La Grande Aventure de Petit Ours, de Benedict Blathwayt (Le Genévrier, 2020 pour la traduction en français)

Quel joli petit album pour les petits qui découvrent la mer ! Grâce aux éditions du Genévrier, ce titre est désormais disponible en français. Voilà de quoi vivre une incroyable aventure avec Petit Ours qui partage les jeux des enfants sur la plage, jusqu’au jour où il y est oublié, seul face à la marée montante.

Suspense et rebondissements sont au rendez-vous ! En même temps, les illustrations au charme un peu suranné débordent de douceur et fourmillent de coraux, poissons et autres fascinants détails marins.

Et les dernières pages sont réconfortantes comme des retrouvailles…

Histoire en forme de conte qui nous fait basculer d’un sentiment à l’autre, récit d’aventure, livre promenade, imagier de l’océan, cet album qui mêle les genres a ravi les enfants de notre entourage pendant nos vacances à la plage !

Lu à voix haute en août 2020 – Le genévrier, 12€

L’incroyable histoire du homard qui sauva sa carapace, de Thomas Gerbeaux (illustrations de Pauline Kerleroux, La Joie de Lire, 2020)

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« J’avais neuf ans l’été où j’appris d’un homard le sens du mot liberté. »

Dès cette phrase qui ouvre la préface, je savais que j’allais adorer ce livre. Quelques mots suffisent pour planter un décor de dunes, de vagues et de moutons et nouer l’intrigue : une petite fille fait la rencontre d’un homard en cavale. Figurez-vous que le fugitif vient de s’échapper d’un restaurant où il était promis à la casserole ! Et que l’épatant crustacé s’est promis de ne pas se faire la malle avant d’avoir libéré jusqu’à la dernière étrille ses compères restés dans le vivier…

Quelle lecture formidable pour nos vacances sur la côte Atlantique ! Le suspense est addictif, les dialogues savoureux et l’histoire malicieuse, racontée avec un mélange d’ironie et de tendresse. Mais surtout, la plume de Thomas Gerbeaux enchante l’ensemble, l’irradiant du charme des contes, des comptines enfantines et des parties de jeu remportées contre un ami imaginaire. Les illustrations stylisées de Pauline Kerleroux font écho à cette poésie.

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Voilà donc un texte à mettre absolument entre les mains des lecteurs et lectrices en herbe. Ou, comme nous l’avons fait, à lire à voix haute pour le plaisir de laisser résonner chaque mot.

Ce petit livre se lit comme un roman d’aventure, une perche tendue à nos consciences, un hymne à la liberté, à la joie de la rencontre et à la solidarité. Une pépite haute en couleurs qui divertit et donne de l’espoir ! Car « qui sauve un homard, sauve l’océan ».

PS : j’aurais pu dédier cette critique à François de Rugy et à tous les amateurs de homard, mais comme je n’ai pas mauvais esprit, je m’en suis abstenue !

Extraits

« Avec leurs longues pattes et leurs carapaces sculptées, les araignées formaient l’aristocratie du vivier. Les plus gros crabes, les dormeurs, enviaient les traits fins des araignées. Les plus petits crabes, les étrilles, admiraient quant à eux leur grande taille. Les homards, par principe, n’admiraient ni ne craignaient personne. Ils appréciaient cependant la compagnie des araignées et acceptaient de partager avec ces dernières un peu du prestige naturel que leur conféraient leur élégante carapace et leurs pinces musclées, dont on disait qu’elles pouvaient fendre la pierre. Personne ne les avait jamais vu briser la moindre roche mais, vraie ou pas, la légende suffisait à donner aux homards une autorité naturelle que personne ne contestait. »

«  – Tu vois toujours l’aquarium à moitié vide, dit Mancho. On n’est pas si mal ici. L’eau est bonne, on est bien nourris. Si ça se trouve, les gars ont raison ; la liberté est peut-être au bout de l’épuisette.
– La mort, dit le homard. L’épuisette, c’est la mort. »

