La légende de Podkin le brave, tome 1 : Naissance d’un chef (de Kieran Larwood, 2016 pour la version originale en anglais, 2017 pour la traduction vers le français)

Comment occupait-on jadis les longues soirées d’hiver ? En racontant des histoires au coin du feu, bien sûr ! Il y a très longtemps, il était même fréquent que certains en fassent leur métier et deviennent « bardes » – des conteurs professionnels, parfois itinérants, qui collectaient les anecdotes et devaient une mémoire vivante de la communauté. Certaines histoires étaient répétées si souvent qu’elles finissaient par être modifiées, réappropriées et étoffées de détails supplémentaires ; mais elles formaient aussi un univers de références partagées, un réservoir de péripéties plébiscitées sans réserve par les auditeurs…

Dans la société médiévale imaginée par Kieran Larwood, la légende de Podkin le brave fait incontestablement partie de ce patrimoine : tout le monde a entendu parler du « Seigneur des terriers », du « Roi des exploits », de « Podkin à l’oreille en moins »… Le récit épique qu’en fait un vieux barde très informé nous permet d’apprendre les moindres détails de l’histoire de Podkin : la façon brutale dont une guerre civile les a tirés, lui et ses frère et sœur, de leur enfance insouciante dans le clan de leur père, arrachés à leurs parents et poussés à la fuite. Poursuivis par des créatures monstrueuses menaçant de prendre le pouvoir, les enfants doivent survivre dans un monde plongé dans le chaos. Rencontres et péripéties s’enchaînent avec beaucoup de rythme, faisant de cette épopée une expérience initiatique qui permet à l’insouciant Podkin de trouver le courage de résister…

« On pourrait penser que, dès son plus jeune âge, Podkin aurait montré des signes d’héroïsme : habileté à l’épée, peut-être. Bravoure, courage, sagesse, détermination.
Et on se tromperait. »

La morale de l’histoire, puisque fables et légendes servent aussi à éduquer les enfants suspendus aux lèvres du barde, suggère ainsi à la fois que les personnes a priori les moins héroïques peuvent déployer des ressources insoupçonnées et que c’est en réalité l’union qui fait la force…

Kieran Larwood parvient à proposer un roman d’heroic fantasy adapté à de jeunes lecteurs en l’inscrivant dans un récit animalier – puisque la société dont il est question est composée de lapins. On en apprend progressivement de plus en plus sur l’organisation politique et géographique de cette société, ses superstitions, traditions et pratiques religieuses… L’auteur détourne avec humour nombre d’expressions en les transposant dans cette communauté : « déesse sait où », « déesse soit louée », « donner un coup de patte », « prendre son courage à deux pattes », etc. Les personnages sont attachants et le texte est à la fois très bien écrit et accessible aux enfants dès l’école primaire, grâce notamment à son découpage en chapitres relativement courts et aux jolies illustrations qui portent le récit. Il offre alternativement un vrai bonheur de lecture à voix haute, pour renouer avec d’anciennes pratiques !

Antoine et Hugo ont été aussi captivés par la légende de Podkin que les lapereaux regroupés autour du barde ! Heureusement que le tome 2 est déjà sorti…

Autres extraits

 « Par mes navets, cet hydromel est délicieux. »

« Le barde s’apprête à poursuivre quand quelque chose dans le regard de la petite lapine l’oblige à s’arrêter. Elle semble terrifiée et près de pleurer. Certes, il aime effrayer son auditoire, mais c’est le réveillon de la fête des Ronces. La petite lapine devrait avoir le droit de se coucher, la tête pleine de rêves de carottes sucrées et de poupées en bois, au lieu de rester éveillée toute la nuit, tétanisée par la peur. »

Lu à voix haute en janvier 2019 – Gallimard Jeunesse, 14,50€

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Votes ouverts pour désigner les prix « À l’ombre du grand arbre » 2019 du meilleur roman jeunesse !

Les voici ! Les sélection pour le prix À l’Ombre du Grand Arbre sont en ligne pour les catégories romans « Grandes feuilles » (jusqu’à onze ans) et « Belles branches » (12 ans et plus). C’est à vous de les départager pour désigner le roman lauréat dans chaque catégorie : à vos votes par ici !

