Les cousins Karlsson, tome 1, de Katarina Mazetti (2013 pour la traduction en français)

Voici un petit roman d’aventures à la saveur acidulée et au charme suédois ! Dans une atmosphère sympathique digne de la série du Club des Cinq, quatre cousines et cousins accompagnés d’un chat apprennent à se connaître lors d’un été chez leur tante Frida. Cette artiste un peu extravagante vit seule sur une île pittoresque et leur laisse énormément de liberté pour explorer les lieux. Mais très vite, les indices d’une autre présence sur l’île se multiplient : bruits, visites nocturnes, fumée à l’autre bout de l’île… De quoi alimenter l’imagination fertile des cousins et les mettre sur la piste des intrus !

Cette histoire a été très appréciée par les garçons qui ont été captivés par l’intrigue, mais qui ont aussi beaucoup ri des frasques de Chatpardeur, des dialogues entre les enfants et des petites lubies de chacun. Quelle famille haute en couleurs ! Ce petit roman léger et sans prétention se lit donc très bien et nous a offert un bon moment de détente en famille. Facile d’accès, il peut être lu y compris à des enfants très jeunes.

Pour ma part (mais j’ai vingt-cinq ans de plus que le public ciblé par ce roman…), j’ai été un peu frustrée par quelques incohérences et par les modalités de « l’enquête » menée par les cousins – en pratique, surtout une recherche à travers l’île – et par sa résolution rapide, sans impliquer de véritable déduction comme dans d’autres romans d’enquête. J’ai peut-être aussi ressenti un excès de bons sentiments à la fin du roman, lorsque la petite histoire rencontre la grande – mais peut-être est-ce finalement une manière de parler de choses graves de l’actualité à de jeunes enfants…

Quoiqu’il en soit, le succès a été entier auprès des garçons qui ont très envie de continuer à suivre les aventures des quatre cousins avec les prochains tomes de la série !

Extraits

« Chatpardeur est un gros chat castré au pelage noir, roux, gris et blanc. Un automne, Bourdon a trouvé un petit chaton maigre et frigorifié au fond d’un bois. Elle a eu pitié de lui et a décidé de le ramener à la maison où elle l’a nourri avec tant d’énergie qu’il a atteint sept kilos en un rien de temps. Aujourd’hui, elle arrive à peine à le soulever. Chatpardeur adore surprendre les gens. Il saute et atterrit sur leurs genoux de tout son poids quand ils s’y attendent le moins. Au début, leur père a beaucoup râlé. Il n’aimait pas que le chat passe ses journées à somnoler sur son imprimante. Chaque fois qu’il imprimait quelque chose, Chatpardeur se réveillait et essayait d’attraper les feuilles avec sa patte, criblant ses rapports de recherche de trous de griffes. »

«  – Je sais ! Des pièges ! dit Bourdon. On va creuser un trou très profond avec des pieux bien pointus au fond et on recouvrira tout ça de branches pour que le trou ne se voie pas… Ou alors on peut dissimuler des cordes avec des nœuds coulants par terre, comme Robin des Bois dans la forêt de Sherwood, comme ça les bandits se prendront les pieds dedans et s’envoleront jusqu’aux cimes des arbres… »

Lu à voix haute en octobre 2018 – Éditions Thierry Magnier, 6,90€

Les cousins Karlsson

Robinson, de Peter Sis (2018)

Lu à voix haute en septembre 2018

Robinson cover     robinson crusoé gallimard

pipi langstrumpfQui ne s’est jamais imaginé explorer une île déserte ? Se retrouver seul face à soi-même, mettre à l’épreuve son art de la débrouille et vivre en harmonie avec la nature… De Fifi Brindacier au Royaume de Kensuké, des aventures de Jim Bouton au Dragon de mon père et aux Coloriés, l’idée d’un écrin sauvage perdu au large d’océans lointains est récurrente dans la littérature. Et cela ne date pas d’hier ! J’avais parlé il y a quelques mois de L’île au Trésor de R.L. Stevenson qui a tout de même près de 140 ans, quelques années de plus que L’île mystérieuse de Jules Verne. Mais saviez-vous que celle qui est peut-être la plus célèbre des histoires d’île déserte, Robinson Crusoé, fêtera ses 300 ans l’année prochaine ? Véritable mythe littéraire, Robinson s’inscrit dans notre imaginaire collectif parmi ces personnages que chacun a l’impression de connaître depuis sa plus tendre enfance…

