Ronya, fille de brigand (d’Astrid Lindgren, 1981 pour l’édition originale en suédois)

Ronya, onze ans, est la fille de Lovise et de Mattis, le chef d’une redoutable bande de brigands. Elle grandit dans un château moyenâgeux, sombre et froid mais choyée par l’ensemble du clan. Son terrain de jeux est la vaste forêt qui entoure le château : peuplée d’animaux sauvages et de créatures fantastiques, elle offre à la petite fille une liberté sans bornes. Avec son ami Rik, Ronya déploie des ruses pour échapper aux trolls et aux sylves griffues, conquiert une grotte, pêche, apprivoise des chevaux sauvages, observe attentivement le cycle des saisons… La lecture de ce roman nous a fait ressentir intensément l’ivresse de la liberté de Rik et de Ronya. Mais leur amitié est menacée par l’affrontement de leurs bandes respectives, puisque Rik est le fils du chef d’un autre clan qui conteste l’autorité de Mattis. Que peut faire Mattis, partagé entre l’amour infini qu’il voue à sa fille et son aspiration à affirmer son autorité ? Et que peuvent faire les enfants, qui aiment sincèrement leurs parents, mais refusent la brutalité des brigands et l’affrontement de leurs clans respectifs ?

Un célèbre roman de la grande Astrid Lindgren, qui nous transporte des rêves de liberté sans bornes aux frissons, puis du rire aux larmes lorsque les jeunes héros doivent envisager de dire au-revoir à ceux qu’ils aiment le plus. Ronja est un beau personnage : indépendante, droite, loyale, ingénieuse et attachante… La preuve : même les plus bourrus des brigands ne peuvent lui résister ! Un très joli roman initiatique évoquant les histoires de brigands populaires dans la littérature, mais qui nous invite à refuser la violence et la brutalité. On pense aussi bien sûr à Roméo et Juliette, mais dans une version plus optimiste, agrémentée d’un soupçon de magie. Astrid Lindgren et ses personnages, si humains, y affirment fortement de belles valeurs d’émancipation, de respect, de fraternité et de paix. Mais pourquoi ce roman, qui est un must-read absolu en Allemagne et en Europe du nord n’est-il pas plus connu en France ?

Extraits

« Une toute petite fille, qui, de l’avis de Lovise, rendait Mattis et tous ses brigands plus au moins gâteux. Ça ne leur faisait bien sûr pas de mal d’avoir des gestes un peu plus doux et des manières un peu plus raffinées. Mais il y avait des limites. Ce n’était quand même pas normal de voir douze brigands s’extasier devant un bébé qui venait d’apprendre à faire le tour de la grande salle à quatre pattes. Comme si le monde n’avait jamais connu plus grande merveille ! »

« Il contemplait avec ravissement ses yeux sombres et purs, sa petite bouche, ses touffes de cheveux noirs et ses mains délicates. Il dit d’une voix vibrante d’amour : “Mon enfant, tu tiens déjà mon cœur de brigand entre tes petites mains. Je n’y comprends rien, mais c’est comme ça”. »

« Même à l’automne, la forêt était agréable. La mousse des sous-bois était verte et douce sous les pieds de Ronya. Ça sentait bon l’automne et l’humidité faisait briller les feuilles des arbres. Il pleuvait souvent. Ronya aimait s’accroupir sous un sapin touffu pour écouter le bruit régulier des gouttes de pluie. Lorsqu’il y avait une grosse averse, la forêt tout entière bruissait et Ronya adorait ça. »

« La forêt entière semblait s’être endormie. En fait, elle s’éveillait tout doucement à la vie crépusculaire. Tous les génies de l’ombre se mirent maintenant à bouger, à ramper et à se faufiler partout dans le sous-bois bruissant. Des pataudgrins batifolaient entre les arbres, des trolls des ténèbres se glissaient derrière les pierres et des bandes de nains gris sortaient péniblement de leurs cachettes en sifflant pour effrayer ceux qu’ils rencontraient sur leur chemin. Et de leurs montagnes descendaient les sylves griffues, les plus cruels et les plus fous de tous les êtres de la forêt. Leurs silhouettes noires se détachaient sur le ciel limpide. »

Lu à voix haute en octobre 2016 – Livre de Poche Jeunesse, 6,60€

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Madame Pamplemousse et ses Fabuleux Délices (de Rupert Kingfisher, 2008 pour l’édition originale en anglais)

Pour concocter un délicieux petit roman jeunesse anglais, prenez une sélection de personnages décalés, loufoques, excessifs ou grotesques (voire tout cela à la fois). Ajoutez une bonne dose de mystère, une pincée de rêves merveilleux, un soupçon de magie et, si vous avez cela sous la main, un chef d’État ou de gouvernement… Nappez le tout de ce qu’il faut de second degré, c’est prêt !

