Jefferson (de Jean-Claude Mourlevat, 2018)

Jefferson – ou l’enquête policière revisitée par Jean-Claude Mourlevat en forme de roman animalier… Un résultat détonnant, bourré d’humour, de fantaisie, de rebondissements et de sagesse. Ce n’est pas un coup de cœur, mais un coup de foudre !

Jefferson est un personnage auquel on s’attache d’emblée : ordonné, consciencieux, coquet, sensible et un brin timide, ce jeune hérisson féru de géographie déborde surtout de gentillesse et d’attention pour tous ceux qui l’entourent. Les plaisirs les plus simples le mettent en joie : lecture en sirotant une tasse de tisane, moments partagés avec son copain Gilbert, pâtisserie et bonheur d’aller chez le coiffeur, « se faire rafraîchir la houppette »… Ces routines sont bouleversées lorsque, par un terrible concours de circonstances, Jefferson se retrouve accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Heureusement, il peut compter sur la solidarité indéfectible de Gilbert qui ne manque pas d’idées pour mener l’enquête et démasquer le véritable assassin ! Quitte, pour cela, à devoir s’aventurer au pays des hommes…

Jean-Claude Mourlevat jubile, à l’évidence, en imaginant une galerie d’animaux personnifiés tous plus hilarants et sympathiques les uns que les autres, qui apprennent à se connaître, à comprendre leurs différences et à s’entraider. Le contraste entre les scrupules de Jefferson et la vivacité de Gilbert est drôlissime, même si notre mention spéciale reviendrait peut-être plutôt au sanglier Walter Schmitt, qui jure un peu trop, ne tient pas en place, mais se montre si spontané et bienveillant. L’humour est omniprésent, les dialogues irrésistibles, ce qui n’empêche pas l’auteur de mener efficacement un récit truffé d’action et de péripéties. On ne peut que se laisser emporter par la plume de Jean-Claude Mourlevat, de la première à la dernière page !

Mi-enquête policière, mi-fable animalière, ce roman évoque avec beaucoup d’espièglerie et d’intelligence le traitement des faits divers et les amalgames – puisque des parallèles sont immédiatement établis avec un autre hérisson, tueur en série légendaire… – mais aussi et surtout les relations entre hommes et animaux. Fidèle à lui-même, même si le registre est très différent de La rivière à l’envers que nous avons adoré il y a quelques mois, l’auteur montre avec force la valeur du sens collectif, du partage, du respect et des petits bonheurs simples. Et nous donne, de façon subtile, à réfléchir sur le traitement réservé aux animaux dans nos sociétés industrielles.

Un roman à découvrir absolument. Si vous n’êtes pas encore convaincu(e), jetez-donc aussi un œil aux avis de Pepita et de Bouma… Nous vous mettons au défi de ne pas fondre de tendresse en découvrant Jefferson !

Lu entre décembre 2018 et janvier 2019 – Gallimard jeunesse, 13,50€

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Extraits :

« Quand ils se mirent en route, vers dix heures du matin, après avoir dissimulé dans la cabane tous leurs vêtements masculins, n’importe quel promeneur croisé par hasard dans le bois les aurait pris pour deux innocentes jeunes filles en promenade.
Il entrèrent en ville d’un pas hésitant, surtout Gilbert dont les chaussures à talons, un peu courtes, martyrisaient le gros orteils. Comme ils traversaient le parc municipal, deux jeunes cochons, assis sur le dossier d’un banc public, les reluquèrent sans gêne et lancèrent des petits tss tss dans leur dos.
– Mais c’est hyper désagréable ! se révolta Jefferson sans se retourner. Je m’en rendais pas compte. Je le ferai plus, tiens.
– Mais tu l’as jamais fait, lui fit remarquer Gilbert.
– Ah oui, c’est vrai. Alors disons que je le ferai jamais. »

« – Monsieur Bonnepatte, bonjour !
– C’est quoi ce nom débile ? demanda Jefferson dès que Roland se fut éloigné.
– Bonnepatte ? C’est le nom de l’ingénieur qui a inventé le chauffage central. Enfin, son vrai nom, c’est Bonnemain, j’ai juste changé un peu. Râle pas, tu es bien content d’avoir juste à tourner le bouton de ton radiateur pour avoir chaud en hiver, au lieu d’essayer de faire du feu avec un silex. »

« – Ouvrez ! Ouvreeeez ! Ouvrez, sortez-nous d’là ! Ah ah ! Ah aaaah !
Mais ils ne pouvaient pas reprendre à l’infini ce refrain absolument stupide. Il fallait des couplets et c’est là que M. Hild montra tout son talent. De sa capacité à inventer dépendait le sort de ses compagnons de voyage et il le fit si bien qu’on eut l’impression que la chanson existait depuis toujours :
– Dans son cachot sordide / Léonard de Vinci / en prisonnier candide / se lamentait ainsi :
Des rimes riches en plus ! Le car entier entonna le refrain, tous redoublant de grands coups de poing :
– Ouvrez ! Ouvreeeez ! Ouvrez, sortez-moi d’là ! Ah ah !
M. Hild reprit de sa voix basse et improvisa brillamment un deuxième couplet :
– Dans une prison sinistre/ deux vaillants hérissons/ se plaignant au ministre/ chantaient à l’unisson :
– Ouvrez ! Ouvreeez ! Ouvrez, sortez-nous d’là ! braillèrent les vingt-huit Ballardeaux pour couvrir les coups qui résonnaient à nouveau dans la soute. »

