Les culottées. Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, de Pénélope Bagieu (Gallimard, 2016)

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C’est d’abord un objet-livre qui nous tend les bras, avec sa couverture brillante et espiègle, son titre intriguant, ses planches modernes et colorées. Je me suis donc plongée avec gourmandise dans les destins incroyables de ces « culottées » qui, chacune à sa manière, résistent obstinément aux attentes et aux injonctions pour suivre leur voie. Ce volume, ainsi que le second tome paru un an plus tard, représentent un travail remarquable, à juste titre récompensé par les prix les plus prestigieux, dont le Eisner Award l’année dernière.

Extrait 2Pénélope Bagieu met en lumière des trajectoires aussi stupéfiantes que méconnues, qu’il aurait été mortifiant de ne pas découvrir ! Je pense, par exemple, à Annette Kellerman, sirène sportive et subversive qui révolutionna le maillot de bain féminin, ou même Leymah Gbowee, malgré son prix Nobel de la paix. Ou encore Wu Zetian, alors qu’elle a été impératrice de Chine au VIIe siècle. Certaines, comme Joséphine Baker, sont certes déjà célèbres, mais on se rend vite compte que les trompettes de la renommée sont loin de leur rendre justice.

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Ces destins sont condensés en quelques planches, avec humour et sensibilité. Et chacune de ces histoires est saisissante, bouleversante, mais inspirante : il y a quelque chose de jubilatoire à voir ainsi ces femmes repousser de toutes leurs forces les limites de leur horizon – et du nôtre par la même occasion. Elles incarnent un spectre immense et grisant de vies de femmes. Elles invitent à oser être soi-même et imaginer de nouveaux possibles.

Mes parents m’ont offert les deux tomes des Culottées pour mon anniversaire, dont la célébration a été (un peu) ternie cette année par le confinement. C’est qu’ils me connaissent décidément très bien ! Voilà la lecture parfaite pour faire le plein d’envies et d’ondes positives. Et vous savez ce qui me fait le plus plaisir ? C’est que mes deux garçons ont adoré se plonger dans ces portraits de femmes qui ne font que ce qu’elles veulent. Ils ont été captivés, chamboulés, ils ont voulu en parler, ont lu et relu ces planches sans se lasser.

Cette BD a été traduite en 17 langues et publiée dans plus de 22 pays, s’écoulant à 550 000 exemplaires. Elle a récemment fait l’objet d’une adaptation télévisée. Un coup de projecteur qui contribue à redonner leur place aux femmes qui restent largement invisibilisées dans la façon dont on écrit et apprend l’Histoire. Merci à Pénélope Bagieu pour son culot !

Sacrées sorcières, de Pénélope Bagieu (Gallimard, 2020)

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Voici LA bande-dessinée que nous ne pouvions pas manquer cette année : l’adaptation de l’un de nos romans préférés de Roald Dahl, par la talentueuse Pénélope Bagieu !

Il fallait être sacrément culottée pour se lancer dans ce projet. D’abord, pas évident de condenser en un seul tome, même de 300 pages, une intrigue aux multiples rebondissements qui présente plusieurs arcs narratifs secondaires. Pas facile non plus de voir comment intégrer plusieurs monologues assez longs dans le roman, que ce soit l’exposé de la grand-mère sur les sorcières au tout début, ou l’épouvantable discours de la Grandissime sorcière. Peut-être plus difficile encore de croquer ces personnages célébrissimes, tellement associés dans notre imaginaire aux illustrations géniales de Quentin Blake !

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J’ai été ravie de voir ces défis relevés haut la main, grâce à une réappropriation du roman qui lui reste toutefois fidèle. Évidemment, comme nous connaissons l’histoire par cœur, les discussions sont allés bon train sur les moindres détails qui avaient été (légèrement) modifiés ou adaptés. Le changement principal est que l’insatiable Bruno Jenkins est devenue une sympathique fillette, ce que je n’ai pas trouvé plus mal : j’adore l’humour grinçant de Roald Dahl, mais sans doute ne raillerait-il plus les enfants gros de la même manière s’il écrivait aujourd’hui ? Et une héroïne, pourquoi pas, pour former un duo intrépide avec notre petit protagoniste. J’ai apprécié aussi le petit clin d’œil féministe aux épisodes de chasse aux sorcières glissée dans l’histoire.

