Nous ne présentons plus Karlsson – l’ami à hélice, si impossible et effronté qu’il en devient irrésistible ! Cette année, Hugo et moi avons décidé de relire les trois tomes de cette série qui nous avait tant enchantés il y a quelques années. Après les tomes 1 (Karlsson sur le toit) et 2 (Le retour de Karlsson sur le toit), nous avons redécouvert ce tome 3 dans lequel rien ne va plus. Karlsson a été aperçu en train de survoler le quartier et le journal offre une récompense pour le retrouver… De quoi attiser la curiosité du voisinage et la convoitise des pires bandits ! Dans ces conditions, Petit Frère renonce aux vacances en famille et reste à la maison pour veiller sur son ami. Entre les tentatives obstinées de la redoutable Mme Bouc pour mettre de l’ordre dans le foyer, les lubies d’un oncle désagréable qui s’invite chez les Svantesson et les farces de Karlsson, il va avoir fort à faire !
Comme toujours chez Astrid Lindgren, il souffle un vent de liberté sur ce roman. Comme d’autres personnages imaginés par cette grande autrice, Karlsson ne se laisse pas dompter. Il fait fi des règles et des conventions, se laisse porter par son imagination, vit et joue au gré de ses idées et de ses envies. Mais contrairement à Fifi Brindacier ou à Ronya, fille de brigand, qui portent haut leurs valeurs de liberté, mais restent à chaque instant soucieuses du bonheur de leur entourage, Karlsson semble mu avant tout par des motivations égoïstes. Dans ce tome 3, il monte en puissance et redouble d’effronterie, dans une surenchère à la fois déconcertante et… réjouissante. Car le bonhomme se permet à peu près tout ce que beaucoup d’enfants aimeraient pouvoir faire sans (heureusement) pouvoir se l’autoriser : il se vante sans vergogne, refuse de partager, s’empiffre à longueur de journée, ne recule devant aucun excès lorsqu’il s’agit de jouer jusqu’au bout, dit tout haut tout ce qui lui passe par la tête, fête son anniversaire tous les quatre matins…
On est souvent désolé pour son entourage qui fait les frais de ces frasques. En même temps, Petit Frère tire de la fierté de l’amitié singulière qui le lie à Karlsson et semble prendre confiance en lui au fil des tomes. On voit bien ici qu’il a appris, au contact de son ami, à manier l’ironie et à s’affirmer. Et in fine, les idées farfelues de Karlsson finissent toujours par faire, un peu malgré lui, le bonheur de son entourage…
Une jolie lecture dont le charme des années 1960 n’a pas pris une ride, à faire découvrir sans hésiter aux lecteurs appréciant le second degré !
Extraits
« Quelle est cette mystérieuse chose qui vole au-dessus de Stockholm ? D’après des témoins, un petit Tonneau volant particulièrement bruyant, ou un objet volant y ressemblant, a à plusieurs reprises été aperçu au-dessus des immeubles du quartier de Vasastan. La Direction générale de l’aviation civile n’est pas au courant de ce trafic aérien anormal, et pense qu’il pourrait s’agir d’un redoutable espion étranger qui surveillerait notre ville. Il est d’une importance capitale que la nature de ce phénomène soit tirée au clair et que l’objet volant soit capturé. »
« – Le meilleur des meilleurs copains du monde, c’est toi, Karlsson ! Et pourquoi tu arrives justement maintenant ?
– Devine. Tu as trois choix possibles, dit Karlsson. Soit c’est parce que tu me manquais, petit garçon ignorant, soit c’est parce que je me suis trompé de chemin en voulant faire un tour au Parc Royal, soit c’est parce que j’ai senti l’odeur de la bouillie. Allez, devine !
Le visage de Petit-Frère s’illumina.
– C’est parce que je te manquais, dit-il timidement.
– Raté ! dit Karlsson. Et je n’avais pas non plus l’intention de faire un tour au Parc Royal, alors inutile de le proposer. »
Lu à voix haute à l’automne 2016 et relu en juillet 2019 – Livre de Poche, 5,50€