Jonah, tome 2. Le retour du Sept, de Taï-Marc Le Thanh (Didier Jeunesse, 2014)

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Je l’avais annoncé, nous n’avons guère tardé avant de poursuivre la série Jonah dont le premier tome nous avait si bien accrochés ! Et quel plaisir de retrouver tous les personnages que nous avons maintenant l’impression de bien connaître – avec leur belle humanité et leurs petites bizarreries pleines de charme…

L’intrigue monte en complexité en jouant sur plusieurs fils dont l’entremêlement énigmatique contribue à nous tenir en haleine… Il y a bien sûr Jonah qui goûte les bonheurs de la vie en famille avec ses parents adoptifs, mais qui semble pourtant avoir toutes les raisons de rester sur le qui-vive : pourquoi ses mains semblent-elles échapper à son contrôle ? Qui cherche à entrer en contact avec lui lorsqu’il est inconscient ? Parviendra-t-il éternellement à échapper aux forces naturelles qui semblent en avoir férocement après lui ? Si Jonah ne réside plus directement dans l’orphelinat, celui-ci reste le théâtre de phénomènes aussi étranges qu’inexplicables. Et qu’est-ce que tout cela pourrait bien avoir à faire avec un plan secret visant à s’infiltrer dans la forteresse des Sentinelles ?

Le charme opère si bien que l’on se laisse volontiers embarquer dans des aventures pourtant improbables. On croise ainsi des ours polaires, une vieille dame particulièrement perspicace, des esprits, un héros masqué, de savoureuses tartes à la myrtille, et même un président de la république ! Les péripéties s’enchaînent avec beaucoup de rythme, nous laissant suspendus aux aventures de Jonah et de ses amis à la fin du tome. Gageons que nous ne mettrons pas longtemps avant de plonger dans le tome 3 ?

Extraits

« Je vous donnerai très prochainement de mes nouvelles, Monsieur le Président, en espérant que vous aurez pu lire cette lettre dans le calme et que vous pourrez prendre les justes décisions afin que ma situation s’améliore. Je sais que vous avez d’autres chats à fouetter, mais tous ces événements bizarres mériteraient que vous y consacriez un peu d’attention. S’ils tendent à se développer, il se pourrait fort bien que vous soyez très rapidement débordé.
Quoi qu’il en soit, soyez assuré que je voterai pour vous lors des prochaines élections.
Odette Vinnitsa, citoyenne simple, mais attentive »

« – […] on est dans la tête d’un mort.
– Alors, c’est comment, là-bas ?
– Sombre.
– Sombre ? Sombre comment ? Vous pourriez être plus précises.
– Imagine un sac noir rempli de rouleaux de réglisse et placé dans un coffre-fort en fonte immergé dans un océan de pétrole. C’est plus précis pour toi ?
Jonah soupira avec force:
– Y-a-t-il un indice sur une direction à prendre ? […]
– Il n’y a rien de tout ça ici. L’endroit est désespérément vide, sombre… et surtout glacé.
– Glacé ?
– Ouais, imagine un pingouin sur la banquise, enfermé dans un congélateur en train de…
– OK, OK, j’ai compris. Donc froid, vide et sombre. »

Lu à voix haute en octobre 2019 – Didier Jeunesse, 16€ (existe également au format poche)

Le Renard et la Couronne, de Yann Fastier (Talents hauts, 2018)

Les grandes vacances sont l’occasion rêvée de se plonger dans un grand roman fleuve, à déguster quotidiennement au cœur de la pinède. Hugo et moi avons jeté notre dévolu sur Le Renard et la Couronne, qu’Antoine avait déjà englouti seul il y a quelques mois. Un roman flamboyant retraçant un destin hors du commun, une trajectoire incroyable et épique, à la charnière entre le 19ème et du 20ème siècle !

Le Renard et la Couronne

Il s’agit de la vie – des vies faudrait-il dire ! – d’Ana, petite orpheline aux origines mystérieuses que nous découvrons errant, livrée à elle-même, dans une ville de l’Adriatique où tout lui semble hostile. Se met en place un récit poignant qui n’est pas sans rappeler d’autres histoires de gamins des rues ne pouvant compter que sur l’entraide pour survivre – je pense évidemment à Dickens et à Oliver Twist, mais aussi par exemple au très beau Prince des voleurs, de Cornelia Funke. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, loin s’en faut ! Je n’en dirai pas autant que la quatrième de couverture sur les coups de théâtre et les péripéties qui se succèdent avec rythme au long des 440 pages du roman, mais sachez que l’on y voyage à travers toute l’Europe, que l’on y rencontre toutes sortes de personnages fabuleusement romanesques. Il se pourrait même que l’on assiste à l’une ou l’autre révolution ! L’intrigue se renouvelle constamment et nous tient en haleine jusqu’à un épilogue ébouriffant. On se croirait tour à tour dans le journal de Calpurnia, chez le comte de Monte-Cristo ou dans une pièce de théâtre de Schiller !

