujours ancrée dans le réel – le quotidien d’une école, d’une sortie de classe, d’une famille en vacances, d’une petite fille qui erre dans sa grande maison… Mais l’auteur sait à quel point pour les enfants, imaginaire et réalité sont imbriqués et le basculement de l’un à l’autre peut être rapide. Il connaît leur envie d’explorer le vaste monde pour mieux revenir à la chaleur du foyer et de leurs proches… On le laisse ainsi volontiers nous entraîner dans une aventure initiatique dont on a l’impression de rentrer grandi et dépaysé.

Toutes ces qualités se confirment ici. Les illustrations de Max Ducos n’ont peut-être jamais été aussi splendides : lumineuses, elles nous font sentir l’air marin, respirer la houle, entendre le cri des mouettes et frissonner face à l’abîme de la falaise. On comprend ce que ressent Timothée quand il raconte : « La peinture semblait si réelle que j’eus l’impression de sentir un vent chaud me caresser le visage. » Un plaisir intense pour les amoureux de l’océan que nous sommes !

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Le récit, parfaitement maîtrisé, a captivé Antoine et Hugo. Ils ont été galvanisés par l’appel de l’aventure, avides de connaître l’histoire du garçon du phare, séduits par sa rencontre avec Timothée. Ce dernier change sous nos yeux, se redécouvre et s’affirme.

Un album qui m’a évoqué le charme d’une autre histoire de périple imaginaire, Max et les Maximonstres dont l’auteur, Maurice Sendak, observait très justement que « la fantaisie reste la meilleure arme dont l’enfant dispose pour apprivoiser ses parties sauvages ».

Une pépite à découvrir absolument – et sans limite d’âge !

Lu en septembre 2019 – Sarbacane, 16,90 €

Jonah, tome 1 – Les sentinelles, de Taï-Marc Le Thanh (2013, Didier Jeunesse)

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Chez nous, la lecture est décidément une affaire de transmission familiale. Depuis quelques années, Antoine et Hugo font leurs propres explorations littéraires et se font un plaisir de recommander leurs coups de cœur à toute la famille. Et notamment à leurs grands-parents qui font preuve de beaucoup d’enthousiasme lorsqu’il s’agit de rentrer chez eux avec une pile d’albums ou de romans sous le bras, ce qui permet de très beaux échanges. Ma mère adore aussi dénicher de beaux livres qu’elle partage avec nous… C’est grâce à elle que nous avons découvert la très belle série Jonah qui a fait l’unanimité de la famille. La vie est belle, malgré tout !

« Où l’on prend connaissance de l’anomalie de notre héros et où l’on assiste à sa naissance si particulière »

Dès les premières phrases, on est happé par ce récit qui commence comme une tragédie : une mère meurt en couches, son enfant naît sans mains et est envoyé à l’orphelinat où il a bien peu de chances d’être adopté étant donnée son infirmité. Une histoire dure, terrible même, me direz-vous…

« Le spectacle qui s’offrait à ses yeux fit courir une vague d’émotions le long de ses avant-bras. Il y avait au sol un carré de terre humide et grasse. Et au centre de ce carré, une note de couleur . Un point minuscule et délicat. Une fleur. Une fleur qui déployait courageusement ses pétales, se gorgeant avec avidité de la rosée matinale. Une fleur qui, malgré la fraîcheur encore vive de ce début de journée, avait traversé les lourdes mottes de terre pour venir manifester son innocence et sa beauté aux regards émus des enfants. »

La magie de ce roman, c’est que Taï-Marc Le Thanh fait de ce drame une histoire pleine de douceur, de poésie et de vie – à l’image de la couverture pleine de sensibilité illustrée par la talentueuse Rebecca Dautremer. Car Jonah déborde d’énergie et de joie de vivre, un bonheur communicatif qui rayonne autour de lui. Il est fort des amitiés solides qu’il construit à l’orphelinat, mais aussi d’autre chose… Quelque chose qui semble susciter l’intérêt d’une étrange société secrète. Je n’en dis pas plus, mais sachez que l’histoire incroyable de Jonah est riche de rebondissements à couper le souffle et de personnages romanesques qui font voler en éclats les stéréotypes !

