Sous un ciel d’or, de Laura Wood (PKJ, 2021)

Sous un ciel d’or, de Laura Wood, PKJ, 2021. En fond: illustration extraite de Louis Armstrong de Pierre Ducrozet, Zaü et Jacques Bonnaffé (2012).

Cette couverture aux dorures géométriques style art déco : pas de doute, nous sommes au cœur des années folles ! La page de la Grande guerre semble tournée : les filles découvrent leurs mollets et coupent leurs cheveux, on savoure les virées en automobile et les romans d’Agatha Christie, on flirte et virevolte aux sons du piano de Jelly Roll Morton…

« Je ressens le désir d’en voir davantage avec une urgence qui me dépasse tout à coup. Je veux les lumières, la musique, le bruit et l’excitation, je veux la nouveauté et la fantaisie. Je veux vivre des expériences plus grandes que ma propre vie, pas seulement en entendre parler dans les journaux. Je veux m’évader dans ce rêve pour un instant. »

En cet été 1929, Lou est à la lisière de l’âge adulte. Les étroites perspectives qui s’offrent à elle dans son village des Cornouailles ne l’enthousiasment guère, mais pour le reste, c’est la « terrifiante page blanche » de l’avenir. En attendant, la jeune fille aime s’introduire dans la villa déserte des Cardew pour y lire, écrire et rêver de fêtes éblouissantes. Jusqu’au retour soudain des propriétaires qui lui ouvrent une brèche vers un fascinant univers de nuits blanches plongées dans le champagne et les paillettes. Est-il possible pour Lou de se fondre dans ce monde à milles lieues du sien tout en restant fidèle à elle-même ? Pourquoi les Cardew s’intéressent-ils tant à elle ? Quels secrets dissimulent-ils sous leur éclatant vernis ?

Le contraste est saisissant entre le quotidien grisant de la haute société anglaise et celui de la famille de Lou qui cultive une joie de vivre un peu turbulente, mais dans la simplicité. J’ai trouvé que Laura Wood parvenait bien à éviter de tomber dans une opposition trop manichéenne : si le diktat du paraître, les relations superficielles et l’exposition dans les revues mondaines pèsent sur les Cardew, on comprend que l’intensité de leur existence puisse donner le vertige. Et s’il n’est pas évident pour Lou de trouver sa place dans sa nombreuse famille, tous ses membres sont très attachants et bienveillants, avec un côté un peu artiste. D’un côté comme de l’autre, la jeune fille semble dans l’ombre des autres ; mais à la lisière entre ces deux mondes, elle se découvre des ressources, des envies et même des passions.

Antoine et moi avons été ravis de notre escapade dans l’âge follement romanesque qui fait la charnière entre Golden Twenties et Grande dépression. Nous avons eu envie de regarder des photos d’époque et d’écouter du charleston – intriguée par les citations distillées au début de chaque partie, je suis même allée lire Gatsby le magnifique dans la foulée. Contrairement à Antoine qui n’a fait qu’une bouchée des 378 pages de Sous un ciel d’or, j’ai trouvé que ce roman manquait un peu de tension au milieu, avec une partie un peu longue consacrée à l’exploration du monde scintillant des Cardew. Certains ressorts de l’intrigue (en particulier l’exaspération incompréhensible de Lou vis-à-vis de Robert) m’ont alors semblé un peu forcés. Cela dit, on a envie de connaître le fin mot de l’histoire, la plume de Laura Wood reste vraiment ravissante et le dénouement nous a laissés sous le charme.

Un roman pétillant et fiévreux comme une fête, parfait pour s’évader de la morosité ambiante, faire le plein de soleil et rêver un peu !

L’avis de Pépita

Extraits

« La vieille demeure était inhospitalière, avec ses meubles recouverts de draps et ses volets clos, mais, à moi, elle semblait calme et accueillante. Çà et là, d’étranges rais de lumière fendaient l’obscurité et conféraient aux pièces un air de tristesse somnolente. On aurait dit la princesse endormie d’un conte de fées, attendant seulement qu’on la ramène à la vie. »

« J’observe les premiers rayons du soleil se frayer tant bien que mal un chemin à travers le ciel, distillant une lueur chaude sur les flots. Je contemple aussi longtemps que je le peux, luttant contre le poids de mes paupières, refusant de laisser s’achever cette nuit de magie unique. Enfin, quand je n’ai plus la force de regarder, je m’endors sous un ciel d’or. »

Lecture commune avec Antoine, mars 2021 – PKJ, traduction d’Aurélien d’Almeida, 18,50€

Julian est une sirène, de Jessica Love (2018 pour l’édition originale en anglais, 2020 pour la traduction française parue chez Pastel)

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On a tous une lubie chérie, une chimère secrète, un rêve qui nous tient particulièrement à cœur. Julian, lui, adore les sirènes. Quel plaisir rien qu’à l’idée d’ondoyer gracieusement dans l’eau turquoise et d’évoluer dans un arc-en-ciel de poissons multicolores et scintillants ! Une idée si enthousiasmante que Julian décide un jour de la vivre… Mais quelle sera la réaction de l’imposante Mamita ?

Julian_extrait 1

Les personnages sont touchants d’expressivité, le décor plein de petits détails et clins d’œil qui se révèlent au fil des lectures… Nous avons eu un immense coup de cœur pour les illustrations de cet album qui célèbrent les charmes de la Mermaid Parade, défilé de sirènes qui illumine Brooklyn chaque année : un vrai festival de couleurs chaudes comme le soleil des tropiques, de fourrures, d’écailles, de perruques et autres parures qui donnent envie de laisser libre cours à ses envies les plus folles ! Une ode à l’élégance, d’autant plus enthousiasmante qu’elle s’épanouit par-delà les normes et les carcans. Et un magnifique message d’amour – de ceux qui transcendent toutes les différences et tous les jugements.

Samba !

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Lu en juin 2020 – Pastel, 13€