« – Tu ne m’avais jamais dit que tu avais une famille, dit le homard.
– Tu ne me l’avais jamais demandé, répondit Mancho. Et toi, tu en veux, des enfants ?
– Oui, répondit le homard. Peut-être.
– Combien ?
– Pas trop, vingt ou trente mille.
– Tu as raison, dit Mancho, au-delà, c’est trop de responsabilités. »

Lu à voix haute en août 2020 – La Joie de Lire, 10,50€

Alma, tome 1: Le vent se lève, de Timothée de Fombelle (Gallimard Jeunesse, 2020)

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On en viendrait presque à croire que Timothée de Fombelle écrit d’une plume magique. Il suffit de quelques mots : le grésillement des gouttes de pluie au contact de la terre brûlante et rouge, un figuier sycomore aux branches entremêlées, l’infini du paysage bercé par le chant des cigales : nous voilà dans une savane africaine, au creux de l’écrin sauvage où vivent Alma et sa famille jusqu’au jour où son petit frère disparaît. Une voile qui claque, un cormoran qui traverse le ciel, la coque grinçante et des coups de maillet – nous sommes à présent à bord de La Douce Amélie, trois mâts qui, en ce mois d’août 1786, met le cap vers l’Afrique, puis les îles. Des destins que le commerce triangulaire va faire s’entrechoquer.

Plusieurs intrigues s’entremêlent pour faire d’Alma une lecture captivante et follement romanesque : quel est le secret des parents d’Alma ? Leur famille parviendra-t-elle un jour à se réunir ? Quels sont les complots qui semblent se nouer autour de La Douce Amélie ? Dans quel but le jeune Joseph s’introduit-il à bord ?

Timothée de Fombelle s’empare de l’une des pages les plus sombres de l’Histoire et démontre la force de la littérature pour entretenir une mémoire et comprendre. Le destin de ses personnages permet de prendre conscience du degré d’horreur atteint par le commerce d’êtres vivants qui a enrichi les nations européennes pendant le 18ème siècle. Une traite dont on découvre les modalités odieuses qui ont fait l’objet d’un travail de documentation très précis. Le contexte historique ne prend pas le pas sur l’intrigue, mais la nourrit. Impossible de ne pas s’attacher aux protagonistes, de ne pas trembler pour eux dans cet univers impitoyable, de ne pas vibrer pour le message d’espoir et de liberté qu’ils portent.

« Chez les Oko, le mot « alma » signifie « libre ». Mais ce genre de liberté n’existe dans aucune autre langue. C’est un mot rare, une liberté imprenable, une liberté qui remplit l’être pour toujours. Le père d’Alma raconte que chez lui, ce nom pourrait se dire ‘marquée au fer rouge de la liberté’. »

Une histoire splendide et émouvante, qui nous tient en haleine jusqu’au bout du monde. Un roman d’aventures au sens qu’en donnaient Robert Louis Stevenson, Herman Melville et Joseph Conrad. Une lecture incontournable dont nous brûlons de découvrir la suite !

Extrait

« À cet instant, il devrait s’attendre à ouvrir la lettre d’une amoureuse, le testament d’un vieux père, l’adresse d’une cousine à laquelle rapporter les affaires du garçon s’il venait à mourir. C’est ce qu’on trouve habituellement dans les vêtements des marins. Mais Lazare Bartholomée Gardel se connaît bien. Il sait que si son intuition l’a mené jusque-là, ce n’est pas pour une image pieuse ou le portrait d’une fille.
Il déplie le papier. L’encre a un peu bavé. Elle a traversé le tissu de la veste. Le parchemin est bien lisible mais parfaitement mystérieux.
Gardel suçote sa langue et plisse les paupières pour bien lire.
Un peu perdue au milieu de la page blanche est dessinée la tête d’un taureau. Les extrémités de ses cornes se touchent presque au-dessus. La tête est encadrée par quatre flèches qui marquent le nord, le sud, l’est et l’ouest. Une rose des vents à tête de taureau. Mais les quatre directions sont inversées. Le nord est indiqué vers le bas.
Dans le demi-cercle laissé vide entre les cornes, une étrange petite tête de mort nous regarde. »

