La forêt en mon cœur, d’Adolfo Serra (2017)

La Forêt en mon coeur

Une parenthèse contemplative, une bulle d’oxygène, un voyage onirique en étrange compagnie, une promenade les yeux grands ouverts pour prendre le temps d’observer chaque détail merveilleux du monde… L’album de l’auteur espagnol Adolfo Serra est une invitation à suivre son petit héro hors de la ville et à s’évader au cœur de la forêt. Je n’en dirai pas plus afin de ménager l’effet intriguant de cette belle couverture qui attire la curiosité face à cette étrange forêt et à la petite silhouette qui semble s’y recueillir – curiosité à laquelle personne, chez nous, n’a pu résister !

La forêt en mon cœur est un album sans texte dont les illustrations esquissées à l’encre, à l’eau et à l’aquarelle, toutes en délicatesse, permettent au lecteur de s’approprier de ce cheminement avec sa propre subjectivité. Voyez plutôt :

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En parcourant cet album avec Antoine et Hugo, j’ai réalisé à quel point les silhouettes à peine esquissées, les zones de flou et les contrastes entre clair et obscur peuvent donner lieu à des interprétations personnelles : la forêt apparaîtra sombre ou lumineuse, inquiétante, mélancolique, miraculeuse ou réconfortante ; la solitude apaisante ou angoissante ; la foule rassurante ou indifférente ; la ville familière ou stérile ; le voyage bref ou très long… L’absence de texte laisse libre-cours à l’imagination ! Je garde ma propre interprétation pour moi pour mieux laisser les prochains lecteurs développer la leur.

Et quelle que soit la lecture, cet album a finalement quelque chose de réconfortant. Car même lorsqu’on se sent isolé, comme il est bon d’avoir au fond de soi une forêt, un petit arbre qui grandit et un ami imaginaire… Et un jour, on se rend peut-être compte qu’on n’est pas le seul à se sentir un peu marginal et à apprécier les parenthèses contemplatives. À moins que ce ne soit le contraire : qu’adviendrait-il si la forêt n’existait plus que dans le cœur d’un enfant perdu au milieu de la ville ?

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Si mes garçons ont découvert cet album avec curiosité, il me semble presque que sa complexité et sa portée philosophique (quelle mise en abîme à la fin de l’album !) le destine à de « grands » lecteurs. Merci beaucoup aux éditions Balivernes de nous avoir permis de découvrir cet album unique !

Lu en octobre 2018 – Balivernes édition, 15€

Madame Pamplemousse et ses Fabuleux Délices (de Rupert Kingfisher, 2008 pour l’édition originale en anglais)

Pour concocter un délicieux petit roman jeunesse anglais, prenez une sélection de personnages décalés, loufoques, excessifs ou grotesques (voire tout cela à la fois). Ajoutez une bonne dose de mystère, une pincée de rêves merveilleux, un soupçon de magie et, si vous avez cela sous la main, un chef d’État ou de gouvernement… Nappez le tout de ce qu’il faut de second degré, c’est prêt !

Il n’y a pas à dire, il y a un truc avec les romans jeunesse d’outre-Manche. Roald Dahl, David Walliams et, en l’occurrence, Rupert Kingfisher exercent sur nous la même sorte de fascination. Ces auteurs partagent une même capacité à nous faire délicieusement douter face à des personnages équivoques. À nous faire retomber en enfance, face à l’évocation de transgressions réjouissantes et de rêves merveilleux. Mais aussi, il faut bien le reconnaître, à nous communiquer la satisfaction de voir des personnages déplaisants pris à leur propre jeu…

Ce petit roman illustré nous entraîne dans la boutique tenue, à Paris, par Madame Pamplemousse et son redoutable acolyte, le chat Camembert. Voyez plutôt :

Mme P

« Quelque chose, dans cette boutique, donnait la chair de poule. C’était en partie dû aux ombres projetées par les flammes des chandelles qui dansaient sur les murs, longues et élancées ; c’étaient aussi les marchandises, qui semblaient presque vivantes : on avait l’impression que les fromages soupiraient doucement, et que les chapelets de saucisses chuchotaient de leur voix sèche et gorgée d’ail. »

 

 

 

Madeleine, la nièce de l’infâme monsieur Lard (lui-même le propriétaire d’un restaurant douteux), est loin d’imaginer ce qui l’attend le jour où elle pousse la porte de l’épicerie ! Quand à l’insondable Madame Pamplemousse, ses secrets culinaires ont de quoi attiser toutes les convoitises, mais elle semble avoir plus d’un tour dans son sac…