La plume de Yann Fastier déborde de générosité. Hugo et moi avons été époustouflés par cette fresque, esquissée de la perspective d’une toute jeune fille, de l’Europe à la veille de la Première guerre mondiale – ses révolutions scientifiques, technologiques et artistiques, ses grands clivages politiques, ses débats de valeurs, ses balbutiements démocratiques, ses journalistes, ses brigands et ses tourments diplomatiques… J’ai souvent fait les sous-titres pour Hugo qui, à 8 ans et demie, n’avait jamais entendu parler de l’empire Austro-Hongrois, de René Magritte ou d’une assemblée constituante. Nous avons évidemment pris beaucoup de plaisir à ces échanges, mais ils m’ont donné à penser qu’en dehors de notre contexte de lecture à voix haute, des lecteurs plus âgés et initiés seraient probablement mieux à même d’apprécier cette richesse du décor historique. Je me suis même amusée de plusieurs clins d’œil anachroniques à notre actualité beaucoup plus immédiate que d’autres auront peut-être aussi noté…

C’est aussi et surtout un très joli parcours initiatique qui se déroule sous nos yeux, celui d’Ana qui grandit, apprend à déchiffrer le monde et à prendre confiance en elle, à porter haut ses belles valeurs de solidarité, de respect, de pacifisme et d’émancipation. Autant dire que Le Renard et la Couronne trouve parfaitement sa place aux éditions Talents hauts, dont la sensibilité aux formes de discrimination, en particulier sexistes, est si bienvenue.

Nous avons donc beaucoup apprécié cette lecture qui n’a été ternie que par des coquilles dans le texte (j’admets que je suis probablement un peu tatillonne là-dessus) et peut-être par quelques longueurs (mais, me direz-vous, c’est un peu le risque quand on décide de se lancer dans la lecture à voix haute d’un tel pavé…). Le Renard et la Couronne est l’un de ces romans qui contribuent magnifiquement à élargir les horizons de leurs lecteurs… L’aventure avec un grand A !

L’avis de Pepita est par ici !

Extraits :

« Dans toutes les occasions de la vie courante, au village, au marché, nous parlions comme tout le monde un mélange d’italien, de croate et d’allemand. Mais, entre nous, nous ne parlions que le français. C’était notre langue secrète, avec laquelle nous nous entendions le mieux parce qu’elle n’appartenait qu’à nous. C’était une langue magique, douce à l’oreille, qui ressemblait un peu à l’italien, sans en avoir les éclats parfois tonitruants. Grand-mère le parlait couramment. Elle racontait qu’il y avait eu des Français, ici, il y a longtemps. Ils étaient venus conquérir les Provinces illyriennes au nom de l’empereur. »

«  – Et ça, c’est quoi ? s’étonna-t-elle en ouvrant mon livre. Tu sais lire ?
– Je sais lire et écrire, parvins-je à balbutier.
Un éclat de rire général accueillit ma réponse. Toute la bande semblait trouver du plus haut comique qu’une fille comme moi connût l’alphabet.
– Vos gueules, bandes d’abrutis ! Ça n’a rien de drôle, les gourmanda leur chef.
Elle posa le livre et me demanda, d’un ton bourru :
– Tu m’apprendrais ? »

« Comme elle était devenue belle ! Vêtue en cavalier, chaussée de hautes bottes luisantes et d’un long manteau noir à soutaches, coiffée d’une toque d’astrakan, elle avait toutes les allures d’une reine cosaque, d’une altière princesse barbare que l’on eût mieux vue courir la steppe sur son étalon que stationnant en pleine nuit dans un fiacre au pied d’une maison bourgeoise. »

Lu à voix haute en août 2019 – Talents hauts, 16€

Vango, II. Un prince sans royaume, de Timothée de Fombelle (Gallimard Jeunesse, 2011)

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Suivre Vango, c’est filer une silhouette furtive et insaisissable, mais ô combien intrigante, qui nous entraîne à travers le monde et les heures les plus sombres du 20ème siècle. Se plonger dans un roman en forme de kaléidoscope aux mille facettes dont l’imbrication reste énigmatique, nous poussant à dévorer les pages pour y voir plus clair. Deux « vagabonds célestes » sillonnant les hauteurs new-yorkaises, une biche dorée se promenant dans un château écossais, une jeune fille blonde évoluant agilement sur les toits de Paris, une femme plongée dans ses souvenirs à la poste centrale de Moscou, une princesse en exil, un restaurateur parisien qui écrit un roman et, jamais très loin, un immense ballon dirigeable dans le ciel… Des trajectoires qui se croisent, se rencontrent, s’entrechoquent, se manquent et se retrouvent, laissant progressivement les pièces du puzzle se mettre en place sous nos yeux ébahis. La ligne de crête est également celle d’une époque où chacun doit choisir son camp, entre fascisme et résistance. Ainsi, la petite histoire et la grande s’entremêlent, donnant à la destinée de Vango quelque chose d’universel…

