L’émouvantail (tomes 1 et 2), de Renaud Dillies (Éditions de la Gouttière, 2019)

L'émouvantail couvertures

Ce n’est pas parce qu’on est fait de paille, de bois et de haillons qu’on ne ressent rien ! Tous les amateurs de littérature le savent depuis leur rencontre avec Pinocchio, le petit soldat de plomb d’Andersen ou encore la poupée Scoubidou imaginée par Pierre Gripari : les objets fabriqués et entretenus avec suffisamment d’amour peuvent prendre vie. C’est ainsi que l’épouvantail de l’histoire devient un adorable émouvantail qui met tout son cœur à sa mission de repousser les oiseaux. Mais voilà, ces volatiles multicolores ne manquent ni d’aplomb, ni d’arguments, ni de potentiel de sympathie pour plonger notre émouvantail dans le doute : sera-t-il capable d’être à la hauteur de la tâche ? En a-t-il vraiment envie, au fond ? Mais à laisser les oisillons picorer les semis, ne risque-t-il pas de devenir inutile et de finir sa vie dans la cheminée ? Cette vie, d’ailleurs, vaut-elle vraiment d’être vécue dans la solitude de celui qui, ni tout à fait objet, ni tout à fait humain, se sent irrémédiablement différent ?

Émouvantail_oiseaux

À la manière des contes, l’histoire de l’émouvantail cristallise, en quelques pages, les sentiments universels qui font le sel (et le miel) de l’existence. De son pinceau chatoyant, Renaud Dillies compose un petit monde étrange et poétique dans lequel tous les éléments, des animaux aux végétaux en passant par la lune ou le vent semblent animés d’une volonté propre. Surtout la nuit, lorsque le décor est plongé dans un halo bleuté qui crée une ambiance un peu magique.

Émouvantail_doutes

Émouvantail_course poursuite

En quelques traits et avec une énergie portée par la composition très dynamique des cases, son dessin nous emporte dans un tourbillon d’émotions et de mouvements. L’émouvantail, en particulier, est campé à merveille, dans sa sensibilité, sa maladresse et ses pensées tour à tour sombres ou fleuries. Vous lui ferez bien une place dans votre potager ?

Deux albums plein de charme, doux comme un paysage printanier, à mettre sous la dent des enfants à partir du plus jeune âge !

L’avis de Bouma est disponible par ici !

Émouvantail_lune

Lu en février 2020 – Éditions de la Gouttière, 10,70€ par tome

Nos mains en l’air, de Coline Pierré (Le Rouergue, 2019)

Nos mains en l'air

Leur rencontre fait partie de ces événements aussi magiques qu’improbables qui subliment nos déambulations littéraires. Qu’est-ce qu’un cambrioleur de 21 ans et une jeune orpheline atteinte de surdité pourraient avoir en commun ? Le sentiment d’être désespérément seuls et différents, de voir leur destin dérailler et leur échapper. Chez Victor, on est braqueur de père en fils, mais lui est irrémédiablement gentil, sensible et… honnête. Yazel, d’une lucidité et d’une détermination déconcertantes pour son âge, perçoit un décalage désespérant avec les autres collégiens et surtout avec sa tante qui s’efforce de faire d’elle une jeune fille exemplaire. Ces deux destins qui s’entrechoquent font immédiatement des étincelles (le plus effrayé des deux n’étant pas celui qu’on croit…), déclenchant une grande vadrouille à travers l’Europe, en direction de la Bulgarie et du lac Pancharevo.

Vu de l’extérieur, c’est un enlèvement aux motivations troubles. Vu de l’intérieur, ce sont deux êtres à la croisée des chemins qui se donnent réciproquement l’élan pour avoir le courage de se soustraire aux fatalités. Qui se découvrent et s’affirment à travers le regard de l’autre. Qui goûtent la liberté grisante et initiatique du voyage. Et cette relation qui se noue comme une évidence et qui finit par se passer de mots. Un peu comme dans le film Little Miss Sunshine, dans lequel les membres de l’équipée orchestrent de mieux en mieux le démarrage « poussé » de leur bus, nos deux amis prennent leurs marques et construisent une belle alchimie.

