Sauveur & fils, Saison 1 (de Marie-Aude Murail, 2015)

Ça y est ! Depuis le temps que j’entendais parler de lui… J’ai enfin fait la connaissance de Sauveur. Il faut dire que ce psychologue martiniquais à la carrure impressionnante et au cœur tout aussi immense est à la hauteur de sa réputation : on l’observe en action lorsqu’il reçoit, avec tant de bienveillance, des familles désorientées, des adolescents et des parents désemparés et des enfants qui souffrent. On se sent bien dans l’intimité de son cabinet qui se révèle, page après page, comme un lieu où se cristallisent les grandes questions sociales et où se construit, sans jugement, l’apprentissage de la tolérance.

En réalité, nous ne sommes pas les seuls à assister à ces échanges supposés rester strictement confidentiels : Lazare, le fils que Sauveur élève seul suite à la mort de sa femme, suit lui-aussi ces conversations qu’il perçoit de sa perspective de petit garçon de huit ans. Il faut croire que Sauveur, qui sait si bien guider les autres, ne parvient pas toujours à être suffisamment présent auprès de son fil qu’il aime pourtant tendrement, et à lui parler de leur histoire. Pourtant, celle-ci pourrait bien les rattraper…

Les différents fils de l’histoire (des patients et de Sauveur lui-même) m’ont happée et j’ai dévoré les 385 pages d’un seul trait. S’il est question de sujets graves, je trouve que Marie-Aude Murail parvient très bien à en parler de manière simple, juste et optimiste. Ce roman fait du bien dans la morosité et la perte de repères de la période actuelle. Porté par de belles valeurs, il agit comme un remède qui panse les plaies et met du baume au cœur, nous faisant passer des larmes au rire et à l’émerveillement. Et il va de soi que j’ai envie de savoir ce que deviennent les protagonistes et que je me procurerai le prochain tome à la prochaine occasion ! En revanche, j’attendrai un peu avant de partager cette lecture avec mes garçons qui sont encore un peu jeunes.

PS : Si vous n’avez pas encore lu Sauveur, vous vous demandez très certainement pourquoi ce hamster sur la couverture ? Et bien, sachez que cette petite bête sympathique joue un rôle central dans l’intrigue. Vous ne tirerez rien de plus de moi, vous n’avez qu’à lire le livre pour savoir !

N’hésitez pas à lire aussi les avis de Linda et des copinautes du Grand arbre : Alice, Bouma, Sophie, Pepita et les lectures lutines !

Lu en juin 2019 – École des loisirs, collection Medium Poche, 7,80€

Sur mon île (de Myung-Ae Lee, 2019)

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La littérature, et la littérature jeunesse en particulier, offre souvent une parenthèse de rêve, une opportunité de faire abstraction des préoccupations quotidiennes et de s’évader dans des mondes imaginaires où tout est possible… Elle peut aussi permettre de parler de la réalité, des splendeurs et des misères du monde réel avec les enfants – parfois plus aisément qu’en les abordant de façon frontale. Car les petits sont sensibles au monde qui les entoure. Ils perçoivent les grandes questions de société et l’actualité, sans toujours être armés pour les décoder. Ce contexte est pourtant souvent essentiel car il préoccupe les adultes autour d’eux, mais aussi dans la mesure où il affecte leurs comportements et motive certains principes de vie. Par exemple, il n’a pas toujours évident de faire comprendre à nos enfants pourquoi nous consommons le moins possible et en privilégiant, dès que la situation le permet, les matériaux durables et les objets d’occasion… Nous sommes évidemment soucieux de les préserver des réalités sociales trop dures. Mais impossible de leur expliquer pourquoi nous ne achetons pas de jouets en plastique sans leur parler de surconsommation, de déchets et de pollutions.

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Sur mon île est un album précieux qui permet précisément de parler, à hauteur d’enfant, du « continent de plastique » qui grandit dans l’océan Pacifique, alimenté par les déchets au gré des courants marins. Nous découvrons cette gigantesque décharge à travers la perspective d’un oiseau qui évoque la consommation massive d’objets en plastique qui paraissent à première vue inoffensifs. Mais dont on perçoit bientôt, grâce à un jeu subtil sur les couleurs, la dissémination dans les cours d’eau et le milieu marin – dévastatrice pour le paysage, mais aussi pour les animaux… Les mots sont d’autant plus touchants qu’ils sont simples. Et pourtant, les dessins de Myung-Ae Lee sont si splendides et densément évocateurs qu’ils se suffiraient presque à eux-mêmes. Avec intelligence, il donnent beaucoup à réfléchir à notre portion de responsabilité individuelle dans ce drame écologique…

