Blaise et le château d’Anne Hiversère, de Claude Ponti (L’école des loisirs, réédition géante de 2020)

Claude Ponti sait, comme nul autre, faire écho à nos meilleurs chimères : n’avez-vous jamais rêvé de concocter un gâteau incroyabilicieux, avec ce qu’il faut de crèmes parfumées, de chocolat, de meringues et de sucre glace ? Une création suffisamment colossale pour que vous puissiez y organiser une grande FÊTE avec TOUS vos copains (célébrités et amis imaginaires compris) ? Le projet serait d’autant plus savoureux qu’il serait exécuté collectivement, avec la multitude de vos camarades poussins !

Imaginez un peu : quel plaisir que celui du travail bien fait, méthodiquement planifié (ne vous fiez pas à la pagaille apparente) et joyeusement exécuté grâce à la contribution de chacun ! Quelle joie à l’idée de poster les invitations, quelle volupté lorsqu’il s’agit de descendre dans la mine de chocolat, d’éclapatouiller la farine ou de splitouiller la pâte ! Quel sentiment d’accomplissement au moment de se laisser surprendre par le résultat final ! Quelle euphorie de se régaler tous ensemble des escaliers en nougat et des toboggans de caramel pendant l’éternité d’une fête ! Et de se souvenir de ces moments mémorables !

Maintenant, imaginez qu’à Noël, mes parents aient eu l’idée lumineuse de nous offrir ce livre en édition géante (34*47 cm tout de même) – un format insensé qui nous fait plonger dans cette histoire délicieuse. Le seul qui puisse possiblement être à la hauteur du nombre de poussins pâtissiers et des intrigues secondaires et petites curiosités dont Claude Ponti semble avoir le secret, que l’œil attentif des enfants ne manque pas de repérer à l’arrière-plan…

Un classique gourmand et réjouissant, à découvrir absolument.

N’hésitez pas à découvrir également Ma vallée, du même auteur.

Lu et relu – L’école des loisirs, 24,50€

D’ici, je vois la mer (de Joanne Schwartz et Sydney Smith, 2019)

« Je pense à la mer, je pense à mon père. »

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Dès la couverture, le contraste entre ombre et lumière nous coupe presque le souffle. Et au fil des pages, comme nous découvrons le quotidien de cette famille de mineurs des années 1950, on reste estomaqué par le choc entre l’océan scintillant de lumière, s’étendant à perte de vue et la noirceur de la mine, sous la mer, qui défigure la côte et semble écraser les ouvriers.

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C’est un petit garçon qui nous raconte cette vie, partagée entre la beauté de la mer, qu’il ne se lasse pas de contempler, de scruter, de côtoyer et de respirer, et les pensées lancinantes pour son père qui creuse à longueur de journée pour trouver du charbon. Pour son grand-père, aussi, qui exerçait déjà le même métier. Le contraste est, une fois encore, implacable entre l’horizon infini de l’océan et le fatalisme de ce jeune garçon : « Un jour, ce sera mon tour. Je suis fils de mineur. Dans ma ville, c’est comme ça. »

Le texte est très beau, tout en retenue. Porté par des illustrations pleines de sensibilité, il évoque avec subtilité la centralité de la mine et sa prise sur la vie des habitants, heure après heure, génération après génération. La note finale de l’auteur permet d’en savoir plus sur la vie dans les villages miniers. Un album émouvant, qui donne à réfléchir.

Ce livre a beaucoup intéressé, et même impressionné mes garçons qui ont réalisé qu’au début du 20ème siècle, l’aîné aurait déjà eu l’âge de descendre dans la mine… Un grand merci à ma mère de nous avoir permis de découvrir ce bel album ! L’occasion pour nous d’évoquer l’histoire des mines du Pas-de-Calais qui est aussi l’un des fils de notre histoire familiale.

Lu à voix haute en juin 2019 – Didier Jeunesse, 16€