La légende de Podkin le Brave, tome 2 : Le trésor du terrier maudit (de Kieran Larwood, 2019)

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Impossible de résister à l’envie de se suspendre de nouveau aux lèvres du barde pour apprendre la suite de la légende de Podkin le Brave ! Après nous être passionnés pour le premier volet intitulé Naissance d’un chef, nous avons été littéralement captivés par ce tome 2. Nous avons retrouvé Podkin, Paz et Pook dans le Terrier de Trou noir, où nous les avions laissés à l’issue d’une bataille remportée contre les redoutables Gorms. Quel est le mystère qui plane sur Trou noir et pourquoi la dague magique de Podkin s’y agite-t-elle sans cesse ? Le petit groupe de résistants parviendra-t-il à survivre et à mettre fin à la terreur semée par les Gorms ?

Quel plaisir de retrouver tout ce qui nous avait séduits précédemment ! Avant tout, le talent de conteur du barde qui agrémente ses récits de remarques avisées sur l’art de raconter : « Mais il n’est pas nécessaire de connaître les véritables réponses. C’est là qu’intervient l’art du conteur. Ce que tu m’as raconté n’est pas une histoire. Ce n’est que son squelette, quelques faits énoncés dans l’ordre sans aucun souffle de vie à l’intérieur. Le travail du conteur consiste à ajouter de la chair, de la peau au squelette. À donner vie au récit. Approprie-toi Sans-Famille, rends-le vivant avant de l’offrir à ton public. Le fait qu’il ne soit pas conforme au véritable Sans-Famille n’a aucune importance. Comme tu l’as dit, c’était il y a des milliards d’années. Qui est encore là pour te faire remarquer que tu te trompes ? »

Le conteur connaît indéniablement son affaire. L’intrigue est parfaitement calibrée pour nous tenir en haleine de la première à la dernière page. La quête de Podkin mêle juste ce qu’il faut de magie, d’humour et de souffle épique pour faire vibrer les jeunes lecteurs. Kieran Larwood continue de revisiter de façon très personnelle le genre de l’heroic fantasy, avec un protagoniste qui suscite facilement l’identification puisqu’il ne se comporte pas spontanément en héros. Pour le reste, il n’agit jamais seul, mais compte sur la force de l’entraide de personnages aux qualités complémentaires. La petite troupe s’étoffe d’ailleurs, faisant la part belle aux personnages féminins !

La plume est vive et se prête parfaitement à nos lectures à voix haute du soir. Le roman est très bien construit, avec un tournant donnant subtilement à penser que la légende pourrait avoir des répercussions sur le temps présent de la narration. La prudence excessive du barde et ses signes d’inquiétude aiguisent la curiosité autant que la grande bataille qui se profile entre lapins et Gorms…

Le trésor du terrier maudit confirme donc pleinement le talent de conteur Kieran Larwood, magnifié par de jolies illustrations en noir et blanc. Une lecture parfaite pour les jeunes lecteurs déjà friands de belle littérature. Il va de soi que nous serons prêts à l’automne pour le tome 3 !

Lu à voix haute en avril 2019 – Gallimard Jeunesse, 15,50€

 

Cargo (d’Adèle Tariel et Jérôme Peyrat, 2018)

Cargo

Un cargo s’apprête à larguer les amarres, dont le capitaine laisse un petit garçon endormi dans sa chambre… Mais même au large, à travers vents et marées, un lien persiste entre les deux. En effet, un mystérieux goéland envolé par la fenêtre semble décidé à ne pas lâcher le bateau d’une semelle, mu par la curiosité à l’égard du capitaine – ou peut-être par un besoin de veiller sur lui ?