« Pour une raison mystérieuse, une bouteille s’est renversée sur la plus haute étagère et vous dégouline sur la tête. Pour comble de malchance, cette bouteille contient de l’huile concentrée de « démon vert », un petit piment extraordinairement virulent, qui poussait autrefois au Pérou et que les Incas vénéraient à l’égal d’un dieu. Sa puissance est telle qu’une simple goutte est plus brûlante que le curry le plus épicé au monde. Je suis au regret de vous informer, monsieur, que plusieurs de ces gouttes viennent, je crois d’atterrir sur votre crâne. »

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Ce premier opus des aventures de Madeleine, recommandé par Pepita que je remercie chaleureusement au passage, a été un véritable ravissement de lecture – immédiatement adopté à l’unanimité par toute la famille. L’ironie transparaît dès la couverture, dont la première impression donnée par son aspect rose et brillant est rapidement mitigée en discernant les détails… L’intrigue est captivante, l’écriture drôle et percutante, les délices de Madame Pamplemousse appétissants, avec juste ce qu’il faut de second degré sur la cuisine française. Quel bonheur de retrouver une forme d’enthousiasme que nous n’avions connue qu’avec Roald Dahl ! Espérons que de nombreux petits lecteurs s’en régaleront encore et gageons que cette lecture leur donnera envie de se mettre aux fourneaux !

« C’est le cuisinier lui-même qui donne de la saveur à sa cuisine : son caractère, ses rêves, ses sourires, ses larmes. Ton oncle est une brute. Sa cuisine aura toujours ce goût-là. »

Si vous doutez encore, regardez donc aussi l’avis de Linda par ici !

Lu à voix haute en octobre 2018 – Albin Michel Jeunesse, 8,50€

madame pamplemousse

 

Les Minuscules, de Roald Dahl (1991 pour l’édition originale en anglais)

« Interdite, interdite, la forêt,
Facile d’y entrer,
Impossible d’en sortir. »

Voici le genre de petites chansons égrenées par les adultes pour dissuader les enfants d’entrer dans le grand bois sombre qui jouxte le jardin de Petit Louis. Mais… comme tout ce qui lui est proscrit, la « forêt interdite » est terriblement excitante ! Une forêt aux arbres immenses peuplés de monstres et d’étranges habitants, pleine de mystères et de secrets – mais est-il bien vrai qu’il est impossible d’en sortir ? En tout cas, il est impossible de ne pas se laisser happer par la course effrénée de Petit Louis à travers ce bois un peu magique, contée avec tout le génie de Roald Dahl !

Avez-vous déjà remarqué à quel point le simple fait d’entrer dans une forêt stimule l’imagination des enfants ? Il suffit de découvrir des fraises des bois ou des champignons, de trébucher sur une branche cassée, de poser sa main sur un tronc rugueux, de repérer les traces d’un animal dans le sous-bois, de devoir traverser un petit ruisseau… et déjà abondent les rêves de cabane, de brigands, de vie sauvage, de découvertes scientifiques et de chasse aux trésors. Mais aussi les frissons réminiscents des contes de notre enfance qui montrent bien qu’à trop s’enfoncer dans la forêt, on finit toujours par rencontrer l’une ou l’autre bête féroce !

forêtEscapade familiale en forêt – toujours l’occasion d’évoquer les nombreux contes, albums et romans qui la prennent pour décor…

Les Minuscules est un livre génial car il fait intensément écho à cet imaginaire enfantin. On ne peut pas ne pas avoir irrésistiblement envie d’explorer la forêt interdite, mais on ne peut pas non plus ne pas être terrorisé par les créatures effrayantes qui s’y cachent. L’écriture de Roald Dahl est très évocatrice ; son jeu sur les rythmes et les sonorités en fait un vrai plaisir de lecture à voix haute et donne l’impression d’entendre, ou même de sentir le souffle de quelque monstre sur notre nuque. Cette petite histoire, que nous avons lue et relue, a valu à Antoine et à Hugo des frissons parmi les plus délicieux ! Alors, resterez-vous à la lisière du bois ou oserez-vous explorer la forêt interdite ?

Lu et relu – Gallimard, 8,50€ (Nous avons également testé et beaucoup apprécié le livre lu, toujours chez Gallimard)

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Au-delà de la forêt de Nadine Robert et Gérard Dubois (2017)

Lu à haute voix en septembre 2018

Imaginez un petit village, à peine un hameau, perdu dans une forêt aussi effrayante qu’incommensurable.