Lu à voix haute en juin 2020 – Gallimard Jeunesse, 18€

Non ! de Jeanne Ashbé (L’école des loisirs, 2008)

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Ce soir, je vous parle d’un temps où je n’avais pas de blog…

On me demande souvent à quel moment nous avons initié nos lectures du soir. Et bien, pratiquement depuis la naissance d’Antoine. Impatiente de partager cela avec lui, j’ai très vite pris l’habitude de ce moment quotidien autour de premiers livres qui nous sont restés très chers. Les garçons aiment encore les relire, surtout pour le plaisir de se souvenir. À l’époque, je (re-)découvrais la richesse de l’univers de la littérature jeunesse, mais je me souviens très bien de ce que je recherchais : des livres maniables qui ne craignent pas d’être manipulés et mis à la bouche. Des textes qui sonnent pour le plaisir du rythme et de la musicalité des mots, pour des lectures qui bercent. Et surtout: de vraies histoires, avec ce qu’il faut de tension dramatique. Et oui, même quand on s’adresse à un bébé : en quelques pages, c’est possible ! Plus vite qu’on ne le pense, les petits peuvent savourer le charme des histoires. Elles sont sublimées lorsqu’elles sont explorées ensemble, à voix haute sans hésiter à les jouer un peu…

Certains albums offrent tout cela à la fois. Dans notre collection, ceux de Jeanne Ashbé occupent une place particulière. Prenons Non ! par exemple, l’un des tous premiers livres de la bibliothèque d’Antoine. Un récit plein de suspense (même à la centième relecture, je peux en témoigner !) qui se noue en quelques pages : petit poisson rouge a faim, enfin faim d’un bonbon. Mais grand poisson rouge a dit non, déclenchant un rapport de force qui monte en intensité… jusqu’au dénouement final qui donne envie de se tomber dans les bras.

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Le texte rythmé et rimé, presque musical, entraînant comme une comptine. Et l’objet-livre n’est pas en reste : petit format carré parfait pour les menottes d’un bébé, jolis graphismes colorés qui accrochent l’œil, pages cartonnés qui résistent aux usages éprouvant d’un dévoreur de livres en herbe.

Des années ont passé, chacune marquée par ses lectures. Mais nous connaissons encore par cœur les albums de ce temps-là.

Lu et relu – L’école des loisirs (Pastel), 6€

Là-bas, de Rebecca Young et Matt Ottley (Éditions Kaléidoscope, 2020)

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Les éditions Kaléidoscope ont eu mille fois raisons de traduire de l’anglais cette pépite d’album et de nous faire découvrir par la même occasion les illustrations extraordinaires de Matt Ottley. Cet auteur-illustrateur très populaire en Australie a signé une vingtaine d’albums qui semblent tous plus beaux les uns que les autres. Il était temps de permettre aux lecteurs francophones de s’y plonger et j’espère que d’autres suivront très bientôt !

On dirait un conte : un garçon doit quitter son pays, avec pour tout bagage une gourde, une couverture, un livre et une petite tasse pleine de sa terre natale. Sa petite barque l’entraîne au large, dans l’immensité de l’océan. Parviendra-t-il un jour à toucher terre ? Un beau jour, l’espoir renaît, prenant la forme d’une petite pousse germée dans sa tasse…

Le texte de Rebecca Young est d’autant plus fort qu’elle en pèse chaque mot, laissant la poésie opérer et les illustrations prendre le relai. Il faudrait dire les tableaux ! Les peintures à l’huile de Matt Ottley nous ont coupé le souffle. Quel hommage à la beauté intimidante de la nature, à la majesté de la mer, aux mondes merveilleux qui frémissent sous la surface de l’eau !

