Le meilleur Karlsson du monde, d’Astrid Lindgren (Livre de Poche, 1968 pour l’édition originale en suédois, 2008 pour la traduction française)

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Nous ne présentons plus Karlsson – l’ami à hélice, si impossible et effronté qu’il en devient irrésistible ! Cette année, Hugo et moi avons décidé de relire les trois tomes de cette série qui nous avait tant enchantés il y a quelques années. Après les tomes 1 (Karlsson sur le toit) et 2 (Le retour de Karlsson sur le toit), nous avons redécouvert ce tome 3 dans lequel rien ne va plus. Karlsson a été aperçu en train de survoler le quartier et le journal offre une récompense pour le retrouver… De quoi attiser la curiosité du voisinage et la convoitise des pires bandits ! Dans ces conditions, Petit Frère renonce aux vacances en famille et reste à la maison pour veiller sur son ami. Entre les tentatives obstinées de la redoutable Mme Bouc pour mettre de l’ordre dans le foyer, les lubies d’un oncle désagréable qui s’invite chez les Svantesson et les farces de Karlsson, il va avoir fort à faire !

Comme toujours chez Astrid Lindgren, il souffle un vent de liberté sur ce roman. Comme d’autres personnages imaginés par cette grande autrice, Karlsson ne se laisse pas dompter. Il fait fi des règles et des conventions, se laisse porter par son imagination, vit et joue au gré de ses idées et de ses envies. Mais contrairement à Fifi Brindacier ou à Ronya, fille de brigand, qui portent haut leurs valeurs de liberté, mais restent à chaque instant soucieuses du bonheur de leur entourage, Karlsson semble mu avant tout par des motivations égoïstes. Dans ce tome 3, il monte en puissance et redouble d’effronterie, dans une surenchère à la fois déconcertante et… réjouissante. Car le bonhomme se permet à peu près tout ce que beaucoup d’enfants aimeraient pouvoir faire sans (heureusement) pouvoir se l’autoriser : il se vante sans vergogne, refuse de partager, s’empiffre à longueur de journée, ne recule devant aucun excès lorsqu’il s’agit de jouer jusqu’au bout, dit tout haut tout ce qui lui passe par la tête, fête son anniversaire tous les quatre matins…

On est souvent désolé pour son entourage qui fait les frais de ces frasques. En même temps, Petit Frère tire de la fierté de l’amitié singulière qui le lie à Karlsson et semble prendre confiance en lui au fil des tomes. On voit bien ici qu’il a appris, au contact de son ami, à manier l’ironie et à s’affirmer. Et in fine, les idées farfelues de Karlsson finissent toujours par faire, un peu malgré lui, le bonheur de son entourage…

Une jolie lecture dont le charme des années 1960 n’a pas pris une ride, à faire découvrir sans hésiter aux lecteurs appréciant le second degré !

Extraits

« Quelle est cette mystérieuse chose qui vole au-dessus de Stockholm ? D’après des témoins, un petit Tonneau volant particulièrement bruyant, ou un objet volant y ressemblant, a à plusieurs reprises été aperçu au-dessus des immeubles du quartier de Vasastan. La Direction générale de l’aviation civile n’est pas au courant de ce trafic aérien anormal, et pense qu’il pourrait s’agir d’un redoutable espion étranger qui surveillerait notre ville. Il est d’une importance capitale que la nature de ce phénomène soit tirée au clair et que l’objet volant soit capturé. »

« – Le meilleur des meilleurs copains du monde, c’est toi, Karlsson ! Et pourquoi tu arrives justement maintenant ?

– Devine. Tu as trois choix possibles, dit Karlsson. Soit c’est parce que tu me manquais, petit garçon ignorant, soit c’est parce que je me suis trompé de chemin en voulant faire un tour au Parc Royal, soit c’est parce que j’ai senti l’odeur de la bouillie. Allez, devine !

Le visage de Petit-Frère s’illumina.

– C’est parce que je te manquais, dit-il timidement.

