Akita et les grizzlys, de Caroline Solé et Gaya Wisniewski (L’école des loisirs, 2019)

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Dans le grand blanc sauvage qui règne sur la forêt polaire, une petite fille de sept ans, ça paraît minuscule ! Il ne faudrait pas qu’une bête gigantesque et féroce ne vienne à surgir. Je sais bien comment vous envisagez la situation, mais je vous arrête tout de suite, vous n’y êtes pas du tout. Akita est petite, certes, mais elle est aussi et surtout redoutable. Et les grizzlys du titre ne sont pas les prédateurs attendus, mais plutôt d’effrayants démons intérieurs. Pour tenter de les apprivoiser, Akita doit se rendre au fond des bois, chez la mystérieuse vieille femme qui vit dans la glook glacée…

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« La glooglooka la jettera-t-elle dans une marmite de graisse de phoque brûlante ? »

Akita_extrait 2Akita est un merveilleux petit texte, une pépite à faire découvrir aux jeunes lecteurs qui commencent à lire des romans. Tout y est ravissant, à commencer par les illustrations à l’aquarelle de Gaya Winsniewski. Dans la continuité de ses albums précédents, la talentueuse illustratrice continue de nous régaler de scènes hivernales qui font la part belle à la nature, aux émotions et à l’imaginaire. Et à un univers polaire traversé par la magie du feu, des traineaux et des aurores boréales.

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Le texte de Caroline Solé n’est pas en reste, piquant notre curiosité, nous prenant par la main pour nous entraîner au plus profond de la grotte de la glooglooka dont on se demande bien si Akita parviendra à ressortir indemne. De façon métaphorique, l’histoire montre, comme nulle autre, les sentiments si difficiles à dompter qu’ils peuvent terroriser, les contradictions parfois douloureuses qu’implique l’acte de grandir, et le pouvoir de l’imaginaire et (aussi lointain que le monde d’Akita puisse paraître) de la psychologie pour y faire face. Tout cela en 80 pages à peine !

Une lecture merveilleuse qui laisse un goût réconfortant de sirop de bouleau sur les lèvres…

L’avis de Pepita est disponible par ici.

Extrait : « Quand Akita ressent une colère noire, son corps devient chaud, tremblant comme s’il était parcouru par une vague incontrôlable et qu’un monstre allait sortir de sa bouche.
La première fois qu’elle a ressenti cette force mystérieuse et menaçante, il y a quelques mois, elle a pensé à un animal sauvage, celui qu’elle guette par la fenêtre : l’ours, le mammifère le plus puissant sur Terre. »

Lu à voix haute en mars 2020 – L’école des loisirs, 8€

Cœur de loup, de Katherine Rundell (Gallimard Jeunesse, 2015)

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« Il était une fois, il y a une centaine d’années, une petite fille sombre et fougueuse. »

Féodora se sent plus à l’aise avec les loups qu’avec les humains. Elle grandit dans une contrée sauvage de la Russie, avec sa mère qui l’initie au métier de « maître-loup ». Leur bonheur est menacé par l’armée du tsar qui sème la terreur et leur attribue la responsabilité de méfaits causés par les loups. Mais Féo n’est pas du genre à se laisser dompter. Pour défendre sa liberté et celle de sa mère, elle n’hésite pas à braver la folie furieuse du général Rakov et le froid sibérien – n’imaginant pas une seule seconde les répercussions que cette incroyable aventure pourrait avoir !

Nous avons pris beaucoup de plaisir à lire à voix haute ce roman d’aventures aux allures de conte russe. Féo est une héroïne inoubliable – indocile, entière, à la fois forte et touchante dans son humanité. Sa force vient notamment de sa capacité à se faire des alliés, donnant à sa révolte individuelle une dimension collective et subversive réjouissante. Sa capacité à vivre avec les loups, à décoder leurs comportements et à respecter leur nature sauvage a beaucoup fait rêver mes garçons. La jeune fille rencontre d’autres beaux personnages, notamment le jeune Ilya qui a en commun avec elle de battre en brèche beaucoup de stéréotypes de genre.