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Et quel talent pour dessiner l’appréhension, les souvenirs qui assaillent, le désarroi et le réconfort.

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Comme tous les contes, Là-bas parle de beaucoup de choses universelles : de l’exil, évidemment, mais aussi de l’épreuve de devoir quitter ce qu’on connaît pour aller vers l’inconnu. On pourrait aussi y lire une histoire sur l’épreuve de grandir. Chacun y trouvera ce qui lui parlera le plus, toutes et tous seront réconfortés par le beau message d’espoir porté par cet album.

On referme ce livre apaisé et enivré par tant de beauté. Enchanteur !

Lu en mai 2020 – Kaléidoscope, 13€

Nico et Ouistiti explorent les fonds marins, de Nadine Brun-Cosme et Anna Aparicio Català (ABC Melody, 2019)

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Quoi de plus de grisant en ce moment que d’imaginer pouvoir ouvrir une trappe et se laisser glisser vers un univers infini ? Ce premier tome des aventures de Nico et de Ouistiti, son ami singe, prend une dimension particulière dans la période d’enfermement que nous vivons…

Hugo et moi n’avons pas résisté au charme enfantin des illustrations d’Anna Aparicio Català dont je continuerai à suivre les publications avec beaucoup de curiosité. À l’évidence, l’illustratrice espagnole s’amuse à imaginer un univers steampunk de machines toutes plus intrigantes les unes que les autres.

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Puis à déployer sous nos yeux émerveillés tout un monde marin, lorsque Nico et Ouistiti partent en exploration. Il y a de quoi se sentir impressionné face à l’immensité de cette fresque ondulante de créatures aquatiques multicolores ! Pourtant, nos deux aventuriers, s’ils osent se jeter à l’eau, pourraient bien, si minuscules soient-ils, avoir un rôle à jouer…

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Cet album a de quoi faire rêver les enfants. Qui n’adorerait pas avoir un singe pour compagnon, passer ses journées à bricoler des engins géniaux et partir en expédition dans les contrées les plus reculées de notre planète ? La destinée de Nico et Ouistiti invite à se lancer vers l’inconnu et la promesse de mille splendeurs inattendues. Cela dit, l’intrigue nous a laissés un peu sur notre faim. J’apprécie ce que propose Nadine Brun-Cosme dont j’ai déjà eu l’occasion de parler ici, mais j’ai trouvé que cette histoire-ci était racontée en naviguant à vue (sans mauvais jeu de mot !) et qu’un peu de tension narrative aurait été bienvenue.

Un très joli album tout de même, à proposer à toutes celles et ceux qui aiment s’imaginer d’incroyables univers marin sous la surface de l’eau…

Lu en mars 2019 – ABC Melody, 16€

Arthur et la corde d’or, de Joe Todd-Stanton (Sarbacane, 2019)

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Il est certes tout petit, mais il a plus d’un tour dans son sac ! Arthur n’a jamais été du genre à faire comme tout le monde, mu par une irrésistible curiosité, une soif d’exploration confinant à la témérité. Lorsqu’une bête terrible s’en prend à son village viking, personne ne compte sur lui. Mais Arthur n’écoute que son courage…

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Voilà une perle de bande-dessinée qui va émerveiller petits et grands ! Pour sa première bande-dessinée, le talentueux Joe Todd-Stanton, dont nous avions déjà adoré les albums (voir ici par exemple), puise son inspiration dans une mythologie nordique dont on découvre tout le charme. Cette Islande de forêts et de glaces, de cavernes et de falaises offre un décor envoûtant aux aventures d’Arthur. Il s’agit-là d’une véritable épopée, avec ce qu’il faut d’épreuves, de territoires à explorer, d’alliances à créer et de monstres à terrasser.