Il n’y a pas à dire, il y a un truc avec les romans jeunesse d’outre-Manche. Roald Dahl, David Walliams et, en l’occurrence, Rupert Kingfisher exercent sur nous la même sorte de fascination. Ces auteurs partagent une même capacité à nous faire délicieusement douter face à des personnages équivoques. À nous faire retomber en enfance, face à l’évocation de transgressions réjouissantes et de rêves merveilleux. Mais aussi, il faut bien le reconnaître, à nous communiquer la satisfaction de voir des personnages déplaisants pris à leur propre jeu…

Ce petit roman illustré nous entraîne dans la boutique tenue, à Paris, par Madame Pamplemousse et son redoutable acolyte, le chat Camembert. Voyez plutôt :

Mme P

« Quelque chose, dans cette boutique, donnait la chair de poule. C’était en partie dû aux ombres projetées par les flammes des chandelles qui dansaient sur les murs, longues et élancées ; c’étaient aussi les marchandises, qui semblaient presque vivantes : on avait l’impression que les fromages soupiraient doucement, et que les chapelets de saucisses chuchotaient de leur voix sèche et gorgée d’ail. »

 

 

 

Madeleine, la nièce de l’infâme monsieur Lard (lui-même le propriétaire d’un restaurant douteux), est loin d’imaginer ce qui l’attend le jour où elle pousse la porte de l’épicerie ! Quand à l’insondable Madame Pamplemousse, ses secrets culinaires ont de quoi attiser toutes les convoitises, mais elle semble avoir plus d’un tour dans son sac…

« Pour une raison mystérieuse, une bouteille s’est renversée sur la plus haute étagère et vous dégouline sur la tête. Pour comble de malchance, cette bouteille contient de l’huile concentrée de « démon vert », un petit piment extraordinairement virulent, qui poussait autrefois au Pérou et que les Incas vénéraient à l’égal d’un dieu. Sa puissance est telle qu’une simple goutte est plus brûlante que le curry le plus épicé au monde. Je suis au regret de vous informer, monsieur, que plusieurs de ces gouttes viennent, je crois d’atterrir sur votre crâne. »

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Ce premier opus des aventures de Madeleine, recommandé par Pepita que je remercie chaleureusement au passage, a été un véritable ravissement de lecture – immédiatement adopté à l’unanimité par toute la famille. L’ironie transparaît dès la couverture, dont la première impression donnée par son aspect rose et brillant est rapidement mitigée en discernant les détails… L’intrigue est captivante, l’écriture drôle et percutante, les délices de Madame Pamplemousse appétissants, avec juste ce qu’il faut de second degré sur la cuisine française. Quel bonheur de retrouver une forme d’enthousiasme que nous n’avions connue qu’avec Roald Dahl ! Espérons que de nombreux petits lecteurs s’en régaleront encore et gageons que cette lecture leur donnera envie de se mettre aux fourneaux !

« C’est le cuisinier lui-même qui donne de la saveur à sa cuisine : son caractère, ses rêves, ses sourires, ses larmes. Ton oncle est une brute. Sa cuisine aura toujours ce goût-là. »

Si vous doutez encore, regardez donc aussi l’avis de Linda par ici !

Lu à voix haute en octobre 2018 – Albin Michel Jeunesse, 8,50€

madame pamplemousse

 

Les Minuscules, de Roald Dahl (1991 pour l’édition originale en anglais)

« Interdite, interdite, la forêt,
Facile d’y entrer,
Impossible d’en sortir. »

Voici le genre de petites chansons égrenées par les adultes pour dissuader les enfants d’entrer dans le grand bois sombre qui jouxte le jardin de Petit Louis. Mais… comme tout ce qui lui est proscrit, la « forêt interdite » est terriblement excitante ! Une forêt aux arbres immenses peuplés de monstres et d’étranges habitants, pleine de mystères et de secrets – mais est-il bien vrai qu’il est impossible d’en sortir ? En tout cas, il est impossible de ne pas se laisser happer par la course effrénée de Petit Louis à travers ce bois un peu magique, contée avec tout le génie de Roald Dahl !