Les romans nominés ont été triés sur le volet par les arbronautes ! Pour vous donner envie, j’en reproduis la liste ci-dessous :

Prix ALOGDA 2019, catégorie Grandes feuilles
(c’est-à-dire Romans jusqu’à 11 ans)

Célèbre catalogue_couverture.jpg Cliquer ici pour lire ce que j’en écrivais à l’automne 2018

jefferson-couverture-e1546721724896.jpg Un roman découvert récemment et chroniqué ici.

vendredioulesautresjours_dp_300-1 Mon avis, là encore, enthousiaste, est par là !

Prix ALOGDA 2019, catégorie Belles branches
(Romans à partir de 12 ans)

 

Pour en savoir plus et voter, RV à l’ombre du grand arbre !

La ruée vers l’art (de Clémence Simon, 2018)

Le street art appartient sans doute aux mouvements artistiques contemporains les plus dynamiques. Ces graffiti, sculptures et pochoirs intégrés aux constructions urbaines font sortir l’art des musées, en transformant la rue en « musées à ciel ouvert » accessibles à tous, et donnent à réfléchir aux citadins de passage…

La ruée vers l’art nous permet de découvrir près d’une vingtaine d’œuvres de street-artistes de renommée, qui ont toutes en commun de détourner des peintures ultra-célèbres. Chacune est présentée par une grande photo s’étendant sur une double page, assortie d’un rabat proposant une description, quelques pistes d’interprétation et des informations sur l’œuvre d’art détournée.

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Joconde.jpgNous nous sommes beaucoup amusés à découvrir certains tableaux que les garçons ne connaissaient pas encore, mais aussi à en reconnaître d’autres : la Joconde, les fresques de Lascaux visitées l’année dernière, un portrait d’Arcimboldo étudié à l’école maternelle, La Grande Vague de Kanagawa que nous avons en poster… Antoine et Hugo ont été abasourdis par la prouesse technique que représentent certaines œuvres de street art, comme ces tableaux monumentaux réalisées sur des immeubles vertigineux. Les photos montrent très bien comment les artistes jouent sur les échelles en créant des motifs démesurés que l’on distingue de loin, mais dans lesquels s’intègrent d’autres sujets dont on prend conscience en approchant – comme cet énorme robot composé d’objets électro-ménagers, ou la silhouette de Napoléon dans laquelle fourmillent personnages de dessins animés et symboles…

Nous avons aussi été très intéressés par les problématiques sociales auxquelles ces différentes œuvres et les explications passionnantes de Clémence Simon invitent à réfléchir, en particulier (pêle-mêle): qu’est-ce que l’art ? Les artistes de la grotte de Lascaux ne seraient-ils pas aujourd’hui exposés au risque de voir un employé municipal effacer leurs fresques au kärcher ? Les mondes des jeux vidéos et des galeries d’art sont-ils irréconciliables ou peut-on imaginer des ponts ? N’y a-t-il pas urgemment besoin de mieux considérer toutes sortes de formes de travail invisible, en particulier le travail ménager souvent assumé par des femmes ? Beaucoup d’œuvres évoquent la société de consommation et la crise écologique, à l’image de cette Joconde moderne, « fashion-victim » au regard vide qui ne s’aperçoit pas que la nature environnante est à l’agonie et qu’elle est en train de sombrer. Ou ce robot colossal composé en agglomérant non pas des légumes, comme le faisait le peintre Arcimboldo, mais des tonnes de produits-ménagers usagers entassés en montagnes de déchets.

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Cet album joue donc sur un choc très stimulant entre chefs-d’œuvre ayant marqué l’histoire et street art – choc également entre art et objets du quotidien, comme ce seau ménager qui, déversé, déverse une vague qui ressemble à s’y méprendre à celle de Hokusai. Une façon très ludique de découvrir en famille l’histoire et l’actualité de l’art !