L’écriture est toujours belle, parfois à couper le souffle. Le rythme est soutenu – impossible pour moi de reposer le livre dans les 200 dernières pages ! Le tourbillon de personnages et de décors dans lequel nous plonge le récit peut être déconcertant (en particulier pour les jeunes lecteurs ciblés par la collection) et en fait une lecture exigeante, qui nous laisse un peu déboussolé. Mais j’ai pris beaucoup de plaisir à retrouver Vango, Zefiro, Ethel, la Taupe, Andreï, et même le commissaire Boulard – et après tout, ce sentiment de vertige et de perte de repères n’est-il pas l’une des marques de la période de la Seconde Guerre mondiale ? J’aurais quand même aimé en savoir plus sur la face sombre du récit – celui des fascistes, des collaborateurs et autres marchands d’armes, dont les personnages auraient pu être travaillés plus en profondeur. Qui est Voloï Viktor, quelle est son histoire et quelles sont ses motivations ? Quels liens entretient-il précisément avec Staline et le régime de Hitler ? Pourquoi Mademoiselle a-t-elle été emmenée de force à Moscou ? Je suis restée un peu sur ma faim sur ces points… ce qui ne m’a nullement empêchée d’apprécier énormément cette lecture vertigineuse !

Un diptyque recommander sans modération aux lecteurs déjà aguerris et au fait de l’histoire du 20ème siècle. À dix ans, Antoine, qui n’avait fait qu’une bouchée du premier tome, a abandonné celui-ci au bout de 150 pages, mais je pense qu’il y reviendra plus tard…

L’avis de Bouma et de Sophie sur ce second tome ; mon avis sur le tome 1 est par ici !

Extraits

« Eckener regardait les blés. Le ballon s’était déjà élevé de deux cents mètres. Il avait laissé derrière lui la fourmilière des hangars de Lakehurst. Il n’y avait plus que les blés. Et quand il vit, en dessous de lui, la brume légère, l’étendue jaune, la course d’un enfant parmi les épis, Eckener retrouva son sourire. Il rangea cette vision avec toutes les autres… Le Sahara qui se jette dans l’océan du haut des falaises, le quadrillage des jardins de Hokkaido au Japon, la pleine lune sur les forêts noires de Sibérie. À chaque fois : le miracle. C’était comme si, pendant tout l’été, on avait oublié de moissonner pour rendre possible le sillon d’un enfant courant sous le ballon en fendant les blés. »

« La scène qu’il découvrir dans cette grande chambre avait tout d’un tableau ancien. La biche était lovée sur le tapis dans un rond de soleil, au pied d’une banquette en soie bleue. Sur cette banquette, deux jeunes gens, une fille et un garçon, épaule contre épaule, regardaient l’animal dont l’apparition avait dû les surprendre. »

« Ces mois d’hiver passèrent en un instant, comme la minute mystérieuse qui suit le réveil. Vango se souvenait seulement d’une liberté proche de celle de son enfance. Il avait repris ses forces. Il se fit oublier des moines. Il quittait chaque matin la baie et marchait dans les hautes herbes. Il découvrit un cheval noir et ne lui donna pas de nom. Vango apprit seul à monter, comme le premier Indien du monde. Il se nourrissait de tartines de beurre dans la cuisine, et de bigorneaux. Il s’avançait à pied dans la mer, contre le courant gelé, à marée montante. Il plongeait. Il partait grimper la muraille, la nuit. »

« – Ce qui ne se fait pas, dit Barthélémy en pliant son chiffon, c’est de faire apparaître un nouveau personnage dans les derniers chapitres.
– Et pourquoi pas ? cria le patron, au fond de la salle. Et même deux si je veux !
– Moi, je trouve que ça manque de respect.
– Je vous en ficherai du respect, Barthélémy, lavez cette vitre et laissez-moi travailler ! »

Lu en août 2019 – Gallimard Jeunesse, 7,60€

L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges. L’affaire des cahiers de Viktor et Nadia (de Davide Morosinotto, 2019)

Vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenu(e)s !

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Il y a des lectures qui sortent de l’ordinaire. Des romans qui nous surprennent, nous qui en avons pourtant déjà lu tant. Des textes qui portent de belles valeurs et aident à comprendre le monde. Des livres dans lesquels on vit en immersion et qu’on ne referme qu’avec un pincement au cœur et un sentiment immédiat de nostalgie, en pensant aux personnages que l’on vient de quitter et qui nous manquent aussitôt… Le nouveau roman de Davide Morosinotto, comme le précédent d’ailleurs, appartient sans aucun doute à ces pépites littéraire qui restent forcément rares et précieuses.

