Le troisième fils de monsieur John, de Nadine Brun-Cosme et Christine Davenier (2018)

À la naissance de chacun de ses trois fils, Monsieur John plante une graine et un arbre grandit. Les voisins admirent le bel arbre qui pousse bien droit, emplissant de fierté le papa jardinier. Mais le troisième arbre est à l’image du dernier-né : il pousse à sa façon, déployant ses branches tordues dans tous les sens et suscitant la perplexité des voisins…

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Cet album évoque avec beaucoup de poésie et de sensibilité la question de la différence et la difficulté pour certains enfants de trouver leur place dans leur fratrie. Le texte de Nadine Brun-Cosme est juste et sonne comme une fable, presque une comptine. Les illustrations de Christine Davenier sont très jolies et expressives. Dans la droite ligne des dessins de Sempé, elles rendent un hommage émouvant à l’esprit de famille.

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Troisième fils_quatrièmeLa métaphore des arbres bien trouvée pour parler du rôle des parents qui sèment leur graine et s’efforcent du mieux qu’ils peuvent de rassembler les conditions pour voir leurs enfants s’épanouir, mais finissent souvent, heureusement, par les accepter et les aimer tels qu’ils sont. Y compris lorsqu’ils sortent des sentiers battus – et peuvent réserver des surprises aussi belles qu’inattendues… Un message important et optimiste que j’ai été heureuse de partager avec mes garçons à travers cette lecture.

 

Un grand merci aux éditions Sarbacane pour cette belle découverte. N’hésitez pas à regarder aussi l’avis de Bouma en cliquant ici !

Lu à voix haute en février 2019 – Sarcabane, 15,50€

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Le petit poisson rouge (de Taeeun Yoo, 2018)

Petit poisson rouge_couvertureIl est joli comme tout, petit, rouge, facétieux… Ce premier album de l’illustratrice coréenne Taeeun Yoo est finalement à l’image du petit poisson de JeJe qui n’est pas du genre à se satisfaire de tourner en rond dans son bocal ! Un animal auquel le petit garçon tient beaucoup, au point de l’emmener lorsque son grand-père l’invite à visiter la merveilleuse bibliothèque dans laquelle il travaille. Un lieu magique où s’amorce une fantastique course-poursuite à travers les rayonnages et les pages des livres…

 

Cet album est merveilleux à tous points de vue. L’objet-livre est très soigné, avec sa couverture recouverte (je ne sais pas si cela se voit sur la photo) d’un tissu rouge éclatant. Les illustrations à l’encre de Chine, au stylo et à l’aquarelle, qui prennent parfois le relai du texte, sont splendides et très soignées. Elles sont de celles dans lesquelles on ne se lasse jamais de se plonger, avec de nouvelles impressions à chaque lecture.

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Le jeu sur le contraste entre les tons sépia et le rouge du poisson est très réussi : cette gamme de couleurs fait flotter sur l’album une impression de douceur, de rêve, de flottement et peut-être aussi de mélancolie, avec un grain de folie symbolisé par le rouge. L’histoire fait la part belle à l’amour des livres, au charme unique des vieilles bibliothèques, à l’imaginaire et à la complicité qui peut s’instaurer avec les animaux. On referme le livre avec l’impression de rentrer de très loin. Autant dire que Hugo et moi nous sommes régalés !

Un album à faire découvrir aux tous-petits (conseillés par l’éditeur à partir de 3 ans).

Et c’est par ici pour l’avis de Pepita et par là pour les impressions de Sophie…

Lu à voix haute en février 2019 – Kaleidoscope, 12,50 €

Triangle (de Mac Barnett et Jon Klassen, 2018)

Avec Triangle, Mac Barnett et Jon Klassen signent un album inattendu et désopilant ! Dans cette histoire, il y a Triangle qui vit dans une contrée où tout (maisons, portes, cailloux, feuilles…) prend une forme résolument triangulaire ; et, au-delà d’une inquiétante zone intermédiaire aux contours indéfinis, Carré, chez qui tout est systématiquement (et presque obsessionnellement) carré. Un beau jour, Triangle décide de jouer un tour à Carré, mais il pourrait bien être pris à son propre piège !