De ma première lecture de Robinson Crusoé, pendant mes années collège, j’avais retenu surtout le souvenir d’avoir été absolument impressionnée, et même enthousiasmée par l’obstination, la persévérance, l’habileté et l’ingéniosité du naufragé, qui lui permettent finalement de survivre. C’est donc avec enthousiasme que j’ai proposé aux enfants de le lire ensemble cet été. Quelle n’a pas été ma sidération de redécouvrir un roman complètement différent de mon souvenir ! La dimension morale-chrétienne m’avait complètement échappé à l’époque, ainsi que le contexte historique de traite des esclaves et d’ailleurs, plus largement, tout ce que vit Robinson avant son naufrage. Le style littéraire parfois franchement ardu du 17ème siècle, la nécessité de fournir d’amples explications sur le contexte, les longues considérations morales du protagoniste et plusieurs longueurs (quand ce dernier raconte dans son journal des événements déjà abordés dans le roman par exemple) ont lassé les enfants et nous avons interrompu la lecture au milieu du livre. Peut-être y reviendrons-nous quand ils seront plus grands, ou préféreront-ils Vendredi ou la vie sauvage, de Michel Tournier ?

Robinson costumeEn attendant, nous avons lu cette semaine l’album Robinson, de Peter Sis, publié cette année par Grasset Jeunesse. Et pour le coup, ça a été un vrai coup de cœur familial ! Cet album de toute beauté est inspiré d’un épisode vécu par l’auteur. Son petit héros et un garçon avide d’aventures et de jeux avec sa bande de copains. Lorsqu’il décide de se déguiser en Robinson Crusoé pour mardi gras, il espère faire forte impression sur ses pirates de copains. Mais voilà, ne connaissant pas le personnage de Robinson, ils trouvent son déguisement incongru. De quoi se sentir aussi seul… que sur une île déserte. Commence alors un voyage onirique qui nous donnerait presque l’impression de retrouver Max et les Maximonstres !

Robinson voyage

Max et les maximonstres

L’ingéniosité de l’auteur consiste à faire de l’île déserte imaginée par l’enfant un lieu isolé, certes, mais aussi un havre de nature luxuriante et réconfortante, où se dépasser et reconstruire sa confiance en soi… L’objet-livre est véritablement magnifique, avec ses grandes illustrations pleines de symboles et de subtilités qu’on ne découvre qu’au fil des lectures, avec un grand format ouvrant l’horizon et donnant envie de voguer vers d’autres horizons. Réalisées à l’aquarelle, à l’encre et au stylo, ces illustrations incarnent et rythment le texte, en jouant sur les registres de couleurs, la mise en page et les perspectives.

Robinson illustrations.jpg

Un grand merci aux éditions Grasset jeunesse pour cet album splendide qui nous invite à assumer nos différences et à célébrer l’enfance, ses jeux si captivants et les merveilleux pouvoirs de l’imagination…

Grasset Jeunesse, 18,90€

Jim Bouton et les terribles 13, de Michael Ende (1962 pour la version originale en allemand, 2005 pour la traduction de Jean-Claude Mourlevat)

Lu à voix haute en août 2018

Au printemps 2017, nous n’avions fait qu’une bouchée du premier tome des aventures de Jim Bouton. Toute la famille était naturellement curieuse de connaître la suite, mais le deuxième tome était malheureusement épuisé. L’attente a donc été longue jusqu’à ce qu’un exemplaire d’occasion soit proposé à un tarif raisonnable – quand on voit que d’autres exemplaires sont mis en vente à près de 100€, on se demande pourquoi Bayard Jeunesse ne réimprime pas ce roman…

Si ma perception peut avoir été altérée par les nombreux mois écoulés depuis que nous avions fait connaissance de Jim Bouton et de ses amis, il me semble que ce tome 2 est sensiblement différent. On retrouve, certes, avec grand plaisir l’univers loufoque imaginé par Michael Ende et joliment illustré, l’esprit d’entraide et de camaraderie qui règne autour de l’île de Lummerland et les aventures qui ne manquent pas de se succéder à un rythme rapide dès que Jim et Lucas sont dans les parages. Nos deux héros ont fort à faire : Lummerland a urgemment besoin d’un phare, c’est la crise au royaume de la mer, une bande de pirates menaçant sévit dans la région et Jim n’a toujours pas élucidé la question de ses origines…

Le roman se nourrit de son intrigue qui n’a pas manqué de captiver nos garçons qui – fait rare ! – n’ont pas résisté au suspense et ont achevé cette lecture chacun de son côté pour avancer plus vite. Le charme de ce livre provient également de la drôlerie des dialogues, mais aussi de l’incroyable inventivité de l’auteur qui nous entraîne des profondeurs marines au cœur d’un cyclone après avoir franchi le sommet des montagnes les plus hautes à l’aide d’un engin volant improbable, et à la rencontre de fabuleuses créatures aquatiques, d’un être de feu désappointé et d’une bande de pirates semblant souffrir d’une certaine dyslexie… Le nombre de personnages est plus important que dans le premier tome et la séquence des péripéties plus complexe, si bien que l’ensemble permet au lecteur de grandir avec Jim.

