Quelques lignes et nous voilà dans un huis clos, un entre-soi autosuffisant, un tout cohésif et hermétique où les individualités se dissolvent : dans cette famille bourgeoise des beaux quartiers de Paris, on ne parle qu’à la première personne du pluriel. « On sait que tout le monde n’a pas notre chance ; il y a des gens... Lire la Suite →
On m’appelle Demon Copperhead, de Barbara Kingsolver (Albin Michel, 2024)
« Déjà, je me suis mis au monde tout seul. Ils étaient trois ou quatre à assister à l’événement, et ils m’ont toujours accordé une chose : c’est moi qui ai dû me taper le plus dur, vu que ma mère était, disons, hors du coup. » La voix se pose d’emblée. Avec une gouaille qui n’appartient qu’à... Lire la Suite →
Le chardonneret, de Donna Tartt (traduction française chez Plon, 2014)
Du grand art ! Rien que l’incipit : quel talent pour décrire la paranoïa du narrateur terré dans une chambre d’hôtel à Amsterdam, quelle générosité dans la description du décor néerlandais, quelle virtuosité pour mettre d’emblée le récit sous tension ! Que fait cet homme new-yorkais aussi loin de chez lui ? Pourquoi l’air est-il aussi suffocant autour de... Lire la Suite →
La maison vide, de Laurent Mauvignier (Les éditions de Minuit, 2025)
La maison vide est une demeure d’un autre temps. Érigée sur les flancs d’un village à l’époque où la ville était un horizon lointain. Les lieux sont désormais déserts et il y a longtemps que la demeure n’est plus habitée que par un imposant piano et par quelques reliques. Des photos dont certaines portent les... Lire la Suite →
Un jeu sans fin, de Richard Powers (Actes Sud, 2025)
Richard Powers est joueur ! Il avance ses pions lentement mais sûrement, bien malin qui devinera la manière dont ils sont coordonnés. Ses différents fils narratifs progressent comme un banc de poissons : multiples, indépendants, chacun ancré dans un espace et un temps singulier, et pourtant gouvernés par une chorégraphie invisible qui, au terme de leurs... Lire la Suite →
Badjens, de Delphine Minoui (Seuil, 2024)
La voix de la narratrice claque : celle d’une adolescente indocile qui adore ses copines, la K-pop et les friandises, une jeune fille qui – comme des milliers d’autres à son âge – voit son corps changer. Ce qui différencie Badjens, c’est qu’elle vit en Iran, un pays où les femmes sont reléguées à la sphère... Lire la Suite →
Arcadie, de Emmanuelle Bayamack-Tam (POL, 2018)
La voix de Farah s’impose d’emblée – ce ton tonique et implacable d’ado dont on ne sait pas complètement s’il témoigne d’un sens de l’observation redoutable ou d’une ironie plus féroce encore. Il faut dire que la communauté de Liberty House offre à Farah un terrain propice. Ce havre en retrait du monde abrite un... Lire la Suite →
Le grand secours, de Thomas Reverdy (Flammarion, 2023)
Banlieue parisienne de Bondy, Seine-Saint-Denis, 7h30 : ce carrefour cerné entre autoroute, route nationale et canal où affluent les foules sur le chemin du lycée, du travail ou d’autres activités diverses, est d’emblée sous haute tension. Les perspectives du lycéen, de la prof de français et du poète parisien qui arrive pour donner des ateliers d’écriture... Lire la Suite →
Comment jouir de la lecture ? de Clémentine Beauvais (La Martinière, 2024)
Clémentine Beauvais m’en a convaincue, la lecture, c’est un peu comme le sexe. Pour se saisir de ce qui donne du plaisir, il faut d’abord travailler : déconstruire les inclinaisons qui nous semblent évidentes et naturelles, prendre conscience de ce qui les conditionne et de ce qu’on manque à cause de cela, expérimenter, échanger, réfléchir... Lire la Suite →
Le diplôme, de Amaury Barthet (Albin Michel, 2023)
« L’institution scolaire exigeait un rapport à la langue française et à la culture classique dont ils ne disposaient pas et qu’il était trop tard pour acquérir. Ils semblaient prisonniers d’un destin sociologique écrit d’avance, un TGV lancé à 300 kilomètres-heure vers le chômage, et aucun de mes conseils ne pourrait les faire dévier de leur... Lire la Suite →