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Myung-Ae Lee prend donc ses jeunes lecteurs au sérieux, mais parvient parfaitement à se placer à hauteur d’enfant. Parce que le ton de l’oiseau-narrateur reste sobre et ne verse à aucun moment dans le pathos. Parce que les dessins permettent de montrer la réalité en choquant moins qu’une photographie. Parce que les initiatives prises pour limiter l’ampleur des dégâts sont évoquées, elles-aussi. Parce que la nature reste belle et continue de fourmiller de vie sur chacune des illustrations de l’album. Parce que la mort des animaux n’est pas explicitement évoquée – l’album se prête à des prolongements sous forme d’échange avec les parents qui jugeront ce que leur enfant peut entendre et sous quelle forme…

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Sur mon île_détail.jpgUn album fort, émouvant et important, qui a su captiver mes deux garçons, mais aussi mes deux nièces plus jeunes, dont l’une est en maternelle. Tous l’ont dévoré avec curiosité et l’ont beaucoup apprécié, ce qui ne m’a pas étonnée. Les enfants aiment quand le monde leur est rendu intelligible… Sur mon île montre qu’il est possible de parler avec eux des questions les plus terribles. Le souffle poétique, la densité du texte et la sensibilité des illustrations en font un modèle en la matière.

Lu à voix haute en mai 2019 – La Martinière Jeunesse, 13,90€

Karlsson sur le toit (d’Astrid Lindgren, 1955)

Karlsson sur le toitPetit-Frère est le benjamin ordinaire d’une famille suédoise ordinaire habitant dans une rue ordinaire de Stockholm. Il éprouve les plaisirs et les frustrations d’un gamin de son âge : il adore jouer avec ses deux amis et se blottir dans les bras de sa maman ; il se sent parfois seul par rapport à son grand frère et à sa grande sœur qui sont plus proches en âge ; et, avant tout, il adorerait avoir un chien. Rien que de bien ordinaire, me direz-vous. Mais notre histoire commence lorsque Petit-Frère fait une rencontre absolument extraordinaire : celle de Karlsson, petit bonhomme à la langue bien pendue et sûr de lui, débordant d’idées et d’imagination, et doté d’une hélice lui permettant de voler et de rejoindre sa petite maison… sur le toit de l’immeuble ! L’existence ordinaire de Petit Frère prend alors un nouveau tour, rythmé d’aventures incroyables. À tel point que toute la famille doute : Karlsson existe-t-il vraiment, ou seulement dans l’imagination de Petit Frère ?

Nous avions déjà dévoré les trois tomes des aventures de Karlsson à l’automne 2016, quand les enfants n’avaient que 5 et 7 ans. Depuis, Karlsson était devenu une référence incontournable de notre univers littéraire familial, que les enfants ont fait lire à toute la famille et que nous évoquons très régulièrement avec beaucoup de plaisir. À l’époque, les garçons s’étaient beaucoup identifiés à Karlsson qui se permet beaucoup de comportements proscrits : il se laisse complètement aller au jeu, expérimente tout ce qui lui passe par la tête sans tabou, se vante et ment sans vergogne, s’empiffre de sucreries, ne partage pas ses bonbons mais aime à jouer les justiciers… ravissant les petits lecteurs qui aimeraient parfois pouvoir se conduire ainsi ! En relisant le roman quelques années plus tard, les garçons se sont plus identifiés à Petit-Frère et indignés du comportement égoïste de Karlsson. Mais restent intacts le plaisir du jeu, qu’Astrid Lindgren sait si bien restituer, et l’amusement que procurent les répliques cultes de Karlsson (« Du calme, pas de panique ! » ou « Tout ça c’est purement matériel » quand il a détruit quelque chose…).

Je ne le répéterai jamais assez : quel dommage qu’Astrid Lindgren ne soit pas plus lue en France ! Chacun de ses livres est une ode à l’enfance et au jeu qui donne un plaisir de lecture intense aux petits lecteurs et lectrices qui commencent à lire des romans. Ils sont des références incontournables en Europe du Nord, en Allemagne ou en Russie et d’après Wikipedia, ils se sont vendus à plus de 165 millions d’exemplaires dans le monde. Pourquoi si peu d’écho chez nous ? Peut-être le côté transgressif, voire subversif d’une Fifi Brindacier, d’un Kalle Blomqvist, d’une Ronja fille de brigand ou d’un Karlsson sur le toit vont ils trop à rebours des principes éducatifs plus stricts qui prévalent en France ? Pour ma part, je tiens énormément à l’idée de permettre à mes enfants, par la littérature, d’imaginer des expériences, de rêver des aventures qui restent hors de portée dans la réalité…

Extraits :

« C’est seulement à ce moment-là que Petit-Frère se demanda comment il allait pouvoir monter sur le toit, lui qui ne savait pas voler.

