Hamaika et le poisson, de Pierre Zapolarrua (illustrations d’Anastasia Parrotto, 2018)

« Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau

Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est là-haut. »

Il y a plus de cinquante ans, Juliette Greco chantait déjà avec humour les obstacles aux relations unissant les êtres trop différents. Et de fait, les volatiles comme les animaux aquatiques préfèrent généralement rester entre semblables, méconnaissant et craignant les autres espèces. Mais heureusement, il y aura toujours des passeurs, des individus ouverts et curieux qui s’accommodent mal des frontières… Hamaika, par exemple : cette poule maigrichonne aux yeux clairs, plus intéressée par l’exploration du monde que par les grains à picorer dans la cour. Déterminée, elle sent pourtant bien à quel point elle est singulière parmi ses consœurs. Mais un beau jour, elle fait la rencontre d’un poisson. Un poisson tout aussi singulier… C’est le début d’une amitié qui est loin d’être une évidence, mais les deux compères débordent de créativité pour surmonter les petits obstacles pratiques !

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JonasCette fable de haute fantaisie est un concentré, en 70 pages à peine, de tout ce que nous aimons : des personnages drôles et attachants, des trésors d’imagination, des propos philosophiques à hauteur d’enfant et des aventures palpitantes. Les illustrations pleines de couleurs sont un plaisir pour l’œil et ont beaucoup parlé aux enfants (avec une palme pour le poisson qui tente de retenir sa respiration, qui les a fait rire aux éclats !). C’est un vrai roman arc-en-ciel que voilà ! Vous imaginerez aisément que nous n’en avons fait qu’une bouchée, ne boudant pas notre plaisir de voyager une fois encore en Petite Polynie, grâce à Chloé Mary que nous remercions chaleureusement pour cette nouvelle pépite.

Hashtagcéline et Pepita ont elles aussi aimé ce livre. N’hésitez pas à lire leurs avis ! 

 

Extraits

« Il en va des poules comme des autres animaux. Chacun préfère rester entre soi, entre poules en l’occurrence, sans souci de ce qui se passe ailleurs.
Mais il est quelques individus, parfois, un peu différents.
Hamaika était de ceux-là. »

« Elle voulait simplement aller plus loin, juste pour voir, savoir. Elle était curieuse de tout. Tout l’étonnait, l’enchantait. Tout était digne d’intérêt, d’observation minutieuse. »

« Plusieurs solutions furent discutées. Faire venir les autres poules sur la plage. Mais elles auraient trop peur, et auraient certainement refusé. Trouver un caillou creux rempli d’eau et le traîner avec Jonas jusqu’à la ferme. Hamaika n’en aurait pas la force. Entourer Jonas d’algues… C’était plus léger que le caillou mais ça ne permettrait pas à Jonas de respirer. Creuser un tunnel qui s’emplirait d’eau à marée haute et propulserait Jonas, comme porté par le souffle d’une baleine, au milieu de la cour de la ferme. Beaucoup trop long ! Et le tunnel se serait écroulé sous l’effet de la marée.
Alors Jonas essaya de retenir sa respiration à l’air libre pour voir combien de temps il pouvait ainsi tenir. Hamaika compta scrupuleusement ces essais d’apnée, mais ce n’était pas suffisant pour rejoindre la ferme. »

Lu à voix haute en mars 2019 – Éditions Memo (Petite Polynie), 9,50€

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La petite épopée des pions (de Audren, avec les illustrations de Cédric Philippe, 2017)

Les limites sont souvent rassurantes. On peut ainsi se satisfaire et s’accrocher à cela : vivre dans un espace confortable et clairement borné, suivant une routine bien rodée et des règles aussi simples qu’efficaces, en acceptant l’inéluctable pouvoir de « l’ordre » et des déterminismes – fatalité, volonté des dieux ou, en l’occurrence, La Main lorsqu’elle décide de sortir les pions en vue d’une partie sur le damier. Et pourtant, il y aura toujours des irréductibles qui auront envie de prendre le risque, parfois insensé, d’aller au-delà, d’explorer le vaste monde et de repousser le plus loin possible les limites de leur liberté. Ceux-là seront souvent considérés au mieux comme des têtes brûlées, au pire comme des fous : mais ces individus prêts à aller au bout de leurs rêves peuvent vivre des choses fabuleuses que les autres ne peuvent même pas imaginer, contribuant ainsi à élargir l’horizon des possibles de l’ensemble de leurs congénères…

extrait 1Quel sujet passionnant que celui de ce petit roman ! À travers le destin d’une troupe de petits pions partagés entre leur fascination pour le monde extérieur et leur aspiration à regagner le confort rassurant de leur boîte en bois de rose, Audren invite les jeunes lecteurs à une réflexion philosophique exaltante sur la liberté, le libre-arbitre, l’aspiration individuelle à la distinction et les révolutions. L’exploit est d’évoquer ces questions vertigineuses à travers un texte non seulement accessible pour le public ciblé (« à partir de 8 ans »), grâce à un texte ciselé de moins de 50 pages, porté par de nombreuses illustrations en noir et blanc, mais aussi plein d’humour, de légèreté et de rebondissements. On se laisse volontiers entraîner dans l’histoire et on rit de bon cœur des mésaventures des pions et de l’ironie du texte.