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Tout cela est superbement illustré, avec de ravissantes couleurs chaudes et une multitude de petits détails à savourer au fil des lectures. La mise en page est particulièrement dynamique, alternant cases et grandes doubles-pages dans lesquelles Arthur n’est plus qu’une petite silhouette obstinée dans un panorama immense…

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Une histoire pour rêver, s’évader dans un univers magique et prendre confiance en soi. Un tome qui se suffit parfaitement à lui-même, mais dont on est ravi d’apprendre qu’il sera suivi d’autres albums. Bravo !

Lu en décembre 2019 – Sarbacane, 13,50€

Grecomania, d’Emma Giuliani et Carole Saturno (Les Grandes Personnes, 2016)

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Notre île est riche de trésors. J’emploie généralement le mot au sens figuré pour parler de pépites littéraires, précieuses par leur texte, leur sonorité, leur aptitude à nous transporter ou à nous interroger… Mais là, c’est différent : le nouvel album d’Emma Giuliani et de Carole Saturno est un joyau au sens propre et plein du terme. Majestueux et élégant, Grecomania exerce une attraction magnétique sur toute la famille : impossible de ne pas avoir envie de s’y plonger si vos yeux se posent dessus. Le voyage dans le temps s’amorce aussitôt grâce à la qualité du texte et au charme des illustrations qui rendent un hommage moderne à l’univers esthétique de la Grèce ancienne… Après avoir marqué les esprits avec Egyptomania, Emma Giuliani et Carole Saturno parviennent à innover magnifiquement dans le champ (pourtant encombré) des livres sur la Grèce antique.

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Cette parution tombe à pic pour nous, puisque Antoine a l’histoire des civilisations antiques au programme de son année de 6ème. Depuis plusieurs années déjà, nous faisions notre miel de la mythologie grecque et des récits homériques, notamment grâce aux feuilletons de Murielle Szac. Grecomania nous a permis de retrouver nos protagonistes préférés parmi les divinités de l’Olympe et les héros de l’Iliade et de l’Odyssée. Mais ce n’est pas tout. L’album se démarque en effet par des contenus extrêmement complets – les pages sur la démocratie n’ont, par exemple, absolument rien à envier aux cours magistraux de science politique suivis pendant mes études ! Rien ne manque. Nous avons découvert, captivés, l’histoire et la géographie de la Grèce antique, la vie quotidienne, les merveilles architecturales héritées de cette époque, la démocratie athénienne, le rôle des guerres et l’alphabet grec, etc.

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Grâce à l’ingéniosité de la présentation et de la mise en forme, cette densité d’information ne doit en rien dissuader de découvrir ce livre avec des enfants à partir de l’école primaire – les lecteurs les plus jeunes se régaleront des splendides illustrations (en veillant quand même à y aller doucement avec leurs menottes…). Comme pour Egyptomania, les deux autrices font un usage intelligent et créatif des frises chronologiques, cartes, rabats dépliants et éléments pop-up. Tout cela contribue à organiser, animer et égayer la lecture. Un vrai show ! Si avec ça, vos enfants ne se passionnent pas pour l’Antiquité…

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Lu à voix haute en novembre 2019 – Éditions des Grandes Personnes, 29,50€

Edison : la fascinante plongée d’une souris au fond de l’océan, de Torben Kuhlmann (Éditions NordSud, 2019)

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Vivre en deux langues et entre deux pays, c’est avoir la chance d’évoluer dans un univers littéraire élargi. Je suis toujours fascinée de constater, en habitant dans le proche pays qu’est Allemagne, à quel point les lectures ont parfois du mal à passer les frontières. De nombreuses perles littéraires françaises restent inaccessibles en allemand – la plupart des albums de Rebecca Dautremer, par exemple. Et inversement, certains des livres les plus lus par les enfants allemands n’ont jamais été traduits vers le français. C’est pourquoi je suis toujours ravie quand les traductions nous permettent d’élargir l’horizon de nos partages livresques. Les éditions Nord Sud contribuent avec brio à faire voyager les livres en traduisant régulièrement de splendides albums européens. Cet éditeur permet en particulier de découvrir en français les albums de Torben Kuhlmann, l’un des auteurs-illustrateurs les plus populaires de ce côté du Rhin (et bien au-delà !). Le dernier, Edison : la fascinante plongée d’une souris au fond de l’océan, vient de paraître.