Lu à voix haute en janvier 2019 – Arola, 19€

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Sylvain de Sylvanie, chevalier (de Didier Lévy, illustrations d’Éloïse Scherrer, 2018)

Que deviennent nos rêves et nos jeux d’enfants quand nous grandissons ? Certains adultes restent d’éternels gamins, prêts à laisser libre cours à leur fantaisie et à leur imagination à la première occasion ; d’autres changent plus fondamentalement, mais gardent tout de même au fond d’eux le gosse qu’ils ont été, ses chimères, ses terreurs et ses vieilles peluches. Quoi qu’il en soit, il suffit souvent de tomber sur les objets qui ont peuplé notre enfance pour en voir surgir des réminiscences et souvenirs d’une intensité déconcertante – comme dans cette émouvante pièce de théâtre, vue cet été au festival de Sarlat, dans laquelle deux frères adultes retrouvent dans le grenier de leur enfance les objets qu’ils avaient détournés à l’époque pour jouer à l’Iliade*… Il en va ainsi des premiers livres qu’on a lus et relus, mais aussi des jouets usés d’avoir tant servi. Un jour, parce qu’il fallait faire de la place ou parce qu’il fallait grandir, il a pourtant bien fallu se résoudre à s’en séparer, ou au moins à les mettre en cartons…

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sylvain de sylvanieLorsque les parents de Sylvain décident que ses vieux jouets doivent être relégués au grenier, il a une conscience aiguë de tourner une page. Impossible de résister à la tentation d’enfourcher son cheval de bois pour une dernière aventure en Sylvanie, univers foisonnant de paysages splendides et de créatures fantastiques, nés tout droit de l’imagination de Sylvain… Là bas, les deux héros vivent des aventures exaltantes et se distinguent parmi les chevaliers les plus valeureux : la satisfaction de chevaucher un beau cheval et d’affronter sans ciller (et répliques cinglantes à l’appui !) les monstres les plus terrifiants réjouit le lecteur autant que Sylvain. Les illustrations lumineuses d’Éloïse Scherrer incarnent de façon sublime l’univers fouillé de la Sylvanie et donnent un souffle épique à cette odyssée. L’auteur et l’illustratrice mêlent à merveille l’imaginaire et le réel, qui fait de petites incursions dans l’aventure et qui finit, puisque Sylvain deviendra grand, par prendre le dessus – quoique ? Et si grandir devenait synonyme d’une initiation permettant de découvrir de toutes nouvelles dimensions de son imagination ?

Cette petite merveille, qui a également séduit Sophie, a toutes les chances de rejoindre nos madeleines familiales !

* Iliade, de Damien Roussineau et Alexis Perret

 

Lu à voix haute en janvier 2019 – Sarbacane, 17,50€

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Vendredi ou les autres jours (de Gilles Barraqué, illustrations d’Hélène Rajcak, 2018)

Ce n’est pas sur ce blog que nous nierons que le thème de l’île déserte fascine éperdument les lecteurs d’hier et d’aujourd’hui ! Qu’il s’agisse d’histoires de naufragés déterminés à survivre (comme dans Robinson Crusoé ou Le royaume de Kensuké), d’exploration de territoires inconnus (Le dragon de mon père), de chasse au trésor (L’île au trésor) ou de retour aux sources (Robinson), le sujet ne laisse personne indifférent et continue d’inspirer les écrivains !

Et vous, comment réagiriez-vous si vous veniez à vous échouer sur un caillou perdu au milieu de l’océan, loin des autres hommes, de la civilisation et du confort moderne ? D’aucuns guetteraient les voiles ou la fumée d’un navire de passage, dans l’espoir de parvenir à attirer son attention en allumant un feu… Mais peut-être l’expérience permettrait-elle au contraire de savourer le goût inimitable des plaisirs simples offerts par la nature – la beauté du paysage, la saveur des fruits exotiques, le fumet d’une cuisse de crucru, un temps infini pour jouer de la flûte et inventer toutes sortes de jeux… Ne peut-on pas même imaginer qu’il deviendrait possible, en s’affranchissant des contraintes de la société, de connaître une liberté sans bornes – une liberté dont nous ne pouvons à peine rêver ? Si bien que si un bateau venait à notre rescousse, nous pourrions être tenté de ne pas embarquer ?

Tel est le rêve dans lequel nous entraîne ce roman de Gilles Barraqué, que j’ai découvert en lecture à voix haute avec Hugo qui en a savouré chaque page. Il faut bien le reconnaître, nous nous sommes régalés de la plume si impertinente de l’auteur… Mais nous sommes aussi entrés de plain-pied dans le quotidien de Robinson et de Vendredi, partagé avec délectation leurs chasses, leurs pêches, leurs jeux, leurs dialogues réjouissants et leurs ruses pour échapper aux intrus qui s’aventurent sur l’île qui n’est finalement pas si déserte que cela. Un roman plein de soleil, de légèreté, d’irrévérence et de bonne humeur. Que demander de plus au creux de l’hiver ?