Pour toute ces raison, ce roman a remporté l’adhésion la plus franche d’Antoine et de Hugo. Pour ma part, tout en reconnaissant ces qualités, j’ai été frappée par le cantonnement des personnages féminins… dans la cuisine ! Les héros masculins désapprouvent l’aspiration de l’intrépide princesse Li Si à les accompagner dans leurs aventures – et l’histoire leur donne évidemment raison (elle finira heureusement par « apprendre la cuisine et le ménage auprès de Mme Comment » et par s’en tenir là…). J’ai aussi trouvé un peu surprenant qu’une histoire aussi farfelue se termine par un mariage princier, associant plusieurs dynasties. Il faut probablement considérer ce livre dans son contexte de parution, au tout début des années 1960. En 1973, cinq ans après le tournant de mai 1968, Michael Ende écrira le très beau roman Momo dont l’héroïne est une petite fille incroyablement libre et courageuse. Et pour rendre complètement justice à Jim Bouton et les terribles 13, reconnaissons que l’ouvrage prône par ailleurs la paix, le dialogue, les métissages et la reconnaissance de chacun – en témoigne le destin merveilleux du demi-dragon Nepomuk… En dépit de mes réserves, j’espère donc que ce roman sera réédité. Ce n’est pas si fréquent de trouver de vrais romans si construits et élaborés, tout en étant accessibles à des lecteurs très jeunes.

Extraits

« Les flammes dansèrent encore un peu, là-bas, dans un coin de la caverne géante, puis elles rapetissèrent, avant de mourir tout à fait. Les deux amis retinrent leur respiration. Désormais, ils étaient plongés dans les ténèbres de la grotte. »

« Il tira sur la rêne de droite, le tisonnier se positionna entre les deux blocs et la force magnétique commença à entraîner Emma. La locomotive s’élança à la poursuite de l’aimant, qu’elle ne pouvait bien entendu pas rattraper ; et c’est ainsi qu’elle avançait, mue par une force irrésistible.
– Ça marche ! s’écria Jim. Hourrah ! Ça marche ! »

« – Mais alors, bredouilla-t-il, pourquoi ne m’a-t-il pas chassé d’ici ?
– Tout simplement parce qu’il a peur de toi, répondit Lucas.
Les yeux de Nepomuk sortirent presque de leur orbite :
– Peur de moi ? C’est vrai ? L’horrible géant a peur de moi ?
– Oui, confirma Jim, c’est ce qu’il nous a dit.
– Si c’est comme ça, dit Nepomuk, ce géant m’est très sympathique, finalement. Dites-lui que j’aurai grand plaisir à le voir trembler de peur devant moi… »

Bayard Jeunesse, 17,90€

jim bouton terribles 13

Le secret du rocher noir, de Joe Todd-Stanton (2016 pour l’édition originale en anglais, 2018 pour la traduction française)

Lu en juin 2018

La couverture du secret du rocher noir est si belle, avec ses motifs empreints de mystère et ses reliefs qu’elle a eu de quoi nous redonner envie, pour la première fois depuis un petit moment, de découvrir un album !

Erine vit près d’un port avec sa mère pêcheuse (oui oui ! Tellement rare que j’ai dû vérifier le féminin du mot en écrivant cette critique…). Tous les pêcheurs vivent dans le crainte du rocher noir, dont la légende dit qu’il détruit tous les bateaux qui s’en approchent. Irrésistiblement attirée par le large, Erine est pleine de courage et décidée à faire la lumière sur le rocher noir : que découvrira-t-elle ?