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Le trait vif et malicieux de Pénélope Bagieu campe à merveille les personnages et le décor ! Le ton est donné par l’énergie et les couleurs de la couverture, qui vient sublimer un objet-livre par ailleurs très attrayant avec son titre et sa tranche jaunes. Les personnages sont merveilleux, à l’image de cette grand-mère loufoque et inépuisable, qui cache une tendresse désarmante derrière ses caleçons léopard, ses grandes lunettes et sa moumoute violette. Nous avons aussi adoré la Grandissime sorcière en agitatrice de haine perchée sur ses talons aiguille. Et les décors ! Notamment ce digne hôtel anglais de la plage de Brighton ! Et cette scène apocalyptique jubilatoire qui fait voler en éclats tout ce petit monde bien ordonné !

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Cette pépite d’humour noir est une vraie gourmandise pour celui ou celle qui a dévoré le roman. Pour les autres aussi : je me réjouis déjà à l’idée de tous ces lecteurs en herbe qui vont découvrir les écrits fantastiques de Roald Dahl grâce à cette BD. On en redemande et on en vient à espérer que Pénélope Bagieu s’attaquera à d’autres monuments du roman jeunesse…

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Sixtine, tome 1 : L’Or des Aztèques, de Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac (Éditions de la Gouttière, 2017)

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« Elle a peut-être pas de bateau, mais elle a la classe, cette petite. »

Sixtine ne sait pas grand-chose de son père, mort alors qu’elle était encore toute petite. Les émotions de sa mère sont encore trop vives pour qu’elles puissent vraiment parler de lui. Si Sixtine doit composer avec cette absence qui lui pèse, elle est flanquée, depuis la disparition de son père, d’un improbable trio de pirates-fantômes qu’elle semble être la seule à voir. Des anges-gardiens qui ne seront pas de trop pour l’aider à faire face aux problèmes matériels de son foyer et surtout aux dangers liés à l’histoire de son père…

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Ce premier tome plante le décor de la série, à la frontière entre un univers réaliste et un monde surnaturel peuplé de pirates, de fantômes et de grimoires, dont on ne fait encore qu’entrevoir les contours. Toute la famille a pris un immense plaisir à faire la connaissance de Sixtine, une héroïne comme nous les aimons, pur produit d’éducation pirate : pull à capuche, cheveux bleus en bataille, rêveuse mais déterminée, dotée d’une curiosité à toute épreuve et d’un arsenal de jurons digne du capitaine Haddock. La tendresse bourrue de ses trois compagnons de bord est irrésistible. Le scénario de Frédéric Maupomé est réussi, autour d’une trame addictive. Impossible de ne pas brûler d’en savoir plus sur l’histoire de ce père mystérieux et sur les péripéties à venir.

Aude Soleilhac campe l’univers de Sixtine à merveille, de son trait vif et expressif. Les dessins sont très travaillés – j’ai particulièrement aimé les décors nocturnes qui semblent baigner dans une lumière magique. Les pirates sont plus vrais que nature, mais néanmoins parfaitement camouflés dans le quotidien de lycéenne de Sixtine !

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En toile de fond des péripéties qui s’enchaînent avec rythme, les deux auteurs parlent, d’un ton juste et tendre, du deuil, des secrets, de l’âge de l’adolescence et de la valeur de l’entraide.

Cet alliage parfaitement dosé d’aventure, d’humour et de profondeur a immédiatement propulsé cette série parmi les favorites d’Antoine et de Hugo. Foi de pirate !

L’avis de Bouma est disponible ici.

Lu et relu – Éditions de la Gouttière, 13,70€

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Les Vermeilles, de Camille Jourdy (Actes Sud, 2019)

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En ces temps de confinement où les enfants doivent trouver chaque jour de quoi s’occuper une fois les devoirs terminés, notre bibliothèque se révèle un vrai trésor. Je suis toujours étonnée de la capacité de Hugo d’y dénicher exactement les lectures qui correspondent aux préoccupations du moment (son frère aussi, mais sa prédilection pour les séries-fleuves fait que ses choix sont moins variés en ce moment !). Quand les inquiétudes se sont faites trop grandes, il a demandé à lire de beaux albums apaisants – La balade de Koïshi et Émerveillements. Et depuis quelques jours, il répand un peu partout dans l’appartement des Robinsonades (Robinson, Vendredi ou les autres jours…), mais aussi des livres permettant de s’évader très loin (de Max et les Maximonstres à Histoires de fleuves en passant par Le voyage de Darwin et Cap sur les îles !). J’en suis convaincue : les escapades les plus dépaysantes ne sont pas offertes par des expéditions, si exotiques soient-elles, mais par le pouvoir infini de l’imaginaire. Je n’ai donc pas été surprise de voir que Hugo relisait aujourd’hui une pépite en la matière, j’ai nommé la BD Les Vermeilles, de Camille Jourdy !