– Du calme ! Pas de panique ! dit Karlsson. Tu grimperas sur mon dos et, hop !, on montera chez moi. Mais fais bien attention de ne pas mettre tes doigts dans mon hélice !

– Tu es sûr que tu auras la force de me porter ?

– On verra bien. J’espère que j’arriverai au moins à faire la moitié du chemin, malade et misérable que je suis. Mais j’aurai toujours la possibilité de te lâcher si je sens que je n’y arrive pas.

Petit-Frère trouvait l’idée d’être lâché à mi-chemin un peu inquiétante.

– Mais je suis sûr que ça va bien se passer, poursuivit Karlsson. À condition que mon moteur ne cale pas.

– Si tu cales, on tombe, fit remarquer Petit-Frère.-

Splash ! Tu as raison, mais tout ça c’est purement matériel, rétorqua Karlsson en faisant un geste nonchalant de la main. »

« Comme maman était fâchée avec Karlsson, il n’avait pas osé lui demander l’autorisation de l’inviter. Karlsson se mit à bouder comme jamais.

– Je ne joue plus si je ne suis pas invité, déclara-t-il. Moi aussi j’ai le droit de m’amuser !

– D’accord, je t’invite, se dépêcha de dire Petit-Frère.

Tant pis pour la réaction de sa mère. Organiser son anniversaire sans Karlsson n’était pas possible.

– Qu’est-ce qu’on va manger ? se renseigna Karlsson quand il avait fini de bouder.

– Un gâteau, bien sûr. Un gâteau avec huit bougies.

– Ah bon ? J’ai une proposition à te faire.

– Laquelle ?

– Demande à ta mère de te préparer plutôt huit gâteau avec une bougie ? »

 

Lu à haute voix en octobre 2016 et relu en mai 2019 – Le livre de Poche, 4,90€

L’Estrange Malaventure de Mirella (de Flore Vesco, 2019)

L'estrange malaventure de Mirella

En voilà une idée merveilleuse : revisiter l’un des contes les plus célèbres du canon des bibliothèques enfantines – j’ai nommé : le joueur de flûte de Hamelin ! Une revisite à la fois irrévérencieuse, réjouissante et moderne.

Irrévérencieuse, car Flore Vesco prend des libertés avec le conte d’origine, nous livrant une version alternative de l’histoire dans laquelle le rôle principal revient à Mirella, une jeune fille rousse de quinze ans. Pleine d’aplomb, de discernement et de générosité, Mirella est aussi une incarnation vibrante de la liberté et de l’émancipation, dont la trajectoire incroyable a passionné toute la famille. Et puisque les contes ont toujours une morale, il y en a une ici, mais concoctée à la sauce de l’autrice :

« Laissez les jeunes filles danser et, parées ou dévoilées, circuler dans la cité, ou bien il pourrait vous en coûter. Suivez les enfants inconscients, qui jamais ne doutent, n’hésitent ni ne tremblent. Et méfiez-vous des contes. Qui sait, derrière ces badines historiettes, quelles terribles vérités sont cachées ? »

Réjouissante car Flore Vesco écrit dans une langue fleurie qui évoque un vieux français digne des meilleurs passages du film Les visiteurs, teinté de termes germaniques puisque nous l’intrigue nous entraîne au creux du St Empire. L’autrice nous ravit également en donnant de l’épaisseur à l’histoire, prenant le temps de brosser des personnages et un Moyen-Âge hauts en couleurs : de l’organisation politique à l’hygiène en passant par les rites et superstitions, tout est tellement évocateur qu’on a l’impression d’y être. Et si effroyable, restitué avec tant d’ironie, que la lecture en devient… réjouissante.

« Et le prêtre de raconter les vies et les exploits de saint Hilarion et sainte Rictrude, qui fatiguaient leurs bourreaux, pouvant passer des heures à endurer les coups de pique en gardant le sourire, soupirant d’aise lorsqu’on les rôtissait sur le grill, changeant eux-mêmes de côté afin que leur chair soit partout dorée et craquante. »

Moderne tant ce détour par le Moyen-Âge donne à penser aux misères et turpitudes contemporaines : qu’il s’agisse de la domination masculine, de la chasse aux sorcières et de la recherche de boucs émissaires, des superstitions ou des effets de foule, les parallèles sont troublants et entre deux éclats de rire, j’ai bien vu que cette lecture donnait beaucoup à réfléchir aux garçons. Le détour par un passé lointain permet finalement d’évoquer des choses parfois très dures qu’il serait difficile d’aborder frontalement avec de jeunes lecteurs.