L’histoire est très jolie et empreinte de rêve et de magie : qui n’a pas rêvé de découvrir les mondes sous-marins qui se cachant sous la surface des océans ? Le texte est à la fois sobre et bien écrit : il me semble adapté à des enfants très jeunes. Mais ce sont avant tout les illustrations qui font le charme de cet album : pleines de petits détails et de surprises, elles composent un univers merveilleux dans lequel on plonge avec délice pour rêver d’un monde où les humains vivraient en harmonie avec la nature et où une courageuse petit fille nous donnerait envie de dépasser les idées reçues…

Erin-Rod

 

Extraits

« Tous les pêcheurs avaient une histoire terrifiante à raconter.
– Il change tout le temps de place et est capable de réduire un bateau en miettes !
– Il est aussi gros qu’une montagne et aussi pointu qu’un espadon ! »

« Soudain, une forme sombre, gigantesque, se dressa devant le bateau ! »

L’école des loisirs, 12,20€

secret rocher noir

Le dragon de mon père, de Ruth Stiles Gannett (1948 pour l’édition originale en anglais)

Lu en mai 2016 et relu en mai 2018

La lecture du Cavalier du dragon de Cornelia Funke nous a donné l’idée de redécouvrir ce petit livre que nous avions lu avec beaucoup de plaisir il y a deux ans, sur les conseils de notre amie Amanda que nous remercions au passage ! Ce roman décalé et très divertissant nous plonge dans les aventures d’Elmer, petit garçon téméraire parti à la rescousse d’un bébé dragon retenu captif sur l’île Sauvage. Parviendra-t-il à survivre aux terribles danger que lui réserve l’île et à réaliser son rêve de voler à dos de dragon ?

Antoine et Hugo ont autant adoré ce roman à 7 et 8 ans qu’ils l’avaient apprécié à 5 et 6… L’histoire est racontée de façon simple et percutante, sans détour et de façon souvent très drôle. Les dialogues sont particulièrement réussis et évoquent un peu, dans le contexte français, les contes du chat perché de Marcel Aymé. L’humour vient de l’absurdité des situations – départ seul du petit garçon pour un long et périlleux périple, animaux anthropomorphes aux personnalités fortes, objets insolites qu’Elmer tire de son sac de voyage pour déployer les stratégies de diversion les plus absurdes afin d’échapper aux fauves… En même temps, la narration du point de vue du fils du héros (en désignant ce dernier comme « mon père » tout au long du récit), crée un décalage par rapport à cet univers absurde en donnant l’impression d’une histoire vraie arrivée à un proche – et nous rassure, comme l’a justement souligné Antoine, sur le sort de ce protagoniste puisqu’on peut en déduire qu’il deviendra adulte et père !

Ce court roman richement illustré ravira sans aucun doute tous les jeunes lecteurs (ou auditeurs) aimant l’aventure et l’humour. L’intrigue est très efficace et nous conduit sans aucun détour de la rencontre entre Elmer et un mystérieux chat de gouttière à un final délirant et hilarant. Très lu aux Etats-Unis, il reste méconnu en France et c’est bien dommage car il offre un très bon support pour se lancer dans la lecture d’un premier roman !

Extraits

« – Quand je serai grand, je veux avoir un avion. Ce serait pas merveilleux de pouvoir aller partout où on en a envie en volant ?
– Tu aimerais vraiment voler, vraiment ? demanda le chat.
– Si j’aimerais? Je ferais tout, rien que pour ça.
– Mouaif, dit le chat, si tu en as tellement envie, je crois que je sais comment tu pourrais voler même si tu n’es encore qu’un petit garçon.
– Tu veux dire que tu sais où je pourrais trouver un avion ?
– Mouaif, pas exactement un avion. Quelque chose d’encore mieux. »

« En s’éveillant le lendemain matin, mon père avait très faim. Alors qu’il cherchait s’il ne lui restait rien à manger, quelque chose lui tomba sur la tête. C’était une mandarine. Il avait dormi juste sous un arbre couvert de belles, grosses mandarines. Il se souvint alors qu’il se trouvait sur l’île de Mandarine et que des mandariniers sauvages y poussaient un peu partout. Mon père en cueillit autant qu’il pouvait en emporter, c’est-à-dire trente et une, puis se mit en chemin pour trouver l’île Sauvage. »