Il n’a pas toujours été facile de trouver de quoi mettre sous la dent avide de mes garçons qui ont apprécié de se plonger dans de longs textes à un âge où ils restaient trop jeunes pour le propos et les thématiques de beaucoup de romans. À cet égard, Katherine Rundell offre de merveilleuses lectures (ce livre-ci comme L’explorateur), portées par une plume vive, mais résolument ancrées dans un univers enfantin – l’histoire s’ouvre d’ailleurs sur les mots « Il était une fois… ». Je ne m’offusquerai donc pas du manque de crédibilité de certains développements, ni du caractère monolithique des « méchants » dont le comportement ne peut s’expliquer que par la « folie ».

Une lecture de circonstance en ces journées glaciales ! Un texte qui provoque un émerveillement enfantin, que nous avons achevé avec l’impression de rentrer d’un long voyage. Nous n’oublierons pas de sitôt cette contrée un peu magique où cohabitent la brutalité arbitraire, la vie sauvage et une splendeur hivernale à couper le souffle.

Extraits

« Tout commença – toute l’histoire – par un coup frappé à la porte bleu glacier.
En réalité, « frapper » n’était pas le mot juste pour qualifier un tel bruit. On aurait plutôt dit qu’une personne essayait de creuser un trou dans le bois avec ses poings.
Tout type de coup frappé à la porte était inhabituel. Personne ne frappait jamais ; il n’y avait qu’elle, sa mère et les loups. Les loups ne frappaient pas. S’ils désiraient entrer, ils passaient par la fenêtre, qu’elle soit ouverte ou non. »

« Il existait, à la connaissance de Féo, cinq types de froid. Il y avait le froid de vent, qu’elle sentait à peine. Il faisait du bruit et des manières, rendait vos joues aussi rouges qu’après une paire de gifles, mais ne pouvait pas vous tuer même s’il essayait. Il y avait ensuite le froid de neige, qui pinçait les bras et gerçait les lèvres, mais offrait de merveilleuses possibilités. C’était le temps préféré de Féo ; la poudreuse était souple et permettait de faire des loups de neige. Puis venait le froid de glace, capable de vous arracher la peau des paumes, mais il suffisait d’être vigilant pour éviter cela. Le froid de glace était tranchant et malin. Souvent accompagné d’un ciel bleu, il était formidable pour patiner. Féo avait du respect pour lui. Il y avait également le froid dur : quand le froid de glace devenait de plus en plus intense et s’éternisait au point de vous faire douter que l’été ait un jour existé. Le froid dur était cruel. Les oiseaux mouraient en plein vol. C’était le genre de froid que vous braviez à coups de botte.
Enfin, il y avait le froid aveugle. Celui-là sentait le métal et le granite. Il vous faisait totalement perdre la raison et vous soufflait de la neige dans les yeux jusqu’à sceller vos paupières, vous obligeant à les frotter avec de la salive pour pouvoir les ouvrir à nouveau. Le froid aveugle descendait de quarante degrés au-dessous de zéro. C’était le genre de froid qui ne se prêtait pas à la contemplation en plein air, sauf si vous aviez envie que l’on retrouve votre corps sans vie à la même place en mai ou en juin. »

« J’ai besoin d’histoires. D’histoires comme la tienne. Tu pourrais secouer les gens, les pousser à agir. Les histoires peuvent déclencher des révolutions. »

Lu à voix haute en novembre/décembre 2019 – Gallimard Jeunesse, 7,60€

Quelqu’un m’attend derrière la neige, de Timothée de Fombelle (Gallimard Jeunesse, 2019)

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Une de ces nuits de Noël qui voit voltiger les flocons blancs. Pour les uns, cela évoque immédiatement des souvenirs heureux de moments de partage, de chaleur et de convivialité. Ce n’est pas le cas de Freddy. Plus seul que jamais, il s’apprête à passer la soirée à sillonner l’Europe du sud au nord dans son camion de livraison. Et pourtant, sa trajectoire semble inexorablement converger avec celle de deux autres êtres perdus dans le froid. Leurs trois destins seraient-ils entremêlés ?

 

Timothée de Fombelle est un grand conteur. Quelques mots, et le décor est planté, les personnages s’incarnent et l’histoire peut commencer. Elle n’est pas gaie. Le destin de Freddy, de Gloria et d’un mystérieux troisième personnage reflète en effet les maux les plus terribles de notre temps : la solitude et la précarité ; l’exil, sur de fragiles embarcations à l’épreuve de la Méditerranée ; les ombres qui s’agitent autour du tunnel de la Manche.