Nous n’avons fait qu’une bouchée des aventures de Mirella qui ont été un grand moment de lecture à voix haute. Après avoir ri et pleuré de la noirceur du Moyen-Âge, le dénouement de l’histoire a été véritablement jubilatoire ! Un roman émancipateur, pétillant d’intelligence et débordant de vérité, à découvrir sans hésiter.

Si vous n’êtes pas encore parti(e) pour la librairie la plus proche, finissez-donc de vous convaincre en lisant les critiques de Pepita, de Hashtagcéline, d’Andrea et de Linda !

Lu à voix haute en mai 2019 – L’école des loisirs, 15,50€

Milly Vodovic (de Nastasia Rugani, 2018)

Milly Vodovic_couverture

C’est la violence inouïe des rapports sociaux contemporains qui se cristallise dans les déambulations habitées de Milly Vodovic, fille d’immigrés bosniaques – « étrange petite personne d’une douzaine d’années » qui se présente à nous comme une sauvageonne fière et indomptable, féroce et sensible, innocente et téméraire… Loin des Balkans et de leurs traumatismes, c’est désormais dans une commune rurale des États-Unis que vit la famille Vodovic. Une Amérique consumée par les clivages sociaux et le racisme, dans laquelle l’écriture expressive et percutante de Nastasia Rugani nous précipite.

 

Ces clivages s’incarnent douloureusement chez chacun des personnages : Milly, d’abord, qui refuse de courber l’échine et s’efforce de poursuivre son petit bonhomme de chemin avec une volonté impressionnante, alors même que les repères sont difficiles à trouver lorsqu’on est une fille déjà nostalgique de son enfance, membre d’une communauté stigmatisée alors qu’elle n’a jamais connu le pays d’origine de sa famille… Son frère Almaz, plus résigné face aux amalgames qui assimilent les musulmans aux terroristes responsables des attentats du 11 septembre. Douglas, qui grandit dans une famille pétrie de préjugés racistes mais ressent une sympathie déconcertante pour Milly et rêve d’une nouvelle vie ailleurs. Daisy, qui est sortie de la pauvreté mais lutte contre une maladie implacable. Swan, qui doute sur ses origines et ne veut pas perdre sa mère. Chacun essaie de s’en sortir à sa manière : les uns se conforment, misent sur les études et l’ascenseur social ; les autres tentent d’exorciser leurs démons par la violence. Milly, elle, se réfugie dans un imaginaire à l’image de la splendide couverture dessinée par Jeanne Macaigne : peuplé d’une faune et d’une flore luxuriantes, débordant d’incarnations métaphoriques et de toutes les possibilités que le réel n’offre pas…

Le choc de leurs destins qui se fracassent les uns contre les autres montre avec force le poids tragique des déterminismes sociaux. Mais nous donne également à réfléchir sur les pouvoirs de la création littéraire qui pourrait bien avoir le dessus, finalement.

Milly Vodovic nous fait perdre nos propres repères en nous précipitant dans un tourbillon toujours à la lisière entre réalité et imagination, à la confluence des points de vue irréconciliables des différents personnages. C’est pourquoi ce livre, à l’image de son héroïne, ne se laisse pas facilement apprivoiser, j’ai ressenti le besoin de le relire une deuxième fois pour l’apprécier pleinement et me rendre à l’évidence : Nastasia Rugani a écrit une œuvre d’une puissance littéraire et d’une densité sociale impressionnantes, digne des grands romans sociaux américains.

Un grand merci aux éditions MeMo et à Chloé Mary de m’avoir permis de le découvrir – une fois n’est pas coutume, sans mes garçons à qui je laisse le temps de découvrir certaines réalités. Je sais déjà que Milly Vodovic me hantera longtemps…

C’est par ici pour les critiques de Hashtagcéline, Pepita et Andea Baladenpage !