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Cette fable est d’autant plus percutante que le graphisme dessins est minimaliste : les yeux ronds des deux protagonistes leur donnent tour à tour un air blasé, déterminé (voire un peu psychopathe ?), surpris, effrayé, revanchard… Cette intensité réduite à sa plus simple expression nous a bien fait rire. Et il faut bien dire que les enfants s’identifient facilement à cette histoire de farce douteuse et d’arroseur arrosé ! Antoine et Hugo ont retrouvé avec plaisir le trait doux, si caractéristique de Jon Klassen qui a baigné toute leur enfance – mais qui n’est pas, je trouve, sans rappeler celui de Leo Lioni que nous aimons beaucoup aussi.

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Peut-être suis allée un peu loin dans l’interprétation de l’album, mais j’y vu, à travers le ridicule de l’aspiration à ne côtoyer que ses semblables, une jolie invitation aux échanges et au métissage.

Seule réserve : la chute, qui m’a semblé tomber un peu « comme un cheveu sur la soupe ». Mais nous avons fait l’expérience que cela n’empêche aucunement d’apprécier ce bel objet, y compris, vues la richesse des métaphores et l’ironie du dessin, avec des enfants un peu plus grands.

Si vous voulez finir de vous convaincre, jetez donc un œil à l’article de Pepita !

Lu à voix haute en janvier 2019 – L’école des loisirs, 13€

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La petite épopée des pions (de Audren, avec les illustrations de Cédric Philippe, 2017)

Les limites sont souvent rassurantes. On peut ainsi se satisfaire et s’accrocher à cela : vivre dans un espace confortable et clairement borné, suivant une routine bien rodée et des règles aussi simples qu’efficaces, en acceptant l’inéluctable pouvoir de « l’ordre » et des déterminismes – fatalité, volonté des dieux ou, en l’occurrence, La Main lorsqu’elle décide de sortir les pions en vue d’une partie sur le damier. Et pourtant, il y aura toujours des irréductibles qui auront envie de prendre le risque, parfois insensé, d’aller au-delà, d’explorer le vaste monde et de repousser le plus loin possible les limites de leur liberté. Ceux-là seront souvent considérés au mieux comme des têtes brûlées, au pire comme des fous : mais ces individus prêts à aller au bout de leurs rêves peuvent vivre des choses fabuleuses que les autres ne peuvent même pas imaginer, contribuant ainsi à élargir l’horizon des possibles de l’ensemble de leurs congénères…

extrait 1Quel sujet passionnant que celui de ce petit roman ! À travers le destin d’une troupe de petits pions partagés entre leur fascination pour le monde extérieur et leur aspiration à regagner le confort rassurant de leur boîte en bois de rose, Audren invite les jeunes lecteurs à une réflexion philosophique exaltante sur la liberté, le libre-arbitre, l’aspiration individuelle à la distinction et les révolutions. L’exploit est d’évoquer ces questions vertigineuses à travers un texte non seulement accessible pour le public ciblé (« à partir de 8 ans »), grâce à un texte ciselé de moins de 50 pages, porté par de nombreuses illustrations en noir et blanc, mais aussi plein d’humour, de légèreté et de rebondissements. On se laisse volontiers entraîner dans l’histoire et on rit de bon cœur des mésaventures des pions et de l’ironie du texte.

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Quand les enfants apprennent vite à lire et se lancent à 6-8 ans dans des lectures plus longues, ce n’est pas toujours facile de leur trouver des textes entre les « premières lectures » (pas toujours très passionnantes sur le fond) et les romans plus étoffés qui abordent souvent des thématiques plus adaptées à des collégiens. Les romans de la collection Petite Polynie des éditions MeMo (voir Truffe et Machin et Vendredi ou les autres jours) contribuent avec beaucoup de talent à combler ce manque (n’hésitez pas à regarder ce qu’en disent Pepita et Aurélie). Outre la satisfaction de pouvoir découvrir de « vrais romans » en autonomie, il y souffle un vent de rêve et de liberté qui devrait apporter un plaisir de lecture intense aux lecteurs et lectrices à partir du plus jeune âge.