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Quelqu'un m'attend_hirondelles.jpgEt pourtant, ce petit conte de Noël est lumineux et chaleureux comme une belle rencontre. Il a la saveur des instants de partage qui donnent une saveur particulière à la moindre boîte de conserve réchauffée, dissipent les préjugés, font tomber les barrières, donnent du sens à la vie et de la force aux plus désespérés. Les mots donnent à penser, ouvrent le cœur et portent de belles valeurs d’humanité. Cette lecture est de celles qui font du bien. Peut-être, après tout, l’espoir a-t-il le contour d’une silhouette qui nous attend, derrière la neige, même si l’on n’y croit plus du tout. Ou encore la forme d’une petite hirondelle qui vole à contre-courant des siens.

Extraits

« Les hirondelles ne s’occupent pas non plus de ces petits êtres qui s’agitent en dessous d’elles : les hommes. Elles les voient se promener de continent en continent sans qu’ils puissent décoller du sol. Elles les regardent franchir le désert, en file indienne, s’enfoncer parfois dans le sable et disparaître. Et quand elles survolent les flots, elles les comptent par centaines, englués dans leur pesanteur, traversant la mer blanche sur un bouchon de bois.
La plupart des hirondelles ne connaissent rien d’autre de l’humanité, de ses tragédies et de sa beauté, que ces silhouettes minuscules tout en bas qui se croient grandes sur la terre mais ne dépassent pas le plus petit de leurs arbres. »

« Freddy avait compté. Cela ferait bientôt cent jours que personnes ne lui avait vraiment adressé la parole. »

« Gloria se savait différente, un peu en marge de son espèce, mais elle n’échappait pas à ces commandements intérieurs, inexplicables, qui dirigent la vie des oiseaux. Elle vivait l’instinct comme un esclavage alors que la plupart des autres hirondelles y voyaient un grand repos pour l’esprit. Cependant, l’appel qui l’invitait vers le nord ce matin de décembre n’était pas du même genre. Ce n’était pas seulement l’instinct des migrateurs. Elle sentait que cet appel était lancé à elle seule, à sa liberté. »

Lu à voix haute en décembre 2019 – Gallimard Jeunesse, 12,90€

Chnourka (de Gaya Wisniewski, 2019)

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Cet album délicieux nous transporte au creux de l’hiver – celui du froid glacial, de la poudreuse qui freine les marches et du grand blanc qui nous ferait presque perdre nos repères. Cet hiver qui rend d’autant plus merveilleux le parfum des biscuits qui sortent du four, la chaleur du foyer, de l’amitié et des longues veillées à se raconter des histoires autour d’un thé. Un hiver sublimé par le charme et la sensibilité des aquarelles de Gaya Winsniewski.

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« Maintenant, j’éteins la lanterne, la lune éclaire notre marche. La neige est encore plus belle ainsi. Elle est tellement blanche qu’elle reflète nos rêves. »

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De la belle slow literature, nous invitant à prendre notre temps pour profiter des plaisirs de l’hiver et des moments de partage d’une bande d’amis aussi improbable que soudée. On s’émerveille avec eux des beautés de la nature, on suit le chat Mirko dans une aventure dont il sortira grandi et plus proche que jamais de ses compères. Jusqu’à ce qu’un beau jour, la neige fonde et la nature commence à s’éveiller sous nos yeux éblouis.

 

 

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Un concentré de plaisirs simples, d’amitié et de sagesse – un album paru le 21 mars, idéal pour se réchauffer lorsque le printemps commence à se faire désirer…

Merci beaucoup à l’éditeur pour cette gourmandise de saison !