– Raté ! dit Karlsson. Et je n’avais pas non plus l’intention de faire un tour au Parc Royal, alors inutile de le proposer. »

 

Lu à voix haute à l’automne 2016 et relu en juillet 2019 – Livre de Poche, 5,50€

Le retour de Karlsson sur le toit (d’Astrid Lindgren, 1962 pour l’édition originale en suédois)

Le retour de Karlsson sur le toit.jpgÀ la faveur des vacances (et oui, dans notre région de l’Allemagne, nous avons actuellement une pause de deux semaines de « Pentecôte » !), Hugo et moi avons poursuivi, avec la compagnie d’un autre petit lecteur de notre entourage, notre relecture des aventures de Karlsson. Je vous parlais récemment du premier volet, dans lequel nous apprenions à connaître ce curieux bonhomme équipé d’une hélice, certes très imbu de lui-même et un brin psychopathe, mais débordant d’idées nous assurant de ne jamais nous ennuyer. Nous le retrouvons à présent en très grande forme, n’ayant rien perdu de sa verve et de son imagination au cours de l’été passé chez sa grand-mère :

«  – Impossible de te dire à quel point je me suis amusé, répondit Karlsson en mâchant goûlument une saucisse. Je ne vais donc pas te le dire.
– Moi aussi je me suis bien amusé, rétorqua Petit-Frère qui avait envie de raconter ses vacances à Karlsson. Elle est tellement gentille, ma grand-mère. Et tu n’imagines pas à quel point elle a été heureuse de me voir ! Elle m’a embrassé tellement fort…
– Pourquoi ?
– Parce qu’elle m’aime.
Karlsson arrêta de mâcher.
– Tu crois peut-être que ma grand-mère ne m’aime pas ? Tu crois peut-être qu’elle ne m’a pas embrassé tellement fort qu’elle a failli m’étouffer, parce qu’elle m’aimait ? Je vais te dire une chose : ma grand-mère a des petites mains de fer. Si elle m’avait aimé quelques centaines de grammes de plus, elle aurait mis fin à mes jours.
– Ah bon ? Alors, dans ce cas, elle embrasse vraiment très fort ta grand-mère, admit Petit-Frère.
Bien que les embrassades de sa propre grand-mère ne soient pas comparables à celles de la grand-mère de Karlsson, Petit-Frère savait qu’elle aimait son petit-ils. Il s’efforça de bien expliquer ça à Karlsson.
– Mais parfois, elle m’énerve, ajouta-t-il après un moment de réflexion. Elle n’arrêta pas de me dire de changer de chaussettes, de ne pas me battre avec Lars Jansson et plein d’autres trucs comme ça.
L’assiette étant vide, Karlsson la jeta par terre.
– Tu crois peut-être que ma grand-mère ne me répète pas tout le temps la même chose ! Tu crois peut-être qu’elle ne met pas son réveil à sonner à cinq heures du matin pour avoir le temps de me répéter que je dois changer de chaussettes et qu’il ne faut pas que je me batte avec Lars Jansson ?
– Toi aussi, tu connais Lars Jansson ? s’étonna Petit-Frère.
– Non ! Heureusement !
– Mais alors, pourquoi ta grand-mère…
– Parce qu’il n’y a personne au monde qui rabâche autant qu’elle. Tu vas peut-être finir par te mettre ça dans le crâne ! Toi qui connais Lars Jansson, comment peux-tu avoir le culot de dire que c’est ta grand)mère qui rabâche le plus ? Personne n’arrive à la cheville de ma grand-mère qui est capable de répéter toute une journée que je ne dois pas me battre avec Lars Jansson alors que je ne le connais même pas ! Et, entre nous, j’espère bien ne jamais le connaître ! »

Après ces retrouvailles mémorables et un grand ménage de rentrée tout aussi inoubliable, nos deux compères ont fort à faire : les parents de Petit-Frère sont en effet contraints de s’absenter et d’engager une gouvernante pour s’occuper des enfants. J’ai nommé : la redoutable Mlle Bouc ! Si celle-ci se targue de savoir être ferme avec les enfants, elle est loin de soupçonner à qui elle a affaire cette fois-ci…

« Les yeux de Karlsson se mirent à pétiller.
– Tu as beaucoup de chance, déclara-t-il. Le meilleur dompteur de bourriques du monde, tu sais qui c’est ? »

Les blagues de Karlsson sont toujours réjouissantes, les dialogues pleins d’ironie et les situations de plus en plus extravagantes. Un ravissement pour tous les enfants sages qui n’en apprécient pas moins de rire des bêtises des autres !