Avez-vous déjà remarqué à quel point le simple fait d’entrer dans une forêt stimule l’imagination des enfants ? Il suffit de découvrir des fraises des bois ou des champignons, de trébucher sur une branche cassée, de poser sa main sur un tronc rugueux, de repérer les traces d’un animal dans le sous-bois, de devoir traverser un petit ruisseau… et déjà abondent les rêves de cabane, de brigands, de vie sauvage, de découvertes scientifiques et de chasse aux trésors. Mais aussi les frissons réminiscents des contes de notre enfance qui montrent bien qu’à trop s’enfoncer dans la forêt, on finit toujours par rencontrer l’une ou l’autre bête féroce !

forêtEscapade familiale en forêt – toujours l’occasion d’évoquer les nombreux contes, albums et romans qui la prennent pour décor…

Les Minuscules est un livre génial car il fait intensément écho à cet imaginaire enfantin. On ne peut pas ne pas avoir irrésistiblement envie d’explorer la forêt interdite, mais on ne peut pas non plus ne pas être terrorisé par les créatures effrayantes qui s’y cachent. L’écriture de Roald Dahl est très évocatrice ; son jeu sur les rythmes et les sonorités en fait un vrai plaisir de lecture à voix haute et donne l’impression d’entendre, ou même de sentir le souffle de quelque monstre sur notre nuque. Cette petite histoire, que nous avons lue et relue, a valu à Antoine et à Hugo des frissons parmi les plus délicieux ! Alors, resterez-vous à la lisière du bois ou oserez-vous explorer la forêt interdite ?

Lu et relu – Gallimard, 8,50€ (Nous avons également testé et beaucoup apprécié le livre lu, toujours chez Gallimard)

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Lire à voix haute à des enfants – pourquoi et comment ?

Vous l’aurez compris, les livres et la lecture occupent une place très importante dans notre vie de famille ! Il ne se passe pas un jour sans qu’Antoine et Hugo ouvrent un livre. Et cette passion compte de plus en plus pour eux. Les lectures évoquées sur ce blog ne sont pourtant pas celles qu’ils découvrent en autonomie, mais celles que nous partageons chaque soir – des lectures « offertes », à voix haute. Dans la nouvelle rubrique du blog, j’aimerais parler de ce rituel quotidien de lecture partagée.

« L’histoire du soir » (ou celle du « temps calme » du début d’après-midi, ou de tout autre moment de la journée opportun…) est une pratique partagée par beaucoup d’amoureux des livres. De multiples études ont fait la démonstration des vertus de cette pratique sur le plan psychologique et pédagogique, notamment – j’y reviendrai un autre jour. Mais surtout : tous ceux qui en font l’expérience savent à quel point ces moments de partage, de calme, de rêverie et de complicité avec son enfant sont précieux et n’y renonceraient pour rien au monde ! Je connais plusieurs parents qui ont lu des textes à voix haute à/avec leurs enfants jusqu’à l’adolescence, voire après – et je comprends maintenant très bien pourquoi.

Et pourtant, la capacité à créer et à préserver ces instants privilégiés semble bien fragile dans un contexte de rythmes de vie de plus en plus effrénés et d’hyper-connexion. L’enquête Effort éducatif des familles révèle qu’en France, très peu de pères lisent à leurs enfants de façon quotidienne. Une autre enquête récente suggère qu’au Royaume-Uni, seuls 15% des parents le font, en déclin marqué au cours des cinq dernières années. Ces évolutions s’expliquent probablement par la conjonction et l’interaction de nombreux facteurs individuels et sociaux. Et, quand l’enfant grandit, par l’impression que la lecture à voix haute n’est plus nécessaire dès qu’il maîtrise lui-même la lecture…

All join in Quentin Blake

Je sais bien que chaque parent et chaque enfant sont uniques et que ce qui nous plaît n’apportera peut-être pas la même chose à une autre famille… Je sais aussi que même pour ceux qui apprécient la lecture, ce n’est pas toujours évident de dégager le temps et l’attention nécessaire… Mais plusieurs expériences m’ont donné envie d’évoquer ici les lectures offertes aux enfants : le souvenir émerveillé de lectures d’albums avec ma mère quand j’étais enfant ; le ravissement des lectures offertes à notre classe de CM1 par l’instituteur ; notre propre pratique familiale et tout ce qu’elle nous a apporté ; les échanges avec d’autres familles partageant la même flamme ; le plaisir des enfants auxquels j’ai eu l’occasion de raconter des histoires, à la maison ou lors de sorties scolaires par exemple ; le bonheur des élèves de la classe de maternelle de Hugo que j’ai accompagnés régulièrement à la bibliothèque il y a quelques années… Autant de petites madeleines qui me donnent irrésistiblement envie de transmettre à d’autres le goût de la lecture offerte et d’échanger avec d’autres adeptes de la « lecture du soir »…

