Le voyage de Darwin (de Giacomo Scarpelli et Maurizio A.C. Quarello, 2019)

Ce n’est plus un secret, nous adorons voyager dans l’espace et dans le temps ! Nous nous en sommes donné à cœur joie avec ce bel album qui nous a entraînés à bord du Beagle, navire célébrissime pour avoir conduit Charles Darwin autour du monde, entre 1831 et 1836…

Le voyage de Darwin_couverture

L’histoire de cette expédition et des observations de la nature qui ont inspiré L’origine des espèces est racontée avec enthousiasme par Syms, un jeune mousse qui assiste le naturaliste dans ses recherches. Toute déformation professionnelle de chercheuse mise à part (les sciences naturelles sont d’ailleurs hors de ma portée !) : impossible de ne pas se laisser gagner par curiosité et la soif de savoir de Syms qui sont absolument communicatives ! Son regard attentif nous fait découvrir la faune et la flore de contrées lointaines, sublimées par les magnifiques illustrations – de la jungle amazonienne à l’Australie, en passant par la Patagonie et les îles Galapagos. Chaque lieu est la promesse de nouvelles aventures, de rencontres (souvent drôles !) et de découvertes… En toile de fond du récit d’aventures, l’auteur évoque très bien l’époque, marquée à la fois par le développement de méthodes d’enquête scientifique et par les résistances réactionnaires, la traite des esclaves et les colonialismes.

extrait_voyage Darwin.jpg

Les idées révolutionnaires de Darwin sont expliquées très simplement, au fil des échanges entre les deux protagonistes, dont on partage les interrogations, les conjectures et l’élan lorsque la résolution de l’énigme se présente !

Extrait 2_voyage de Darwin.jpg

Ce concentré d’aventures, de voyages, d’anecdotes animalières et de révolution scientifique a évidemment fait l’unanimité à la maison ! Merci beaucoup à l’éditeur de nous avoir permis de découvrir cet album.

Extraits

« Pour résoudre un mystère, le bon détective réunit les indices qu’il trouve çà et là et les relie entre eux pour démasquer le coupable. Ah, si le naturaliste pouvait faire pareil… »

« Paco, qui parlait anglais, nous apprit à lancer les bolas, l’arme dont se servent les gauchos pour chasser sans descendre de cheval : il s’agit de trois pierres enveloppées dans du cuir et reliées par une cordelette en forme de T ; on en prend une dans la main et on fait tournoyer les deux autres au-dessus de sa tête. Une fois lâchées, elles vont s’entortiller autour des pattes de la proie pour la bloquer. Charles Darwin tenta un lancer, mais ne réussit qu’à entraver les pieds de son propre cheval ! »

« Ce n’est pas un ballon, Syms, c’est un tatou ! Un mammifère capable de s’enrouler sur lui-même et qui oppose aux prédateurs sa carapace d’écailles. Tu as découvert un animal bien intéressant. Et il le serait encore plus s’il ne dormait pas à poings fermés.
– Je sais comment le réveiller en douceur… »

Lu à voix haute en mai 2019 – Sarbacane, 15,90€

La fille sans nom (de Maëlle Fierpied, 2019)

La fille sans nom_couverture

« Recherche garçon à tout faire
Contre gîte et couvert
S’adresser directement au mage Hélix.
À l’intérieur de cette péniche. »

Lorsque Camille, quinze ans, fugue pour échapper à ses parents surprotecteurs et à ses angoisses, elle est loin d’imaginer ce qui l’attend ! Embarquée à bord d’une péniche, elle découvre peu à peu un univers sombre, peuplé d’êtres effrayants et ravagé par des affrontements. Comment échapper à l’emprise du mage Hélix qui lui a fait signer un contrat maléfique ? À qui se fier dans le monde d’Éther ? Y-a-t-elle une place, et laquelle ?