«  – Vous devriez avoir honte ! Il y a des milliers de gosses dans le monde qui paieraient cher pour manger un plat comme celui-là.
Karlsson sortit alors un bloc-notes et un crayon de sa poche.
– Pourrais-tu me donner le nom de deux d’entre eux ? demanda-t-il. »

Lu à voix haute à l’automne 2016 et relu en juin 2019 – Livre de Poche, 4,95€

Karlsson sur le toit (d’Astrid Lindgren, 1955)

Karlsson sur le toitPetit-Frère est le benjamin ordinaire d’une famille suédoise ordinaire habitant dans une rue ordinaire de Stockholm. Il éprouve les plaisirs et les frustrations d’un gamin de son âge : il adore jouer avec ses deux amis et se blottir dans les bras de sa maman ; il se sent parfois seul par rapport à son grand frère et à sa grande sœur qui sont plus proches en âge ; et, avant tout, il adorerait avoir un chien. Rien que de bien ordinaire, me direz-vous. Mais notre histoire commence lorsque Petit-Frère fait une rencontre absolument extraordinaire : celle de Karlsson, petit bonhomme à la langue bien pendue et sûr de lui, débordant d’idées et d’imagination, et doté d’une hélice lui permettant de voler et de rejoindre sa petite maison… sur le toit de l’immeuble ! L’existence ordinaire de Petit Frère prend alors un nouveau tour, rythmé d’aventures incroyables. À tel point que toute la famille doute : Karlsson existe-t-il vraiment, ou seulement dans l’imagination de Petit Frère ?

Nous avions déjà dévoré les trois tomes des aventures de Karlsson à l’automne 2016, quand les enfants n’avaient que 5 et 7 ans. Depuis, Karlsson était devenu une référence incontournable de notre univers littéraire familial, que les enfants ont fait lire à toute la famille et que nous évoquons très régulièrement avec beaucoup de plaisir. À l’époque, les garçons s’étaient beaucoup identifiés à Karlsson qui se permet beaucoup de comportements proscrits : il se laisse complètement aller au jeu, expérimente tout ce qui lui passe par la tête sans tabou, se vante et ment sans vergogne, s’empiffre de sucreries, ne partage pas ses bonbons mais aime à jouer les justiciers… ravissant les petits lecteurs qui aimeraient parfois pouvoir se conduire ainsi ! En relisant le roman quelques années plus tard, les garçons se sont plus identifiés à Petit-Frère et indignés du comportement égoïste de Karlsson. Mais restent intacts le plaisir du jeu, qu’Astrid Lindgren sait si bien restituer, et l’amusement que procurent les répliques cultes de Karlsson (« Du calme, pas de panique ! » ou « Tout ça c’est purement matériel » quand il a détruit quelque chose…).

Je ne le répéterai jamais assez : quel dommage qu’Astrid Lindgren ne soit pas plus lue en France ! Chacun de ses livres est une ode à l’enfance et au jeu qui donne un plaisir de lecture intense aux petits lecteurs et lectrices qui commencent à lire des romans. Ils sont des références incontournables en Europe du Nord, en Allemagne ou en Russie et d’après Wikipedia, ils se sont vendus à plus de 165 millions d’exemplaires dans le monde. Pourquoi si peu d’écho chez nous ? Peut-être le côté transgressif, voire subversif d’une Fifi Brindacier, d’un Kalle Blomqvist, d’une Ronja fille de brigand ou d’un Karlsson sur le toit vont ils trop à rebours des principes éducatifs plus stricts qui prévalent en France ? Pour ma part, je tiens énormément à l’idée de permettre à mes enfants, par la littérature, d’imaginer des expériences, de rêver des aventures qui restent hors de portée dans la réalité…

Extraits :

« C’est seulement à ce moment-là que Petit-Frère se demanda comment il allait pouvoir monter sur le toit, lui qui ne savait pas voler.

– Du calme ! Pas de panique ! dit Karlsson. Tu grimperas sur mon dos et, hop !, on montera chez moi. Mais fais bien attention de ne pas mettre tes doigts dans mon hélice !

– Tu es sûr que tu auras la force de me porter ?

– On verra bien. J’espère que j’arriverai au moins à faire la moitié du chemin, malade et misérable que je suis. Mais j’aurai toujours la possibilité de te lâcher si je sens que je n’y arrive pas.

Petit-Frère trouvait l’idée d’être lâché à mi-chemin un peu inquiétante.

– Mais je suis sûr que ça va bien se passer, poursuivit Karlsson. À condition que mon moteur ne cale pas.