J’ai suivi ce road-trip constamment partagée entre l’envie de ralentir le rythme pour savourer la poésie de cette cavale, les dialogues ciselés (et truffés de chouettes références, de Brecht au baron perché, en passant par Arsène Lupin et Boris Vian !), et celle de tourner les pages pour connaître le fin mot de l’histoire. L’intrigue nouée autour de la course-poursuite entre nos deux protagonistes, la police et leurs familles va crescendo pour déboucher sur une sorte de vol-plané écourté par différentes réalités qui finissent par rattraper Victor et Yazel. Nous le savons bien, la vie n’est pas une escapade en suspension dans une voiture colorée portée par des ballons multicolores. Il n’en reste pas moins que ce roman invite à rêver grand, à ne pas accepter de destin tout tracé, même si cela implique de risquer un saut dans l’inconnu. On n’atterrit peut-être pas toujours là où on s’y attendait, mais comme le dit si bien Le Bon Gros Géant de Roald Dahl cité en épigraphe : « C’est pour ça qu’il y a toujours deux pages blanches à la fin des atlas […], c’est pour les nouveaux pays, comme ça on peut en dessiner la carte soi-même. »

Les lectures lutines, Hashtagcéline et Pépita parlent, chacune à sa manière, de Nos mains en l’air, n’hésitez pas à aller les lire !

Extrait

«  – Moi, je n’ai pas d’argent, mais mon oncle et ma tante en ont plein. Je peux vous dire où il est.
– Je sais qu’ils en ont, répond Vicyot. Mais je ne veux pas savoir où il se trouve. Ne me dis rien.
– Pourquoi ?
– Si je leur prends, c’est du vol. C’est moralement honteux, légalement répréhensible, et c’est un moyen odieux de gagner sa vie.
– Oh, vous savez, ils en ont tellement, de l’argent, que je ne sais même pas s’ils s’en rendraient compte, dit Yazel.
– Peut-être, mais ils l’ont durement gagné.
Yazel éclate de rire.
– Tu rigoles ! Leur argent n’est pas durement gagné, il est gagné en profitant de la vulnérabilité de gens malades pour leur vendre des médicaments très chers et inefficaces aux effets secondaires scandaleux.
– Ton oncle et ta tante travaillent pour un laboratoire pharmaceutique ?
– Mon oncle est propriétaire d’un laboratoire pharmaceutique, précise Yazel. Ma tante, elle, elle dépense l’argent gagné par mon oncle. Elle mange du caviar et boit des cocktails avec ses copines en se moquant de ses autres copines.
– Il y a une citation géniale d’un auteur de théâtre sur ce sujet. Brecht, je crois. Il disait quelque chose comme : il y a pire que de braquer une banque, c’est d’en fonder une. »

Lu en parallèle avec Antoine en février 2020 – Le Rouergue, 14,80€

Le grand mouton, d’Andrée Prigent (Kaleidoscope, 2020)

grandmouton_couv

Cet air inspiré, ces bouclettes innocentes et ce sourire tout aussi faussement ingénu qui auraient de quoi déconcerter même le plus terrible des prédateurs… Vous ne trouvez pas qu’il y a un air de famille ? Comment ne pas penser à Shaun le mouton et à ses inénarrables acolytes ? C’est sans doute mon faible pour ces épatants ruminants qui m’a donné envie de découvrir cet album… alors que mes deux agneaux sont plus âgés que la cible !

Le grand mouton_extrait 1

Nous sommes donc partis nous promener dans ce pays verdoyant – enfin, manière de parler, puisque les collines y sont aussi rouges, jaunes, turquoise… – où la saveur de l’herbe n’est altérée que par les rondes du loup à la recherche de son prochain casse-croûte. L’histoire pourrait être effrayante, mais le loup en question est vieux et myope, et notre bande d’ovidés a plus d’un tour dans son sac… Ne dit-on pas que l’union fait la force ?