La montagne noire (de Maria Jalibert, 2018)

La montagne noire, récit onirique aux allures de conte, fait résonner des peurs universelles – celles qui nous ont fait frissonner à la lecture du Petit Poucet ou de Hansel et Gretel : la terreur d’être un jour oublié, abandonné seul au cœur d’une forêt sauvage et étrange…

L’histoire est celle de Rémi, dont la vie s’est écroulée suite à la mort brutale de ses parents, quelques mois plus tôt. Le jeune garçon est plongé depuis dans un état second, plongé dans une spirale de rêveries et de souvenirs. En retrait de la réalité, du temps et des autres enfants, qu’il perçoit vaguement mais dont il ne parvient plus à partager l’insouciance. Tellement en retrait que lorsque la colonie où il passe l’été rentre d’une excursion à la montagne noire, Rémi est oublié et reste seul. Seul dans le noir, au creux d’une nature incommensurable et mystérieuse. Seul avec son désarroi, ses souvenirs, mais aussi une détermination à survivre qui s’affirme avec force…

La montagne noire est un bel objet-livre qui attire l’œil avec une intrigante couverture aux couleurs mates signée par Anne Laval. Mes garçons ont apprécié les illustrations esquissées au début de chaque chapitre et les petits marques-pages détachables à l’effigie des protagonistes (caractéristiques de la collection Mon marque-page). Ce roman parvient à évoquer avec justesse et sensibilité la question du deuil, si douloureuse et si préoccupante pour beaucoup d’enfants, en portant un message positif à travers le cheminement d’un garçon qui prend confiance en lui-même. La belle écriture évocatrice de Maria Jalibert va droit au cœur des jeunes lecteurs : l’intrigue a immédiatement intéressé Antoine et Hugo – qui ont terminé seuls cette lecture amorcée ensemble, trop impatients de connaître la fin.

Mais justement la fin… Et bien, sans vouloir en révéler trop, elle nous a malheureusement laissé sur notre faim ! Nous avons tous ressenti un sentiment de frustration en refermant le livre sans apprendre le fin mot de l’histoire sur la déambulation hallucinée (?) de Rémi à travers la montagne noire. Cette issue ne nous a pas semblé à la hauteur d’un roman qui nous avait captivés jusque-là…

Extraits

« Depuis la mort des mes parents, rien ne semblait s’imprimer clairement dans mon cerveau. Je m’étais installé dans une sorte de rêverie mélancolique. C’était comme un voile opaque qui s’était abattu brutalement sur ma vie. Un voile pesant qui avait tout recouvert sans laisser passer le moindre trait de lumière. »

« Je ne vis personne et la nuit, peu à peu, me tomba dessus. Les bois, éclairés par les derniers rayons du soleil quelques minutes auparavant, s’assombrirent et prirent une allure inquiétante. Les massifs de bruyère devinrent des tâches noires, les rochers des silhouettes menaçantes. Je décidai de rester sur le mien, et je m’y raccrochai comme un naufragé à son radeau. »

« Il y avait quelque chose d’étrange dans cette clairière : pas un seul bruit, c’était le silence total. »

 

Lu à voix haute en novembre 2018 – Didier Jeunesse, 12€

la montagne noire

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L’île aux trésors a un an !

Déjà un an, et seulement un an que je me suis lancée dans l’aventure de « l’île aux trésors » ! Ce mois anniversaire de novembre a été l’occasion de faire un bilan d’un passe-temps qui m’a permis de vivre plus à fond encore ma passion de la littérature, et de la littérature jeunesse en particulier… Avec pour principal résultat que nous lisons encore plus qu’avant !

 

Démarche de départ, bilan et évolution

Ma démarche de départ était triple. Il s’agissait d’abord de documenter nos lectures en famille, de conserver une trace de découvertes toujours plus nombreuses – m’étant rendu compte qu’il n’était pas facile de se souvenir à quel moment nous avions lu quel livre et même ce qui nous avait emballés ou laissés sur la réserve… L’idée du blog a tenu ses promesses en nous permettant d’enrichir considérablement notre expérience de lecture. Et c’est toujours avec plaisir que de temps à autre, nous nous replongeons dans le souvenir d’un livre partagé en relisant l’article qui lui est consacré. Les enfants s’intéressent à ce que j’écris sur nos lectures et me livrent souvent spontanément leur propre analyse !