 

Du fantastique, des rebondissements, des rencontres et une héroïne qui s’affirme sous nos yeux… Ce roman a de nombreux atouts pour séduire un lectorat adolescent. Celles et ceux qui suivent nos lectures savent que les goûts d’Antoine et de Hugo ne convergent pas toujours. En l’occurrence, La fille sans nom a su les emporter tous les deux dans le récit que nous avons donc lu sans fléchir (malgré les 510 pages !). Outre les péripéties, ils ont beaucoup apprécié la richesse de l’univers imaginé par Maëlle Fierpied – les formes de magie, la géographie et les particularités linguistiques d’Ether, les créatures qui la peuplent et les liens privilégiés de certains personnages avec la nature…

Ma propre lecture a été plus mitigée, avec surtout des difficultés à entrer dans l’histoire. Les personnages multiples m’ont semblé un peu lisses et manquant d’épaisseur pour être vraiment touchants, en positif comme en négatif. J’aurais par exemple aimé mieux cerner les motivations des « méchants »… L’intrigue est à la fois un peu longue à se mettre en place et flottante – il s’agit au départ pour Camille de se libérer de l’emprise d’Hélix, mais on découvre petit à petit que le cœur de l’histoire est ailleurs, si bien que j’ai pu avoir l’impression de naviguer à vue. Les péripéties s’enchaînent avec rythme, mais l’arc narratif général ne m’a pas toujours semblé tendu. Chacun des volets de l’histoire m’a évoqué d’autres romans fantastiques – Krabat, d’Ottfried Preussler dans les premiers chapitres, puis La quête d’Ewilan de Pierre Bottero, puis la mythologie grecque, Animal Tatoo de Brandon Mull et, à certains égards, Les Royaumes du Nord (de Philip Pullman), le Hobbit de Tolkien sur la fin… Les enfants ont aimé identifier ces parallèles, j’ai été pour ma part un peu déconcertée par ces réminiscences foisonnantes. L’écriture m’a parfois décontenancée aussi : la narration à la première personne change parfois de registre, avec une alternance de passages littéraires, de phrases plus courtes ressemblant à un récit oral et un ton parfois spontané, familier ou ironique que j’ai trouvé surprenant – mais qui, encore une fois, a beaucoup amusé les enfants !

Je mets donc volontiers mes réserves de côté, n’étant pas experte du genre fantastique et n’appartenant plus, depuis de nombreuses années, au lectorat ciblé par la collection. J’aurais d’ailleurs aussi des choses plus enthousiastes à dire, notamment sur la splendide couverture (tout un monde !) et sur le personnage de l’héroïne dont j’ai apprécié le courage, la droiture, la soif de liberté et la capacité à aller vers les autres dans un monde profondément hostile… De très belles valeurs !

La fin a déclenché des débats familiaux : série ou roman unique ? Une affaire à suivre !

Lu à voix haute en avril/mai 2019 – École des loisirs, 19€

Robot Sauvage (de Peter Brown, 2017)

Robot sauvageUn cargo, un naufrage, une caisse rescapée du désastre qui échoue sur une île perdue… S’en extrait Rozzoum 7134, robot intelligent, capable de se déplacer, de communiquer et d’apprendre à améliorer l’exécution des missions qui lui sont confiées – mais pas vraiment conçue pour les aléas de la vie sauvage. Cela dit, ayant été activée pour la première fois sur l’île, elle n’imagine pas un seul instant qu’elle n’y est pas à sa place. Et elle est dotée de toutes les ressources pour apprendre de ses erreurs et de l’observation de la nature !

 

« Comme tu le sais, cher lecteur, Roz avait toujours aimé rester aussi propre que possible. Mais elle tenait encore plus à rester en vie qu’à rester propre, alors notre robot décida qu’il valait mieux se salir. Roz allait se fabriquer un camouflage. »

 

Mais quel joli roman que celui-ci… Rien que l’oxymore du titre et l’intrigante couverture nous ont fait chavirer ! Cette robinsonnade moderne est écrite dans une belle langue imagée qui fait de ce livre un bonheur de lecture à voix haute et un bel hommage aux merveilles de la nature. À travers les mésaventures et l’initiation de Roz, Peter Brown soulève des questions véritablement passionnantes : sur l’entraide au-delà des différences (puisque les animaux surmontent leurs réactions farouches, voire hostiles vis-à-vis de cette créature qui leur semble d’abord monstrueuse) ; sur la nature et l’humanité (dans quelle mesure un robot peut-il, par mimétisme et par des déductions itératives, s’approprier les comportements que les être vivants adoptent instinctivement ?) ; mais aussi sur la manière dont l’intelligence artificielle peut déborder au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer, en détournant les règles suivant lesquelles elle a été programmée (« Le système d’exploitation du robot l’empêchait d’être violent, mais rien ne lui interdisait d’être agaçant. »).