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On a beau pressentir le danger, comment ne pas avoir irrésistiblement envie de savoir ce qu’il y a au-delà ? Existerait-il un moyen d’y parvenir sans se risquer à traverser ? Telle est l’intrigue passionnante de ce bel album qui a littéralement ravi les garçons qui lisent pourtant plus volontiers des gros pavés ces derniers temps… Cette idée de ne pas renoncer là où tous rebroussent chemin, de passer outre et de se poser un défi spectaculaire – tout cela leur a parlé à 100% ! Un peu comme l’avait fait Le secret du rocher noir, construit suivant à partir d’une intrigue similaire.

au-delà de la forêt

Le suspense est instauré dès la couverture (puisque le titre nous annonce qu’il s’agit d’aller au-delà de la forêt sans rien nous montrer qui dépasse l’horizon des deux protagonistes), puis délicieusement ménagé jusqu’à la dernière page. Mes petits auditeurs ont vibré de plaisir, à un point auquel je dois avouer que je ne m’attendais pas !

Mais il n’y a pas que cela : l’objet-livre est beau, avec sa couverture rigide et texturée et ses illustrations tellement « vintage » (on croirait presque retrouver un album de Beatrix Potter). À dire vrai, d’habitude, j’ai plutôt le coup de cœur pour les explosions de couleurs qui sont peut-être plus dans l’air du temps, comme par exemple – pour rester dans l’univers de la forêt – dans l’album Lotte, fille pirate, de Sandrine Bonini et Audrey Spiry.

Lotte fille pirate

Mais finalement, ce côté rétro, travaillé jusque dans les moindres détails, graphismes, couleurs un peu effacées, donne au livre des allures de conte et produit un effet réconfortant comme une madeleine de Proust. Tout fait du bien dans cette lecture : l’enthousiasme de mettre à exécution une idée folle, la satisfaction du travail effectué et du chemin parcouru pas à pas, la complicité du jeune héro avec son père, et le bel élan collectif et la solidarité déclenchée par leur projet qui pouvait pourtant paraître si démesuré à première vue. Un vrai album « feel-good », immédiatement adopté par Hugo comme livre de chevet !

Seuil jeunesse, 13,90€

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Le Yark, de Bertrand Santini (2011)

Lu à haute voix en septembre 2018

Mise en garde ! Lecture déconseillée avant de mettre les enfants au lit : risque élevé de fou-rire incontrôlable frisant l’hystérie… On a beau voir venir l’incroyable Bertrand Santini, après avoir dévoré Miss Pook, Hugo de la nuit et tous les tomes du Journal de Gurty, il y a de quoi rester bouche bée face aux aventures du Yark !

Monstre effrayant avide de chair d’enfant, le Yark est aussi… un animal en voie d’extinction. C’est que la pauvre bête a l’estomac fragile et ne digère que les enfants sages. Ne m’en demandez surtout pas plus, croyez-moi, il est préférable de ne pas entrer ici dans le détail des manifestations déplorables de cette faiblesse digestive. Toujours est-il que si cette créature pleine de scrupules préférerait mille fois se nourrir de gamins insupportables, elle n’a pas vraiment le choix :

« Les bons sentiments n’ont jamais nourri personne. Et surtout pas les monstres. La Nature, qui ne connaît pas de morale, se fiche malheureusement de ce qui est bien et de ce qui est mal. Et depuis la nuit des temps, force est de constater que ce sont toujours les plus gentils qui se font bouffer en premier. »

Comme beaucoup aujourd’hui, le Yark regrette donc amèrement les enfants bien élevés, propres et innocents de jadis et désespère de trouver de quoi se mettre sous la dent…

N’y allons pas par quatre chemins, tout est génial : l’objet livre est magnifique, la couverture et les illustrations (par Laurent Gapaillard) de toute beauté et pleines de poésie.

 

L’histoire qui s’amorce et se présente comme une fable en noir et blanc est en réalité bien plus complexe et nuancée que cela. Puisque notre sympathie va, évidemment, au Yark qui n’est finalement pas si monstrueux. Pleine d’ironie et d’impertinence (j’ai parfois pensé au Môme en conserve de Christine Nöstlinger, où le petit héros doit apprendre à désobéir pour s’en sortir…), l’histoire a fait hurler de rire les enfants. Ils se sont aussi beaucoup amusés du jeu de l’auteur sur le rythme et rimes souvent audacieuses !

« Son derrière à réaction lui fait franchir le mur du son. Et semblable au dieu Pégase, le Yark disparaît dans les étoiles, à fond les gaz. »

Cette langue magnifique si bien maniée par Bertrand Santini fait de ce livre un vrai bonheur de lecture à voix haute !