Ensuite, ayant toujours plus souvent l’occasion de partager nos coups de cœur avec d’autres familles et enfants, j’avais envie avec le blog de les rendre publics afin de contribuer à faire connaître des albums et des romans jeunesse de qualité. Au départ, je me suis beaucoup focalisée sur des traductions de livres, notamment allemands, que j’avais eu l’occasion de découvrir comme des classiques ou des best-sellers à l’étranger et qui pour une raison ou une autre restaient méconnus en France. J’ai néanmoins réalisé qu’il est difficile, dans le cadre d’un blog très jeune, d’attirer l’attention sur des œuvres peu lues par ailleurs… Le bilan est donc en demi-teinte, même si j’ai eu le plaisir de recevoir des retours d’autres lecteurs qui avaient fait des trouvailles grâce à L’île aux trésors !

Enfin, la motivation de se lancer dans un blog découlait d’une aspiration à échanger avec d’autres librovores. Dans notre entourage, nous n’avions pas beaucoup d’occasions de rencontrer des lecteurs aussi « à fond » que nous, avec qui échanger sur nos découvertes respectives. Le blog m’a énormément apporté en la matière puisque j’ai échangé toujours plus avec d’autres blogueurs et blogueuses qui ont beaucoup enrichi nos horizons littéraires. J’ai lu plus systématiquement ce qu’écrivaient les autres et eu le plaisir de recevoir des idées de lectures inattendues qui m’ont réservé de belles surprises (mes sites préférés sont listés ici). Je suis notamment avec intérêt le blog Sir this and lady that qui évoque les lectures de deux lectrices de l’âge d’Antoine et Hugo qui ont des goûts très convergents avec les nôtres. Depuis septembre, j’ai eu l’immense chance de pouvoir rejoindre les passionnées qui bouquinent À l’ombre du grand arbre – l’occasion de partager nos ressentis et nos coups de cœur, de glaner des idées de lectures et de participer à des échanges plus formalisés autour de Lectures communes et de Sélections thématiques. Je suis très reconnaissante aux arbronautes de m’avoir accueillie et intégrée à leur démarche collective.

En cours de route a émergé une motivation supplémentaire qui s’est traduite par la création d’une nouvelle rubrique consacrée à la lecture à haute voix. La réflexion plus systématique à ce que nous apporte chacune de nos lectures m’a fait réaliser l’importance de cette pratique dans notre famille et a éveillé mon intérêt pour les recherches sur la lecture offerte comme pratique sociale. Je suis aujourd’hui convaincue du caractère crucial de l’éveil de la curiosité et du goût pour la lecture chez les enfants à de nombreux égards : plaisir du rêve et de l’imagination, détente, développement cognitif, élargissement de l’horizon, développement de l’empathie… De nombreuses politiques publiques pourraient être créées ou renforcées à cet égard et tout n’est pas du ressort des parents, mais les recherches montrent que les vertus de la lecture à voix haute en la matière. Tout cela m’a donné envie de développer une nouvelle rubrique consacrée aux lectures offertes : les deux articles publiés à ce jour dans cette rubrique sont, de loin, les plus lus du blog, confirmant l’intérêt du sujet ! Au cours de l’année à venir, j’aimerais aborder encore énormément d’aspects, comme par exemple la question du choix des livres ou les apports de la lecture à voix haute pour le développement des enfants au sens large.

Parmi les projets pour le futur figurent aussi plusieurs idées pour ordonner un peu le foisonnement de la bibliothèque de L’île aux trésors. Peut-être sous forme de sélections thématiques, ou d’une page catégorisant nos lectures par tranche d’âge ?

 

Livres marquants au terme d’un an de lectures

Au cours de cette première année, ce ne sont pas moins de 70 albums et romans que j’ai recensés sur L’île aux trésors ! Ces livres sont listés ici par auteur et par titre. Quels sont les lectures qui m’ont le plus marquée au terme de cette première année ? Nous avons surtout vibré pour des romans d’aventures, d’hier et d’aujourd’hui :

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Coups de cœur auxquels il faut impérativement ajouter des pépites inclassables qui nous ont pris complètement au dépourvu, parmi lesquelles, s’il faut choisir (mais que c’est difficile parmi les livres de Bertrand Santini que nous avons tous adorés !) :

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J’ai bien sûr interrogé les garçons et leurs préférences sont assez convergentes… Ce sont les classiques qui le plus séduit Antoine cette année puisqu’il a spontanément cité Tom Sawyer et L’île au trésor. Quant à Hugo, il retient le souvenir de la surprise et de l’humour de Hugo de la nuit et Madame Pamplemousse… Alors que les enfants avaient découvert avec avidité les romans de plus en plus denses au cours des années précédentes et avaient eu tendance à délaisser un peu les albums, nous y sommes revenus cette année avec des livres magnifiquement illustrés, notamment :

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Je retiens également un certain nombre de romans méconnus en France, mais qui gagneraient absolument à être découverts !