 

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Cargo est un album de toute beauté : tant les illustrations que la poésie du texte, rythmé comme le ressac et plein de métaphores, sont à couper le souffle. Les représentations du cargo sont impressionnantes. Elles jouent sur les échelles pour nous faire sentir aussi petit(e) qu’un garçonnet dont le père est parti parcourir le vaste monde. Cet album nous fait, plus largement, découvrir un univers marin et maritime que l’on a presque l’impression de pouvoir respirer et palper : espaces infinis dans lesquels même des machines colossales semblent dérisoires, perte de repères, oiseaux marins, caprices météorologiques et sophistication des manœuvres humaines… Peut-être grâce au prisme particulier, l’ensemble baigne dans une atmosphère de douceur et d’optimisme, à l’image des splendides mosaïques de containers multicolores empilés sur le cargo.

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Optimisme également puisqu’il s’agit ici avant tout des liens aussi réconfortants qu’inaliénables qui unissent enfants et parents, même lorsque ces derniers sont amenés à s’absenter, grâce au pouvoir de l’imaginaire. Un thème universel qui parlera à tous les lecteurs, petits ou grands !

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Un album coup de cœur, comme le précédent de ces deux auteurs que nous avions déjà adoré dans un tout autre registre…

Lu à voix haute en avril 2019 – Éditions du Père Fouettard, 13€

Winterhouse Hotel (de Ben Guterson, illustrations de Chloe Bristol, 2018)

Notre dernière lecture est un roman américain tout juste paru qui plaira aux amateurs et amatrices d’aventures, de livres et de magie ! Néanmoins une lecture en demi-teinte pour nous…

Winterhouse Hotel couvertureOrpheline, Elizabeth mène une existence morose et solitaire chez son oncle et sa tante. Lorsque ces derniers l’envoient passer les vacances de Noël au Winterhouse Hôtel, Elizabeth découvre un endroit merveilleux : une bâtisse majestueuse, nichée dans un splendide paysage hivernal et dont les recoins réservent des rencontres inattendues, des surprises et des secrets. Une fois surmontée sa perplexité initiale (comment sa famille adoptive a-t-elle trouvé l’argent pour la loger dans un lieu si cossu ?), notre héroïne nous entraîne dans une enquête intrinsèquement liée à l’histoire du lieu. On se prend au jeu de la chasse aux indices, mais Winterhouse semble aussi avoir ses côtés sombres et ses ombres qui planent de façon inquiétante…

Ce livre déborde de belles idées qui parlent aux enfants. Avant tout, celle de choisir pour décor un lieu de vacances si merveilleux qu’il semble magique – et qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler Poudlard, au cas où vous n’auriez pas déjà fait le parallèle avec une célèbre série au paragraphe précédent… La féérie des plaisirs hivernaux, des festins et des spécialités de Winterhouse a beaucoup fait rêver Hugo.

Nous avons aussi aimé partager la passion d’Elizabeth pour la lecture et les bibliothèques. Quelque chose qui nous a d’autant plus parlé que nous partageons bon nombre de lectures avec elle : Le mystérieux cercle Benedict (p. 82), Le jardin secret (p. 89), Alice au pays des merveilles (p. 115), les enquêtes de Sherlock Holmes (p. 206), Cœur d’encre (p. 276), Le Hobbit (p. 428)… Nous avons pioché au passage d’autres idées de romans cités alors que nous ne les connaissions pas, comme Vingt-quatre heures dans l’incroyable bibliothèque de M. Lemoncello (p. 97), que j’ai ajouté à ma liste d’idées de futures lectures. J’ai aussi noté avec amusement un clin d’œil à un autre hôtel, celui des Vacances de M. Hulot (p. 190), qui fait partie des références mythiques des séjours d’Antoine et Hugo chez leurs grands-parents…

Une autre trouvaille concerne le travail autour des anagrammes, échelles de mots et messages chiffrés dans le roman. Des allusions aux événements à venir apparaissent dans l’ombre de chaque titre de chapitre sous la forme d’échelles de mots. Aucun code ne résiste à Elizabeth et à son nouvel ami Freddy. Les jeux de piste auxquels se livrent les deux amis sont très ludiques et leur entrain est véritablement communicatif. Hugo s’est donc très vite lancé pour inventer anagrammes et échelles de mots !