Lu en mai 2019 – Éditions Memo (Grande Polynie), 16€

 

Extraits

« Il acquiesce, puis observe longtemps le petit phénomène : les grands pieds chaussés de bottes en caoutchouc ; les genoux égratignés ; le short à rayures à peine visible sous le long tee-shirt pelucheux à l’effigie du lycée de Birdtown, sans doute des vêtements ayant appartenu à son frère ; puis le cou de la taille d’une branche de bouleau ; des cheveux raides et épais d’un noir féroce, trop courts, mal coupés, semblables aux deux peureux ; et une couronne en papier entourant son crâne.
Une étrange petite personne âgée d’une douzaine d’années. »

« Contrairement à son frère et à son grand-père, Milly ne se lève pas à l’aube pour prier. L’aube, c’est pour s’asseoir à la lisière des prés et observer les mulots prendre leur petit-déjeuner. De toute façon, il n’existe qu’un seul Dieu, et il s’appelle Michael Jackson. Mais aux yeux des habitants de Birdtown, la vérité a aussi peu d’intérêt qu’un paquet de cigarettes vide. Être la fille d’une immigrée bosniaque, et la sœur d’un musulman, suffit à représenter un danger pour la communauté ; de la graine de terroriste. »

Sorceline, tome 2 : La fille qui aimait les animonstres (de Sylvia Douyé et Paola Antista, 2019)

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Il existe sur Terre un endroit que la plupart d’entre vous ne connaissent pas. C’est une île unique en son genre puisqu’elle est peuplée de créatures fantastiques…

Le premier tome de Sorceline, dévoré il y a quelques mois, nous avait familiarisés avec un univers débordant de créatures magiques que nous avions sillonné avec beaucoup de curiosité. Les dernières pages nous avaient laissés perplexes, en proie à des doutes effrayants face à la succession de drames qui touchent la petite troupe d’étudiants en cryptozoologie réunis autour du professeur Balzar…

Sorceline_extrait 1.jpgCe deuxième tome nous permet d’en savoir plus sur les deux plans. Au fil des cours et des excursions, nous suivons les enfants dans leurs explorations cryptozoologiques et continuons à découvrir les spécificités des espèces qui peuplent l’île de Vorn – une faune déconcertante que Paola Antista dessine avec énormément d’imagination et de générosité ! On voit également évoluer la dynamique du petit groupe qui reste travaillé par les rivalités et par les soupçons : le responsable des mésaventures de l’équipe se trouve-t-il parmi eux ? Convaincue de porter une responsabilité, Sorceline a toutes les peines du monde à dissimuler ses doutes aux autres… Elle est néanmoins loin d’être la seule qui semble avoir quelque chose à cacher !

Nous avons retrouvé avec plaisir le dosage de rêve, de suspense et de mystère qui nous avait séduits à la lecture du premier volet, avec une BD au graphisme toujours très travaillé, jouant sur des palettes de couleurs vives pour créer des contrastes entre clair et obscur et pour sublimer la beauté féérique du décor. Les personnages restent assez stéréotypés et on aimerait qu’ils prennent plus d’épaisseur. Mais ils nous réservent plusieurs vraies surprises et seront probablement encore développés dans les tomes à venir.

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Gageons que les jeunes lecteurs seront nombreux à guetter, comme Antoine et Hugo, la parution du tome 3 afin de connaître l’évolution de l’équipe et le fin mot de la propre histoire de Sorceline – un mystère ravivé par les toutes dernières pages qui ne peuvent pas ne pas attiser la curiosité…

Lu en mai 2019 – Vents d’Ouest (Glénat éditions), 10,95€

Chnourka (de Gaya Wisniewski, 2019)

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Cet album délicieux nous transporte au creux de l’hiver – celui du froid glacial, de la poudreuse qui freine les marches et du grand blanc qui nous ferait presque perdre nos repères. Cet hiver qui rend d’autant plus merveilleux le parfum des biscuits qui sortent du four, la chaleur du foyer, de l’amitié et des longues veillées à se raconter des histoires autour d’un thé. Un hiver sublimé par le charme et la sensibilité des aquarelles de Gaya Winsniewski.

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« Maintenant, j’éteins la lanterne, la lune éclaire notre marche. La neige est encore plus belle ainsi. Elle est tellement blanche qu’elle reflète nos rêves. »

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De la belle slow literature, nous invitant à prendre notre temps pour profiter des plaisirs de l’hiver et des moments de partage d’une bande d’amis aussi improbable que soudée. On s’émerveille avec eux des beautés de la nature, on suit le chat Mirko dans une aventure dont il sortira grandi et plus proche que jamais de ses compères. Jusqu’à ce qu’un beau jour, la neige fonde et la nature commence à s’éveiller sous nos yeux éblouis.

 

 

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Un concentré de plaisirs simples, d’amitié et de sagesse – un album paru le 21 mars, idéal pour se réchauffer lorsque le printemps commence à se faire désirer…

Merci beaucoup à l’éditeur pour cette gourmandise de saison !

Lu à voix haute en mai 2019 – Éditions MeMo, 16€