Lu à voix haute en mai 2019 – Éditions MeMo, 16€

Winterhouse Hotel (de Ben Guterson, illustrations de Chloe Bristol, 2018)

Notre dernière lecture est un roman américain tout juste paru qui plaira aux amateurs et amatrices d’aventures, de livres et de magie ! Néanmoins une lecture en demi-teinte pour nous…

Winterhouse Hotel couvertureOrpheline, Elizabeth mène une existence morose et solitaire chez son oncle et sa tante. Lorsque ces derniers l’envoient passer les vacances de Noël au Winterhouse Hôtel, Elizabeth découvre un endroit merveilleux : une bâtisse majestueuse, nichée dans un splendide paysage hivernal et dont les recoins réservent des rencontres inattendues, des surprises et des secrets. Une fois surmontée sa perplexité initiale (comment sa famille adoptive a-t-elle trouvé l’argent pour la loger dans un lieu si cossu ?), notre héroïne nous entraîne dans une enquête intrinsèquement liée à l’histoire du lieu. On se prend au jeu de la chasse aux indices, mais Winterhouse semble aussi avoir ses côtés sombres et ses ombres qui planent de façon inquiétante…

Ce livre déborde de belles idées qui parlent aux enfants. Avant tout, celle de choisir pour décor un lieu de vacances si merveilleux qu’il semble magique – et qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler Poudlard, au cas où vous n’auriez pas déjà fait le parallèle avec une célèbre série au paragraphe précédent… La féérie des plaisirs hivernaux, des festins et des spécialités de Winterhouse a beaucoup fait rêver Hugo.

Nous avons aussi aimé partager la passion d’Elizabeth pour la lecture et les bibliothèques. Quelque chose qui nous a d’autant plus parlé que nous partageons bon nombre de lectures avec elle : Le mystérieux cercle Benedict (p. 82), Le jardin secret (p. 89), Alice au pays des merveilles (p. 115), les enquêtes de Sherlock Holmes (p. 206), Cœur d’encre (p. 276), Le Hobbit (p. 428)… Nous avons pioché au passage d’autres idées de romans cités alors que nous ne les connaissions pas, comme Vingt-quatre heures dans l’incroyable bibliothèque de M. Lemoncello (p. 97), que j’ai ajouté à ma liste d’idées de futures lectures. J’ai aussi noté avec amusement un clin d’œil à un autre hôtel, celui des Vacances de M. Hulot (p. 190), qui fait partie des références mythiques des séjours d’Antoine et Hugo chez leurs grands-parents…

Une autre trouvaille concerne le travail autour des anagrammes, échelles de mots et messages chiffrés dans le roman. Des allusions aux événements à venir apparaissent dans l’ombre de chaque titre de chapitre sous la forme d’échelles de mots. Aucun code ne résiste à Elizabeth et à son nouvel ami Freddy. Les jeux de piste auxquels se livrent les deux amis sont très ludiques et leur entrain est véritablement communicatif. Hugo s’est donc très vite lancé pour inventer anagrammes et échelles de mots !

Cela dit, pourquoi une lecture en demi-teinte ? Le fait est que nous avons été moins captivés par ce roman que par d’autres. L’intrigue souffre à la fois d’une trop grande prévisibilité et de plusieurs incohérences. J’ai eu l’impression d’une lecture touffue, interrompue par de trop nombreuses digressions autour de lieux, de personnages ou de situations certes intéressants mais donnant souvent l’impression de diluer la tension narrative. En outre, l’écriture n’est pas très belle et manque de fluidité, avec des coquilles multiples, ce qui est un comble pour un roman mettant en scène une amoureuse des livres et des mots. Dans l’ensemble, si Hugo a apprécié ce séjour au Winterhouse Hôtel, c’est avec le sentiment d’un potentiel insuffisamment réalisé que nous avons refermé ce livre… Peu de chances, donc, que nous poursuivions avec le tome 2 qui vient de paraître aux États-Unis.

Extrait

« Nous t’avons prévenue à plusieurs reprises que nous devions nous absenter pour trois semaines et que tu ne pouvais pas rester seule en notre absence. Tu ne seras donc pas surprise par la teneur de cette lettre. Les portes et volets de la maison sont fermés. Tu trouveras dans cette enveloppe un billet pour le train du nord, départ dix-huit heures vingt. Ne le rate pas, et lorsque tu arriveras à Sternhaven demain, tu iras à la gare routière, où t’attend un autre billet. Il faut que tu prennes le bus qui conduit à Winterhouse Hôtel, où tu es attendue. Ci-joint également trois dollars, pour ton voyage. Tu recevras un autre billet pour rentrer après le Nouvel An. Interdiction de raconter tes inepties habituelles ! »

