Cachée ou pas, j’arrive ! de Lolita Séchan et Camille Jourdy (Actes Sud BD, 2020)

Quoi de plus jubilatoire qu’une partie de cache-cache, franchement ? J’en sais quelque chose, croyez-moi ! Le plus drôle, c’est quand même de se trouver une planque bien camouflée, puis de rire sous cape en voyant son compère fourrager en vain. Mais en général, le rôle qui m’est dévolu est bien sûr celui de chercher mes moussaillons en poussant des exclamations désespérées – la dernière fois, j’ai mis vingt minutes et j’ai dû mettre le reste de la famille à contribution…

Quelle belle idée, donc de mettre en scène une partie de cache-cache sous forme d’album ! Tout y est : le top départ, le comptage, la recherche d’une cachette parfaite, la traque qui s’ensuit et même les prolongements de la partie au gré de l’imaginaire de Bartok et de Nouk. L’ensemble rythmé par d’entraînantes petites comptines. Le décor, que l’on visite et revisite de la perspective de celle qui se cache et de celui qui cherche, est tout simplement délicieux, à la croisée des univers respectifs des deux illustratrices (vous vous souvenez des Vermeilles ?). Il fourmille d’étrangetés, de facéties et de rigolotes petites scènes à découvrir en arrière-plan.

Une ode réjouissante au jeu, pleine d’énergie, de suspense et de plaisir, à savourer bien cachée.e !

L’avis de Pépita

Lu en mai 2021 – Actes Sud BD, 13,50€

Lightfall, tome 1: La dernière flamme, de Tim Probert (Gallimard Jeunesse, 2021)

Excellente pioche en BD jeunesse avec Lightfall, une épopée tout en clair-obscur dans la droite ligne du Seigneur des anneaux ! Cet imposant premier volume (255 pages tout de même) plante le décor d’un univers fantasy bruissant de magie et de prophéties effrayantes. Un monde auréolé de mystère : le soleil a disparu depuis longtemps, huit « lumières » flottent désormais dans le ciel – certains murmurent qu’en réalité il y en aurait beaucoup plus, l’une serait « tombée » récemment… Lorsque son grand-père sorcier qui perd un peu la tête disparaît, Béa doit surmonter ses craintes, quitter ses livres et sa bulle pour plonger dans un inconnu plein de surprises où toutes les apparences sont trompeuses. Heureusement, elle peut compter sur un chat facétieux ainsi que sur les tonnes de muscle et de bienveillance de Cad… C’est le début d’une quête initiatique palpitante.

La tension est encore renforcée par les pages sombres qui s’intercalent ici et là, dessinant une menace qui se précise. Cette intrigue menée tambour battant est portée par de nombreuses péripéties, des répliques vives et un dessin superbe composant une ambiance visuelle enchanteresse. Une vraie prouesse sur autant de pages !

Toute la famille est sous le charme de cette belle énergie et de cette histoire de dépassement de soi, d’entraide et de sauvegarde d’un monde. Lightfall est une belle initiation au genre de la fantasy, accessible dès huit ans. On en redemande et nous guetterons la suite avec impatience.

Lecture commune avec Antoine et Hugo en avril 2021 – Gallimard Jeunesse, 19,90€

Le faucon déniché, de Maxe L’Hermenier et Steven Dupré, d’après le roman de Jean-Côme Noguès (Nathan, Jungle Pépites, 2021)

Après avoir beaucoup apprécié La quête d’Ewilan, nous avons découvert avec curiosité ce nouveau titre de la collection Jungle Pépites qui adapte de grands romans en bande-dessinée. Cette fois, nous n’avions pas lu le texte original mais l’intrigue nouée autour d’un jeune serf qui enfreint la loi en dénichant un faucon réservé aux chasses du seigneur a captivé et ému toute la famille. Toujours preneurs de récits liant humains et animaux, nous n’avions encore jamais lu d’histoire de faucon – et quelle histoire !

Le décor moyenâgeux de champs, de monastère et de forteresse, de chasse et de complots m’a semblé très réussi. Les illustrations, de facture classique, représentent tout cela d’un trait net et dans les moindres détails – jusqu’à la moindre brindille du nid de faucons… On sent que Steven Dupré s’est documenté pour dessiner l’intérieur de la chaumière du protagoniste, le château, les habits d’époque et les scènes de bataille.