– Si tu cales, on tombe, fit remarquer Petit-Frère.-

Splash ! Tu as raison, mais tout ça c’est purement matériel, rétorqua Karlsson en faisant un geste nonchalant de la main. »

« Comme maman était fâchée avec Karlsson, il n’avait pas osé lui demander l’autorisation de l’inviter. Karlsson se mit à bouder comme jamais.

– Je ne joue plus si je ne suis pas invité, déclara-t-il. Moi aussi j’ai le droit de m’amuser !

– D’accord, je t’invite, se dépêcha de dire Petit-Frère.

Tant pis pour la réaction de sa mère. Organiser son anniversaire sans Karlsson n’était pas possible.

– Qu’est-ce qu’on va manger ? se renseigna Karlsson quand il avait fini de bouder.

– Un gâteau, bien sûr. Un gâteau avec huit bougies.

– Ah bon ? J’ai une proposition à te faire.

– Laquelle ?

– Demande à ta mère de te préparer plutôt huit gâteau avec une bougie ? »

 

Lu à haute voix en octobre 2016 et relu en mai 2019 – Le livre de Poche, 4,90€

Les cousins Karlsson, tome 1, de Katarina Mazetti (2013 pour la traduction en français)

Voici un petit roman d’aventures à la saveur acidulée et au charme suédois ! Dans une atmosphère sympathique digne de la série du Club des Cinq, quatre cousines et cousins accompagnés d’un chat apprennent à se connaître lors d’un été chez leur tante Frida. Cette artiste un peu extravagante vit seule sur une île pittoresque et leur laisse énormément de liberté pour explorer les lieux. Mais très vite, les indices d’une autre présence sur l’île se multiplient : bruits, visites nocturnes, fumée à l’autre bout de l’île… De quoi alimenter l’imagination fertile des cousins et les mettre sur la piste des intrus !

Cette histoire a été très appréciée par les garçons qui ont été captivés par l’intrigue, mais qui ont aussi beaucoup ri des frasques de Chatpardeur, des dialogues entre les enfants et des petites lubies de chacun. Quelle famille haute en couleurs ! Ce petit roman léger et sans prétention se lit donc très bien et nous a offert un bon moment de détente en famille. Facile d’accès, il peut être lu y compris à des enfants très jeunes.

Pour ma part (mais j’ai vingt-cinq ans de plus que le public ciblé par ce roman…), j’ai été un peu frustrée par quelques incohérences et par les modalités de « l’enquête » menée par les cousins – en pratique, surtout une recherche à travers l’île – et par sa résolution rapide, sans impliquer de véritable déduction comme dans d’autres romans d’enquête. J’ai peut-être aussi ressenti un excès de bons sentiments à la fin du roman, lorsque la petite histoire rencontre la grande – mais peut-être est-ce finalement une manière de parler de choses graves de l’actualité à de jeunes enfants…

Quoiqu’il en soit, le succès a été entier auprès des garçons qui ont très envie de continuer à suivre les aventures des quatre cousins avec les prochains tomes de la série !

Extraits

« Chatpardeur est un gros chat castré au pelage noir, roux, gris et blanc. Un automne, Bourdon a trouvé un petit chaton maigre et frigorifié au fond d’un bois. Elle a eu pitié de lui et a décidé de le ramener à la maison où elle l’a nourri avec tant d’énergie qu’il a atteint sept kilos en un rien de temps. Aujourd’hui, elle arrive à peine à le soulever. Chatpardeur adore surprendre les gens. Il saute et atterrit sur leurs genoux de tout son poids quand ils s’y attendent le moins. Au début, leur père a beaucoup râlé. Il n’aimait pas que le chat passe ses journées à somnoler sur son imprimante. Chaque fois qu’il imprimait quelque chose, Chatpardeur se réveillait et essayait d’attraper les feuilles avec sa patte, criblant ses rapports de recherche de trous de griffes. »

«  – Je sais ! Des pièges ! dit Bourdon. On va creuser un trou très profond avec des pieux bien pointus au fond et on recouvrira tout ça de branches pour que le trou ne se voie pas… Ou alors on peut dissimuler des cordes avec des nœuds coulants par terre, comme Robin des Bois dans la forêt de Sherwood, comme ça les bandits se prendront les pieds dedans et s’envoleront jusqu’aux cimes des arbres… »