« – Terminus ! annonça le chauffeur. Winterhouse Hôtel !
Un mur de briques apparut, puis un immense portail en fonte, aux battants ouverts. Enfin, sous les yeux d’Elizabeth, illuminé comme en plein jour, surgit le colossal hôtel – véritable forteresse de briques dorées, aux remparts saillants, aux fenêtres de cristal, aux tourelles élancées, toutes ornées de lumières scintillantes, d’oriflammes flottant dans les cieux et d’un bon millier, semblait-il, de bannières argentées toutes frappées d’un W blanc, immaculé, éblouissant. Çà et là saillaient des porches aux vastes arches, des balcons ornés de lanternes chinoises; des arbres couverts de scintillantes guirlandes de métal bordaient la façade de l’hôtel comme autant de projecteurs de théâtre. Jamais Elizabeth n’avait imaginé qu’un bâtiment puisse être à la fois aussi grand et aussi beau. »

Lu à voix haute en mars-avril 2019 – Albin Michel, 15,90€

Les sept étoiles du Nord, d’Abi Elphinstone (2019)

J01690_sept-etoiles-nord_sansrabats.inddL’un des plus grands charmes de nos lectures du soir est de nous extraire du quotidien pour nous entraîner dans des contrées lointaines, merveilleuses et surprenantes… C’est une expédition des plus captivantes que nous venons de faire à travers les terres polaires imaginées par l’autrice écossaise Abi Elphinstone ! Les sept étoiles du Nord nous transportent dans un univers de glaces, de forêts boréales et de tribus qui évoque la mythologie nordique et le souvenir d’autres pépites littéraires, en particulier La Reine des Neiges (celle de Hans-Christian Andersen, évidemment !), Les Royaumes du Nord de Philip Pullman, Le Club de l’Ours Polaire d’Alex Bell et l’album Anya et tigre blanc, de Fred Bernard et François Roca. Le prologue plante le décor en racontant la genèse du pays d’Erkenwald, une histoire de dieux et déesses stellaires à la magie puissante, mais aux relations conflictuelles qui se répercutent de façon dramatique sur le monde des hommes : « La plus petite déesse stellaire était jalouse de la puissance de l’étoile Polaire et voulait régner elle-même sur Erkenwald. Une nuit d’hiver, elle quitta la constellation et plongea vers la Terre. »

Dès les premières pages, je savais que ce roman allait captiver mes deux petits amateurs de mythologie ! On découvre ensuite la terrible reine des Glaces qui règne sur Erkenwald en semant la terreur et la division entre les tribus. Eska est retenue prisonnière dans son palais ; on lui prête un pouvoir mystérieux, mais elle ignore lequel puisqu’elle a été privée de tous ses souvenirs. Flint se risque à entrer dans le palais de la reine pour tenter de délivrer sa mère. Ils s’évadent ensemble, apprennent à se connaître et s’efforcent d’organiser la résistance…

Il s’agit là précisément du type de romans que j’aimerais trouver plus souvent pour mes petits dévoreurs de livres qui apprécient les textes longs permettant une immersion dans un univers singulier, mais qui sont encore trop jeunes pour beaucoup de lectures destinées aux adolescents et aux jeunes adultes. La magie et le souffle épique qui animent ce récit feront sans aucun doute vibrer ces lecteurs et lectrices en herbe qui se laisseront happer avec plaisir par l’intrigue et l’imagination d’Abi Elphinstone. Les personnages sont à la fois attachants et empreints de mystère, puisqu’ils se découvrent eux-mêmes au cours de l’aventure. L’héroïne, Eska, suscite l’identification et son lien particulier avec les aigles a beaucoup fait rêver les garçons. Ce récit initiatique porte de belles valeurs de liberté, de courage, de solidarité et d’ouverture au-delà des frontières. Alors certes, la vision du monde est manichéenne et je n’ai personnellement pas douté un seul instant de l’issue heureuse de l’aventure, mais ces caractéristiques sont celles qui font de ce roman une lecture adaptée pour de bons lecteurs à partir de l’école primaire…

L’objet-livre est très soigné : belle couverture mêlant lueurs boréales et scintillement des étoiles, tranche colorée, pages parsemées d’étoiles (à moins que ce ne soient des flocons de neige) et imprimées sur du papier recyclable…

Jeune fille et son aigle

Merci beaucoup à Gallimard Jeunesse de nous avoir permis cette expédition exaltante à travers les terres gelées d’Erkenwald ! Nous en sommes revenus ravis, avec l’impression d’avoir voyagé très loin…

Bonus : Le documentaire La Jeune fille et son aigle offre une très jolie manière de prolonger cette lecture, en découvrant une autre jeune fille qui apprend elle aussi à dresser des aigles, dans les montagnes de Mongolie.