« Il marcha toute la nuit, et deux événements inquiétant se produisirent. D’abord, il eut besoin d’éternuer, et il éternua, et quelqu’un à côté de lui dit :
– C’est toi, Singe ?
Mon père répondit :
– Oui.
Alors la voix dit :
– Singe, tu portes quelque chose sur ton dos ?
Et mon père répondit :
– Oui.
Parce que c’était vrai. il avait son sac à dos sur le dos.
– Qu’as-tu donc sur le dos, Singe ? demanda la voix.
Mon père ne savait que répondre parce que, qu’est-ce-qu’un singe pourrait bien porter sur son dos, et puis comment s’y prendrait-il pour le faire savoir à des gens, au cas où il porterait véritablement quelque chose ?
– Savais-tu qu’aucun explorateur n’a jamais quitté cette île vivant? dit le troisième tigre.
Mon père pensa au chat et se dit que ce n’était pas vrai. Mais bien sûr il avait trop de bon sens pour l’exprimer. On ne contredit pas un tigre qui a faim. »

Nathan, 1991, disponible seulement d’occasion (des versions PDF existent aussi en ligne!)

dragon de mon père

Plodoc, diplodocus de choc, de Max Kruse (1969 pour l’édition originale en allemand)

Lu en février 2018

Un œuf de dinosaure, surpris par une période glaciaire avant d’éclore, s’est conservé pendant des millions d’années. Il s’agit d’un œuf de plodoc – espèce à la croisée entre dinosaures et mammifères dont seul le Professeur Habakouk Tibatong a identifié l’existence. Or, le professeur n’est pas pris au sérieux dans la communauté scientifique comme dans son voisinage, où l’on regarde d’un mauvais œil ses expériences révolutionnaires d’enseignement de la parole aux animaux. Contraints à l’exil, le professeur, son fils adoptif Tim et Woutz, leur truie – aussi douée pour parler que pour les tâches domestiques – s’installent sur l’île de Titiwou. Là, le professeur poursuit avec succès ses expériences auprès des autochtones : Vava le varan, Ping le pingouin, Mastoc l’éléphant de mer et Pelik le pélican. Le quotidien de tout ce petit monde est bouleversé un beau jour, lorsqu’un iceberg à la dérive s’avère renfermer un mystérieux œuf. Comment se comportera le jeune Plodoc ? La fine équipe de l’île de Titiwou parviendra-t-elle à le protéger des sceptiques et des curieux qui semblent lui en vouloir ?

Cette histoire farfelue se nourrit d’abord de rebondissements tous plus inattendus les uns que les autres : dans ce monde où pingouins et cochons cohabitent comme si cela allait de soi, on finit par ne plus s’étonner de rien. Mais le charme et l’humour du roman viennent surtout de la loufoquerie des animaux dont les accents et les petits problèmes de prononciation rendent la lecture à voix haute très réjouissante. Tous singent des types de personnages – Woutz une ménagère un peu obtuse, Mastoc un grand mélancolique, Vava et Ping deux camarades de classes, complices mais parfois aussi un peu jaloux l’un de l’autre… Le roman devient même franchement satirique lorsqu’il s’agit de tourner en dérision les monarques déchus et les scientifiques imbus d’eux-mêmes. Face à eux, tous les amis de Plodoc font preuve d’une grande complicité et relèvent les défis dans un bel élan collectif !

Selon l’hebdomadaire allemand Die Zeit, les aventures de Plodoc se sont vendus à plus de 800.000 exemplaires à travers le monde ! Quel dommage que ce grand classique de la littérature jeunesse allemande ne soit pas plus connu en France. Sur la douzaine d’épisodes que compte la série originale, seuls cinq ont été traduits – et épuisée, cette série n’a malheureusement pas été rééditée. Nous avons eu la chance de parvenir à mettre la main sur des exemplaires d’occasion de trois des épisodes. La lecture du premier s’est révélée hilarante! Si vous en dénichez aussi, n’hésitez pas à les partager avec de (très) jeunes lecteurs ou auditeurs. À défaut, une adaptation cinématographique a été proposée en 2006.

Les-Aventures-De-Impy-Le-Dinosaure

Extraits

« Habakouk Tibatong venait de passer une nuit entière à travailler […]. Il écrivait encore alors que le jour commençait à poindre. Mais il rédigeait une lettre féroce destinée à son ennemi le professeur Cymbalski, directeur du Muséum d’histoire naturelle de Mikroskov. Tibatong était à nouveau entré dans une violente colère à cause de lui. Le professeur Cymbalski avait en effet écrit un texte pour un journal spécialisé dans l’étude des animaux préhistoriques, et dans lequel il signifiait publiquement que le « Plodoc » d’Habakouk Tibatong n’existait que dans l’imagination débordante de ce malheureux professeur. Tibatong en était extrêmement courroucé. Il venait de prouver, avec beaucoup de clairvoyance, que les membres de la famille Plodoc se trouvaient à mi-chemin entre les dinosauriens et les mammifères, et il avait truffé sa démonstration de nombreux mots grecs et latins. »