 

Éblouissante lumière_photoIl nous avait impressionnés et ravis avec Le catalogue Walker & Dawn ? Davide Morosinotto parvient de nouveau à nous couper le souffle avec un objet-livre splendide, travaillé dans les moindres détails : le roman ne se présente pas comme tel, mais comme un rapport de police – enfin, du commissariat du peuple aux affaires intérieures, puisque nous sommes propulsés dans l’Union soviétique de l’année 1941, au moment où le pays est attaqué par l’Allemagne national-socialiste. Rapport de police lui-même essentiellement composé par les fameux « cahiers », sorte de journal tenu par les jumeaux Viktor et Nadia, annotés avec beaucoup de zèle par le colonel Smirnov, en charge de l’enquête concernant leur « affaire ». Reconnaissez que tout cela a de quoi nous intriguer !

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De quoi s’agit-il donc dans cette affaire ? Face à l’attaque de l’armée allemande, Viktor et Nadia, bientôt treize ans, doivent quitter leurs parents et évacuer leur ville de Leningrad avec des milliers d’autres enfants. L’opération ne se passe pas comme prévu et, pour la première fois de leur vie, les jumeaux sont séparés. À travers leurs récits quotidiens, écrits à l’encre rouge (pour Viktor) et bleue (pour Nadia), nous suivons en retenant notre souffle leurs aventures et l’évolution du conflit, avec de magnifiques cartes et des documents et photographies multiples à l’appui : pourquoi certains enfants n’ont-ils pas été conduits à la destination prévue ? À qui se fier dans un pays miné par la guerre, mais aussi par la dictature ? Viktor et Nadia parviendront-ils à survivre et à se retrouver ?

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Ce roman est avant tout un formidable récit d’aventures, dont l’intrigue est véritablement passionnante : il a toujours été difficile de décider quand interrompre la lecture ! Au passage, on apprend mille choses sur l’Union soviétique dont l’histoire est restituée avec beaucoup de finesse par l’auteur qui évoque l’hiver et la géographie russe, la révolution d’octobre, l’idéologie communiste, la religion, les organisations de jeunesse, les baraki, les kolkhozes, les goulags… La mise en page et les documents mobilisent une iconographie russe, avec notamment des légendes en cyrillique ou des symboles du communisme, qui viennent encore renforcer la crédibilité de la mise en scène et qui ont beaucoup intéressé Hugo. Les nuances sont distillées avec beaucoup d’habileté par le biais de la narration à plusieurs voix – celle de Viktor, qui aspire intensément à être « un bon frère, un bon pionnier, un bon fils, un bon écolier, un bon camarade » mais n’hésite pas à enfreindre les lois lorsqu’il s’agit de rejoindre sa sœur ; Nadia, si spontanée et peut-être plus distanciée vis-à-vis du régime ; et Smyrnov, dont les annotations incarnent tout ce qu’il peut y avoir d’arbitraire dans l’exercice de la justice dans un régime non-démocratique et en période de guerre. L’écriture enfantine est vive, débordante de fraîcheur et de générosité. Davide Morosinotto évite parfaitement l’écueil d’une lecture trop « nationale » du conflit : comme le discours du commissaire Molotov, qui précise que la guerre « n’est pas imputable au peuple allemand », certains personnages rappellent qu’il y a eu des communistes et des résistants au national-socialisme en Allemagne, comme il y a eu des collaborateurs dans d’autres pays.

Car les deux protagonistes font de belles rencontres, avec des personnages auxquels il est impossible de ne pas s’attacher. On vibre pour chacun d’entre eux, à l’évocation des épreuves et des horreurs de la guerre. Et en même temps, le duo de narrateurs et leurs amis portent un intense message d’espoir, ne baissant jamais les bras et parvenant dans chaque situation à faire preuve de discernement, restant droits, courageux et généreux dans un monde où tous les repères sont brouillés.

Dans sa note finale, l’auteur écrit : « J’ai toujours cru dans la force des histoires et dans l’importance des livres. Et, comme le dit Nadia à un moment donné, je crois que nous avons le devoir de nous rappeler ce qui s’est passé. Et de nous battre pour que cela ne se reproduise plus. » Ainsi, L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges n’est pas seulement un récit atypique et captivant : c’est un roman important qu’il était urgent de lire.