Jo est haute comme trois pommes, mais aussi hardie que déterminée. Ne trouvant pas sa place dans la famille recomposée de son père, elle n’hésite pas une seconde à s’enfoncer dans la forêt. Puis à emboiter le pas à de curieuses petites créatures bavardes, quitte à entrer dans un tunnel obscur… pour déboucher dans un monde où souffle un vent de fantaisie, une sorte de quatrième dimension où l’univers des contes percuterait celui des années 1970. Très vite, on ne s’étonne plus de voir de petits enfants aux oreilles de chats côtoyer un cyclope en Birkenstocks et un crocodile en blouson de cuir, sous la direction musclée d’un renard mal léché. Car l’heure est grave : tout ce petit monde a décidé de s’élever contre le despote qui terrorise le pays. Ce dernier organise justement un bal costumé : notre fine équipe ne devrait pas avoir de mal à s’infiltrer dans sa forteresse…

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Vermeilles_2Cette BD est d’abord un objet livre hors du commun, hypnotique, débordant de générosité tant dans les couleurs que dans le format (plus de 150 pages !). Je l’avais déjà dit ici, Camille Jourdy n’a pas son pareil pour saisir d’un trait rond et malicieux tout ce qui fait le charme de l’esprit de l’enfance. L’histoire est prenante et pleine de rebondissements, prenant un tour épique avant de nous prendre de court avec des pages plus oniriques, voire psychédéliques… Les dessins à l’aquarelle fourmillent de détails et clins d’œil réjouissants que l’on découvre au fil des lectures. Les dialogues sont savoureux, mêlant l’ironie, l’absurde et de petites phrases qui résonnent comme des comptines. Comme Jo, on rentre grandi et galvanisé de cette étrange aventure initiatique.

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Quelle vermeille quand les livres repoussent les frontières de ce que nous pouvions imaginer ! On en oublierait presque, comme Hugo qui choisit décidément très bien ses lectures, que nous sommes confinés entre quatre murs…

Lu et relu depuis décembre 2019 – Actes Sud BD, 21,50€

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L’étymologie avec Pico Bogue, de Dominique Roques et Alexis Dormal (Dargaud, deux volumes parus en 2018 et 2019)

Les enfants adorent les mots de toutes sortes – ceux qui sont nouveaux et qu’ils cherchent à caser à tout prix dans la conversation juste pour le plaisir, ceux qui sont particulièrement longs ou biscornus, ceux qui riment, qui sont passés de mode, les « gros » mots, le verlan et les néologismes… L’idée de Dominique Roques et Alexis Dormal est donc géniale : nous faire découvrir le sens et l’étymologie des mots les plus variés, à travers de courtes scènes de la vie quotidienne de Pico Bogue et sa sœur Ana Ana.

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En une à quelques pages, ces épatants mouflets révèlent l’origine et les liens de parenté des mots, nous faisant prendre conscience de la façon surprenante dont leur sens évolue. Saviez-vous par exemple que le mot « mot » vient de l’onomatopée « mu » qui a, plus tard, donné le mot latin « muttum » ? Que les mots « aiguilles », « âcres », « acier » et « acerbe » ont la même origine ? De même que dicter et dictateur ? Ou que « coquelicot » vient de l’onomatopée du cri du coq, dont la crête partage la même couleur ? Qu’étymologiquement, discours signifie une course en tous sens ?

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Pour être franche, j’ai hésité à proposer cette BD à Antoine et Hugo après l’avoir rapidement feuilletée, craignant que le propos ne soit trop pédagogique pour les séduire. Le retour enthousiaste de mon amie Colette m’a finalement convaincue de la découvrir ensemble. Force est de constater que nous aurions eu tort de nous en priver !