Cela dit, les visages m’ont semblé curieux, un peu figés, et ne m’ont pas parlé. Ce type de dessin réaliste n’est pas celui que je préfère – c’est vraiment une question de goût. Même chose pour les infographies et quizz des pages finales permettant d’en savoir plus sur l’époque et de tester « si on a bien lu » : pour ma part, je n’aime pas trop quand le propos devient trop explicitement didactique dans ce qu’on aurait envie d’aborder avant tout comme une « lecture plaisir ».

Un récit plaisant et riche en péripéties, à faire lire aux enfants qui s’intéressent au Moyen-Âge.

L’avis de Linda

Lu en mars 2021 – Nathan (Jungle Pépites), 14,95€

Folklords, tome 1, de Matt Kindt, Matt Smith et Chris O’Halloran (Delcourt, 2021 pour la traduction française)

« Il était une fois…

Non… juste cette fois.

Un garçon…

Un garçon qui ne trouvait VRAIMENT pas sa place

Un garçon qui s’habillait étrangement

Un garçon qui était bien trop curieux »

Toute différence est relative ! Avec sa chemise, son sac à dos et sa cravate, Ansel passerait probablement inaperçu par chez nous, mais il détonne dans son monde où la tendance serait plutôt aux capes et chaperons médiévaux. Et au moment de choisir sa quête, n’allez pas croire qu’il se contentera d’une banale exploration ou chasse au trésor : c’est décidé, il trouvera les légendaires maîtres-peuples, ces figures dont l’existence est mise en doute et dont on ne n’a même pas le droit de parler… Quelles sont les motivations du jeune homme ? Quel est ce monde truffé de clichés empruntés à la fantasy, aux contes et aux univers horrifiques ? Et d’ailleurs, qui raconte cette histoire ?

La quête d’Ansel est pleine de surprises. Elle révèle par petites touches un univers singulier où l’on comprend vite qu’il vaut mieux éviter de se fier à l’apparence des personnes rencontrées… Les graphismes évoquent les comics et sont à l’image du propos, à la fois ronds et féroces, pleins d’ironie. Les auteurs tournent en dérision les stéréotypes associés à plusieurs genres, composent des répliques acerbes qui nous ont bien fait rire. Ces pages nous parlent du spectre infini d’intolérances à l’égard des outsiders, des liens entre connaissance et pouvoir (brrr, ces « bibliothécaires » tyranniques aux faux airs de membres du KKK) et, surtout, de la création littéraire. J’ai aimé la façon dont métaphores et clins d’œil lancés par la voix du narrateur interrogent les conditions d’énonciation du récit, mais aussi l’omnipotence des écrivains et les contours des êtres de papier nés de leur imagination…

Tout cela est réjouissant et stimulant, mais j’ai trouvé que cela devenait complexe dans les dernières pages qui m’ont laissée perplexe. Difficile de dire si c’est la trame narrative un brin embrouillée sur la fin, le final radicalement inattendu ou la façon dont les différents niveaux du récit s’entrechoquent qui m’a perturbée. La suite de la série dira si les choses s’éclaircissent !

Une BD étrange et très intrigante, mais qui me laisse l’impression de n’avoir pas saisi tous les clins d’œil…

Pour lire un extrait sur le site de l’éditeur, c’est par ici !

Lecture commune avec Hugo et Antoine, mars 2021 – Delcourt, traduction de Lucille Calame, 16,50€

Le Grand Voyage de Rameau, de Phicil (Éditions Soleil, 2020)

L’objet-livre annonce la couleur, cossu comme un salon victorien : format majestueux, couverture opulente avec des motifs dignes des tapisseries d’époque, titre imprimé en relief doré et dans le médaillon central, la petite Rameau et le chat Scotty sur fond de gravure londonienne…

Le prologue plante un décor de racines et de feuilles, de mousses et de champignons où l’on découvre l’existence du peuple des Mille Feuilles, communauté inséparable d’êtres minuscules mi-humains, mi-souris, fidèles au « grand tout », au collectif, à la famille. Une harmonie organique à mille lieux du monde des humains qui s’entassent dans la « Ville monstre » de Londres – un monde aussi effrayant que fascinant, dont les Mille Feuilles font le serment de se tenir à bonne distance. Jusqu’au jour où la jeune Rameau, qui rêve de liberté, de rubans et de belles étoffes, franchit la lisière du bois. Condamnée à s’exiler pour découvrir ces humains qui l’attirent tant, elle amorce un incroyable périple initiatique à travers l’Angleterre victorienne…

Toute la famille est sous le charme de ce mélange de rebondissements et de cascades, de dialogues tour à tour drôles et piquants, et de clins d’œil à l’époque victorienne, de Lewis Caroll à Beatrix Potter en passant par Oscar Wilde et Jack l’Éventreur. À hauteur de Mille Feuilles, on descend la Tamise à dos de poisson, on survole le Château de Windsor à dos de canard, et on pose un regard neuf sur les travers des humains qui, hier comme aujourd’hui, oppriment leurs semblables, méprisent les animaux et se laissent obnubiler par les sirènes consuméristes… lorsqu’ils ne crèvent pas de faim.