Extraits :

« – Hé là, hé là ! j’ai dit. On est tous de bons communistes, pas vrai ? On n’a pas besoin de se voler nos provisions. Ceux qui ont quelque chose à manger, ouvrez vos sacs, on va partager le tout.
L’échalas a laissé retomber le petit et s’est dirigé vers moi, en traînant les pieds sur ce qui restait de paille.
– Et toi, tu es qui pour donner des ordres ?
– Viktor Nikolaïevitch Danilov, j’ai répondu. À qui ai-je l’honneur de parler ?
L’autre a craché par terre, en manquant de peu une jeune fille.
– À quelqu’un capable de te mettre une raclée si ça lui chante. Alors comme ça, tu es un bon communiste ? Moi, j’ai plutôt l’impression d’être en face d’un de ces types qui parlent toujours de partager mais qui gardent leur chocolat pour leur pomme.
Oh, c’était donc ça. Il avait repéré que j’avais du chocolat. J’ai dit :
– Kostia, ouvre mon sac, prends ce qu’il y a dedans et commence à le couper en parts égales. Un bout pour chacun. »

« Le fleuve sépare les îles de Leningrad de la terre ferme, vers le sud. Au nord, il y a l’armée finlandaise qui avance. À l’ouest, le golfe de Finlande, et à l’est, l’immense lac Ladoga.
– Voilà pourquoi le match se joue à Chlisselbourg, mon garçon. Et si nous perdons…
– Si nous perdons ?
– Alors Leningrad sera isolée pour de bon. Le siège de la ville pourra commencer. Et ce sera fichu.
D’après la carte, moins de trente kilomètres séparent Mga de la petite ville de Chlisselbourg.
J’ignore ce qui est arrivé au train 76, mais pourvu que ma sœur soit loin, très loin de cet endroit.
Tiens bon, Nadia. J’arrive.
Et je jure que je te retrouverai. »

Lu à voix haute en juin 2019 – École des loisirs, 18€

Vango, tome 1 : Entre ciel et terre (de Timothée de Fombelle, 2010)

« Vango avançait dans la vie en effaçant ses traces. Il n’appelait pas cela de la paranoïa mais de la survie. »

Antoine, qui grandit, préfère désormais souvent faire ses explorations littéraires seul, ce qui lui permet de lire à son propre rythme (effréné). Quand un livre le captive, nous ne le voyons presque plus, mais il aime échanger avec nous autour de ses découvertes. Récemment, il a piqué ma curiosité en dévorant d’un trait ou presque le premier tome du diptyque Vango, de Timothée de Fombelle, nous expliquant que le « niveau de mystère » était maximal et distillant des allusions au contexte historique, aux personnages. Intriguée, je me suis plongée à mon tour dans ce roman…

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J’ai immédiatement saisi ce qu’avait voulu dire Antoine avec sa remarque sur le « niveau de mystère » : la première scène, hautement énigmatique, installe une énorme tension narrative. Dans les années 1930, une cérémonie religieuse sur le parvis de Notre-Dame de Paris est brutalement interrompue par la police qui recherche un certain Vango. Ce dernier parvient à prendre la fuite, en escaladant la façade de la cathédrale jusqu’au sommet, sous les yeux effarés de l’assistance, dont une mystérieuse jeune fille. Un immense zeppelin survole alors l’édifice mais doit battre en retraite lorsque des coups de feu sont tirés… Les questions fusent inévitablement dans l’esprit du lecteur : qui est Vango ? Que lui veulent la police et les autres individus qui semblent après lui ? Le roman nous permet progressivement de reconstituer les fils de l’histoire et de donner du sens à cette scène improbable – et à celles qui se succèdent ensuite avec beaucoup de rythme. La restitution des faits dans le désordre, nous faisant naviguer dans le temps entre la course-poursuite amorcée à Paris et des scènes anciennes correspondant à plusieurs époques de la vie de Vango (et de l’Histoire), entretient une tension qui demeure à son comble jusqu’à la dernière page. Déconcerté(e) par le récit échevelé, on ne peut que s’interroger avec Vango qui cherche désespérément à comprendre qui il est et d’où il vient. Et douter : est-il traqué ou paranoïaque ?

J’ai essayé de résister au suspense et de ne pas lire Vango trop vite pour mieux savourer l’écriture merveilleuse de Timothée de Fombelle. Sa plume évoque avec une intensité folle les personnages et les lieux si romanesques, des îles éoliennes à Moscou et aux lacs de Constance et du Loch Ness, qui donnent de la chair au récit. Le contexte historique de l’entre-deux-guerres donne de l’épaisseur au roman et du poids à la soif de liberté de ses personnages, tous plus indomptables et extraordinaires les uns que les autres…

Force est de constater que me voilà aussi conquise qu’Antoine !