Les personnages (enfin, les animaux et le robot !) sont très attachants et leurs dialogues pleins d’humour. Par exemple lorsque Roz, désemparée, se fait expliquer comment « jouer la maman » par une vieille oie :

« – Tu veux qu’il survive, n’est-ce pas ? fit l’oie.
– Oui, je veux qu’il survive, assura Roz. Mais je ne sais pas comment jouer la maman.
– Oh, ce n’est rien : il suffit de donner de la nourriture, de l’eau et un refuge à l’oison, de faire en sorte qu’il se sente aimé sans trop le couver, de le protéger du danger et de veiller à ce qu’il apprenne à marcher, à parler, à nager, à voler, à bien s’entendre avec les autres et à se débrouiller tout seul. C’est tout. Le rôle de maman, ce n’est pas compliqué ! »

 

Grâce aux illustrations qui parsèment le texte et à des chapitres très courts, le texte est accessible à de jeunes lecteurs. Impatient, Hugo (qui est actuellement en CE1) a d’ailleurs sans problème dévoré les 50 dernières pages tout seul… Lui qui adore les romans animaliers, il est complètement entré dans l’histoire et a été très ému par le destin de Roz. Antoine, qui est un peu plus grand et actuellement plutôt porté sur la fantasy, n’a pas été transporté. Moins intéressé que son frère par l’expérience de l’initiation du robot à la vie sauvage, il a trouvé que l’intrigue était trop lente à démarrer et s’est agacé de la brièveté des chapitres.

De mon point de vue, ce roman n’en reste pas moins éminemment original, à la fois intelligent et plein de tendresse et de surprises – jusqu’à la toute fin !

Retrouvez l’avis de Linda qui a eu mille fois raison de nous inciter à rencontrer Roz…

Lu à voix haute en avril 2019 – Gallimard Jeunesse, 13,50€

Pombo Courage (d’Émile Cucherousset et Clémence Paldacci, 2019)

Pombo courage_couverture.jpg

Pantoufles et tomahawk en forêt !

Une couverture ravissante, une histoire en forme de conte, un roman dans lequel on entre avec le sentiment réjouissant de renouer intensément avec l’enfance – son insouciance, son imagination et sa créativité sans bornes…

 

 

 

 

 

Les deux protagonistes de l’histoire ne pourraient pas être plus différents l’un de l’autre, mais nous rappellent forcément des personnes rencontrées dans la vraie vie ! D’un côté, Pombo, incorrigible pantouflard qui préfère vivre ses aventures en imagination, confortablement installé dans son fauteuil à bascule ; de l’autre, Java le casse-cou qui ne tient pas en place et ne recule devant aucun défi. Justement, sa dernière lubie a de quoi donner le vertige à Pombo : il s’agit de construire une cabane au sommet d’un chêne. Leur amitié résistera-t-elle à ce projet téméraire ?

Pombo Courage_extrait 1.jpg

Nous le savions depuis Truffe et Machin: avec son écriture vive et limpide, Émile Cucherousset n’a pas son pareil pour évoquer les jeux enfantins – nous avons pris autant de plaisir à le lire qu’à dévorer les romans d’Astrid Lindgren qui en parle si bien. Les illustrations douces et tendres de Clémence Paldacci donnent un charme irrésistible au roman et rendent joliment hommage à la forêt comme merveilleux terrain de jeux. On regretterait presque de ne plus avoir l’âge de construire de cabanes et de grimper aux arbres !

Pombo courage_extrait 2.jpg

Les dialogues débordent d’humour et d’esprit :
« – Java, pourquoi faudrait-il que ta cabane se trouve perchée tout là-haut ? Elle est très bien au sol.
– C’est pour voir le lointain, Pombo.
– Le lointain, je n’ai qu’à fermer les yeux pour le voir, Java.
– Ce n’est pas le lointain que tu vois. C’est le fond de ton imagination.
– Si tu crois que mon imagination a un fond… »

Ode au jeu et aux bonheurs simples de l’enfance, le roman célèbre aussi et surtout l’amitié qui transcende les différences, convainc de faire des concessions et peut fournir des ressources insoupçonnées pour parvenir à se dépasser…

Une merveilleuse lecture à voix haute ou un texte à lire seul. Émile Cucherousset parvient en effet à proposer un texte à la fois littéraire et accessible aux plus jeunes lecteurs. Nous vous mettons au défi de ne pas fondre de tendresse !