 

Extrait : « Flint était assis dans le hamac de sa chambre et regardait la lumière du soir par une fenêtre ronde. Petite extension biscornue sur le côté de la cabane perchée où il habitait avec Tomkin et Blu, la chambre de Flint ressemblait davantage à un laboratoire. Les murs circulaires étaient tapissés de placards qui contenaient des centaines de bouteilles, flacons, ampoules et tubes à essai remplis de liquides bouillonnants. Il s’agissait d’inventions encore inabouties. Flint laissait toujours les portes des placards ouvertes quand il était dans la pièce : il préférait garder un œil sur ses expériences, au cas où quelque chose tournerait mal.
Il joua distraitement avec les fils argentés de son hamac. Il l’avait fabriqué à partir de rayons de lune et de toiles d’une espèce très rare (voire quasi éteinte) d’araignée des glaces. Au bout de plusieurs semaines d’expériences et de consultation de l’écorce où étaient gravées des formules sur la magie d’Erkenwald, Flint avait découvert que ce tissage assurait des rêves excellents.
Son regard glissa sur certaines de ses autres créations, alignées sur les plus hautes étagères. Un ballon en cuir de caribou rempli de vent, qui filait si vite quand on tapait dedans qu’il était presque impossible qu’un adversaire l’arrête. Une horloge météorologique, qui indiquait le temps qu’il faisait au lieu de l’heure en crachant des flocons de neige, des rayons de soleil ou de la brume, selon le cas. Un coffre où il avait enfermé un orage (qui lâchait de temps en temps un rot sonore) avec une pincée de poussière de lune, et qui, ouvert à minuit précisément, produisait pendant un mois des pièces d’argent. Il y avait aussi des lanternes alimentées par le soleil, des rouleaux de cordage en nuages tressés… »

Lu (d’un trait, ou presque !) à voix haute en février-mars 2019 – Gallimard Jeunesse, 15€

Zoé et la boule à neige (de Lorette Berger et Ben.Bert)

Au moment où les enfants commencent à se débrouiller pour lire seuls et se sentent capables de « s’attaquer » à des romans avec plus de texte, tout l’enjeu pour eux consiste à amorcer ce type de lecture avec une histoire suffisamment passionnante pour persévérer jusqu’à la dernière page, sans être trop exigeante pour éviter que le petit lecteur ou la petite lectrice ne se décourage… Ce savant équilibre me semble très réussi pour Zoé et la boule à neige.

Capture d_écran 2018-11-16 à 20.06.05L’histoire est jolie comme un conte. Zoé est une petite fille gourmande et rêveuse qui guette la neige de Noël avec anxiété. La vie n’est pas toujours comme on la souhaite, mais à cette période de l’année, les choses les plus merveilleuses ne peuvent-elles pas se produire ? Zoé est loin d’imaginer ce qui l’attend lorsque sa vieille voisine glisse un énigmatique petit paquet dans son cartable… Agréablement surprenante, l’intrigue me semble avoir de quoi captiver les lecteurs et lectrices en herbe. La forme me semble également très adaptée : le roman n’excède pas une cinquantaine de pages, divisée en brefs chapitres dont la lecture est aérée et appuyée par des illustrations.

C’est Hugo (actuellement en CE1) qui a repéré ce petit roman et je remercie les éditions ThoT de nous avoir permis de le découvrir. Le moins que l’on puisse dire est que la lecture a été concluante, puisque Hugo a dévoré cette histoire en une seule fois ! Nous avons eu beaucoup de plaisir à reparler par la suite des aventures de Zoé.

Ma seule réserve concernerait les illustrations qui sont un peu curieuses, avec des personnages déformés qui ne m’ont pas parlé. Mais pour être toute à fait transparente, la tête aplatie de Zoé a fait rire les garçons !

Voici donc un chouette petit roman pour apprentis lecteurs, à découvrir au coin du feu pendant les vacances de Noël – ou cet été, histoire de se rafraîchir un peu les idées !

Lu en novembre 2018 – Éditions ThoT, 8€

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