Pour des albums accessible aux plus jeunes qui donnent à réfléchir à des questions similaires, regardez aussi Au-delà de la forêt, de Nadine Robert et Gérard Dubois, et Le secret du rocher noir, de Joe Todd-Stanton.

 

Extraits

« Quand on ne sait pas ce que c’est d’être libre, le moindre déplacement peut ressembler à la liberté. »

« Sasha finit par se dire que la prière était à la rigueur une astuce pour se donner de l’envie et de la force, mais certainement pas la potion magique qu’il avait attendue. Comme il rêvait d’être remarqué à son tour par ses congénères, il interrompit Sasha-le-Héros et annonça haut et fort :
– Et bien, moi, je vais quitter la boîte !
– Hein ??? Quoi ? Qu’est-ce que tu dis, Sasha ? Tu ne tournes pas rond ! Et La Main, alors ? s’étonnèrent les autres.
– Je me fous de La Main.
– OOOHHH ! répondirent-ils d’une seule voix.
– Je te rappelle que nous ne pouvons rien faire sans La Main ! ajouta justement et posément Sacha-la-Raisonnable, qui semblait avoir déjà réfléchi au problème.
– Quand on veut, on peut ! s’enhardit Sasha. Je vais quitter la boîte et… il est même possible que je ne revienne pas.
En disant cela, il sentit un frisson lui parcourir le bois. Il avait très peur de ne pas savoir retrouver son chemin, très peur de se perdre à tout jamais. Toutefois, l’envie d’autre chose était plus forte que la peur. L’envie de ne pas ressembler à ses pairs, l’envie de ne plus dépendre de La Main, l’envie, sans doute, d’une véritable liberté.
– Tu rêves ! s’exclama l’un des Sasha. Tu penses que la vie est plus drôle ailleurs, que tout y est possible, mais nous sommes bien heureux ici. Nous vivons dans le meilleur des mondes. Ailleurs, tu ne sais pas ce qui t’attend. »

« Je me demande si ce n’est pas ça la vraie vie, finalement. L’aventure, la surprise, la nouveauté, le désordre, le risque… »

 

Lu à voix haute en février 2019 – Éditions Memo (Petite Polynie), 8€

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Sylvain de Sylvanie, chevalier (de Didier Lévy, illustrations d’Éloïse Scherrer, 2018)

Que deviennent nos rêves et nos jeux d’enfants quand nous grandissons ? Certains adultes restent d’éternels gamins, prêts à laisser libre cours à leur fantaisie et à leur imagination à la première occasion ; d’autres changent plus fondamentalement, mais gardent tout de même au fond d’eux le gosse qu’ils ont été, ses chimères, ses terreurs et ses vieilles peluches. Quoi qu’il en soit, il suffit souvent de tomber sur les objets qui ont peuplé notre enfance pour en voir surgir des réminiscences et souvenirs d’une intensité déconcertante – comme dans cette émouvante pièce de théâtre, vue cet été au festival de Sarlat, dans laquelle deux frères adultes retrouvent dans le grenier de leur enfance les objets qu’ils avaient détournés à l’époque pour jouer à l’Iliade*… Il en va ainsi des premiers livres qu’on a lus et relus, mais aussi des jouets usés d’avoir tant servi. Un jour, parce qu’il fallait faire de la place ou parce qu’il fallait grandir, il a pourtant bien fallu se résoudre à s’en séparer, ou au moins à les mettre en cartons…

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sylvain de sylvanieLorsque les parents de Sylvain décident que ses vieux jouets doivent être relégués au grenier, il a une conscience aiguë de tourner une page. Impossible de résister à la tentation d’enfourcher son cheval de bois pour une dernière aventure en Sylvanie, univers foisonnant de paysages splendides et de créatures fantastiques, nés tout droit de l’imagination de Sylvain… Là bas, les deux héros vivent des aventures exaltantes et se distinguent parmi les chevaliers les plus valeureux : la satisfaction de chevaucher un beau cheval et d’affronter sans ciller (et répliques cinglantes à l’appui !) les monstres les plus terrifiants réjouit le lecteur autant que Sylvain. Les illustrations lumineuses d’Éloïse Scherrer incarnent de façon sublime l’univers fouillé de la Sylvanie et donnent un souffle épique à cette odyssée. L’auteur et l’illustratrice mêlent à merveille l’imaginaire et le réel, qui fait de petites incursions dans l’aventure et qui finit, puisque Sylvain deviendra grand, par prendre le dessus – quoique ? Et si grandir devenait synonyme d’une initiation permettant de découvrir de toutes nouvelles dimensions de son imagination ?