Le grand mouton_extrait 2

Nous sommes ici dans un cartoon délirant de bout en bout. Cette histoire farfelue a de quoi amuser les enfants qui se réjouissent de voir les moutons exécuter leur plan dans une chorégraphie parfaitement maîtrisée. Les protagonistes sont gaiement outranciers, les décors très stylisés, en mobilisant la technique de la linographie caractéristique du travail d’Andrée Prigent, semblent presque s’animer tant ils sont dynamiques. L’ensemble dégage quelque chose d’absurde et décalé qui nous a bien plu.

Le grand mouton_extrait 3

Nous avons donc passé un bon moment avec cet album, mais l’histoire nous a semblé courte,  le dénouement attendu, la morale un peu facile. Sans doute cherchons-nous le mouton à cinq pattes ? Toujours est-il que notre troupeau s’est mieux délecté des albums précédents de cette autrice. Mais nous ne saurions trop vous engager à ne pas faire comme le mouton de Panurge et à vous faire votre propre opinion !

Lu à voix haute en février 2020 – Kaleidoscope, 13€

 

 

Du haut de mon cerisier, de Paola Peretti (Gallimard Jeunesse, 2019)

Du haut de mon cerisier V10.indd

Tous les enfants ont peur du noir. Pour Mafalda, cette peur prend une dimension différente, puisqu’une maladie au nom mystérieux lui dérobe la vue jour après jour. Dans un décompte implacable, la fillette voit ainsi décroître le nombre de mètres desquels elle discerne le cerisier de l’école : soixante-dix, soixante, cinquante… Cela dit, Mafalda ne manque pas de ressources ni d’imagination pour appréhender cette épreuve ! Forte de son chat affublé d’un prénom ET d’un nom, de deux parents inquiets mais aimants, de l’amitié précieuse d’Estella et de Filippo, du souvenir de sa grand-mère et même de l’iconoclaste protagoniste d’un roman célèbre, la petite fille a de quoi puiser le courage nécessaire pour apprivoiser l’obscurité. Et surtout : elle a un plan !

Nous avons adoré faire la connaissance de Mafalda, personnalité irrésistible qui prend les choses en main, aime autant lire que jouer au foot, grimper aux arbres et observer les étoiles. En réalité, ce sont tous les personnages qui sont attachants et lumineux, chacun à sa manière. Et qui battent en brèche tous les stéréotypes, ce qui rend cette histoire d’autant plus intéressante. Mafalda, elle, est désarmante de sincérité, avec ses mots qui vont droit au cœur des enfants, qu’il s’agisse de les faire rire ou entrer dans le type de jeux ou d’élucubrations dont les moins de dix ans (et ceux qui se souviennent d’avoir joué à ne pas tomber dans la lave pour ne pas se faire manger par les crocodiles) semblent avoir le secret. Son histoire a piqué notre curiosité, nous a chamboulés, fait rire aussi (souvent), même si ce sont les larmes qui prennent le dessus sur la fin.

Antoine et Hugo ont ainsi été très curieux de connaître les développements du plan de Mafalda, inspiré par le prodigieux destin du baron perché qu’il nous faut désormais urgemment lire en famille. Eux qui vivent avec des personnages de romans composant un univers de références omniprésentes, ont apprécié ces clins d’œil (du Petit Prince à Dracula, en passant par Robin des bois et beaucoup d’autres) et la part belle donnée dans ce roman à l’amour des livres et à l’imaginaire comme atout pour surmonter les épreuves de la vie. Évidemment (les lecteurs qui nous connaissent savent qu’ils ne résistent à aucune boule de poil…), ils ont ri de bon cœur des frasques du chat. Mais aussi de la créativité avec laquelle Mafalda parle anglais (Comment, vous ne connaissez-pas Cherlocolme ?). Par-delà les éclats de rire, j’ai bien vu que les garçons s’identifiaient, réfléchissaient à ce que cela signifie de perdre la vue – j’ai même surpris Hugo en train d’essayer d’explorer l’appartement les yeux fermés…