Les graphismes mêlent avec bonheur des clins d’œil aux gravures et peintures de l’époque à un trait malicieux qui tire parfois sur le grotesque – ils peuvent faire penser à ceux de Claude Ponti (les arbres), de Gustave Doré (le décor) ou encore de Pef (le nez des Mille-feuilles !). Tenir cette qualité et un tel souci du détail sur 200 pages, cela force l’admiration.

Cette BD captive et divertit, mais elle n’en pose pas moins d’excellentes questions sur l’opposition très actuelle qui est faite entre liberté et solidarité, mais aussi sur le coût de notre « babiolite aiguë ». Une belle réussite !

Lu en novembre 2020 – Éditions Soleil, 26€

Le silence est d’ombre, de Loïc Clément et Sanoe (Delcourt Jeunesse, 2020)

La vie a tant cabossé Amun qu’il n’en attend plus grand-chose. Si bien que le jour où l’enfant périt et devient fantôme, il n’en est pas plus affecté que cela. L’existence spectrale a ses avantages : finies les peurs et les souffrances ! Sauf qu’une rencontre pourrait révéler à Amun pourquoi la vie vaut, malgré tout, la peine d’être vécue…

Leur nom ne ment pas, les Contes des cœurs perdus signés Loïc Clément ont le charme des contes et le mélange singulier de mélancolie et de douceur qu’on a tous au fond de nous. Ayant déjà beaucoup aimé Chaque jour Dracula, nous étions curieux de renouer avec cette série.

Toute la famille a été questionnée par cette expérience proposant d’imaginer la mort comme quelque chose qui n’est pas forcément triste, qui peut apporter une délivrance, voire une existence avec d’autres possibles. Autant dire que le sujet n’est pas des plus joyeux. Mais voilà finalement une manière étonnante d’apprivoiser l’idée du trépas en se laissant porter par les rêves prodigieux qu’il suscite chez les créateurs de cette BD – je pense notamment à cette scène vertigineuse qui nous montre les deux fantômes appréciant leur nouvelle « hauteur de vue » du haut d’un satellite. Et en même temps, c’est finalement presque une démonstration par l’absurde de ce qui fait la saveur de la vie.

Comme dans un conte, l’histoire nous est racontée par un narrateur omniscient. Les mots sont pesés, limités à l’essentiel, laissant les silences se déployer et les illustrations porter le récit. J’ai trouvé les contrastes de couleurs un peu violents sur certaines planches, mais cela ne m’a pas empêchée d’être impressionnée par ces dessins aériens et expressifs, travaillés jusque dans leurs moindres détails qui nous font voyager entre Orient et Occident, entre ombre et lumière, par-delà les éléments déchaînés.

Un hymne à la vie saisissant, sur un mode inattendu.

Lu en novembre 2020 – Delcourt Jeunesse, 10,95€

Sœurs d’Ys, de M.T. Anderson et Jo Rioux (Rue de Sèvres, 2020)

La couverture bouillonne de magie et laisse pressentir les incommensurables forces de la nature auxquelles nous allons avoir à faire. On ouvre la bande-dessinée et nous voilà transportés dans un univers de falaises, de menhirs, de vents et de flots qui ondoient comme les lignes d’un tableau de Van Gogh…

L’histoire est inspirée d’une grande légende bretonne. Le roi de Kerne prend pour femme une magicienne avec laquelle il scelle un pacte : elle fera tourner sa chance, domptera les éléments, repoussera la mer, lui offrira une cité éblouissante et une puissance incontestée. Mais quel est le prix de cette richesse décadente ? Le jour où la reine disparaît, cet ordre vacille et leurs deux filles, aussi différentes que possible, embrassent des voies radicalement opposées : d’un caractère solitaire, la première se réfugie dans la nature ; sa sœur cultive de grandes ambitions, une vie mondaine exaltante et l’amour de la magie. Sont-elles réellement libres ou leur sort est-il scellé par le pacte faustien au fondement de la Cité d’Ys ?