Tous les publics trouveront leur bonheur dans Le Yark : la cocasserie des péripéties du Yark fera rire petits et grands, son air effrayant ravira les amateurs de monstres, les plus âgés profiteront de l’association jubilatoire de l’ironie et de la poésie, ainsi que d’une double lecture incitant à réfléchir aux dérives actuelles comme aux limites de l’état de nature… Et tout cela en 76 pages, pas étonnant que ce livre soit déjà largement considéré comme un classique !

Grasset jeunesse, 12,50€

Le Yark

La potion magique de George Bouillon, de Roald Dahl (1981 pour la version originale en anglais)

Lu et relu ces dernières années (et écouté très souvent en audio-livre Gallimard lors de nos trajets entre la France et l’Allemagne…)

Qui n’a jamais joué, enfant, à préparer une potion magique avec ce qui lui tombe sous la main ? Mélanger, brasser et malaxer ensemble des ingrédients improbables, puis observer les effets, quitte à voir apparaître un mélange pétillant, bouillonnant, détonnant, voire explosif ? Petite fille, je crois me souvenir que j’ai même eu, une fois, l’autorisation de mettre une improbable mixture violette au four pour observer ce que ça donnerait…

Avec La potion magique de George Bouillon, le grand Roald Dahl nous permet de suivre de près une fabuleuse expérience de concoction de potion. Le petit George, laissé pour quelques heures seul à la maison par ses parents fermiers avec sa sorcière de grand-mère, ne fait pas les choses à moitié : rouge à lèvre, mousse à raser, peinture et beaucoup d’autres ingrédients – vous ne voulez tout de même pas que je vous donne la recette ? Car vous êtes probablement loin d’imaginer les effets stupéfiants de la mixture improvisée par George !

En ce 13 septembre, anniversaire de l’auteur célébré comme « Roald Dahl day » à travers le monde, comment ne pas en profiter pour donner envie de lire l’un de ses nombreux romans jeunesse – en choisissant peut-être un livre plutôt moins connu que les autres ? James et la grosse pêche, Le bon gros géant, Mathilda, Charlie et la chocolaterie, Sacrées sorcières, Les deux gredins, Fantastique Maître Renard… Impossible de dire lequel nous préférons. Mais ce qui est sûr, c’est que ce sont ces romans qui ont donné aux garçons le goût des « gros livres » et que ce sont probablement les seuls que nous puissions lire et relire indéfiniment sans JAMAIS nous lasser. Fous rire et crampes abdominales garantis à chaque relecture ! Et le succès remporté est identique auprès de tous les enfants avec lesquels nous avons partagé ces livres coup-de-cœur. Tout est génial : l’auteur sait parfaitement parler aux enfants, témoignant d’une capacité exceptionnelle à se souvenir de ce qui les fait trembler de terreur ou d’excitation (mais quel plaisir de voir mousser abondamment et joliment la mousse à raser de son père !) ; les illustrations de Quentin Blake sont sensationnelles ; l’intrigue est toujours captivante, les dialogues percutants et hilarants, les jeux de mots drôlissimes (chapeau aux traducteurs), le dénouement jubilatoire. On en sort avec l’impression de s’être bien défoulé. Et par chance, puisque certain(e)s ne manqueront pas de se demander, Antoine et Hugo n’ont à ce jour jamais eu l’idée d’essayer de répliquer les idées prodigieuses des héros de Roald Dahl…

Si vous avez la chance de ne pas encore connaître George Bouillon et ses acolytes nés de l’imagination époustouflante de Roald Dahl, n’hésitez pas, foncez vers la librairie la plus proche ! Happy Roald Dahl day !

Extraits

« Un samedi matin, la mère de Georges Bouillon dit à son fils :
– Je vais faire des courses au village. Sois sage et ne fais pas de bêtises.
Voilà exactement ce qu’il ne faut pas dire à un petit garçon, car cela lui donne aussitôt l’idée d’en faire ! »

« Oh ! Oh ! pensa soudain Georges. Ah ! Ah ! Eh ! Eh ! Je sais exactement ce que je vais faire. Je vais lui préparer une nouvelle potion, une potion si forte, si violente et si fantastique qu’elle la guérira complètement ou lui fera sauter la cervelle ! »

« C’était simple, il mettrait tout ce qui lui tomberait sous la main. Pas d’hésitation, pas de question, pas d’embrouillamini. Tout ce qu’il trouverait de coulant, gluant ou poudreux, il le jetterait dans le chaudron. »

Folio Junior, 6,90€

George Bouillon happy roald dahl day

Cliquer ici pour accéder au cahier d’activité proposé par Gallimard jeunesse, en l’honneur du Roald Dahl day !