« Martha esquiva de justesse le filet incandescent de lumière bleue et la voiture mordit sur le bas-côté, longeant dangereusement le fossé qui bordait la route. La jeune conductrice avait l’impression qu’un sang glacé coulait dans ses veines. Elle sentait chaque pulsation de son cœur résonner dans sa tête. Son expérience de conductrice de rallye professionnelle lui faisait envisager la situation avec beaucoup de calme. ‘Après tout, se dit-elle, je suis juste poursuivie par la foudre qui cherche visiblement à détruire ma voiture, j’ai vu bien pire comme situation’. »

Cette histoire se dévore, tant on brûle d’en savoir plus sur le mystère qui entoure Jonah. Taï-Marc Le Thanh la raconte avec un mélange singulier de suspense, de sensibilité, de poésie et d’humour. Et nous offre une parenthèse hors-sol, un moment de lecture en suspens qui met du baume au cœur, nous invite à nous émerveiller, nous autorise à rêver d’un monde où amitié, solidarité et tolérance seraient les maîtres mots.

Une merveilleuse lecture d’enfance qui a nous a immédiatement conquis. Et comme ma mère nous connaît, les tomes 2, 3 et 4 nous attendent déjà de pied ferme… Quand je vous dis que la vie est belle !

Lu à voix haute en septembre 2019 – Didier Jeunesse, 16€ (disponible également au format poche, 6,90€)

Magic Charly, d’Audrey Alwett (Gallimard Jeunesse, 2019)

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Derrière cette couverture splendide se cache un roman initiatique fabuleux – le premier tome d’une nouvelle série française qui va sans aucun doute faire beaucoup parler d’elle ! Nous l’avons lu à voix haute – enfin en partie seulement, à cause de son succès, les garçons n’ayant pas réussi à patienter et en ayant lu de grandes parties seuls… Verdict unanime : ce livre nous a fait procuré un plaisir de lecture équivalent à l’émerveillement de la découverte des Harry Potter – et je pèse mes mots !

Le prologue plante magnifiquement le décor et nous accroche pour une lecture addictive de plus de 400 pages. On y fait la connaissance du petit Charly et de sa grand-mère, Dame Mélisse, dégustant de savoureux beignets de prédiction dans une cuisine enchantée. Mais soudain, la grand-mère s’effondre en découvrant la teneur de sa prophétie… Cinq ans plus tard, Charly vit désormais seul avec son originale de mère et n’a plus que de vagues souvenirs de Dame Mélisse. Lorsque cette dernière resurgit brusquement dans sa vie, il est loin d’imaginer les révélations, les rencontres et les aventures qui l’attendent. Mais le temps lui est compté : s’il souhaite survivre et venir en aide à sa grand-mère, il doit effectuer son apprentissage de magicier et déjouer un complot terrible…

Autant le dire tout de suite : Audrey Alwett nous a tous ensorcelés avec sa belle écriture imagée. L’intrigue qui se tisse sous nos yeux écarquillés est passionnante, surprenante mais parfaitement maîtrisée. Elle est racontée avec beaucoup d’humour et de générosité. Les personnages sont réussis : attachants, déconcertants, drôles, effrayants parfois, avec notamment plusieurs protagonistes féminines qui jouent un rôle de premier plan. Charly suscite la sympathie et l’identification, plus que d’autres personnages de roman plus conformes à l’image stéréotypée du héros. Sensible, attentionné, il ne semble pas avoir de facilité particulière dans ses apprentissages de magicier et doute souvent de lui. Mais Charly puise dans son attachement à ses proches des ressources insoupçonnées pour trouver le courage nécessaire…

Et surtout, il faut parler de la richesse du monde des magiciers, qui déborde de créatures et trouvailles délicieuses, comme l’ingénieux moyen de locomotion que sont les citrolles ! J’ai également beaucoup apprécié, comme chez Harry Potter, la manière dont cet univers magique donne à réfléchir au monde réel : par exemple en traitant la magie comme une ressource rare, qui doit être économisée, mais qui peut donc faire l’objet de formes de commerce. Ou en montrant les dérives d’une trop grande concentration des pouvoirs politiques et judiciaires. Ou encore à travers les métaphores et « allégories » qui permettent d’aborder de façon très originale les grandes questions comme la mort, la perte de mémoire ou la justice au sens large…

Il va sans dire que nous allons compter les jours jusqu’à la parution du tome 2 ! D’ici là, nous allons nous pencher sérieusement sur les autres livres d’Audrey Alwett… en regrettant de ne pas avoir des apocachips ou des madeleines de réconfort sous la main !