Les garçons ont tout simplement adoré. La mise en scène pleine de malice les a beaucoup amusés, par exemple grâce aux running gags qui montrent un Charlie récalcitrant, réquisitionné par son ami Pico pour illustrer des mots à grand renfort de mimes et déguisements auxquels il ne s’identifie pas franchement. Les dessins, avec leur charme enfantin et leur humour espiègle, ne sont pas en reste. Mais surtout, les saynètes montrent très bien les atouts que l’on peut retirer d’une fine connaissance de la langue en termes de répartie et de négociation. Un enseignement qui n’est pas tombé dans l’oreille de sourds…

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Le volume 1 couvrait les lettres A et B, le 2 les lettres C, D et E (avec, mystérieusement, « zizi » en fin de volume). Encore beaucoup de gags et de révélations en perspective !

Pour les amoureux de la langue et, plus généralement, toutes celles et ceux qui aiment rire !

Lu et relu depuis février 2020 – Dargaud, 15€ par volume

Eli & Gaston. L’esprit de l’automne, de Ludovic Villain et Céline Deregnaucourt (Ankama Éditions, 2019)

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Aussi curieux que cela puisse paraître, lorsque Éli apprend que ses parents ne peuvent pas prendre de vacances et qu’elle passera l’été avec son chat (Gaston) chez sa grand-mère, elle ne se félicite pas de cette opportunité de se confiner au vert à l’abri des gouttelettes du coronavirus… La maison, à mille lieux de la civilisation et du moindre écran, n’est-elle pas excessivement isolée ? Quels sont ces bruits et ces ombres nocturnes qui réveillent Éli et Gaston ? Pourraient-ils venir de la forêt voisine, sur laquelle courent de curieuses légendes ? Un immense lieu luxuriant, mais où le silence est assourdissant…

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Toute la famille a pris beaucoup de plaisir à faire la connaissance de ce jeune duo auteur-illustratrice avec cette BD. La composition dynamique, les couleurs vives et le trait rond de Céline Deregnaucourt sont très attrayants. Elle représente, avec un plaisir communicatif, la forêt dans ce qu’elle a de plus merveilleux et inquiétant – univers improbable, évoquant à la fois les bergères guerrières et Mon voisin Totoro. Les deux protagonistes sont campés à merveille : Éli, pleine de vie et de caractère, et Gaston, boule de poils dont la gloutonnerie et la froussardise n’ont d’égale que sa drôlerie…

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Éli & Gaston_4Nous avons été séduits par ces personnages, ainsi que celui de la grand-mère un peu sorcière… L’amorce de l’intrigue, construite comme un thriller, est particulièrement réussie, avec un dosage parfait entre frisson et humour. Les rencontres d’Éli et Gaston réservent de multiples surprises qui piquent notre curiosité. J’ai trouvé que la suite et le dénouement n’étaient pas tout à fait à la hauteur. J’aurais notamment aimé en savoir plus sur cet esprit de l’automne qui rôde et qui, en l’état, reste un peu insondable. Cela dit, Antoine et Hugo n’ont fait qu’une bouchée de cette BD et je suis très admirative que les auteurs parviennent à proposer une telle qualité sur 136 pages. Je suis certaine que les petits lecteurs dès l’école primaire seront ravis de découvrir un tome de cette envergure, mais dans un registre très enfantin.

Une belle aventure initiatique, vitaminée par toute une palette de belles couleurs !

Lu en mars 2020 – Ankama Éditions, 19,90€

L’émouvantail (tomes 1 et 2), de Renaud Dillies (Éditions de la Gouttière, 2019)

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Ce n’est pas parce qu’on est fait de paille, de bois et de haillons qu’on ne ressent rien ! Tous les amateurs de littérature le savent depuis leur rencontre avec Pinocchio, le petit soldat de plomb d’Andersen ou encore la poupée Scoubidou imaginée par Pierre Gripari : les objets fabriqués et entretenus avec suffisamment d’amour peuvent prendre vie. C’est ainsi que l’épouvantail de l’histoire devient un adorable émouvantail qui met tout son cœur à sa mission de repousser les oiseaux. Mais voilà, ces volatiles multicolores ne manquent ni d’aplomb, ni d’arguments, ni de potentiel de sympathie pour plonger notre émouvantail dans le doute : sera-t-il capable d’être à la hauteur de la tâche ? En a-t-il vraiment envie, au fond ? Mais à laisser les oisillons picorer les semis, ne risque-t-il pas de devenir inutile et de finir sa vie dans la cheminée ? Cette vie, d’ailleurs, vaut-elle vraiment d’être vécue dans la solitude de celui qui, ni tout à fait objet, ni tout à fait humain, se sent irrémédiablement différent ?