Cela dit, pourquoi une lecture en demi-teinte ? Le fait est que nous avons été moins captivés par ce roman que par d’autres. L’intrigue souffre à la fois d’une trop grande prévisibilité et de plusieurs incohérences. J’ai eu l’impression d’une lecture touffue, interrompue par de trop nombreuses digressions autour de lieux, de personnages ou de situations certes intéressants mais donnant souvent l’impression de diluer la tension narrative. En outre, l’écriture n’est pas très belle et manque de fluidité, avec des coquilles multiples, ce qui est un comble pour un roman mettant en scène une amoureuse des livres et des mots. Dans l’ensemble, si Hugo a apprécié ce séjour au Winterhouse Hôtel, c’est avec le sentiment d’un potentiel insuffisamment réalisé que nous avons refermé ce livre… Peu de chances, donc, que nous poursuivions avec le tome 2 qui vient de paraître aux États-Unis.

Extrait

« Nous t’avons prévenue à plusieurs reprises que nous devions nous absenter pour trois semaines et que tu ne pouvais pas rester seule en notre absence. Tu ne seras donc pas surprise par la teneur de cette lettre. Les portes et volets de la maison sont fermés. Tu trouveras dans cette enveloppe un billet pour le train du nord, départ dix-huit heures vingt. Ne le rate pas, et lorsque tu arriveras à Sternhaven demain, tu iras à la gare routière, où t’attend un autre billet. Il faut que tu prennes le bus qui conduit à Winterhouse Hôtel, où tu es attendue. Ci-joint également trois dollars, pour ton voyage. Tu recevras un autre billet pour rentrer après le Nouvel An. Interdiction de raconter tes inepties habituelles ! »

« – Terminus ! annonça le chauffeur. Winterhouse Hôtel !
Un mur de briques apparut, puis un immense portail en fonte, aux battants ouverts. Enfin, sous les yeux d’Elizabeth, illuminé comme en plein jour, surgit le colossal hôtel – véritable forteresse de briques dorées, aux remparts saillants, aux fenêtres de cristal, aux tourelles élancées, toutes ornées de lumières scintillantes, d’oriflammes flottant dans les cieux et d’un bon millier, semblait-il, de bannières argentées toutes frappées d’un W blanc, immaculé, éblouissant. Çà et là saillaient des porches aux vastes arches, des balcons ornés de lanternes chinoises; des arbres couverts de scintillantes guirlandes de métal bordaient la façade de l’hôtel comme autant de projecteurs de théâtre. Jamais Elizabeth n’avait imaginé qu’un bâtiment puisse être à la fois aussi grand et aussi beau. »

Lu à voix haute en mars-avril 2019 – Albin Michel, 15,90€

Les sept étoiles du Nord, d’Abi Elphinstone (2019)

J01690_sept-etoiles-nord_sansrabats.inddL’un des plus grands charmes de nos lectures du soir est de nous extraire du quotidien pour nous entraîner dans des contrées lointaines, merveilleuses et surprenantes… C’est une expédition des plus captivantes que nous venons de faire à travers les terres polaires imaginées par l’autrice écossaise Abi Elphinstone ! Les sept étoiles du Nord nous transportent dans un univers de glaces, de forêts boréales et de tribus qui évoque la mythologie nordique et le souvenir d’autres pépites littéraires, en particulier La Reine des Neiges (celle de Hans-Christian Andersen, évidemment !), Les Royaumes du Nord de Philip Pullman, Le Club de l’Ours Polaire d’Alex Bell et l’album Anya et tigre blanc, de Fred Bernard et François Roca. Le prologue plante le décor en racontant la genèse du pays d’Erkenwald, une histoire de dieux et déesses stellaires à la magie puissante, mais aux relations conflictuelles qui se répercutent de façon dramatique sur le monde des hommes : « La plus petite déesse stellaire était jalouse de la puissance de l’étoile Polaire et voulait régner elle-même sur Erkenwald. Une nuit d’hiver, elle quitta la constellation et plongea vers la Terre. »