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J’ai trouvé intéressant de regarder, enfin, quels articles ont été les plus lus. Outre ceux consacrés à la lecture à voix haute, voici donc le palmarès, du premier au cinquième (avec un biais lié à la date de publication, les plus anciens étant plus lus en moyenne que les post récents…) :

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Alors que Daniel et moi avons pu énormément puiser dans nos lectures d’enfance respectives, ce corpus tend à s’épuiser avec les années et nous nous tournons de plus en plus vers des nouveautés… N’hésitez pas à nous faire part de vos propres pépites, nous sommes très preneurs de suggestions pour contribuer à alimenter cette deuxième année du blog ! Que l’aventure continue !

Lecture à voix haute – comment s’y prendre concrètement ?

Nous échangeons souvent avec d’autres familles friandes de lectures sur les manières de transmettre cette passion à ses enfants. Comme je l’expliquais dans un précédent billet, les motivations peuvent être variées : le plaisir de partager le goût de la lecture et de (re)découvrir de beaux textes ensemble, l’aspiration à ralentir un peu un rythme quotidien souvent effréné, le souci d’offrir à son enfant des possibilités d’évasion et de rêve par la lecture, sans même parler des multiples vertus de cette activité pour le développement et les apprentissages… Nombreux sont donc les parents souhaitant que leurs enfants développent le goût de lire.

Chaque enfant est différent et je doute qu’il existe une recette « miracle » permettant d’en faire des librovores. Cela dit, il me semble que des conditions peuvent être créées pour faciliter l’accès aux livres et créer des conditions favorables aux échanges autour de la lecture. L’importance de certaines de ces conditions a été mise en évidence dans des études empiriques (par exemple celle-ci) : en particulier, les enfants dont les parents lisent eux-mêmes et qui ont accès chez eux à des livres ont plus de chances de devenir lecteurs. Cela semble intuitif : ceux qui voient leurs parents se plonger avec délectation dans leur roman du moment (leur BD, leur journal…) auront peut-être envie d’insister pour voir si cela leur plaît autant. La pratique régulière de la lecture à voix haute a également des effets mesurables sur le développement d’un attrait pour la lecture chez les enfants (comme le documente, par exemple, l’étude suivante réalisée en France).

Dans cet article, j’aimerais revenir un peu sur les manières dont on peut concrètement s’y prendre lorsque l’on décide de commencer à lire à voix haute à ses enfants (ou à des enfants). Cette pratique n’est pas intuitive pour chacun ; elle est probablement facilitée chez celles et ceux qui ont bénéficié de telles lectures offertes dans leur enfance, mais j’ai souvent échangé avec des parents souhaitant se lancer, mais se posant des questions sur la manière de s’y prendre. Je ne prétends pas avoir de réponse universelle et exhaustive, cet article a plutôt vocation à revenir par écrit sur notre expérience familiale – en espérant vivement susciter les échanges et recevoir des retours d’autres lecteurs sur leur propre vécu !

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Quand commencer ?

Une question qui revient très souvent concerne l’âge à partir duquel les lectures à voix haute peuvent être initiées. À mon sens, et c’est plutôt une bonne nouvelle, il n’y a aucune règle en la matière : nul besoin de se poser trop de questions. Chez nous, les histoires du soir ont commencé très tôt, dès les tous premiers mois d’Antoine. Impatients, nous avons très vite pris l’habitude de partager un moment quotidien, après son bain, autour de petits albums cartonnés ou plastifiés, pouvant être regardés, effleurés, empoignés et mis à la bouche – je reviendrai dans un prochain billet sur des exemples de livres pouvant être proposés à de tous petits bébés. Ces livres, marqués par ces « usages », sont peut-être les objets qui ont gardé la plus grande valeur sentimentale pour nous tous – nos garçons devenus grands éprouvent encore aujourd’hui un grand bonheur lorsqu’ils leur tombent sous la main.

Je connais des familles encore plus enthousiastes qui ont emmené de premiers livres dans leur trousseau de maternité. Et d’autres qui ont pris goût aux lectures partagées beaucoup plus tard, avec des enfants en crèche, à l’école maternelle, primaire ou même encore après. Je suis souvent allée à la bibliothèque municipale avec les classes de maternelle d’Antoine et de Hugo : je n’ai jamais vu d’enfant qui ne soit pas ravi lorsque l’on s’installe confortablement autour d’un bel album. Pourquoi donc ne pas se lancer et tenter l’expérience ? Il n’est jamais trop tôt ou trop tard !