Les lectrices d’À l’ombre du grand arbre sont aussi enthousiastes que nous, regardez donc les articles d’Aurélie et de Pepita,

Extraits

« Robinson posa une main sur l’épaule de Dom Miguel qui allait suffoquer :
– Je pense qu’on n’arrivera jamais à s’entendre, petit père. Mais nous, on ne souhaite de mal à personne. Prends ta chaloupe et bon vent à toi.
– Et si tu veux voir d’autres sauvages, des vrais, ajouta Vendredi, dirige-toi à l’est, vers l’île de Pilang-Pilong.
– Merci du renseignement, dit fiévreusement le père. Si ce n’est pas moi, le Seigneur s’en rappellera.
En regardant la chaloupe quitter l’île, les amis firent ces commentaires :
Robinson : C’est peut-être pas très sympa de l’envoyer chez les cannibales de Pilang-Pilong…
Vendredi : Pas sympa pour les cannibales, tu veux dire ?
Robinson : Ben oui.
Vendredi haussa les épaules.
Ainsi va le monde : à chacun sa misère. »

« Dis-moi, cher ami, est-ce que par hasard tu sais composer des airs des flûte qui font déguerpir les militaires ? »

« Le capitaine McClure m’envoie justement m’enquérir de votre santé. Savez-vous que vous l’intriguez beaucoup ? Depuis que nous sommes à l’ancre, il ne cesse de vous observer avec sa lunette.
– Je le comprends ! dit Robinson. C’est vrai que la partie est serrée. Mais vous pourrez lui signaler que je vais sûrement gagner. »

Truffe et machin (d’Emile Cucherousset et Camille Jourdy, 2018)

truffe et machin_extraitQu’arrive-t-il quand nos chères têtes blondes ont quelques heures devant elles, sans rien de particulier à faire ? Ces moments d’inaction, d’ennui, de désœuvrement, désormais trop rares, souvent réduits à une peau de chagrin par des rythmes de vie effrénés… Quoiqu’il en soit, tous ceux qui ont lu Fifi Brindacier, Les aventures de Tom Sawyer ou encore celles de Tom-Tom et Nana vous le diront : dans telle situation, les mouflets ne manqueront évidemment pas de concevoir toutes sortes d’idées… lumineuses !

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Des idées, Truffe et machin n’en manquent pas. Ce petit roman est en réalité un recueil de trois aventures de ces deux lapereaux aussi audacieux qu’inséparables. Nous les avons suivis avec délice dans leur chasse aux idées et la traque de leurs ombres. Leur entrain est communicatif et nous avons beaucoup ri de voir les deux compères entrer si pleinement dans leurs jeux qu’ils finissent par être dépassés par leur propre imagination. Ces situations sont sublimées par les illustrations de Camille Jourdy qui évoquent merveilleusement l’esprit d’enfance. Et les dialogues débordent d’humour et de jeux de mots.

Hugo n’a pas boudé son plaisir et, impatient de connaître la suite, il a lu seul la troisième histoire. Truffe et machin peut donc être lu sans difficulté par de (très) jeunes lecteurs.

Un joli hommage à l’enfance, à l’imagination et au jeu !

Pour finir de vous convaincre, l’avis d’Aurélie est par ici, celui de Pepita par là… Merci à elles pour cette découverte !

 

Lu à voix haute en janvier 2019 – Éditions MeMo, 8€

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Le club de l’ours polaire, tome 1 : Stella et les mondes gelés (d’Alex Bell, 2017)

Bienvenue dans le froid polaire des mondes gelés ! Ce roman nous entraîne en expédition aux confins d’un monde aux nombreux territoires inexplorés. Stella, treize ans, ne rêve que de suivre les traces de Félix, son père adoptif, et de devenir exploratrice. Si les femmes ne sont pas admises dans les clubs d’explorateurs (qui entretiennent à l’extrême le culte de la moustache bien lissée…), Félix parvient à obtenir une exception pour Stella, et les voilà partis arpenter les contrées glaciales des mondes gelés. Mais rien ne se passe comme prévu et l’intrépide exploratrice est loin d’imaginer les rencontres, les aventures et les révélations qui l’attendent. Au passage, nous découvrons les créatures fantastiques qui peuplent l’univers imaginé par Alex Bell – les enfants ont pris beaucoup de plaisir à jouer les explorateurs aux côtés de Stella et à observer ces êtres magiques. Avec un faible particulier pour l’ours polaire domestique, les pingouins miniatures et les choux carnivores !