Lu à voix haute en octobre 2018 – Éditions Thierry Magnier, 6,90€

Les cousins Karlsson

L’as des détectives, d’Astrid Lindgren (1948 pour la version originale en suédois, 1972 pour la traduction française)

Lu en avril 2018

L’auteure suédoise Astrid Lindren (1907-2002) est un pilier du patrimoine mondial de littérature jeunesse : ses livres se sont écoulés à plus de 144 millions d’exemplaires et d’après l’UNESCO, elle serait au quatrième rang des auteurs jeunesse les plus traduits dans le monde, après Enid Blyton, Hans Christian Andersen et les frères Grimm… Curieusement, Fifi Brindacier mise à part, les œuvres d’Astrid Lindgren semblent moins connues et populaires en France que dans d’autres pays comme l’Allemagne ou la Russie. Quel dommage quand on voit leur succès auprès des jeunes lecteurs (ou auditeurs) dans notre entourage ! Astrid Lindgren fait sans aucun doute partie de nos auteurs cultes et nous avons lu (et relu) Fifi Brindacier, mais aussi Karlsson sur le toit, Ronya, fille de brigand, Mio mon mio, Les farces d’Emile auxquels il faudra évidemment un jour consacrer un article sur ce blog !

Vous l’aurez compris, Astrid Lindgren est une valeur sûre et nous nous sommes donc procuré d’occasion L’As des détectives que nous n’avions pas encore lu. Ce petit roman de 150 pages nous plonge dans l’atmosphère estivale et paisible d’une petite ville suédoise où trois enfants jouent du matin au soir : Kalle Blomkvist, apprenti détective, Anders, chef du gang de la Rose blanche, et leur intrépide amie Eva-Lotte, fille du boulanger. Kalle désespère de jamais pouvoir mettre en pratique ses savoir-faire d’enquêteur dans cette ville où il ne se passe jamais rien… jusqu’au jour où, avec l’arrivée d’un mystérieux oncle chez Eva-Lotte, le garçon doit faire face à une affaire passionnante qui exigera les meilleurs réflexes !

Nous avons lu ce petit roman d’un trait et avec délectation pour plusieurs raisons. D’abord, les scènes de jeu des enfants, qui n’ont pas pris une ride, sont à la fois crédibles, prenantes et hilarantes. On s’y croirait et on se prend presque à regretter de n’avoir pas l’âge de monter un cirque ou de mener la guerre des deux roses contre la Rose rouge ! Ensuite, les dialogues sont très réussis et, eux aussi, souvent très drôles, démontrant le talent d’Astrid Lindgren pour restituer l’humour, l’insouciance et parfois la drôlerie propension à la vanterie des enfants. L’intrigue est en outre pleine de suspense et ce roman se lit d’un trait, avec des séquences vraiment palpitantes. On adore voir Kalle mettre en pratique les ficelles du métier inculquées par ses modèles, Sherlock Holmes, Hercule Poirot et Sir Peter Wimsey : collecte et analyse d’indices, empreintes digitales et de pneus, consignation systématique de tous les détails dans un carnet, filature. « Simple travail de routine ! ». Et toutes les scènes de jeu qui auraient pu sembler être des digressions prennent tout leur sens lors d’un final absolument décoiffant ! On comprend donc très bien comment Kalle Blomkvist est devenu l’un des personnages les plus célèbres d’Astrid Lindgren – c’est d’ailleurs en hommage au jeune détective que Stieg Larsson a nommé l’un des héros de Millenium Blomkvist. Il y a fort à parier que ce roman ravira tous les jeunes lecteurs comme il a captivé Antoine et Hugo!

Extraits

« Simple travail de routine, évidemment, mais être au courant de ce qu’une personne est susceptible d’acheter dans une quincaillerie peut vous en apprendre long sur le compte de ladite personne. »

« Sixte mit sur pied, sans conviction, un traité de paix comportant des clauses extrêmement dures pour les Blancs. Par exemple : acheter un sac de bonbons pour les Rouges avec la moitié de l’argent qu’ils recevaient chaque semaine. Si un Blanc rencontrait un Rouge dans la rue, il devait s’incliner profondément par trois fois et dire : ‘Seigneur, je sais que je ne suis pas digne de marcher à tes côtés’. »

Éditions Rageot, 1972, disponible seulement d’occasion (une édition plus récente a été publiée en 1981 par Folio Junior)

as des détectives