Simplement, la lecture offerte doit être adaptée à l’âge, à l’expérience et la personnalité de l’enfant. S’il est tout petit, elle ne pourra pas durer plus de quelques minutes car la capacité d’attention des bébés est limitée. Chez nous, les « lectures » n’ont pas tout de suite pris la forme d’histoires séquencées, lues page par page, mais plutôt de moments de découverte laissant libre cours à la curiosité de nos bébés. Les premières lectures ne sont pas toujours des histoires, mais peuvent être des livres à toucher, à sentir, des imagiers, des livres sonores, des livres-jeux… Ce n’est que progressivement que nos garçons ont appris à tenir un livre, à l’explorer du début à la fin, à se concentrer sur une histoire. Si votre enfant gigote ou s’impatiente avant la fin d’une histoire, ne pensez pas nécessairement qu’il n’apprécie pas ou n’est pas fait pour la lecture, mais laissez lui le temps d’apprendre comment on utilise un livre et assurez vous qu’il s’agit d’une œuvre adaptée.

Les goûts des enfants évoluent au fil des mois. Nous avons pu observer cela avec Antoine et Hugo : dans leurs premières années, ils ont pris goût à des histoires en se familiarisant avec elles : pendant longtemps, et comme beaucoup d’autres enfants, ils ont surtout aimé lire et relire les mêmes livres. En grandissant, ils ont commencé à apprécier d’en découvrir de nouveaux… L’idéal est d’être à l’écoute des souhaits de son enfant, sans hésiter à lui proposer de temps à autre quelque chose de différent ou de nouveau pour enrichir ses horizons.

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Comment peut-on s’y prendre ? Quelques suggestions

Une question importante est bien sûr celle de l’accès aux livres et du choix de beaux livres permettant aux parents et aux enfants d’y retrouver leur compte. Il s’agit là d’un sujet vaste auquel un article à part entière sera consacré. Aujourd’hui, je me contenterai de remarquer qu’il s’agit d’une barrière conséquente : les beaux livres ont un coût et ce n’est pas évident de se repérer dans l’univers immense de la littérature jeunesse. Les bibliothèques jouent un rôle très important à cet égard et il ne faut pas hésiter à se tourner vers elles pour obtenir des livres sans devoir prévoir de budget démesuré, mais aussi, en cas de besoin, des conseils de lecture adaptés à vos goûts et à l’âge et à la personnalité de votre enfant.

Chez nous, les enfants ont très vite pris goût à l’instauration d’une routine bien définie. Cette routine a évolué dans la mesure où en grandissant, ils se sont couchés plus tard et nos lectures sont devenues plus longues. Mais à chaque moment, Antoine et Hugo ont pu compter sur un moment ensemble, autour d’un ou plusieurs livres, pendant un temps défini. En l’occurrence, nous avons opté pour une « histoire du soir » quotidienne permettant de terminer la journée par un moment agréable et de retrouver le calme juste avant de s’endormir. Pour rendre l’expérience plus douce, il ne faut pas hésiter à s’aménager un coin lecture où l’on peut s’installer confortablement, par exemple en se blottissant ensemble sous un plaid au coin du feu.

Une autre chose qui me semble importante est de veiller à ne pas être dérangé et de s’efforcer d’être pleinement présent. Finalement, ces moments ne sont pas si longs et leur qualité peut permettre de compenser une journée où on n’a pas eu tant de temps que cela ensemble. Je sais que ce n’est pas toujours facile lorsqu’on est fatigué ou que l’on a beaucoup de préoccupations en tête. Mais j’ai été étonnée de constater à quel point on peut s’entraîner à se concentrer pleinement sur l’histoire du soir – et à quel point cette habitude est bénéfique et ressourçante. Cette concentration et le fait d’essayer de visualiser la scène racontée se ressentent sur la musique de la voix, la sincérité du lecteur ou de la lectrice, et donc sur le poids des mots.

Nul besoin d’être un conteur professionnel pour faire plaisir à ses enfants : cette disponibilité, l’attachement des tous petits et l’expérience que l’on peut acquérir à leurs côtés permettent très vite de ressentir comment lire. Je conseillerais de s’efforcer de lire façon fluide, mais intelligible et pas trop rapide afin de se ménager le temps de souffler et de se représenter le texte. Avec le temps et l’expérience, on apprend à respecter des silences (voire à les faire durer pour entretenir le suspense !), à adapter son intonation au texte et surtout… à faire à sa manière ! Selon sa personnalité et la réceptivité des enfants, on peut s’amuser à théâtraliser un peu la lecture où jouant sur des mimiques et des expressions, un ton ironique, des voix plus aiguës ou plus graves, voire même des accents ! Il me semble que là encore, il n’y a pas de règle en la matière mais une présence forte est très utile pour captiver les enfants. Il ne faut pas avoir peur de se ridiculiser car ils sont un public indulgent, mais ce n’est pas non plus la peine de vouloir en faire trop…

À certains moments, il est arrivé à l’un comme à l’autre de nos garçons de ne pas parvenir à rester immobile en écoutant. Ils avaient envie de se plonger dans l’histoire, mais ressentaient le besoin de rester libres de leurs mouvements, de manipuler un objet… J’ai pris le parti de les laisser s’installer ou bouger comme ils le souhaitaient, tant que cela ne perturbait pas la lecture. Il leur est par exemple arrivé de faire des coloriages ou des perles à repasser pendant la lecture du soir, mais ils savent qu’ils ne peuvent pas faire de bruit ou s’agiter.