 

Extraits

« C’était une sorte de sablier. Un sable doré était maintenu dans la partie supérieure et paraissait ne pas vouloir s’écouler. Sur le cadre, trois étoiles étaient réparties.
Maître Lin pointa le doigt sur le sable retenu en haut du sablier :
– Ça, c’est la quantité de magie à laquelle tu as droit.
Puis il indiqua la partie inférieure, vide pour le moment.
– Et cette partie-là, c’est ce que tu as déjà utilisé. Au bout d’un mois, le sablier se retourner de lui-même.
– Et si on n’a pas tout utilisé ? demanda Charly qui essayait de suivre.
– Malheureusement, ça n’arrive jamais. La magie se dépense hélas beaucoup trop vite. »

« C’est une théière perpétuelle. Elle produit un thé différent à chaque tasse, qu’elle sélectionne en fonction de ton humeur. »

« Mais si l’Académie surveille tout le monde, personne ne surveille l’Académie, et nous pensons qu’elle en abuse monstrueusement. »

Le meilleur Karlsson du monde, d’Astrid Lindgren (Livre de Poche, 1968 pour l’édition originale en suédois, 2008 pour la traduction française)

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Nous ne présentons plus Karlsson – l’ami à hélice, si impossible et effronté qu’il en devient irrésistible ! Cette année, Hugo et moi avons décidé de relire les trois tomes de cette série qui nous avait tant enchantés il y a quelques années. Après les tomes 1 (Karlsson sur le toit) et 2 (Le retour de Karlsson sur le toit), nous avons redécouvert ce tome 3 dans lequel rien ne va plus. Karlsson a été aperçu en train de survoler le quartier et le journal offre une récompense pour le retrouver… De quoi attiser la curiosité du voisinage et la convoitise des pires bandits ! Dans ces conditions, Petit Frère renonce aux vacances en famille et reste à la maison pour veiller sur son ami. Entre les tentatives obstinées de la redoutable Mme Bouc pour mettre de l’ordre dans le foyer, les lubies d’un oncle désagréable qui s’invite chez les Svantesson et les farces de Karlsson, il va avoir fort à faire !

Comme toujours chez Astrid Lindgren, il souffle un vent de liberté sur ce roman. Comme d’autres personnages imaginés par cette grande autrice, Karlsson ne se laisse pas dompter. Il fait fi des règles et des conventions, se laisse porter par son imagination, vit et joue au gré de ses idées et de ses envies. Mais contrairement à Fifi Brindacier ou à Ronya, fille de brigand, qui portent haut leurs valeurs de liberté, mais restent à chaque instant soucieuses du bonheur de leur entourage, Karlsson semble mu avant tout par des motivations égoïstes. Dans ce tome 3, il monte en puissance et redouble d’effronterie, dans une surenchère à la fois déconcertante et… réjouissante. Car le bonhomme se permet à peu près tout ce que beaucoup d’enfants aimeraient pouvoir faire sans (heureusement) pouvoir se l’autoriser : il se vante sans vergogne, refuse de partager, s’empiffre à longueur de journée, ne recule devant aucun excès lorsqu’il s’agit de jouer jusqu’au bout, dit tout haut tout ce qui lui passe par la tête, fête son anniversaire tous les quatre matins…

On est souvent désolé pour son entourage qui fait les frais de ces frasques. En même temps, Petit Frère tire de la fierté de l’amitié singulière qui le lie à Karlsson et semble prendre confiance en lui au fil des tomes. On voit bien ici qu’il a appris, au contact de son ami, à manier l’ironie et à s’affirmer. Et in fine, les idées farfelues de Karlsson finissent toujours par faire, un peu malgré lui, le bonheur de son entourage…

Une jolie lecture dont le charme des années 1960 n’a pas pris une ride, à faire découvrir sans hésiter aux lecteurs appréciant le second degré !

Extraits

« Quelle est cette mystérieuse chose qui vole au-dessus de Stockholm ? D’après des témoins, un petit Tonneau volant particulièrement bruyant, ou un objet volant y ressemblant, a à plusieurs reprises été aperçu au-dessus des immeubles du quartier de Vasastan. La Direction générale de l’aviation civile n’est pas au courant de ce trafic aérien anormal, et pense qu’il pourrait s’agir d’un redoutable espion étranger qui surveillerait notre ville. Il est d’une importance capitale que la nature de ce phénomène soit tirée au clair et que l’objet volant soit capturé. »

« – Le meilleur des meilleurs copains du monde, c’est toi, Karlsson ! Et pourquoi tu arrives justement maintenant ?