Cette petite merveille, qui a également séduit Sophie, a toutes les chances de rejoindre nos madeleines familiales !

* Iliade, de Damien Roussineau et Alexis Perret

 

Lu à voix haute en janvier 2019 – Sarbacane, 17,50€

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Truffe et machin (d’Emile Cucherousset et Camille Jourdy, 2018)

truffe et machin_extraitQu’arrive-t-il quand nos chères têtes blondes ont quelques heures devant elles, sans rien de particulier à faire ? Ces moments d’inaction, d’ennui, de désœuvrement, désormais trop rares, souvent réduits à une peau de chagrin par des rythmes de vie effrénés… Quoiqu’il en soit, tous ceux qui ont lu Fifi Brindacier, Les aventures de Tom Sawyer ou encore celles de Tom-Tom et Nana vous le diront : dans telle situation, les mouflets ne manqueront évidemment pas de concevoir toutes sortes d’idées… lumineuses !

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Des idées, Truffe et machin n’en manquent pas. Ce petit roman est en réalité un recueil de trois aventures de ces deux lapereaux aussi audacieux qu’inséparables. Nous les avons suivis avec délice dans leur chasse aux idées et la traque de leurs ombres. Leur entrain est communicatif et nous avons beaucoup ri de voir les deux compères entrer si pleinement dans leurs jeux qu’ils finissent par être dépassés par leur propre imagination. Ces situations sont sublimées par les illustrations de Camille Jourdy qui évoquent merveilleusement l’esprit d’enfance. Et les dialogues débordent d’humour et de jeux de mots.

Hugo n’a pas boudé son plaisir et, impatient de connaître la suite, il a lu seul la troisième histoire. Truffe et machin peut donc être lu sans difficulté par de (très) jeunes lecteurs.

Un joli hommage à l’enfance, à l’imagination et au jeu !

Pour finir de vous convaincre, l’avis d’Aurélie est par ici, celui de Pepita par là… Merci à elles pour cette découverte !

 

Lu à voix haute en janvier 2019 – Éditions MeMo, 8€

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Carnivore (d’Adèle Tariel et Jérôme Peyrat, 2018)

Laissez-vous entraîner dans l’enquête palpitante menée avec brio avec un petit grillon dans une forêt luxuriante ! Quel être carnivore fait donc régner la terreur en faisant disparaître un à un chacun des insectes ? Interrogatoires, conjectures et observations mettront le courageux détective sur une piste absolument inattendue…

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Tout contribue à faire de cet album un immense bonheur de lecture à voix haute : le texte aux rimes divertissantes, les illustrations colorées qui rendent grâce aux prodiges de la nature et nous donnent l’impression de voyager dans une contrée exotique… Et avant tout, impossible de ne pas se passionner par cette énigmatique affaire de disparition. On apprend même au passage plein de noms d’insectes tous plus amusants les uns que les autres. Nous avons retrouvé avec plaisir certains des insectes de James et la grosse pêche (l’un de nos Roald Dahl favoris), mais aussi fait la connaissance de plusieurs bestioles sympathiques dont nous n’avions jamais entendu parler alors que renseignement pris, elles vivent par chez nous !

Coup de cœur familial à recommander sans hésiter aux lecteurs à partir de 3-4 ans ! Et qui me donne bien envie de découvrir Cargo, le nouvel album de ces talentueux auteurs…

Mille mercis aux éditions Père Fouettard de nous avoir permis de découvrir cet album splendide ainsi qu’à Bouma pour cette suggestion de lecture (son avis est disponible ici !).

Lu à voix haute en janvier 2019 – Éditions Père Fouettard, 14€

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