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À la manière des contes, l’histoire de l’émouvantail cristallise, en quelques pages, les sentiments universels qui font le sel (et le miel) de l’existence. De son pinceau chatoyant, Renaud Dillies compose un petit monde étrange et poétique dans lequel tous les éléments, des animaux aux végétaux en passant par la lune ou le vent semblent animés d’une volonté propre. Surtout la nuit, lorsque le décor est plongé dans un halo bleuté qui crée une ambiance un peu magique.

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En quelques traits et avec une énergie portée par la composition très dynamique des cases, son dessin nous emporte dans un tourbillon d’émotions et de mouvements. L’émouvantail, en particulier, est campé à merveille, dans sa sensibilité, sa maladresse et ses pensées tour à tour sombres ou fleuries. Vous lui ferez bien une place dans votre potager ?

Deux albums plein de charme, doux comme un paysage printanier, à mettre sous la dent des enfants à partir du plus jeune âge !

L’avis de Bouma est disponible par ici !

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Lu en février 2020 – Éditions de la Gouttière, 10,70€ par tome

Arthur et la corde d’or, de Joe Todd-Stanton (Sarbacane, 2019)

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Il est certes tout petit, mais il a plus d’un tour dans son sac ! Arthur n’a jamais été du genre à faire comme tout le monde, mu par une irrésistible curiosité, une soif d’exploration confinant à la témérité. Lorsqu’une bête terrible s’en prend à son village viking, personne ne compte sur lui. Mais Arthur n’écoute que son courage…

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Voilà une perle de bande-dessinée qui va émerveiller petits et grands ! Pour sa première bande-dessinée, le talentueux Joe Todd-Stanton, dont nous avions déjà adoré les albums (voir ici par exemple), puise son inspiration dans une mythologie nordique dont on découvre tout le charme. Cette Islande de forêts et de glaces, de cavernes et de falaises offre un décor envoûtant aux aventures d’Arthur. Il s’agit-là d’une véritable épopée, avec ce qu’il faut d’épreuves, de territoires à explorer, d’alliances à créer et de monstres à terrasser.

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Tout cela est superbement illustré, avec de ravissantes couleurs chaudes et une multitude de petits détails à savourer au fil des lectures. La mise en page est particulièrement dynamique, alternant cases et grandes doubles-pages dans lesquelles Arthur n’est plus qu’une petite silhouette obstinée dans un panorama immense…

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Une histoire pour rêver, s’évader dans un univers magique et prendre confiance en soi. Un tome qui se suffit parfaitement à lui-même, mais dont on est ravi d’apprendre qu’il sera suivi d’autres albums. Bravo !

Lu en décembre 2019 – Sarbacane, 13,50€

La Grande Forêt. Le pays des Chintiens, d’Anne Brouillard (Pastel, 2016)

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Connaissez-vous déjà le pays des Chintiens ? Non ? C’est pourtant une contrée qui a de quoi fasciner n’importe qui, avec ses montagnes et ses marécages, ses îles, ses forêts de bouleaux et ses déserts… Une culture singulière aussi, avec ses propres journaux et festivals, ses cabanes et tout un bestiaire de petits habitants tous plus surprenants les uns que les autres. Vous n’en auriez donc jamais entendu parler ? À votre décharge, il faut reconnaître qu’on trouve difficilement le pays des Chintiens sur un atlas habituel. Cela dit, grâce à Anne Brouillard, il est maintenant possible d’en découvrir différentes régions grâce à deux « objets littéraires non-identifiés », entre album illustré, bande-dessinée et documentaire…

Ce premier voyage nous entraîne au pays du lac tranquille, en compagnie de Killiok, sympathique créature que l’on situerait peut-être à mi-chemin entre le chien et le moumine, et de son amie humaine Véronica. S’il pourrait être agréable de rester bien au chaud pour regarder tomber la pluie, les deux complices décident de partir à la recherche de leur ami Vari Tchésou qui n’a plus donné de nouvelles depuis des mois. Leur périple s’annonce mouvementé : la forêt est dense, des inconnus ont été aperçus, des lumières brilleraient la nuit et les êtres les plus inattendus sillonnent le coin pour se rendre à un étrange festival…

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Chintiens_fouetCette histoire est de celles où le chemin compte plus que la destination. On se régale de multiples curiosités, des développements d’une intrigue souvent à la limite de l’absurde, mais aussi des rencontres et des petits moment de bonheur : le plaisir de préparer tous les détails de l’expédition ; de planter sa tente dans un splendide panorama ; ou tout simplement de partager une tasse de café fumant en contemplant la forêt du haut d’un promontoire…

On plonge avec délice en immersion dans un pays au charme scandinave, qu’Anne Brouillard jubile, à l’évidence, à imaginer dans ses moindres détails, cartes topographiques, dessins et schémas à l’appui !