Ce qui est beau, c’est la façon subtile dont on voit Mafalda investir ses autres sens qui la maintiennent en contact étroit avec ce(ux) qu’elle aime. Le parfum des fleurs de cerisier, le son d’un piano, le contact des feuilles d’un carnet sous les doigts, la vitesse d’une luge lancée à pleine vitesse, les bras d’une amie, la chaleur d’une couverture tricotée avec tout l’amour d’une grand-mère : il émane de ces impressions une chaleur mêlée de grâce, un hymne vibrant à la vie qui réconforte et fait grandir.

Si vous doutez encore les avis de Linda, Pépita et Hashtagcéline, ainsi que la lecture commune publiée À l’ombre du grand arbre !

Extraits

« Dans Le baron perché, mon personnage préféré est Cosimo : j’aime tellement qu’il aille vivre dans les arbres et qu’il n’en descende plus, parce qu’il veut être libre. »

« Notre arbre de Noël est vivant, par miracle. Mes parents ne savent pas très bien s’y prendre avec les plantes. Ce sapin, qu’on a mis près de la porte-fenêtre pour qu’il ait de la lumière, a déjà tellement d’aiguilles sèches que c’est à peine s’il soutient les boules en verre si légère. Pourtant, la vendeuse du centre commercial avait dit qu’il durerait jusqu’au printemps. Elle ne pouvait pas imaginer qu’Ottimo Turcaret ferait pipi dans le pot du sapin. Je ne l’ai pas vu, mais je sens l’odeur. Je m’assieds sur le tapis à côté de l’arbre et je renifle les cadeaux. Apparemment, ils ont été épargnés. Papa les a posés sous les branches les plus basses hier soir, en croyant que je dormais. Mais comment dormir la veille de Noël ? »

Lu à voix haute en février 2020 – Gallimard Jeunesse, 12,50€

Émerveillements, de Sandrine Kao (Grasset Jeunesse, 2019)

Émerveillements_couv

Émerveillements_extrait 1Si je devais résumer cet album en un mot, ce serait « douceur ». Douceur de la couverture que l’on effleure des doigts. Douceur du trait japonisant et des teintes distillées, page après page – case après case faudrait-il dire pour rendre justice au beau travail de composition. Douceur du message murmuré par ces saynètes qui nous imprègnent imperceptiblement d’une certitude : les graines semées peuvent mettre du temps à germer, nous plongeant dans la perplexité et le doute, mais c’est précisément de ces flottements et de ces tâtonnements que peuvent naître les plus belles idées… Cette conviction infuse, comme nous suivons les expérience d’une petite créature blanche qui semble s’éveiller après un long hiver et découvrir le monde pour la première fois : ses merveilles, ses saveurs douces et amères, ses amitiés, ses jeux et ses réconforts.

Émerveillements_extrait 2

Je vois là l’une des leçons de vie qui me tiennent peut-être le plus à cœur quand je pense à ce que j’ai envie de transmettre à mes enfants : les essais, les hésitations, les détours et même les erreurs ne sont pas vains, mais sont tout autant d’opportunités de comprendre, de grandir et de se laisser surprendre.

Cela dit, pour être très franche, j’ai douté en découvrant l’album. Mes garçons, véritables petits tourbillons de vie et d’enthousiasme, versent plus dans les intrigues riches de péripéties, celles qui vous tiennent en haleine et vous donneraient envie de pouvoir tourner les pages plus vite, que dans l’art de la contemplation. Se laisseraient-ils séduire par cet univers zen fait de paysages plongés dans le calme, d’infimes motifs d’émerveillement (un oiseau, un flocon de neige, un pétale) et d’imperceptibles développements nous rappelant que le soleil et les saisons poursuivent leur ronde rassurante ? Par cette histoire au fil narratif subtil, esquissé presque en filigrane ?