Un grand merci à Chloé Mary et à l’auteur pour l’envoi d’un exemplaire dédicacé qui m’est parvenu le jour de mon anniversaire !

Par ici pour les avis de Pepita, de Hashtagcéline et d’Aurélie

Lu à voix haute en avril 2019 – Éditions MeMo (Petite Polynie), 9€

La légende de Podkin le Brave, tome 2 : Le trésor du terrier maudit (de Kieran Larwood, 2019)

Podkin tome 2.jpg

Impossible de résister à l’envie de se suspendre de nouveau aux lèvres du barde pour apprendre la suite de la légende de Podkin le Brave ! Après nous être passionnés pour le premier volet intitulé Naissance d’un chef, nous avons été littéralement captivés par ce tome 2. Nous avons retrouvé Podkin, Paz et Pook dans le Terrier de Trou noir, où nous les avions laissés à l’issue d’une bataille remportée contre les redoutables Gorms. Quel est le mystère qui plane sur Trou noir et pourquoi la dague magique de Podkin s’y agite-t-elle sans cesse ? Le petit groupe de résistants parviendra-t-il à survivre et à mettre fin à la terreur semée par les Gorms ?

Quel plaisir de retrouver tout ce qui nous avait séduits précédemment ! Avant tout, le talent de conteur du barde qui agrémente ses récits de remarques avisées sur l’art de raconter : « Mais il n’est pas nécessaire de connaître les véritables réponses. C’est là qu’intervient l’art du conteur. Ce que tu m’as raconté n’est pas une histoire. Ce n’est que son squelette, quelques faits énoncés dans l’ordre sans aucun souffle de vie à l’intérieur. Le travail du conteur consiste à ajouter de la chair, de la peau au squelette. À donner vie au récit. Approprie-toi Sans-Famille, rends-le vivant avant de l’offrir à ton public. Le fait qu’il ne soit pas conforme au véritable Sans-Famille n’a aucune importance. Comme tu l’as dit, c’était il y a des milliards d’années. Qui est encore là pour te faire remarquer que tu te trompes ? »

Le conteur connaît indéniablement son affaire. L’intrigue est parfaitement calibrée pour nous tenir en haleine de la première à la dernière page. La quête de Podkin mêle juste ce qu’il faut de magie, d’humour et de souffle épique pour faire vibrer les jeunes lecteurs. Kieran Larwood continue de revisiter de façon très personnelle le genre de l’heroic fantasy, avec un protagoniste qui suscite facilement l’identification puisqu’il ne se comporte pas spontanément en héros. Pour le reste, il n’agit jamais seul, mais compte sur la force de l’entraide de personnages aux qualités complémentaires. La petite troupe s’étoffe d’ailleurs, faisant la part belle aux personnages féminins !

La plume est vive et se prête parfaitement à nos lectures à voix haute du soir. Le roman est très bien construit, avec un tournant donnant subtilement à penser que la légende pourrait avoir des répercussions sur le temps présent de la narration. La prudence excessive du barde et ses signes d’inquiétude aiguisent la curiosité autant que la grande bataille qui se profile entre lapins et Gorms…

Le trésor du terrier maudit confirme donc pleinement le talent de conteur Kieran Larwood, magnifié par de jolies illustrations en noir et blanc. Une lecture parfaite pour les jeunes lecteurs déjà friands de belle littérature. Il va de soi que nous serons prêts à l’automne pour le tome 3 !