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Les illustrations au crayon, à l’encre et à la plume sont le reflet de cette imagination, fourmillant de détails, incarnant la grande forêt de façon vibrante, nous donnant presque l’impression que les arbres ont des yeux et que chaque buisson pourrait s’animer d’une minute à l’autre. La forme à mi-chemin entre album et BD est très réussie, à la fois fluide et dynamique.

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Mes garçons aiment les histoires aux confins de la réalité et celles où humains et animaux se côtoient. Ils sont complètement entrés dans ce monde imaginaire. Ils ont immédiatement voulu relire cet album plusieurs fois de suite et partager avec nous les scènes les plus drôles. Cette lecture, tout en restant tout à fait singulière, m’a rappelé de magnifiques souvenirs de romans de Michael Ende (cette ligne de chemin de fer au milieu de nulle part…), d’albums de Claude Ponti (je pense à Ma vallée par exemple), mais aussi par exemple des aventures de Fifi Brindacier dans lesquelles elle part en expédition seule avec ses amis dans une nature aussi enthousiasmante qu’inquiétante.

Un album fascinant, parfait pour s’évader à mille lieux du quotidien !

Les avis de Bouma, de Linda et de Pépita sont en ligne.

Lu en décembre 2019 – Pastel (L’école des loisirs), 18€

Toni, de Philip Waechter (Rue de Sèvres, 2019)

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Toni_extrait 1.jpgQuel gamin n’a-t-il pas rêvé de posséder enfin [tel objet] indispensable, agrémenté des gadgets les plus astucieux et d’un design dernier cri ? Il faut dire que les publicitaires ne renoncent à rien pour vendre du rêve aux enfants et faire céder cette cible facile aux sirènes du consumérisme… Toni, lui, désespère de porter un jour des chaussures de football clignotantes du légendaire joueur Renato Flash. Mais voilà, non seulement sa mère ignore tout de Renato Flash, mais elle s’obstine à prôner des valeurs anti-consuméristes, allant même jusqu’à envisager de fêter Noël sans cadeaux ! Toni décide donc de prendre les choses en main et de gagner lui-même de quoi acheter ses chaussures. Et il ne manque pas d’idées et de ressources pour en venir à ses fins !

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L’auteur-illustrateur Philip Waechter est déjà très connu en Allemagne, notamment pour ses jolis albums jeunesse dont plusieurs ont été traduits en français (Nos grandes vacances (sous une petite tente), Papa pas à pas, À deux, c’est tellement mieux…). Il se lance ici avec bonheur dans la bande-dessinée avec un album au charme enfantin. Amusant, agréable, facile à lire grâce au chapitrage court qui dynamise le récit, il ravira tous les enfants qui retrouveront sans aucun doute des situations qui leur sont familières. Le trait est tendre et plein de vie, dans la droite ligne des dessins de Sempé – même si j’ai été déroutée par le choix de placer chaque chapitre sous le signe d’une couleur particulière. Les personnages sont attachants : difficile de résister à la gentille obstination de Toni, à l’énergie de sa troupe de copains indéfectibles ; à la mère aussi, qui sait si bien faire grandir son fils avec bienveillance.

On rigole de bon cœur des distractions et des embûches qui compliquent le projet de Toni – comme lorsqu’il tergiverse douloureusement à l’idée de vendre son vieux camion au marché aux puces… Mais au-delà des petites blagues, les péripéties de Toni entrent en résonance avec des questions bien de notre temps, pointant les dérives du consumérisme, la valeur des liens amicaux et familiaux. Mais aussi celle de l’effort et du travail, un thème finalement peu traité dans l’album contemporain. Cette BD est aussi un bel hommage à l’enfance en Allemagne, où les horaires d’école laissent énormément de temps libre et de latitude pour donner libre cours à sa créativité entre copains… Tous ces thèmes ont énormément parlé à Antoine et Hugo qui se sont délectés de cette lecture.

Une chouette BD à la fois légère et sérieuse, incontournable à l’approche de la période de Noël. Une grande réussite qui méritait amplement sa place dans la shortlist du plus grand prix allemand de littérature jeunesse !

Lu en octobre 2019 – Rue de Sèvres, 12€