Et bien oui, ils ont aimé. Mais en toute franchise, je dois dire que nous n’en avons peut-être pas fait la lecture la plus intuitive. Ils ont été d’abord extrêmement intrigués et amusés par l’énigmatique mignonnerie du petit protagoniste – lapin, chien, pokémon ou… patate, les élucubrations ont fusé dans la bonne humeur ! Elles sont de nouveau allées bon train quelques pages plus tard, lorsque surgit de terre une deuxième bestiole (qui ferait peut-être penser à une taupe ?). Les initiatives du protagoniste pour faire pousser plus vite la plante qu’il a semée et les idées lumineuses que lui inspire la succession de situations ont réjoui tout le monde, avec de grands éclats de rire en découvrant une partie de pétanque improvisée (il a alors fallu vérifier précisément qui avait gagné…) ou une course de courges (oui, vous avez bien lu, tout s’explique en lisant l’histoire…). Résultat : l’hilarité était telle que les dernières pages, en forme d’hommage au rêve, à la méditation et à l’exploration de l’inconnu n’ont pas vraiment ramené le calme !

Émerveillements_extrait 3

J’adore me faire prendre de court par une lecture. Et si celle-ci ne se voulait probablement pas un album à haut potentiel comique, elle irradie des ondes positives qui ne se refusent pas en cette fin d’hiver et qui nous inviteront, je n’en doute pas, à nous émerveiller plus calmement de ces pages pleines de sagesse et de poésie.

L’avis de Pépita, de Hashtagcéline et de Nadège

Émerveillements_extrait 4

Lu à voix haute en février 2020 – Grasset Jeunesse, 18,90€

Mystère, de Marie-Aude Murail (Gallimard Jeunesse, 1987)

A66210

Quel plaisir de découvrir la richesse des livres qui paraissent chaque année en littérature jeunesse ! Mais quel bonheur ému, aussi, de revisiter en famille les lectures de son enfance… On en a lu certaines si souvent qu’on les connaît encore par cœur, plusieurs décennies plus tard. Et souvent, elles n’ont pas pris une ride. Il en va ainsi de Mystère, de Marie-Aude Murail, qui fait partie des livres qui m’ont le plus marquée, enfant. Je crois que ce petit roman a été mon premier « livre audio », ma sœur et moi adorions ce conte moderne et le personnage de Mystère. Nous avons écouté cette cassette (et oui, je parle du début des années 1990…) des milliers de fois !

Plus de trente ans après sa parution, Mystère conserve un charme intact et gagne encore absolument à être proposé aux apprentis-lecteurs, voire plus jeunes encore (en lecture à voix haute). L’histoire a des airs de conte : un roi et une reine attendent leur quatrième enfant, espérant avoir enfin un garçon, après la blonde Blondine, la rousse Roussotte et la brune Bruna. Mais malédiction, c’est encore une fille qui vient au monde et de surcroit, sa chevelure est bleue… Mystère grandit comme elle l’entend, sauvage comme une plante rebelle qui ne se laisse pas discipliner, mais d’une personnalité et d’une beauté fascinantes. L’intrigue est menée tambour battant, l’audace, la débrouillardise et la vivacité de Mystère l’aidant à survivre aux épreuves les plus redoutables.

Tout contribue à faire de cette histoire une lecture délicieuse, notamment la gaieté inébranlable de l’héroïne. Par exemple, elle hérite des robes usées par ses sœurs ? Pas d’états d’âme, puisque dans ces vêtements qui ne risquent plus grand-chose, elle peut grimper aux arbres sans arrière-pensée, comme elle aime tant le faire ! On se régale aussi des multiples clins d’œil aux contes traditionnels, de Cendrillon au Petit Poucet, en passant par Blanche-Neige et Le vilain petit canard.  Et pourtant, ce qui est le plus jubilatoire est sans doute la manière dont Marie-Aude Murail fait voler en éclat les stéréotypes associés aux figures incontournables des contes – princesse, ogre, loup, sorcière… On découvre ainsi, entre autres, que tous les contes n’ont peut-être pas vocation à se terminer par la célébration d’un mariage avec un prince charmant !