Je trouve très chouette de faire de ces instants un moment d’échange. Cela venait de façon très naturelle lorsque les garçons étaient petits ; nous découvrions alors les livres en commentant ensemble l’histoire et/ou les illustrations. Avec le temps, il est devenu de plus en plus fréquent qu’ils souhaitent interrompre la lecture à voix haute pour demander des explications, me questionner sur la signification d’un mot nouveau, s’amuser d’un détail, spéculer sur la suite de l’histoire, faire un parallèle avec un autre livre, etc. Les enfants sont très observateurs et n’ayant pas besoin (ou pas encore la capacité) de lire le texte, ils ont tout le loisir d’imaginer la situation, de se poser des questions, mais aussi d’explorer les illustrations jusqu’aux moindres détails qui nous auront généralement échappé… Ces échanges sont une vraie source de plaisir, de partage et d’enrichissement permettant aussi d’apprendre à mieux se connaître. Mais, après quelques expériences pénibles d’interruptions répétées, nous nous sommes finalement mis d’accord sur la manière dont ils peuvent interrompre le récit pour éviter, par exemple, d’être coupée de façon intempestive au beau milieu d’une phrase. Chez nous, l’habitude qui a été prise consiste à ce que l’enfant souhaitant interrompre le récit pose sa main sur la mienne et me laisse terminer. Cela fonctionne généralement très bien et cette façon de demander la parole de façon respectueuse peut être ensuite utilisée dans des contextes autres que la lecture !

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Quand s’arrêter ?

Au risque de me répéter, je pense qu’il ne faut pas se poser trop de questions et faire comme on le sent. Hugo et Antoine ont aujourd’hui 7 et 9 ans et lisent de façon autonome depuis plusieurs années, ce qui ne nous empêche pas de continuer à découvrir des livres (plutôt des romans aujourd’hui) ensemble chaque soir. Ces dernières semaines, il arrive de plus en plus souvent que je lise seule avec Hugo, lorsqu’Antoine est trop absorbé par son roman du moment pour interrompre sa propre lecture. Souvent, il rattrape ce que nous avons lu pour pouvoir reprendre le train en marche un peu plus tard. J’essaie de lire une partie des livres qui le passionnent pour prolonger nos échanges de façon différente. Nous verrons bien combien de temps cela durera encore ! L’une de mes collègues a lu des romans à ses enfants jusqu’à l’adolescence, l’une de mes amies lit parfois encore à ses enfants adultes…

L’expérience de la lecture à voix haute se prolongera idéalement tant qu’enfants et parents y trouveront leur compte, et donc à des phases potentiellement très différents. Il me semble important, simplement, d’insister sur le fait que la lecture à voix haute peut continuer à avoir du sens lorsque l’enfant est capable de lire seul, puisqu’elle n’apporte pas les mêmes choses. Quel dommage de mettre fin par principe à ces moments privilégiés lorsqu’ils peuvent contribuer à prolonger un rituel agréable et à apporter énormément à petits et grands. Les bienfaits de la lecture à voix haute au-delà de l’âge de l’apprentissage de la lecture autonome ont par exemple été documentés ici et ici.

Si tous en ont encore envie, on peut plutôt envisager de redéfinir les modalités de cette lecture offerte, par exemple en proposant de découvrir des textes plus exigeants qui seraient trop difficiles pour un apprenti-lecteur. Au cours des derniers mois, nous avons par exemple lu avec très grand plaisir des textes comme Le livre de la jungle, Mobby Dick ou Les aventures de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn : magnifiques, mais écrits il y a longtemps et requérant l’explication de certains mots et du contexte de l’époque. D’autres familles de notre entourage sont passées à d’autres formes de rituels, comme la lecture à deux voix – une page lue par l’enfant, l’autre par l’adulte.

 

Et vous ? Avez-vous fait l’expérience de la lecture à voix haute, en tant qu’enfant ou adulte ? Comment est-ce que cela s’est passé ? Avez-vous d’autres retours ou idées ? Ou est-ce que cela vous tente ?

Ronya, fille de brigand (d’Astrid Lindgren, 1981 pour l’édition originale en suédois)

Ronya, onze ans, est la fille de Lovise et de Mattis, le chef d’une redoutable bande de brigands. Elle grandit dans un château moyenâgeux, sombre et froid mais choyée par l’ensemble du clan. Son terrain de jeux est la vaste forêt qui entoure le château : peuplée d’animaux sauvages et de créatures fantastiques, elle offre à la petite fille une liberté sans bornes. Avec son ami Rik, Ronya déploie des ruses pour échapper aux trolls et aux sylves griffues, conquiert une grotte, pêche, apprivoise des chevaux sauvages, observe attentivement le cycle des saisons… La lecture de ce roman nous a fait ressentir intensément l’ivresse de la liberté de Rik et de Ronya. Mais leur amitié est menacée par l’affrontement de leurs bandes respectives, puisque Rik est le fils du chef d’un autre clan qui conteste l’autorité de Mattis. Que peut faire Mattis, partagé entre l’amour infini qu’il voue à sa fille et son aspiration à affirmer son autorité ? Et que peuvent faire les enfants, qui aiment sincèrement leurs parents, mais refusent la brutalité des brigands et l’affrontement de leurs clans respectifs ?