Dans cette nouvelle rubrique, je reviendrai donc sur plusieurs questions récurrentes dans nos échanges avec d’autres familles : pourquoi lire à voix haute à des enfants ? À quel âge peut-on commencer et comment peut-on s’y prendre ? Comment choisir ses lectures ? Comment est-ce que cela se passe lorsque les enfants grandissent ? Je m’appuierai pour cela sur notre propre expérience, qui est bien sûre singulière : je serai ravie de recevoir vos propres retours d’expérience, anecdotes et suggestions !

dimanche matin lecture
Dimanche matin lecture à la maison…

Je commence donc aujourd’hui avec une question essentielle : pourquoi instaurer un rituel de lecture à voix haute ? Je suis convaincue que les livres constituent des alliés essentiels pour accompagner nos petites têtes blondes. Bien sûr, on lit fréquemment que cette pratique est très favorable aux apprentissages : ses vertus ne sont plus à démontrer, en particulier sur le plan du langage, de l’apprentissage de la lecture, du développement de l’empathie ou de la découverte du monde. On s’en rend bien compte en pratique – j’y reviendrai dans un autre post un de ces jours. Mais ce n’est pas sur cet aspect que j’ai envie d’insister en priorité aujourd’hui.

Avant tout, la lecture en commun est un moment de partage, de tendresse et de plaisir partagé qui contribuer à renforcer les liens d’attachement. Dans un quotidien bien rythmé, Antoine et Hugo reçoivent vraiment ces instants d’attention privilégiée comme un cadeau. Ils sont une manière de leur témoigner à quel point ils sont importants pour nous. Cette parenthèse quotidienne de rêve, faisant la part belle à l’imaginaire, nous permet de nous soustraire aux préoccupations quotidiennes pour un moment de calme, de lenteur et d’attention exclusive. C’est véritablement stupéfiant de voir à quel point quelques minutes de lecture permettent aux enfants les plus vifs et turbulents (et je sais de quoi je parle !) de se poser et de retrouver le calme avant d’aller dormir : cela vaut vraiment le coup d’essayer ! Notamment chez les très jeunes enfants, le rituel de lecture du soir peut permettre d’accompagner le moment délicat que représente, pour certains, la séparation au moment de se coucher.

Et l’évasion dans un livre permet souvent de désamorcer les tensions et de prendre un peu de distance vis-à-vis des petits soucis du quotidien. Chez nous, les lectures donnent souvent lieu à des confidences, des questions et des moments privilégiés d’échange que nous n’aurions pas forcément eus sinon. Il est parfois plus facile d’aborder certaines questions de façon indirecte, voire implicite, à travers une histoire que de manière frontale… Ces échanges permettent de mieux se connaître : nous ne sommes pas nécessairement captivés, touchés, interpellés ou heurtés par les mêmes choses. Et c’est passionnant d’en parler.

L’histoire du soir permet de redécouvrir la lecture, car on lit différemment quand on le fait à haute voix pour quelqu’un d’autre. Moi qui lis beaucoup et de manière un peu compulsive, j’ai redécouvert certains livres en les parcourant plus lentement, en prenant le temps de me représenter pleinement le texte afin de mieux le transmettre… La lecture offerte permet aussi bien sûr de communiquer ce goût des livres à ses enfants, de les initier à l’état d’esprit permettant de décélérer pour pouvoir se plonger en immersion dans un livre. Quand le goût de la lecture se transmet de génération en génération, cela peut contribuer à créer une belle complicité autour de certains livres qui finissent par composer un univers de références partagées par toute la famille… Chez nous, nombreux sont les repas de famille où nous parlons de Karlsson sur le toit, Tom Sawyer ou encore Veruca Salt. Ils finissent par devenir une galerie de personnages qui font presque partie de la famille et dont les aventures peuvent être évoqués aisément puisque tout le monde les connaît !

Et vous ? Avez-vous fait cette expérience et comment est-ce que cela s’est passé ? Ou est-ce que cela vous tente ?

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Source: https://www.smarticular.net/gruende-warum-du-taeglich-in-einem-buch-lesen-solltest/
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