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Nous avons lu en allemand trois albums de cet auteur – Linbergh, Armstrong et Edison – désormais tous disponibles en français. Chacun de ces albums rend hommage à un personnage ayant fait bondir en avant les connaissances humaines dans un domaine particulier : le pilote Charles Lindbergh, l’astronaute Neil Armstrong et l’inventeur Thomas A. Edison. Mais Torben Kuhlmann réécrit malicieusement l’histoire, imaginant à chaque fois que l’avancée en question ait été initiée… par une souris. Les humains sont loin de soupçonner l’effervescence fébrile qui règne parmi ces adorables petits rongeurs aussi curieux que créatifs. Dont la manie de se lancer des défis tous plus fous les uns que les autres n’a d’égale que leur obstination à inventer des machines astucieuses pour contourner les obstacles liés à la gravité, à l’absence d’air ou à la pression hydrostatique !

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« Vois-tu, nous autres souris ne devons jamais nous sous-estimer, conclut le professeur. Une souris peut parfaitement descendre au fond de l’océan ! »

Dans Edison, par exemple, deux souris se mettent en tête de construire un engin capable de sonder les profondeurs sous-marines, à la recherche d’un hypothétique trésor. Expérimentations physiques, études de cartes et préparation de l’expédition sont menés avec rigueur et l’ivresse de la conscience de repousser les frontières de la connaissance. Les ingénieuses bestioles sont loin de se douter qu’elles sont en réalité sur les traces de Thomas A. Édison…

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Nous avons retrouvé dans ce livre tout ce que nous avions déjà adoré dans les précédents albums de Torben Kuhlmann. La forme est vraiment à la charnière entre album illustré et roman, avec un texte relativement long déroulant une histoire aux rebondissements multiples, mais indissociable des illustrations qui subliment, prolongent l’écrit, prennent parfois même le relai avec de majestueuses doubles-pages illustrées se suffisant parfaitement à elles-mêmes. Voilà une proposition merveilleuse pour les enfants qui apprécient l’immersion que permettent les textes longs sans pour autant avoir perdu le goût des albums.

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Les illustrations contribuent à construire un univers graphique unique – vintage, drôle et décalé. Certaines sont à couper le souffle, toutes sont de celles qui invitent à prendre le temps de s’y plonger et de déguster chacun de leurs détails. On s’amuse à y découvrir à chaque lecture de nouvelles références aux mondes de la littérature et de la science – titres de journaux et de livres, photographies, plans de prototypes et mille autres clins d’œil témoignant du travail très soigné de l’auteur. Qui nous parviendrait presque à nous convaincre de cette histoire de souris astucieuses, avant de résumer dans les quelques pages finales les principales étapes de l’invention de l’éclairage électrique (telle que la racontent les encyclopédies). Un mélange inattendu de fantaisie et de sérieux !

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On sort de cette lecture avec l’envie de céder à sa curiosité et de voyager aux confins des territoires explorés. Pour notre part, impossible de résister à l’appel de l’aventure !

Lu à voix haute en novembre 2019 – Éditions Nord Sud, 18€

 

La Chose du MéHéHéHé, de Sigrid Baffert, illustré par Jeanne Macaigne (Éditions MeMo, Polynie, 2019)

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« – La Chose du MéHéHéHé. He he !
– Fais voir ? Mé-Hé-Hé-Hé. Ah oui. MéHéHéHé !
– Tu nous le liras Maman ? Ça a l’air drôle.
– Ça pourrait faire peur, aussi, regarde la couverture. Moi, je trouve qu’elle a l’air inquiétante.
– Je maintiens que ça a l’air drôle, ce titre ! Très drôle, même !
– Effrayant, plutôt.
– Peut-être les deux à la fois ? »