Extraits

« Vango poussa sur la pente de ce volcan éteint.
Il y trouva ce dont il avait besoin.
Il grandit avec trois nourrices : la liberté, la solitude et Mademoiselle. À elles trois, elles firent son éducation. Il reçut d’elle tout ce qu’il croyait possible d’apprendre.
À cinq ans, il comprenait cinq langues mais ne parlait à personne. À sept ans, il grimpait les falaises sans avoir besoin des pieds. À neuf ans, il nourrissait les faucons qui plongeaient sur lui pour manger dans sa main. Il dormait torse nu sur les rochers avec un lézard sur le cœur. Il appelait les hirondelles en sifflant. Il lisait des romans français que sa nourrice achetait à Lipari. Il montant en haut du volcan pour se mouiller les cheveux dans les nuages. Il chantait des berceuses russes aux scarabées. Il regardait Mademoiselle couper les légumes avec des facettes impeccables, comme on taille les diamants. Puis il dévorait sa cuisine de fée. »

« En deux jours à peine, les deux jours qui avaient suivi les événements de Notre-Dame, Boulard avait compris qu’il ne trouverait rien à Paris sur ce Vango Romano. Il n‘avait en fait jamais été confronté à une telle situation : un garçon qui avait vécu quatre ans dans un séminaire, au milieu de dizaines d’autres dont il était apprécié, admiré parfois, un garçon inséré dans une communauté soudée, mais dont personne ne pouvait absolument rien dire. Rien.
Boulard enquêtait parfois sur un drame de la rue, et il arrivait qu’un témoin ne sache même pas dire son propre nom, et réponde : « Ici, on m’appelle Moustique, je ne sais pas mon nom. » Mais Vango n’était pas un vagabond, il était pensionnaire au séminaire des carmes depuis quatre ans !
Boulard avait cherché à obtenir de ses camarades un lieu de naissance, le nom d’un membre de la famille, l’adresse des parents, n’importe quelle information qui aurait enraciné Vango Romano quelque part sur la terre. Il avait demandé ses centres d’intérêt, l’endroit où il passait ses vacances, les visites qu’il pouvait recevoir, le courrier qui lui arrivait…
Rien. Rigoureusement rien.
Rien. Rien. Rien. »

Lecture en parallèle avec Antoine, mars 2019 – Gallimard Jeunesse (Folio Junior), 7,90€

Les amours d’un fantôme en temps de guerre (de Nicolas de Crécy, 2018)

Le dernier lauréat du Prix Vendredi est un roman illustré déconcertant qui nous plonge dans une atmosphère dont on peine à s’extraire et qui m’a laissé des impressions contradictoires…

Il s’agit avant tout d’un « jeune » fantôme de 89 ans qui évoque ses souvenirs des années 1930 – une époque attendrissante, celle de ses premiers émois amoureux et de la charnière entre enfance et adolescence, marquée par une insatiable avidité d’explorer, de comprendre et de questionner le monde. Mais aussi une époque sombre, ravagée par la guerre, les idéologies haineuses faisant régner la terreur et déchaînant une spirale de violence aveugle.

graphe Foa & Mounk 2017

La xénophobie et les populismes autoritaires ont le vent en poupe un peu partout dans le monde et les enquêtes suggèrent que l’attachement à la démocratie décroît avec chaque nouvelle cohorte, comme le montrent par exemple les chercheurs Roberto Stefan Foa et Yascha Mounk dans un article récent (pardon pour cette incursion incongrue dans une chronique littéraire, mais je trouve qu’il faut en parler !). Dans ce contexte, il me semble essentiel, voire urgent d’aborder l’histoire de leurs ravages – y compris avec les jeunes générations.

Il me semble que la littérature, et la littérature jeunesse notamment, ont un rôle à jouer à cet égard et Les amours d’un fantôme en temps de guerre y contribuent de façon tout à fait originale. À travers la trajectoire d’un jeune fantôme, Nicolas de Crécy restitue les manifestations du fascisme avec beaucoup de justesse. Les repères historiques sont évoqués en toile de fond – discours nationalistes, militarisme, embrigadement de la jeunesse, propagande culturelle, gabardine noire portée par les membres de la Gestapo, camps d’extermination, dates : 30 janvier 1933, 1er septembre 1939.

« Ce mouvement s’est construit peu à peu jusqu’à devenir une organisation puissante : le parti des Fantômes Acides ; ses instigateurs prônent le retour aux sources, ils clament que le peuple des fantômes a une origine géographique précise et donc une pureté originelle, pervertie depuis peu par l’arrivée de nouveaux spectres avilis et dangereux, résultat de défunts de basse extraction et de pays pauvres. C’est ainsi que se sont rassemblés, sous la bannière des FA (Fantômes Acides), tous les fantômes aigris et contrariés qui erraient en petits groupes, ruminant leur haine de tout ce qui ne leur ressemble pas. […] Un pouvoir politique en premier lieu, incarné par un spectre idéologue à la logorrhée fascinante, doctrinaire et criminelle. La guerre totale est son œuvre, et tient à son caractère délirant ; il a progressivement militarisé le parti des FA pour en faire une véritable armée, forte de plusieurs milliers de fantômes. Il est en haut de la pyramide, et celle-ci se divise en plusieurs niveaux de pouvoir : une police secrète, un corps d’élite, une milice – sans doute la plus à craindre –, et le même schéma se reproduit au sein de l’armée. Chacun se surveille, il y a des batailles internes, la haine appelle la haine, cette atmosphère délétère entraîne une concurrence dans la violence, et au final celle-ci s’exprime toujours contre les mêmes victimes… »