Le dragon de mon père, de Ruth Stiles Gannett (1948 pour l’édition originale en anglais)

Lu en mai 2016 et relu en mai 2018

La lecture du Cavalier du dragon de Cornelia Funke nous a donné l’idée de redécouvrir ce petit livre que nous avions lu avec beaucoup de plaisir il y a deux ans, sur les conseils de notre amie Amanda que nous remercions au passage ! Ce roman décalé et très divertissant nous plonge dans les aventures d’Elmer, petit garçon téméraire parti à la rescousse d’un bébé dragon retenu captif sur l’île Sauvage. Parviendra-t-il à survivre aux terribles danger que lui réserve l’île et à réaliser son rêve de voler à dos de dragon ?

Antoine et Hugo ont autant adoré ce roman à 7 et 8 ans qu’ils l’avaient apprécié à 5 et 6… L’histoire est racontée de façon simple et percutante, sans détour et de façon souvent très drôle. Les dialogues sont particulièrement réussis et évoquent un peu, dans le contexte français, les contes du chat perché de Marcel Aymé. L’humour vient de l’absurdité des situations – départ seul du petit garçon pour un long et périlleux périple, animaux anthropomorphes aux personnalités fortes, objets insolites qu’Elmer tire de son sac de voyage pour déployer les stratégies de diversion les plus absurdes afin d’échapper aux fauves… En même temps, la narration du point de vue du fils du héros (en désignant ce dernier comme « mon père » tout au long du récit), crée un décalage par rapport à cet univers absurde en donnant l’impression d’une histoire vraie arrivée à un proche – et nous rassure, comme l’a justement souligné Antoine, sur le sort de ce protagoniste puisqu’on peut en déduire qu’il deviendra adulte et père !

Ce court roman richement illustré ravira sans aucun doute tous les jeunes lecteurs (ou auditeurs) aimant l’aventure et l’humour. L’intrigue est très efficace et nous conduit sans aucun détour de la rencontre entre Elmer et un mystérieux chat de gouttière à un final délirant et hilarant. Très lu aux Etats-Unis, il reste méconnu en France et c’est bien dommage car il offre un très bon support pour se lancer dans la lecture d’un premier roman !

Extraits

« – Quand je serai grand, je veux avoir un avion. Ce serait pas merveilleux de pouvoir aller partout où on en a envie en volant ?
– Tu aimerais vraiment voler, vraiment ? demanda le chat.
– Si j’aimerais? Je ferais tout, rien que pour ça.
– Mouaif, dit le chat, si tu en as tellement envie, je crois que je sais comment tu pourrais voler même si tu n’es encore qu’un petit garçon.
– Tu veux dire que tu sais où je pourrais trouver un avion ?
– Mouaif, pas exactement un avion. Quelque chose d’encore mieux. »

« En s’éveillant le lendemain matin, mon père avait très faim. Alors qu’il cherchait s’il ne lui restait rien à manger, quelque chose lui tomba sur la tête. C’était une mandarine. Il avait dormi juste sous un arbre couvert de belles, grosses mandarines. Il se souvint alors qu’il se trouvait sur l’île de Mandarine et que des mandariniers sauvages y poussaient un peu partout. Mon père en cueillit autant qu’il pouvait en emporter, c’est-à-dire trente et une, puis se mit en chemin pour trouver l’île Sauvage. »

« Il marcha toute la nuit, et deux événements inquiétant se produisirent. D’abord, il eut besoin d’éternuer, et il éternua, et quelqu’un à côté de lui dit :
– C’est toi, Singe ?
Mon père répondit :
– Oui.
Alors la voix dit :
– Singe, tu portes quelque chose sur ton dos ?
Et mon père répondit :
– Oui.
Parce que c’était vrai. il avait son sac à dos sur le dos.
– Qu’as-tu donc sur le dos, Singe ? demanda la voix.
Mon père ne savait que répondre parce que, qu’est-ce-qu’un singe pourrait bien porter sur son dos, et puis comment s’y prendrait-il pour le faire savoir à des gens, au cas où il porterait véritablement quelque chose ?
– Savais-tu qu’aucun explorateur n’a jamais quitté cette île vivant? dit le troisième tigre.
Mon père pensa au chat et se dit que ce n’était pas vrai. Mais bien sûr il avait trop de bon sens pour l’exprimer. On ne contredit pas un tigre qui a faim. »

Nathan, 1991, disponible seulement d’occasion (des versions PDF existent aussi en ligne!)

dragon de mon père