Un célèbre roman de la grande Astrid Lindgren, qui nous transporte des rêves de liberté sans bornes aux frissons, puis du rire aux larmes lorsque les jeunes héros doivent envisager de dire au-revoir à ceux qu’ils aiment le plus. Ronja est un beau personnage : indépendante, droite, loyale, ingénieuse et attachante… La preuve : même les plus bourrus des brigands ne peuvent lui résister ! Un très joli roman initiatique évoquant les histoires de brigands populaires dans la littérature, mais qui nous invite à refuser la violence et la brutalité. On pense aussi bien sûr à Roméo et Juliette, mais dans une version plus optimiste, agrémentée d’un soupçon de magie. Astrid Lindgren et ses personnages, si humains, y affirment fortement de belles valeurs d’émancipation, de respect, de fraternité et de paix. Mais pourquoi ce roman, qui est un must-read absolu en Allemagne et en Europe du nord n’est-il pas plus connu en France ?

Extraits

« Une toute petite fille, qui, de l’avis de Lovise, rendait Mattis et tous ses brigands plus au moins gâteux. Ça ne leur faisait bien sûr pas de mal d’avoir des gestes un peu plus doux et des manières un peu plus raffinées. Mais il y avait des limites. Ce n’était quand même pas normal de voir douze brigands s’extasier devant un bébé qui venait d’apprendre à faire le tour de la grande salle à quatre pattes. Comme si le monde n’avait jamais connu plus grande merveille ! »

« Il contemplait avec ravissement ses yeux sombres et purs, sa petite bouche, ses touffes de cheveux noirs et ses mains délicates. Il dit d’une voix vibrante d’amour : “Mon enfant, tu tiens déjà mon cœur de brigand entre tes petites mains. Je n’y comprends rien, mais c’est comme ça”. »

« Même à l’automne, la forêt était agréable. La mousse des sous-bois était verte et douce sous les pieds de Ronya. Ça sentait bon l’automne et l’humidité faisait briller les feuilles des arbres. Il pleuvait souvent. Ronya aimait s’accroupir sous un sapin touffu pour écouter le bruit régulier des gouttes de pluie. Lorsqu’il y avait une grosse averse, la forêt tout entière bruissait et Ronya adorait ça. »

« La forêt entière semblait s’être endormie. En fait, elle s’éveillait tout doucement à la vie crépusculaire. Tous les génies de l’ombre se mirent maintenant à bouger, à ramper et à se faufiler partout dans le sous-bois bruissant. Des pataudgrins batifolaient entre les arbres, des trolls des ténèbres se glissaient derrière les pierres et des bandes de nains gris sortaient péniblement de leurs cachettes en sifflant pour effrayer ceux qu’ils rencontraient sur leur chemin. Et de leurs montagnes descendaient les sylves griffues, les plus cruels et les plus fous de tous les êtres de la forêt. Leurs silhouettes noires se détachaient sur le ciel limpide. »

Lu à voix haute en octobre 2016 – Livre de Poche Jeunesse, 6,60€

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Madame Pamplemousse et ses Fabuleux Délices (de Rupert Kingfisher, 2008 pour l’édition originale en anglais)

Pour concocter un délicieux petit roman jeunesse anglais, prenez une sélection de personnages décalés, loufoques, excessifs ou grotesques (voire tout cela à la fois). Ajoutez une bonne dose de mystère, une pincée de rêves merveilleux, un soupçon de magie et, si vous avez cela sous la main, un chef d’État ou de gouvernement… Nappez le tout de ce qu’il faut de second degré, c’est prêt !

Il n’y a pas à dire, il y a un truc avec les romans jeunesse d’outre-Manche. Roald Dahl, David Walliams et, en l’occurrence, Rupert Kingfisher exercent sur nous la même sorte de fascination. Ces auteurs partagent une même capacité à nous faire délicieusement douter face à des personnages équivoques. À nous faire retomber en enfance, face à l’évocation de transgressions réjouissantes et de rêves merveilleux. Mais aussi, il faut bien le reconnaître, à nous communiquer la satisfaction de voir des personnages déplaisants pris à leur propre jeu…

Ce petit roman illustré nous entraîne dans la boutique tenue, à Paris, par Madame Pamplemousse et son redoutable acolyte, le chat Camembert. Voyez plutôt :