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L’idée géniale de l’auteur consiste à faire raconter tout cela à notre adorable petit fantôme. Cet ancrage dans un univers surnaturel apporte une prise de distance : « Un fantôme peut-il vraiment mourir ? ». Le mode de la métaphore permet d’évoquer une réalité si effroyable qu’elle est presque indicible – même si j’ai regretté que la métaphore des « fantômes acides » issus de l’amertume muée en haine des humains refusant de mourir n’éclaire pas les causes ni le contexte de la montée des fascismes. Les fascistes apparaissent, simplement, comme des êtres répugnants et fondamentalement mauvais. La narration par le jeune fantôme permet également de représenter la dictature et la guerre à travers les expériences concrètes d’un adolescent : séparation brutale de la famille, solitude et silence, cavale, deuil. J’ai trouvé que l’auteur parlait très bien de l’adolescence – sous nos yeux, le petit fantôme naïf prend conscience des ressorts de la guerre et affirme son besoin de désobéir et de s’engager dans la résistance. Cette mue et l’élan collectif qui rassemble des fantômes de tous horizons pour imprimer des tracts, coder des messages et infiltrer les lignes ennemies au péril de leur vie sont porteurs d’espoir… Même si les dernières pages sonnent comme une mise en garde.

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Vous l’aurez compris, les thématiques de ce roman me passionnent, sa construction me semble très réussie et l’écriture de Nicolas de Crécy est très belle. Il faut aussi absolument souligner à quel point les illustrations qui portent le récit autant que le texte sont splendides (c’est même incroyable de maintenir une telle qualité sur un ouvrage d’une telle ampleur). Et pourtant, j’ai ressenti une impression de flottement tout au long des 210 pages de cette lecture – peut-être est-ce lié au prisme d’un fantôme en suspension au-dessus des tourments du 20ème siècle, peut-être plutôt au fait qu’il s’agit d’une histoire d’errance et de quête inaboutie… J’ai trouvé que le récit manquait de tension narrative et j’ai eu du mal à entrer dedans, avec le sentiment d’une déambulation au fil de l’eau, guidée par une succession de hasards et sans élément perturbateur ou résolution explicite.

En refermant le livre, je me suis sincèrement interrogée sur sa cible. J’espère que le journal de ce jeune fantôme passionnera les lecteurs jeunes et qu’ils ne se laisseront pas décourager par l’écriture très exigeante et les nombreuses références culturelles et historiques ; j’espère également que l’univers enfantin de ce roman saura plaire à des lecteurs et lectrices plus âgés. Pour ma part, je ne trouve pas évident de déterminer à qui je pourrais le proposer… Je ne le lirai pas à Antoine et Hugo pour l’instant. Nous avons déjà partagé des lectures sur les années 1930 et 1940, notamment l’album Les peurs de David, ou les romans Vango de Timothée de Fombelle et Quand Marcel et ses amis découvrirent la grotte de Lascaux de Régis Delpeuch). Mais pour les raisons que je viens d’évoquer, je garde Les amours d’un fantôme en temps de guerre pour plus tard.

N’hésitez pas à jeter un œil aux avis de Sophie et de Pepita !

 

Extraits

« Les fantômes ne meurent pas, que je sache ! »

« Un grand changement s’était opéré en moi. Un sentiment de fierté guidait dorénavant mes actions. J’avais grandi.
Je n’étais plus le petit fantôme domestique.
À présent, j’étais :
LE PETIT FANTÔME RÉSISTANT. »

« Nous étions encadrés par des Fantômes Acides blond-jaune, que Robinson trouvait d’ailleurs sympathiques, et qui nous enseignaient la haine par le jeu ; activités physiques, camaraderie virile, célébration de la beauté et de la pureté héritées de notre ascendance. Nous avions un ennemi commun, disaient-ils, qui voulait notre perte, la fin de nos valeurs. Nous formions une entité indivisible, disaient-ils encore, nous avions la raison et l’Histoire avec nous. Il était de notre devoir de détruire cet ennemi, et de détruire tout ce qui pourrait nuire à l’intégrité de notre peuple. »

Albin Michel, 23,90€

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Jefferson (de Jean-Claude Mourlevat, 2018)

Jefferson – ou l’enquête policière revisitée par Jean-Claude Mourlevat en forme de roman animalier… Un résultat détonnant, bourré d’humour, de fantaisie, de rebondissements et de sagesse. Ce n’est pas un coup de cœur, mais un coup de foudre !