Lu à voix haute en avril 2019 – Gallimard Jeunesse, 15,50€

 

Les sept étoiles du Nord, d’Abi Elphinstone (2019)

J01690_sept-etoiles-nord_sansrabats.inddL’un des plus grands charmes de nos lectures du soir est de nous extraire du quotidien pour nous entraîner dans des contrées lointaines, merveilleuses et surprenantes… C’est une expédition des plus captivantes que nous venons de faire à travers les terres polaires imaginées par l’autrice écossaise Abi Elphinstone ! Les sept étoiles du Nord nous transportent dans un univers de glaces, de forêts boréales et de tribus qui évoque la mythologie nordique et le souvenir d’autres pépites littéraires, en particulier La Reine des Neiges (celle de Hans-Christian Andersen, évidemment !), Les Royaumes du Nord de Philip Pullman, Le Club de l’Ours Polaire d’Alex Bell et l’album Anya et tigre blanc, de Fred Bernard et François Roca. Le prologue plante le décor en racontant la genèse du pays d’Erkenwald, une histoire de dieux et déesses stellaires à la magie puissante, mais aux relations conflictuelles qui se répercutent de façon dramatique sur le monde des hommes : « La plus petite déesse stellaire était jalouse de la puissance de l’étoile Polaire et voulait régner elle-même sur Erkenwald. Une nuit d’hiver, elle quitta la constellation et plongea vers la Terre. »

Dès les premières pages, je savais que ce roman allait captiver mes deux petits amateurs de mythologie ! On découvre ensuite la terrible reine des Glaces qui règne sur Erkenwald en semant la terreur et la division entre les tribus. Eska est retenue prisonnière dans son palais ; on lui prête un pouvoir mystérieux, mais elle ignore lequel puisqu’elle a été privée de tous ses souvenirs. Flint se risque à entrer dans le palais de la reine pour tenter de délivrer sa mère. Ils s’évadent ensemble, apprennent à se connaître et s’efforcent d’organiser la résistance…

Il s’agit là précisément du type de romans que j’aimerais trouver plus souvent pour mes petits dévoreurs de livres qui apprécient les textes longs permettant une immersion dans un univers singulier, mais qui sont encore trop jeunes pour beaucoup de lectures destinées aux adolescents et aux jeunes adultes. La magie et le souffle épique qui animent ce récit feront sans aucun doute vibrer ces lecteurs et lectrices en herbe qui se laisseront happer avec plaisir par l’intrigue et l’imagination d’Abi Elphinstone. Les personnages sont à la fois attachants et empreints de mystère, puisqu’ils se découvrent eux-mêmes au cours de l’aventure. L’héroïne, Eska, suscite l’identification et son lien particulier avec les aigles a beaucoup fait rêver les garçons. Ce récit initiatique porte de belles valeurs de liberté, de courage, de solidarité et d’ouverture au-delà des frontières. Alors certes, la vision du monde est manichéenne et je n’ai personnellement pas douté un seul instant de l’issue heureuse de l’aventure, mais ces caractéristiques sont celles qui font de ce roman une lecture adaptée pour de bons lecteurs à partir de l’école primaire…

L’objet-livre est très soigné : belle couverture mêlant lueurs boréales et scintillement des étoiles, tranche colorée, pages parsemées d’étoiles (à moins que ce ne soient des flocons de neige) et imprimées sur du papier recyclable…

Jeune fille et son aigle

Merci beaucoup à Gallimard Jeunesse de nous avoir permis cette expédition exaltante à travers les terres gelées d’Erkenwald ! Nous en sommes revenus ravis, avec l’impression d’avoir voyagé très loin…

Bonus : Le documentaire La Jeune fille et son aigle offre une très jolie manière de prolonger cette lecture, en découvrant une autre jeune fille qui apprend elle aussi à dresser des aigles, dans les montagnes de Mongolie.

 

Extrait : « Flint était assis dans le hamac de sa chambre et regardait la lumière du soir par une fenêtre ronde. Petite extension biscornue sur le côté de la cabane perchée où il habitait avec Tomkin et Blu, la chambre de Flint ressemblait davantage à un laboratoire. Les murs circulaires étaient tapissés de placards qui contenaient des centaines de bouteilles, flacons, ampoules et tubes à essai remplis de liquides bouillonnants. Il s’agissait d’inventions encore inabouties. Flint laissait toujours les portes des placards ouvertes quand il était dans la pièce : il préférait garder un œil sur ses expériences, au cas où quelque chose tournerait mal.
Il joua distraitement avec les fils argentés de son hamac. Il l’avait fabriqué à partir de rayons de lune et de toiles d’une espèce très rare (voire quasi éteinte) d’araignée des glaces. Au bout de plusieurs semaines d’expériences et de consultation de l’écorce où étaient gravées des formules sur la magie d’Erkenwald, Flint avait découvert que ce tissage assurait des rêves excellents.
Son regard glissa sur certaines de ses autres créations, alignées sur les plus hautes étagères. Un ballon en cuir de caribou rempli de vent, qui filait si vite quand on tapait dedans qu’il était presque impossible qu’un adversaire l’arrête. Une horloge météorologique, qui indiquait le temps qu’il faisait au lieu de l’heure en crachant des flocons de neige, des rayons de soleil ou de la brume, selon le cas. Un coffre où il avait enfermé un orage (qui lâchait de temps en temps un rot sonore) avec une pincée de poussière de lune, et qui, ouvert à minuit précisément, produisait pendant un mois des pièces d’argent. Il y avait aussi des lanternes alimentées par le soleil, des rouleaux de cordage en nuages tressés… »