– Devine. Tu as trois choix possibles, dit Karlsson. Soit c’est parce que tu me manquais, petit garçon ignorant, soit c’est parce que je me suis trompé de chemin en voulant faire un tour au Parc Royal, soit c’est parce que j’ai senti l’odeur de la bouillie. Allez, devine !

Le visage de Petit-Frère s’illumina.

– C’est parce que je te manquais, dit-il timidement.

– Raté ! dit Karlsson. Et je n’avais pas non plus l’intention de faire un tour au Parc Royal, alors inutile de le proposer. »

 

Lu à voix haute à l’automne 2016 et relu en juillet 2019 – Livre de Poche, 5,50€

Le club de l’ours polaire, tome 2. Le mont des sorcières, d’Alex Bell (Gallimard, 2019)

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Stella et ses amis étaient sortis grandis de leur première expédition. Cette dernière les avait révélés à eux-mêmes et rendus célèbres… La vie n’est pourtant pas un fleuve tranquille. La révélation de l’identité de Stella lui cause bien des tourments : étant donnée leurs pouvoirs terribles, les princesses des glaces inspirent la crainte et beaucoup voient d’un mauvais œil l’une d’entre elles rejoindre le cercle très fermé et masculin des explorateurs. Et surtout, un vautour monstrueux plane au-dessus du jardin, comme une épée de Damoclès, envoyé par la terrible sorcière Jezzybella. Convaincu que celle-ci ne renoncera jamais à traquer sa fille, Félix se met en route pour le Mont des Sorcières – une contrée hostile, dont personne n’est jamais rentré vivant. Éperdument inquiète, Stella se lance sur ses traces, accompagnée de ses fidèles compagnons Dragigus, Shay, Ethan et de toute une ribambelle de créatures plus improbables les unes que les autres. Le chemin est semé d’embûches. Arriveront-ils à temps pour venir en aide à Félix ?

Hugo, qui ne craint plus de se lancer dans des romans un peu longs, a énormément apprécié ce deuxième volet de la série. Nous l’avons amorcé ensemble, en lecture à voix haute, mais après 50 pages, il n’a pas supporté le suspense et dévoré la suite seul, quasiment d’un trait ! Les péripéties se succèdent en effet sans temps mort, rendant la lecture addictive jusqu’aux toutes dernières pages.

Ce roman plaira sans doute beaucoup aux enfants qui, comme Hugo, aiment rêver et s’évader dans des mondes imaginaires où tout est possible – ou presque ! Rien que la splendide couverture représente tout un monde, non ? Nous avons également beaucoup apprécié l’humour des dialogues et des situations, souvent produit par le choc des personnalités singulières qui composent cette expédition. De fait, la manie de Dragigus d’invoquer des statistiques macabres qu’il maîtrise sur le bout des doigts, ou l’habitude un peu contre-productive des fées de la jungle de déclamer leur chant funèbre lorsque les choses se corsent, sont très drôles.

Cela dit, comme pour le tome 1 d’ailleurs, je n’ai pas été aussi enthousiaste que Hugo. Je suis partagée quant à l’univers fantastique foisonnant qui fourmille de créatures et d’objets merveilleux imaginés par l’inventive Alex Bell. Le charme du roman vient en bonne partie de là, mais c’est presque trop à mon goût, tout ce folklore détournant parfois l’attention du fil de l’intrigue. Le tout m’a parfois semblé manquer de cohérence – lorsque piranhas et morses se côtoient, ou lorsque des révélations finales apparaissent en contradiction avec certains éléments de l’histoire, comme le souvenir des pieds brûlés de Jezzybella témoignant des blessures infligées par les parents de Stella, ou la marionnette ensorcelée des premières pages, dont l’origine est inexplicable si l’on tient compte de ces révélations…

Mais une fois encore, l’essentiel est que le roman plaise à sa cible première, les enfants, et la magie a opéré sur Hugo. Et on ne peut que se réjouir de lire une série portant de belles valeurs d’émancipation féminine, de courage, de solidarité et d’ouverture par-delà les stéréotypes.