Jefferson est un personnage auquel on s’attache d’emblée : ordonné, consciencieux, coquet, sensible et un brin timide, ce jeune hérisson féru de géographie déborde surtout de gentillesse et d’attention pour tous ceux qui l’entourent. Les plaisirs les plus simples le mettent en joie : lecture en sirotant une tasse de tisane, moments partagés avec son copain Gilbert, pâtisserie et bonheur d’aller chez le coiffeur, « se faire rafraîchir la houppette »… Ces routines sont bouleversées lorsque, par un terrible concours de circonstances, Jefferson se retrouve accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Heureusement, il peut compter sur la solidarité indéfectible de Gilbert qui ne manque pas d’idées pour mener l’enquête et démasquer le véritable assassin ! Quitte, pour cela, à devoir s’aventurer au pays des hommes…

Jean-Claude Mourlevat jubile, à l’évidence, en imaginant une galerie d’animaux personnifiés tous plus hilarants et sympathiques les uns que les autres, qui apprennent à se connaître, à comprendre leurs différences et à s’entraider. Le contraste entre les scrupules de Jefferson et la vivacité de Gilbert est drôlissime, même si notre mention spéciale reviendrait peut-être plutôt au sanglier Walter Schmitt, qui jure un peu trop, ne tient pas en place, mais se montre si spontané et bienveillant. L’humour est omniprésent, les dialogues irrésistibles, ce qui n’empêche pas l’auteur de mener efficacement un récit truffé d’action et de péripéties. On ne peut que se laisser emporter par la plume de Jean-Claude Mourlevat, de la première à la dernière page !

Mi-enquête policière, mi-fable animalière, ce roman évoque avec beaucoup d’espièglerie et d’intelligence le traitement des faits divers et les amalgames – puisque des parallèles sont immédiatement établis avec un autre hérisson, tueur en série légendaire… – mais aussi et surtout les relations entre hommes et animaux. Fidèle à lui-même, même si le registre est très différent de La rivière à l’envers que nous avons adoré il y a quelques mois, l’auteur montre avec force la valeur du sens collectif, du partage, du respect et des petits bonheurs simples. Et nous donne, de façon subtile, à réfléchir sur le traitement réservé aux animaux dans nos sociétés industrielles.

Un roman à découvrir absolument. Si vous n’êtes pas encore convaincu(e), jetez-donc aussi un œil aux avis de Pepita et de Bouma… Nous vous mettons au défi de ne pas fondre de tendresse en découvrant Jefferson !

Lu entre décembre 2018 et janvier 2019 – Gallimard jeunesse, 13,50€

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Extraits :

« Quand ils se mirent en route, vers dix heures du matin, après avoir dissimulé dans la cabane tous leurs vêtements masculins, n’importe quel promeneur croisé par hasard dans le bois les aurait pris pour deux innocentes jeunes filles en promenade.
Il entrèrent en ville d’un pas hésitant, surtout Gilbert dont les chaussures à talons, un peu courtes, martyrisaient le gros orteils. Comme ils traversaient le parc municipal, deux jeunes cochons, assis sur le dossier d’un banc public, les reluquèrent sans gêne et lancèrent des petits tss tss dans leur dos.
– Mais c’est hyper désagréable ! se révolta Jefferson sans se retourner. Je m’en rendais pas compte. Je le ferai plus, tiens.
– Mais tu l’as jamais fait, lui fit remarquer Gilbert.
– Ah oui, c’est vrai. Alors disons que je le ferai jamais. »

« – Monsieur Bonnepatte, bonjour !
– C’est quoi ce nom débile ? demanda Jefferson dès que Roland se fut éloigné.
– Bonnepatte ? C’est le nom de l’ingénieur qui a inventé le chauffage central. Enfin, son vrai nom, c’est Bonnemain, j’ai juste changé un peu. Râle pas, tu es bien content d’avoir juste à tourner le bouton de ton radiateur pour avoir chaud en hiver, au lieu d’essayer de faire du feu avec un silex. »

« – Ouvrez ! Ouvreeeez ! Ouvrez, sortez-nous d’là ! Ah ah ! Ah aaaah !
Mais ils ne pouvaient pas reprendre à l’infini ce refrain absolument stupide. Il fallait des couplets et c’est là que M. Hild montra tout son talent. De sa capacité à inventer dépendait le sort de ses compagnons de voyage et il le fit si bien qu’on eut l’impression que la chanson existait depuis toujours :
– Dans son cachot sordide / Léonard de Vinci / en prisonnier candide / se lamentait ainsi :
Des rimes riches en plus ! Le car entier entonna le refrain, tous redoublant de grands coups de poing :
– Ouvrez ! Ouvreeeez ! Ouvrez, sortez-moi d’là ! Ah ah !
M. Hild reprit de sa voix basse et improvisa brillamment un deuxième couplet :
– Dans une prison sinistre/ deux vaillants hérissons/ se plaignant au ministre/ chantaient à l’unisson :
– Ouvrez ! Ouvreeez ! Ouvrez, sortez-nous d’là ! braillèrent les vingt-huit Ballardeaux pour couvrir les coups qui résonnaient à nouveau dans la soute. »