Vous comprendrez bien qu’on ne pouvait pas en rester là ! Et comme nous avons la chance abyssale d’avoir reçu cette pépite en avant-première, nous n’avons pas tergiversé longtemps et avons plongé la tête la première dans le nouveau roman de Sigrid Baffert. Enfin, plus exactement, « au beau milieu du grand ventre bleu de la mer, loin, très loin de toute terre, loin, très loin de toute île ou de tout atoll ». Vous pensez peut-être que la vie dans ce monde d’algues, de crustacés et autres céphalopodes, ce n’est pas la mer à boire ? Et bien, vous vous fourrez le doigt dans l’œil ! Entre la terreur semée par un prédateur dont le seul nom suffirait à vous glacer le sang, la pluie d’objets hétéroclites qui s’abat continuellement sur l’océan et la joyeuse pagaille qui ondule et glougloute à l’abri des coraux, ce n’est pas vraiment le calme plat. Alors le jour où surgit une chose pas comme les autres qui flotte mystérieusement à la surface, c’est la goutte qui fait déborder le vase. L’heure est grave, et il se pourrait même que la chorégraphie du Tcha-kou-tcha, la danse de flati-fluti et l’invocation du grand Crusticé ne soient pas à la hauteur de la situation…

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Les romans de la collection Polynie parviennent à chaque fois à me surprendre. Celui-ci est une déferlante de tout ce que nous adorons : beaucoup de fantaisie et de péripéties, des personnages désopilants (dont trois petites pieuvres qui ne sont pas vraiment du genre à se noyer dans un verre d’eau), un texte espiègle qui joue avec les mots, les fait onduler et les entrechoque pour notre plus grand plaisir. Le tout est sublimé par les illustrations de Jeanne Macaigne qui fourmillent de détails fascinants, souvent teintés d’une ironie réjouissante.

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« Et si on lançait un référendum ? »

Comme dans d’autres romans de la collection (voir ici et par exemple !), le registre est celui de la fable, mêlant fantaisie, réflexions philosophiques et clins d’œil à l’actualité la plus brûlante : comment les humains et leurs manies envahissantes peuvent-ils bien être perçus du fond le plus lointain des océans ? Comment réagir face à une menace potentiellement fatale ? Comment arbitrer entre prudence et envie d’assouvir sa curiosité, entre raison et superstitions ? Faut-il décider d’avoir peur ? Ou se refermer comme une huître ? Une réponse musclée ne serait-elle pas plus sûre ? On rit beaucoup, mais souvent jaune. La réflexion sur les dégâts infligés par l’Homme à la nature est subtile, mais fait densément écho à nos préoccupations et lectures récentes, notamment l’album Sur mon île, de Myung-Ae Lee.

Un roman drôle, intelligent et très original que je brûle de faire découvrir à toutes les petites crevettes de notre entourage !

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Un grand merci à l’autrice pour sa jolie dédicace. C’est le cœur serré que je remercie également de tout cœur Chloé Mary et MeMo pour cette lecture – et tant d’autres ces derniers mois ! Des textes qui nous ont apporté des heures inoubliables d’émerveillement et d’échanges. Dont la saveur prend déjà le goût des meilleures madeleines de l’enfance…

« Elle n’avait pas de dents comme Krakenko, non, c’était même à se demander si elle avait une bouche. Pourtant Saï eut la sourde intuition que ce non-crustacé tombé du ciel à l’apparence inoffensive était une source inépuisable de calamités. »

« – Ça sert à rien de se cramer les branchies à foncer comme des turbots, lâcha-t-elle. Elle nous suit pas, la grosse Krakenko.
Saï freina brusquement et se retourna à son tour.
– Ça alors, on ne l’intéresse pas, dit Saï, sidérée.
– C’est presque vexant, ajouta Mo. »

Lu à voix haute en octobre 2019 – Éditions MeMo, Polynie, 11€