Dès les premières pages, je savais que ce roman allait captiver mes deux petits amateurs de mythologie ! On découvre ensuite la terrible reine des Glaces qui règne sur Erkenwald en semant la terreur et la division entre les tribus. Eska est retenue prisonnière dans son palais ; on lui prête un pouvoir mystérieux, mais elle ignore lequel puisqu’elle a été privée de tous ses souvenirs. Flint se risque à entrer dans le palais de la reine pour tenter de délivrer sa mère. Ils s’évadent ensemble, apprennent à se connaître et s’efforcent d’organiser la résistance…

Il s’agit là précisément du type de romans que j’aimerais trouver plus souvent pour mes petits dévoreurs de livres qui apprécient les textes longs permettant une immersion dans un univers singulier, mais qui sont encore trop jeunes pour beaucoup de lectures destinées aux adolescents et aux jeunes adultes. La magie et le souffle épique qui animent ce récit feront sans aucun doute vibrer ces lecteurs et lectrices en herbe qui se laisseront happer avec plaisir par l’intrigue et l’imagination d’Abi Elphinstone. Les personnages sont à la fois attachants et empreints de mystère, puisqu’ils se découvrent eux-mêmes au cours de l’aventure. L’héroïne, Eska, suscite l’identification et son lien particulier avec les aigles a beaucoup fait rêver les garçons. Ce récit initiatique porte de belles valeurs de liberté, de courage, de solidarité et d’ouverture au-delà des frontières. Alors certes, la vision du monde est manichéenne et je n’ai personnellement pas douté un seul instant de l’issue heureuse de l’aventure, mais ces caractéristiques sont celles qui font de ce roman une lecture adaptée pour de bons lecteurs à partir de l’école primaire…

L’objet-livre est très soigné : belle couverture mêlant lueurs boréales et scintillement des étoiles, tranche colorée, pages parsemées d’étoiles (à moins que ce ne soient des flocons de neige) et imprimées sur du papier recyclable…

Jeune fille et son aigle

Merci beaucoup à Gallimard Jeunesse de nous avoir permis cette expédition exaltante à travers les terres gelées d’Erkenwald ! Nous en sommes revenus ravis, avec l’impression d’avoir voyagé très loin…

Bonus : Le documentaire La Jeune fille et son aigle offre une très jolie manière de prolonger cette lecture, en découvrant une autre jeune fille qui apprend elle aussi à dresser des aigles, dans les montagnes de Mongolie.

 

Extrait : « Flint était assis dans le hamac de sa chambre et regardait la lumière du soir par une fenêtre ronde. Petite extension biscornue sur le côté de la cabane perchée où il habitait avec Tomkin et Blu, la chambre de Flint ressemblait davantage à un laboratoire. Les murs circulaires étaient tapissés de placards qui contenaient des centaines de bouteilles, flacons, ampoules et tubes à essai remplis de liquides bouillonnants. Il s’agissait d’inventions encore inabouties. Flint laissait toujours les portes des placards ouvertes quand il était dans la pièce : il préférait garder un œil sur ses expériences, au cas où quelque chose tournerait mal.
Il joua distraitement avec les fils argentés de son hamac. Il l’avait fabriqué à partir de rayons de lune et de toiles d’une espèce très rare (voire quasi éteinte) d’araignée des glaces. Au bout de plusieurs semaines d’expériences et de consultation de l’écorce où étaient gravées des formules sur la magie d’Erkenwald, Flint avait découvert que ce tissage assurait des rêves excellents.
Son regard glissa sur certaines de ses autres créations, alignées sur les plus hautes étagères. Un ballon en cuir de caribou rempli de vent, qui filait si vite quand on tapait dedans qu’il était presque impossible qu’un adversaire l’arrête. Une horloge météorologique, qui indiquait le temps qu’il faisait au lieu de l’heure en crachant des flocons de neige, des rayons de soleil ou de la brume, selon le cas. Un coffre où il avait enfermé un orage (qui lâchait de temps en temps un rot sonore) avec une pincée de poussière de lune, et qui, ouvert à minuit précisément, produisait pendant un mois des pièces d’argent. Il y avait aussi des lanternes alimentées par le soleil, des rouleaux de cordage en nuages tressés… »