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« Quelque chose, dans cette boutique, donnait la chair de poule. C’était en partie dû aux ombres projetées par les flammes des chandelles qui dansaient sur les murs, longues et élancées ; c’étaient aussi les marchandises, qui semblaient presque vivantes : on avait l’impression que les fromages soupiraient doucement, et que les chapelets de saucisses chuchotaient de leur voix sèche et gorgée d’ail. »

 

 

 

Madeleine, la nièce de l’infâme monsieur Lard (lui-même le propriétaire d’un restaurant douteux), est loin d’imaginer ce qui l’attend le jour où elle pousse la porte de l’épicerie ! Quand à l’insondable Madame Pamplemousse, ses secrets culinaires ont de quoi attiser toutes les convoitises, mais elle semble avoir plus d’un tour dans son sac…

« Pour une raison mystérieuse, une bouteille s’est renversée sur la plus haute étagère et vous dégouline sur la tête. Pour comble de malchance, cette bouteille contient de l’huile concentrée de « démon vert », un petit piment extraordinairement virulent, qui poussait autrefois au Pérou et que les Incas vénéraient à l’égal d’un dieu. Sa puissance est telle qu’une simple goutte est plus brûlante que le curry le plus épicé au monde. Je suis au regret de vous informer, monsieur, que plusieurs de ces gouttes viennent, je crois d’atterrir sur votre crâne. »

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Ce premier opus des aventures de Madeleine, recommandé par Pepita que je remercie chaleureusement au passage, a été un véritable ravissement de lecture – immédiatement adopté à l’unanimité par toute la famille. L’ironie transparaît dès la couverture, dont la première impression donnée par son aspect rose et brillant est rapidement mitigée en discernant les détails… L’intrigue est captivante, l’écriture drôle et percutante, les délices de Madame Pamplemousse appétissants, avec juste ce qu’il faut de second degré sur la cuisine française. Quel bonheur de retrouver une forme d’enthousiasme que nous n’avions connue qu’avec Roald Dahl ! Espérons que de nombreux petits lecteurs s’en régaleront encore et gageons que cette lecture leur donnera envie de se mettre aux fourneaux !

« C’est le cuisinier lui-même qui donne de la saveur à sa cuisine : son caractère, ses rêves, ses sourires, ses larmes. Ton oncle est une brute. Sa cuisine aura toujours ce goût-là. »

Si vous doutez encore, regardez donc aussi l’avis de Linda par ici !

Lu à voix haute en octobre 2018 – Albin Michel Jeunesse, 8,50€

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Les Minuscules, de Roald Dahl (1991 pour l’édition originale en anglais)

« Interdite, interdite, la forêt,
Facile d’y entrer,
Impossible d’en sortir. »

Voici le genre de petites chansons égrenées par les adultes pour dissuader les enfants d’entrer dans le grand bois sombre qui jouxte le jardin de Petit Louis. Mais… comme tout ce qui lui est proscrit, la « forêt interdite » est terriblement excitante ! Une forêt aux arbres immenses peuplés de monstres et d’étranges habitants, pleine de mystères et de secrets – mais est-il bien vrai qu’il est impossible d’en sortir ? En tout cas, il est impossible de ne pas se laisser happer par la course effrénée de Petit Louis à travers ce bois un peu magique, contée avec tout le génie de Roald Dahl !

Avez-vous déjà remarqué à quel point le simple fait d’entrer dans une forêt stimule l’imagination des enfants ? Il suffit de découvrir des fraises des bois ou des champignons, de trébucher sur une branche cassée, de poser sa main sur un tronc rugueux, de repérer les traces d’un animal dans le sous-bois, de devoir traverser un petit ruisseau… et déjà abondent les rêves de cabane, de brigands, de vie sauvage, de découvertes scientifiques et de chasse aux trésors. Mais aussi les frissons réminiscents des contes de notre enfance qui montrent bien qu’à trop s’enfoncer dans la forêt, on finit toujours par rencontrer l’une ou l’autre bête féroce !

forêtEscapade familiale en forêt – toujours l’occasion d’évoquer les nombreux contes, albums et romans qui la prennent pour décor…

Les Minuscules est un livre génial car il fait intensément écho à cet imaginaire enfantin. On ne peut pas ne pas avoir irrésistiblement envie d’explorer la forêt interdite, mais on ne peut pas non plus ne pas être terrorisé par les créatures effrayantes qui s’y cachent. L’écriture de Roald Dahl est très évocatrice ; son jeu sur les rythmes et les sonorités en fait un vrai plaisir de lecture à voix haute et donne l’impression d’entendre, ou même de sentir le souffle de quelque monstre sur notre nuque. Cette petite histoire, que nous avons lue et relue, a valu à Antoine et à Hugo des frissons parmi les plus délicieux ! Alors, resterez-vous à la lisière du bois ou oserez-vous explorer la forêt interdite ?

Lu et relu – Gallimard, 8,50€ (Nous avons également testé et beaucoup apprécié le livre lu, toujours chez Gallimard)

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