Extrait:  » Stella devait admettre qu’ils formaient un étrange groupe. Ce n’était pas tous les jours qu’on voyait quatre explorateurs, quatre fées de jungle, une chasseuse, une apprentie sorcière, un chameau, un sac de grenouilles caoutchouteuses flap-flop, un tyrannosaure nain et un morse avec un casque colonial. »

Le retour de Karlsson sur le toit (d’Astrid Lindgren, 1962 pour l’édition originale en suédois)

Le retour de Karlsson sur le toit.jpgÀ la faveur des vacances (et oui, dans notre région de l’Allemagne, nous avons actuellement une pause de deux semaines de « Pentecôte » !), Hugo et moi avons poursuivi, avec la compagnie d’un autre petit lecteur de notre entourage, notre relecture des aventures de Karlsson. Je vous parlais récemment du premier volet, dans lequel nous apprenions à connaître ce curieux bonhomme équipé d’une hélice, certes très imbu de lui-même et un brin psychopathe, mais débordant d’idées nous assurant de ne jamais nous ennuyer. Nous le retrouvons à présent en très grande forme, n’ayant rien perdu de sa verve et de son imagination au cours de l’été passé chez sa grand-mère :

«  – Impossible de te dire à quel point je me suis amusé, répondit Karlsson en mâchant goûlument une saucisse. Je ne vais donc pas te le dire.
– Moi aussi je me suis bien amusé, rétorqua Petit-Frère qui avait envie de raconter ses vacances à Karlsson. Elle est tellement gentille, ma grand-mère. Et tu n’imagines pas à quel point elle a été heureuse de me voir ! Elle m’a embrassé tellement fort…
– Pourquoi ?
– Parce qu’elle m’aime.
Karlsson arrêta de mâcher.
– Tu crois peut-être que ma grand-mère ne m’aime pas ? Tu crois peut-être qu’elle ne m’a pas embrassé tellement fort qu’elle a failli m’étouffer, parce qu’elle m’aimait ? Je vais te dire une chose : ma grand-mère a des petites mains de fer. Si elle m’avait aimé quelques centaines de grammes de plus, elle aurait mis fin à mes jours.
– Ah bon ? Alors, dans ce cas, elle embrasse vraiment très fort ta grand-mère, admit Petit-Frère.
Bien que les embrassades de sa propre grand-mère ne soient pas comparables à celles de la grand-mère de Karlsson, Petit-Frère savait qu’elle aimait son petit-ils. Il s’efforça de bien expliquer ça à Karlsson.
– Mais parfois, elle m’énerve, ajouta-t-il après un moment de réflexion. Elle n’arrêta pas de me dire de changer de chaussettes, de ne pas me battre avec Lars Jansson et plein d’autres trucs comme ça.
L’assiette étant vide, Karlsson la jeta par terre.
– Tu crois peut-être que ma grand-mère ne me répète pas tout le temps la même chose ! Tu crois peut-être qu’elle ne met pas son réveil à sonner à cinq heures du matin pour avoir le temps de me répéter que je dois changer de chaussettes et qu’il ne faut pas que je me batte avec Lars Jansson ?
– Toi aussi, tu connais Lars Jansson ? s’étonna Petit-Frère.
– Non ! Heureusement !
– Mais alors, pourquoi ta grand-mère…
– Parce qu’il n’y a personne au monde qui rabâche autant qu’elle. Tu vas peut-être finir par te mettre ça dans le crâne ! Toi qui connais Lars Jansson, comment peux-tu avoir le culot de dire que c’est ta grand)mère qui rabâche le plus ? Personne n’arrive à la cheville de ma grand-mère qui est capable de répéter toute une journée que je ne dois pas me battre avec Lars Jansson alors que je ne le connais même pas ! Et, entre nous, j’espère bien ne jamais le connaître ! »

Après ces retrouvailles mémorables et un grand ménage de rentrée tout aussi inoubliable, nos deux compères ont fort à faire : les parents de Petit-Frère sont en effet contraints de s’absenter et d’engager une gouvernante pour s’occuper des enfants. J’ai nommé : la redoutable Mlle Bouc ! Si celle-ci se targue de savoir être ferme avec les enfants, elle est loin de soupçonner à qui elle a affaire cette fois-ci…

« Les yeux de Karlsson se mirent à pétiller.
– Tu as beaucoup de chance, déclara-t-il. Le meilleur dompteur de bourriques du monde, tu sais qui c’est ? »

Les blagues de Karlsson sont toujours réjouissantes, les dialogues pleins d’ironie et les situations de plus en plus extravagantes. Un ravissement pour tous les enfants sages qui n’en apprécient pas moins de rire des bêtises des autres !

«  – Vous devriez avoir honte ! Il y a des milliers de gosses dans le monde qui paieraient cher pour manger un plat comme celui-là.
Karlsson sortit alors un bloc-notes et un crayon de sa poche.
– Pourrais-tu me donner le nom de deux d’entre eux ? demanda-t-il. »

Lu à voix haute à l’automne 2016 et relu en juin 2019 – Livre de Poche, 4,95€