Lu (d’un trait, ou presque !) à voix haute en février-mars 2019 – Gallimard Jeunesse, 15€

Hamaika et le poisson, de Pierre Zapolarrua (illustrations d’Anastasia Parrotto, 2018)

« Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau

Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est là-haut. »

Il y a plus de cinquante ans, Juliette Greco chantait déjà avec humour les obstacles aux relations unissant les êtres trop différents. Et de fait, les volatiles comme les animaux aquatiques préfèrent généralement rester entre semblables, méconnaissant et craignant les autres espèces. Mais heureusement, il y aura toujours des passeurs, des individus ouverts et curieux qui s’accommodent mal des frontières… Hamaika, par exemple : cette poule maigrichonne aux yeux clairs, plus intéressée par l’exploration du monde que par les grains à picorer dans la cour. Déterminée, elle sent pourtant bien à quel point elle est singulière parmi ses consœurs. Mais un beau jour, elle fait la rencontre d’un poisson. Un poisson tout aussi singulier… C’est le début d’une amitié qui est loin d’être une évidence, mais les deux compères débordent de créativité pour surmonter les petits obstacles pratiques !

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JonasCette fable de haute fantaisie est un concentré, en 70 pages à peine, de tout ce que nous aimons : des personnages drôles et attachants, des trésors d’imagination, des propos philosophiques à hauteur d’enfant et des aventures palpitantes. Les illustrations pleines de couleurs sont un plaisir pour l’œil et ont beaucoup parlé aux enfants (avec une palme pour le poisson qui tente de retenir sa respiration, qui les a fait rire aux éclats !). C’est un vrai roman arc-en-ciel que voilà ! Vous imaginerez aisément que nous n’en avons fait qu’une bouchée, ne boudant pas notre plaisir de voyager une fois encore en Petite Polynie, grâce à Chloé Mary que nous remercions chaleureusement pour cette nouvelle pépite.

Hashtagcéline et Pepita ont elles aussi aimé ce livre. N’hésitez pas à lire leurs avis ! 

 

Extraits

« Il en va des poules comme des autres animaux. Chacun préfère rester entre soi, entre poules en l’occurrence, sans souci de ce qui se passe ailleurs.
Mais il est quelques individus, parfois, un peu différents.
Hamaika était de ceux-là. »

« Elle voulait simplement aller plus loin, juste pour voir, savoir. Elle était curieuse de tout. Tout l’étonnait, l’enchantait. Tout était digne d’intérêt, d’observation minutieuse. »

« Plusieurs solutions furent discutées. Faire venir les autres poules sur la plage. Mais elles auraient trop peur, et auraient certainement refusé. Trouver un caillou creux rempli d’eau et le traîner avec Jonas jusqu’à la ferme. Hamaika n’en aurait pas la force. Entourer Jonas d’algues… C’était plus léger que le caillou mais ça ne permettrait pas à Jonas de respirer. Creuser un tunnel qui s’emplirait d’eau à marée haute et propulserait Jonas, comme porté par le souffle d’une baleine, au milieu de la cour de la ferme. Beaucoup trop long ! Et le tunnel se serait écroulé sous l’effet de la marée.
Alors Jonas essaya de retenir sa respiration à l’air libre pour voir combien de temps il pouvait ainsi tenir. Hamaika compta scrupuleusement ces essais d’apnée, mais ce n’était pas suffisant pour rejoindre la ferme. »

Lu à voix haute en mars 2019 – Éditions Memo (Petite Polynie), 9,50€

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Le petit poisson rouge (de Taeeun Yoo, 2018)