« L’œuf vibra et trembla. On s’agitait à l’intérieur. Il se balança de plus en plus fort, et l’impatience se fit de plus en plus insupportable. L’œuf se fendit tout à coup. Une curieuse tête chiffonnée perça. Elle avait les yeux fermés, un cou qui s’allongeait démesurément… Le corps se dégagea, la coquille vola en éclats. Une créature fripée apparut. Sa peau ratatinée était couverte d’un liquide visqueux et de bribes de coquilles. »

Bibliothèque rose, disponible seulement d’occasion.

plodoc

Le Royaume de Kensuké, de Michael Morpurgo (1999 pour la version originale en anglais, traduit en français en 2000)

Lu début septembre 2017

Lorsque les parents de Michael perdent leur emploi, sa vie organisée autour de l’école, du foot et de la voile avec ses parents le dimanche s’en trouve bouleversée, avec des répercussions qui dépassent tout ce qu’il pouvait imaginer… Embarqué avec ses parents et son chien Stella à bord d’un grand voilier, le jeune garçon découvre le monde avec curiosité. Mais un jour, quelque part aux environs de la Mer de Corail, un terrible accident se produit et Michael et Stella font naufrage sur une petite île perdue qui va se révéler pleine de surprises… Comment survivre ? Qui d’autre habite sur l’île ? Dans quelle région se trouve-t-elle ? Existe-t-il une chance de la quitter un jour ?

Nous avons dévoré ce petit livre en trois jours. Il faut dire que Michael Morpurgo n’y va pas par quatre chemins pour tisser son intrigue et susciter notre curiosité :

« J’ai disparu la veille de l’anniversaire de mes douze ans. Le 28 juillet 1988. Aujourd’hui seulement, je peux enfin raconter toute cette histoire extraordinaire, la véritable histoire de ma disparition. Kensuké m’avait fait promettre de ne rien dire, rien du tout, jusqu’à ce que dix ans au moins se soient écoulés. C’était presque la dernière chose qu’il m’a dite. J’ai promis et j’ai dû vivre dans le mensonge. J’aurais pu laisser dormir les mensonges assoupis, mais plus de dix ans ont passé, maintenant. Je suis allé au lycée, à l’université et j’ai eu le temps de réfléchir. Je dois à ma famille et à mes amis, à tous ceux que j’ai trompés si longtemps, la vérité sur ma longue disparition, sur la façon dont j’ai survécu après avoir échappé de justesse à la mort. »

L’écriture est dense, limpide, juste, précise et souvent très touchante. On rencontre dans ce roman nos plus grandes peurs – celle de mourir, de perdre son travail et ses repères, de se retrouver seul ou en guerre – mais aussi des rêves merveilleux : quitter l’école et prendre le large pour apprendre l’histoire, la géographie et le monde sur un bateau, vivre en harmonie avec la nature et les animaux, jouer les Robinsons Crusoé sur une île déserte, faire des rencontres extraordinaires… Michael Morpurgo parvient aussi remarquablement à faire entrer en résonance la petite histoire et la grande, avec de vrais moments d’émotions et des personnes très humains. Le rythme du récit est assez lent, prenant le temps de décrire précisément les lieux, les parfums, les sons et les atmosphères; je me suis dit que nos garçons étaient peut-être un peu petits pour entrer dans ce type de roman – même s’il est illustré par de magnifiques aquarelles. Mais loin de s’impatienter, ils se sont complètement laissés captiver par cette histoire (Antoine n’a plus supporté le suspense et a finalement terminé le livre tout seul !). Ils ont énormément apprécié les animaux qui jouent un rôle important dans l’histoire et beaucoup ri des frasques de Stella.

Une part de dépaysement et d’aventures parfaite pour notre semaine de rentrée scolaire… À lire donc absolument, avec un globe terrestre à portée de main pour suivre les péripéties de Michael et de ses proches !

Extrait

« Stella Artois fit ses adieux elle aussi, en aboyant. Aboiements qu’elle adressa ensuite à tous les bateaux tandis que nous passions dans le chenal du Solent. Mais quand notre voilier dépassa l’île de Wight elle devint étrangement silencieuse. Peut-être avait-elle senti, comme nous, qu’à présent nous ne reviendrions plus en arrière. Ce n’était pas un rêve. Nous étions partis faire le tour du monde. C’était réel. Réellement réel. »

Folio Junior, 8,50€

Le-royaume-de-Kensuke