Hugo et moi avons découvert Le club de l’ours polaire dans le cadre de nos lectures à voix haute quotidiennes. Antoine n’a, quant à lui, pas résisté au suspense et a accéléré la lecture de son côté, ne faisant qu’une bouchée du roman. Cette lecture les a vraiment enchantés. Tous les ingrédients sont réunis pour entraîner les jeunes lecteurs : une couverture scintillante d’un attrait magnétique, un univers qui fait rêver (au cauchemarder d’ailleurs), des péripéties qui s’enchaînent de façon rythmée, une héroïne intrépide, des compagnons de voyage très particuliers, des dialogues pleins de vivacité et d’humour, et un final empreint de mystère et de suspense. Une fois le livre refermé, les garçons n’ont eu de cesse de regretter que le tome 2 ne soit pas encore disponible en français et sont restés quelques temps envoutés par les mondes gelés… Sans compter qu’ils envisagent maintenant tous les deux le métier d’explorateur !

Si j’ai partagé de jolis moments avec Antoine et Hugo autour de ce livre, j’ai clairement été moins transportée qu’eux. Peut-être comportait-il trop d’éléments évoquant d’autres lectures qui nous sont si chères : de façon évidente, on pense à l’atmosphère polaire et à l’héroïne des Royaumes du Nord, et au royaume glacial de la reine des neiges (il va de soi que je parle de celle de Hans Christian Andersen !). On pense aussi souvent à Harry Potter, autre héros orphelin qui découvre un monde plein de magie et de créatures merveilleuses (de multiples autres petits aspects suggèrent des parallèles, comme les caractéristiques bien typées des quatre clubs d’explorateurs qui font penser aux quatre maisons de Poudlard). Je n’ai donc pas trouvé l’univers de ce livre si original et la comparaison avec les monuments que je viens de citer est implacable. Peut-être ai-je été lassée par un certain excès de sucre glace, il faut reconnaître que ce texte n’est pas mal écrit ; cela dit, il ne me semble pas présenter d’intérêt particulier sur le plan littéraire – malheureusement rien à voir avec l’écriture d’un Philip Pullman ou d’une J.K. Rowling.

Au vu de l’enthousiasme d’Antoine et Hugo (n’hésitez pas à consulter aussi l’avis de Linda ici), je range volontiers mes réserves pour souligner que le principal est que ce type de romans plaise à la tranche d’âge ciblée principalement, ce qui être le cas d’après ce que j’ai pu en observer. Je m’en félicite car je ne trouve pas si facile de trouver des lectures un peu consistantes pour mes deux lecteurs en herbe friands d’immersion dans de longues aventures et capables d’engloutir plusieurs centaines de pages, mais encore petits (surtout Hugo) pour nombre de romans. Voici exactement le type de livres que l’on peut adresser à ce type de jeunes lecteurs !

Extraits

« Quand Stella déboucha à l’extérieur, l’air glacial lui coupa la respiration. Il faisait froid chez elle, et à Colfroid, mais c’était un froid normal, un froid de neige et de verglas. Ici, en revanche, c’était un froid de gobelins et de blizzard : il était mordant et cinglant, au lieu d’être doux et poudreux. Le genre de froid qui vous transperçait. Le navire scintillait, entièrement recouvert d’un manteau de givre, et Stella avait l’impression qu’il y avait dix fois plus d’étoiles que d’habitude : elle distinguait des centaines de petits points lumineux glacials, comme si quelqu’un avait répandu un sac de paillettes sur le ciel nocturne. »

« Chuter d’un pont de glace et se faire transpercer par une défense de mammouth constituait une mort éminemment respectable pour un explorateur ; néanmoins, Stella n’avait vraiment, vraiment pas envie que ça lui arrive. »

Lu à voix haute en janvier 2019 – Gallimard jeunesse, 16,50€

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