Cette légende inspire à Jo Rioux des graphismes sombres et envoutants. Ses illustrations sont assez particulières, mais très expressives, vives comme de furieux tourbillons (même le blanc entre les cases ondule sur certaines planches restituant des rêves ou des souvenirs). Elles font la part belle aux contrastes entre la lumière de la nature et l’obscurité des mondes marins – et des relations humaines.

« Toutes les fortunes cachent de sombres secrets. »

Cette imbrication entre éclat et noirceur est au cœur de l’histoire qui interroge les contreparties de la puissance. Le roi de Kerne, ce père insatiable et mégalomane qui ne parvient pas à tromper sa morosité en exigeant toujours plus de la magie de sa femme, est assez glaçant de ce point de vue : « chaque fois que Père lui demandait un nouvel édifice, elle semblait décliner. Ses forces se sont épuisées. Et lui réclamait sans cesse. Des jardins, des galeries de glaces, des flèches en cuivre, des chapelles. » La résonance actuelle de cette légende ancienne est évidente. On peut en effet y lire une métaphore sur l’orgueil des humains qui persistent à vouloir dompter les forces de la nature, mais aussi la soif d’accumulation qui met en péril le renouvellement des ressources naturelles. Les dilemmes des deux sœurs, tiraillées entre l’envie de vivre et la responsabilité de gouverner, sont intéressants aussi. Tout cela s’incarne de façon saisissante dans le regard tourmenté et le destin tragique de Dahut, hantée par des scrupules qu’elle est visiblement seule à supporter.

Un objet-livre superbe et une belle opportunité de découvrir la fascinante légende de la ville engloutie d’Ys.

Lu en octobre 2020 – Rue de Sèvres, 20€

Aya de Yopougon, tome 1, de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie (Gallimard, 2005)

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Abidjan, quartier de Yopougon, 1978. De jour comme de nuit, les rues débordent de vie : gamins, poules, hommes d’affaires, cousins, marchands, ménagères, frimeurs, fêtards enivrés et amoureux tourbillonnent, se croisent et se bousculent. Et surtout, il y a des filles, à l’aube de l’âge adulte, qui ont soif de liberté et qui ne manquent pas d’idées pour se jouer de leurs envahissants patriarches.

« Oui, tu fais comme si tu pouvais aller loin dans les études.
– Oui Kêh ! Je ne veux pas finir en séries « C », moi.
– C’est quoi « séries C », même ?
– Coiffure, couture et chasse au mari.
– Ah ! Ah ! Ah ! »

Les dialogues sont savoureux, l’histoire prenante comme un sitcom. On s’attache aux personnages qui dansent, flirtent, s’entraident, se brouillent pour mieux se réconcilier. Tout cela est raconté, avec un mélange désarmant d’humour et de lucidité, par Aya – dix-neuf ans de clairvoyance, de charme et de volonté à tracer sa route comme elle l’entend. Tout en respectant les choix différents que font ses deux meilleures amies.

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Marguerite Abouet, qui s’est inspirée de ses souvenirs de jeunesse à Abidjan, nous livre un témoignage coloré d’un quartier populaire et d’une époque. On s’y croirait. J’ai beaucoup aimé aussi le trait vivant et expressif, porté par une palette de chaudes couleurs. Clément Oubrerie insuffle aux personnages comme aux décors une touche d’ironie toujours empreinte de tendresse qui répond parfaitement aux mots de l’autrice. Ensemble, ils produisent une BD joyeuse et divertissante dont je ne suis pas surprise qu’elle ait connu un tel succès, dans le monde francophone et bien au-delà !

Merci beaucoup à Sophie pour cette découverte.

Lu en juillet 2020 – Folio, 7,51€

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Les culottées. Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, de Pénélope Bagieu (Gallimard, 2016)

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C’est d’abord un objet-livre qui nous tend les bras, avec sa couverture brillante et espiègle, son titre intriguant, ses planches modernes et colorées. Je me suis donc plongée avec gourmandise dans les destins incroyables de ces « culottées » qui, chacune à sa manière, résistent obstinément aux attentes et aux injonctions pour suivre leur voie. Ce volume, ainsi que le second tome paru un an plus tard, représentent un travail remarquable, à juste titre récompensé par les prix les plus prestigieux, dont le Eisner Award l’année dernière.

Extrait 2Pénélope Bagieu met en lumière des trajectoires aussi stupéfiantes que méconnues, qu’il aurait été mortifiant de ne pas découvrir ! Je pense, par exemple, à Annette Kellerman, sirène sportive et subversive qui révolutionna le maillot de bain féminin, ou même Leymah Gbowee, malgré son prix Nobel de la paix. Ou encore Wu Zetian, alors qu’elle a été impératrice de Chine au VIIe siècle. Certaines, comme Joséphine Baker, sont certes déjà célèbres, mais on se rend vite compte que les trompettes de la renommée sont loin de leur rendre justice.