Petit poisson rouge_couvertureIl est joli comme tout, petit, rouge, facétieux… Ce premier album de l’illustratrice coréenne Taeeun Yoo est finalement à l’image du petit poisson de JeJe qui n’est pas du genre à se satisfaire de tourner en rond dans son bocal ! Un animal auquel le petit garçon tient beaucoup, au point de l’emmener lorsque son grand-père l’invite à visiter la merveilleuse bibliothèque dans laquelle il travaille. Un lieu magique où s’amorce une fantastique course-poursuite à travers les rayonnages et les pages des livres…

 

Cet album est merveilleux à tous points de vue. L’objet-livre est très soigné, avec sa couverture recouverte (je ne sais pas si cela se voit sur la photo) d’un tissu rouge éclatant. Les illustrations à l’encre de Chine, au stylo et à l’aquarelle, qui prennent parfois le relai du texte, sont splendides et très soignées. Elles sont de celles dans lesquelles on ne se lasse jamais de se plonger, avec de nouvelles impressions à chaque lecture.

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Le jeu sur le contraste entre les tons sépia et le rouge du poisson est très réussi : cette gamme de couleurs fait flotter sur l’album une impression de douceur, de rêve, de flottement et peut-être aussi de mélancolie, avec un grain de folie symbolisé par le rouge. L’histoire fait la part belle à l’amour des livres, au charme unique des vieilles bibliothèques, à l’imaginaire et à la complicité qui peut s’instaurer avec les animaux. On referme le livre avec l’impression de rentrer de très loin. Autant dire que Hugo et moi nous sommes régalés !

Un album à faire découvrir aux tous-petits (conseillés par l’éditeur à partir de 3 ans).

Et c’est par ici pour l’avis de Pepita et par là pour les impressions de Sophie…

Lu à voix haute en février 2019 – Kaleidoscope, 12,50 €

Chaque jour Dracula (de Loïc Clément et Clément Lefèvre, 2018)

chaqueJourDracula-1.jpgLe monde des cours de récréation peut être impitoyable ! Il suffit parfois d’être un peu différent pour être rejeté et ce type de mécanisme d’exclusion reste malheureusement fréquent… La bonne idée consiste ici à évoquer ce problème à travers l’histoire d’un personnage fictionnel inattendu dans le rôle de la victime, puisqu’il s’agit de Dracula lui-même ! Car on apprend qu’avant de devenir le terrifiant vampire que nous connaissons tous, il a été « un enfant (presque) comme les autres », certes un peu plus pâle, frêle et introverti, avec des yeux plus rouges et des dents plus longues, mais aussi sensible que n’importe quel autre élève… Comment sortir de son statut de souffre-douleur et retrouver confiance ?

Cette BD est bourrée de qualités : l’intrigue est bien construite et elle se lit d’une traite. Les dessins sont très réussis : ils ont un charme enfantin, empreint de douceur et de sensibilité, avec des personnages très expressifs et des jeux intéressants sur les contrastes entre la lumière éclatante de l’école et la douce pénombre du château où se réfugie Dracula. Le texte est percutant, avec des jeux de mots bien sentis et, bien entendu, de multiples allusions au roman de Bram Stoker et à ses différentes adaptations !

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Antoine et Hugo sont pleinement entrés dans l’histoire et ont été très touchés par la souffrance du jeune Dracula. Il me semble que cette fable est assez universelle dans la mesure où la plupart des enfants sont potentiellement la cible ou le témoin de phénomènes d’exclusion d’individus perçus, d’une manière ou d’une autre, comme différents. Cette BD offre, outre un excellent moment de lecture, un support pertinent pour parler avec eux des manières de répondre aux formes d’intolérance et de harcèlement – et, plus généralement, de prendre conscience de ses qualités même si on a parfois l’impression d’être à part…

L’avis de Bouma, c’est par là!

 

Lu en février 2019 – Delcourt Jeunesse, 10,95 €

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