Lu (d’un trait, ou presque !) à voix haute en février-mars 2019 – Gallimard Jeunesse, 15€

Hamaika et le poisson, de Pierre Zapolarrua (illustrations d’Anastasia Parrotto, 2018)

« Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau

Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est là-haut. »

Il y a plus de cinquante ans, Juliette Greco chantait déjà avec humour les obstacles aux relations unissant les êtres trop différents. Et de fait, les volatiles comme les animaux aquatiques préfèrent généralement rester entre semblables, méconnaissant et craignant les autres espèces. Mais heureusement, il y aura toujours des passeurs, des individus ouverts et curieux qui s’accommodent mal des frontières… Hamaika, par exemple : cette poule maigrichonne aux yeux clairs, plus intéressée par l’exploration du monde que par les grains à picorer dans la cour. Déterminée, elle sent pourtant bien à quel point elle est singulière parmi ses consœurs. Mais un beau jour, elle fait la rencontre d’un poisson. Un poisson tout aussi singulier… C’est le début d’une amitié qui est loin d’être une évidence, mais les deux compères débordent de créativité pour surmonter les petits obstacles pratiques !

Hamaika et le poisson_extrait 1.jpg

JonasCette fable de haute fantaisie est un concentré, en 70 pages à peine, de tout ce que nous aimons : des personnages drôles et attachants, des trésors d’imagination, des propos philosophiques à hauteur d’enfant et des aventures palpitantes. Les illustrations pleines de couleurs sont un plaisir pour l’œil et ont beaucoup parlé aux enfants (avec une palme pour le poisson qui tente de retenir sa respiration, qui les a fait rire aux éclats !). C’est un vrai roman arc-en-ciel que voilà ! Vous imaginerez aisément que nous n’en avons fait qu’une bouchée, ne boudant pas notre plaisir de voyager une fois encore en Petite Polynie, grâce à Chloé Mary que nous remercions chaleureusement pour cette nouvelle pépite.

Hashtagcéline et Pepita ont elles aussi aimé ce livre. N’hésitez pas à lire leurs avis ! 

 

Extraits

« Il en va des poules comme des autres animaux. Chacun préfère rester entre soi, entre poules en l’occurrence, sans souci de ce qui se passe ailleurs.
Mais il est quelques individus, parfois, un peu différents.
Hamaika était de ceux-là. »

« Elle voulait simplement aller plus loin, juste pour voir, savoir. Elle était curieuse de tout. Tout l’étonnait, l’enchantait. Tout était digne d’intérêt, d’observation minutieuse. »

« Plusieurs solutions furent discutées. Faire venir les autres poules sur la plage. Mais elles auraient trop peur, et auraient certainement refusé. Trouver un caillou creux rempli d’eau et le traîner avec Jonas jusqu’à la ferme. Hamaika n’en aurait pas la force. Entourer Jonas d’algues… C’était plus léger que le caillou mais ça ne permettrait pas à Jonas de respirer. Creuser un tunnel qui s’emplirait d’eau à marée haute et propulserait Jonas, comme porté par le souffle d’une baleine, au milieu de la cour de la ferme. Beaucoup trop long ! Et le tunnel se serait écroulé sous l’effet de la marée.
Alors Jonas essaya de retenir sa respiration à l’air libre pour voir combien de temps il pouvait ainsi tenir. Hamaika compta scrupuleusement ces essais d’apnée, mais ce n’était pas suffisant pour rejoindre la ferme. »

Lu à voix haute en mars 2019 – Éditions Memo (Petite Polynie), 9,50€

Hamaika et le poisson_couverture