Une belle ode à la différence, à la singularité et à l’émancipation féminine, portée par une plume vive et malicieuse. Je mesure la chance d’avoir eu accès, petite, à des textes qui donnent le goût de la lecture tout en repoussant loin les limites de notre horizon. Je mesure tout autant l’importance de les transmettre à la nouvelle génération, en commençant par mes deux garçons.

Marie-Aude Murail est aussi l’autrice de la célèbre Série Sauveur dont je parle par ici !

Lu et relu depuis l’enfance – Folio cadet, 6,60€

Jonah, tome 3. La balade d’Adam et Véra, de Taï-Marc Le Thanh (Didier Jeunesse, 2014)

Jonah 3

Plus de trois mois avaient passé depuis le tome 2, il était temps de nous replonger en lecture à voix haute dans la série Jonah dont les tomes 1 et 2 nous avaient tant enthousiasmés ! Nous avons donc repris le fil de l’incroyable histoire de Jonah, l’orphelin infirme qui a le don de voir (et de nous montrer) le monde sous son jour le plus lumineux, le plus doux, le plus heureux. Alicia et lui reçoivent de stupéfiante révélations sur les origines du jeunes garçon. Des découvertes qui les précipitent vers de nouvelles aventures à couper le souffle…

On l’a déjà compris précédemment : la destinée de Jonah sera hors du commun, mais l’histoire ne se résume pas à cela. C’est une véritable fresque que Taï-Marc Le Thanh continue de tisser, faite d’entrelacs de fils narratifs qui semble s’imbriquer miraculeusement, mais jamais ne s’emmêlent. L’histoire est donc aussi celle des orphelins de M. Simon, de Martha et Big Jim, de Malcom, des Sentinelles, du président et surtout celle d’Adam et Véra qui savourent une « balade » qui n’est certes pas de tout repos, mais qui a le goût incomparable de la liberté. Ce n’est pas tout ! Plusieurs « personnages » secondaires, dont l’ours blanc du tome précédent, s’étoffent et gagnent en importance. D’autres encore viennent rejoindre cette joyeuse ribambelle : plus on est de fous, plus on rit !

Chacune de ces péripéties nous prend de cours, avec des rebondissements rocambolesques et des personnages faisant voler en éclats tous les clichés.

Ce troisième tome confirme les promesses des précédents, notamment les talents de conteurs et l’imagination sans bornes de l’auteur qui repousse résolument les limites de tout ce que nous pouvions concevoir jusqu’alors sans que l’on doute une seconde de la crédibilité de l’intrigue. Hugo et moi avons pleinement goûté le vent de folie et l’esprit « rock’n’roll » qui soufflent sur ce road-trip. Seule (petite) réserve : les chapitres courts qui nous font basculer toutes les quelques pages d’un fil narratif à l’autre, ce qui peut être un peu frustrant… mais contribue à rendre cette lecture addictive. On se demande bien où cette série nous emmène avec cette histoire de nature vengeresse déchaînant les éléments !

Les paris sont ouverts : combien de temps tiendrons-nous avant de nous jeter avidement sur le prochain tome ?

Extrait : « Pour faire simple, être rock’n’roll consiste à ne jamais se laisser abuser par une situation. Être rock’n’roll, c’est un peu comme nager dans les eaux troubles en choisissant le sens du courant. Pas de dérive, pas de contraintes, c’est un peu ça être rock’n’roll. »

Lu en février 2020 – Didier Jeunesse, 16€ (disponible aussi en Poche, 6,90€)