Extrait 1

Ces destins sont condensés en quelques planches, avec humour et sensibilité. Et chacune de ces histoires est saisissante, bouleversante, mais inspirante : il y a quelque chose de jubilatoire à voir ainsi ces femmes repousser de toutes leurs forces les limites de leur horizon – et du nôtre par la même occasion. Elles incarnent un spectre immense et grisant de vies de femmes. Elles invitent à oser être soi-même et imaginer de nouveaux possibles.

Mes parents m’ont offert les deux tomes des Culottées pour mon anniversaire, dont la célébration a été (un peu) ternie cette année par le confinement. C’est qu’ils me connaissent décidément très bien ! Voilà la lecture parfaite pour faire le plein d’envies et d’ondes positives. Et vous savez ce qui me fait le plus plaisir ? C’est que mes deux garçons ont adoré se plonger dans ces portraits de femmes qui ne font que ce qu’elles veulent. Ils ont été captivés, chamboulés, ils ont voulu en parler, ont lu et relu ces planches sans se lasser.

Cette BD a été traduite en 17 langues et publiée dans plus de 22 pays, s’écoulant à 550 000 exemplaires. Elle a récemment fait l’objet d’une adaptation télévisée. Un coup de projecteur qui contribue à redonner leur place aux femmes qui restent largement invisibilisées dans la façon dont on écrit et apprend l’Histoire. Merci à Pénélope Bagieu pour son culot !

Sacrées sorcières, de Pénélope Bagieu (Gallimard, 2020)

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Voici LA bande-dessinée que nous ne pouvions pas manquer cette année : l’adaptation de l’un de nos romans préférés de Roald Dahl, par la talentueuse Pénélope Bagieu !

Il fallait être sacrément culottée pour se lancer dans ce projet. D’abord, pas évident de condenser en un seul tome, même de 300 pages, une intrigue aux multiples rebondissements qui présente plusieurs arcs narratifs secondaires. Pas facile non plus de voir comment intégrer plusieurs monologues assez longs dans le roman, que ce soit l’exposé de la grand-mère sur les sorcières au tout début, ou l’épouvantable discours de la Grandissime sorcière. Peut-être plus difficile encore de croquer ces personnages célébrissimes, tellement associés dans notre imaginaire aux illustrations géniales de Quentin Blake !

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J’ai été ravie de voir ces défis relevés haut la main, grâce à une réappropriation du roman qui lui reste toutefois fidèle. Évidemment, comme nous connaissons l’histoire par cœur, les discussions sont allés bon train sur les moindres détails qui avaient été (légèrement) modifiés ou adaptés. Le changement principal est que l’insatiable Bruno Jenkins est devenue une sympathique fillette, ce que je n’ai pas trouvé plus mal : j’adore l’humour grinçant de Roald Dahl, mais sans doute ne raillerait-il plus les enfants gros de la même manière s’il écrivait aujourd’hui ? Et une héroïne, pourquoi pas, pour former un duo intrépide avec notre petit protagoniste. J’ai apprécié aussi le petit clin d’œil féministe aux épisodes de chasse aux sorcières glissée dans l’histoire.

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Le trait vif et malicieux de Pénélope Bagieu campe à merveille les personnages et le décor ! Le ton est donné par l’énergie et les couleurs de la couverture, qui vient sublimer un objet-livre par ailleurs très attrayant avec son titre et sa tranche jaunes. Les personnages sont merveilleux, à l’image de cette grand-mère loufoque et inépuisable, qui cache une tendresse désarmante derrière ses caleçons léopard, ses grandes lunettes et sa moumoute violette. Nous avons aussi adoré la Grandissime sorcière en agitatrice de haine perchée sur ses talons aiguille. Et les décors ! Notamment ce digne hôtel anglais de la plage de Brighton ! Et cette scène apocalyptique jubilatoire qui fait voler en éclats tout ce petit monde bien ordonné !

Grandissime

Cette pépite d’humour noir est une vraie gourmandise pour celui ou celle qui a dévoré le roman. Pour les autres aussi : je me réjouis déjà à l’idée de tous ces lecteurs en herbe qui vont découvrir les écrits fantastiques de Roald Dahl grâce à cette BD. On en redemande et on en vient à espérer que Pénélope Bagieu s’attaquera à d’autres monuments du roman jeunesse…

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