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Quand les enfants apprennent vite à lire et se lancent à 6-8 ans dans des lectures plus longues, ce n’est pas toujours facile de leur trouver des textes entre les « premières lectures » (pas toujours très passionnantes sur le fond) et les romans plus étoffés qui abordent souvent des thématiques plus adaptées à des collégiens. Les romans de la collection Petite Polynie des éditions MeMo (voir Truffe et Machin et Vendredi ou les autres jours) contribuent avec beaucoup de talent à combler ce manque (n’hésitez pas à regarder ce qu’en disent Pepita et Aurélie). Outre la satisfaction de pouvoir découvrir de « vrais romans » en autonomie, il y souffle un vent de rêve et de liberté qui devrait apporter un plaisir de lecture intense aux lecteurs et lectrices à partir du plus jeune âge.

Pour des albums accessible aux plus jeunes qui donnent à réfléchir à des questions similaires, regardez aussi Au-delà de la forêt, de Nadine Robert et Gérard Dubois, et Le secret du rocher noir, de Joe Todd-Stanton.

 

Extraits

« Quand on ne sait pas ce que c’est d’être libre, le moindre déplacement peut ressembler à la liberté. »

« Sasha finit par se dire que la prière était à la rigueur une astuce pour se donner de l’envie et de la force, mais certainement pas la potion magique qu’il avait attendue. Comme il rêvait d’être remarqué à son tour par ses congénères, il interrompit Sasha-le-Héros et annonça haut et fort :
– Et bien, moi, je vais quitter la boîte !
– Hein ??? Quoi ? Qu’est-ce que tu dis, Sasha ? Tu ne tournes pas rond ! Et La Main, alors ? s’étonnèrent les autres.
– Je me fous de La Main.
– OOOHHH ! répondirent-ils d’une seule voix.
– Je te rappelle que nous ne pouvons rien faire sans La Main ! ajouta justement et posément Sacha-la-Raisonnable, qui semblait avoir déjà réfléchi au problème.
– Quand on veut, on peut ! s’enhardit Sasha. Je vais quitter la boîte et… il est même possible que je ne revienne pas.
En disant cela, il sentit un frisson lui parcourir le bois. Il avait très peur de ne pas savoir retrouver son chemin, très peur de se perdre à tout jamais. Toutefois, l’envie d’autre chose était plus forte que la peur. L’envie de ne pas ressembler à ses pairs, l’envie de ne plus dépendre de La Main, l’envie, sans doute, d’une véritable liberté.
– Tu rêves ! s’exclama l’un des Sasha. Tu penses que la vie est plus drôle ailleurs, que tout y est possible, mais nous sommes bien heureux ici. Nous vivons dans le meilleur des mondes. Ailleurs, tu ne sais pas ce qui t’attend. »

« Je me demande si ce n’est pas ça la vraie vie, finalement. L’aventure, la surprise, la nouveauté, le désordre, le risque… »

 

Lu à voix haute en février 2019 – Éditions Memo (Petite Polynie), 8€

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Truffe et machin (d’Emile Cucherousset et Camille Jourdy, 2018)

truffe et machin_extraitQu’arrive-t-il quand nos chères têtes blondes ont quelques heures devant elles, sans rien de particulier à faire ? Ces moments d’inaction, d’ennui, de désœuvrement, désormais trop rares, souvent réduits à une peau de chagrin par des rythmes de vie effrénés… Quoiqu’il en soit, tous ceux qui ont lu Fifi Brindacier, Les aventures de Tom Sawyer ou encore celles de Tom-Tom et Nana vous le diront : dans telle situation, les mouflets ne manqueront évidemment pas de concevoir toutes sortes d’idées… lumineuses !

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Des idées, Truffe et machin n’en manquent pas. Ce petit roman est en réalité un recueil de trois aventures de ces deux lapereaux aussi audacieux qu’inséparables. Nous les avons suivis avec délice dans leur chasse aux idées et la traque de leurs ombres. Leur entrain est communicatif et nous avons beaucoup ri de voir les deux compères entrer si pleinement dans leurs jeux qu’ils finissent par être dépassés par leur propre imagination. Ces situations sont sublimées par les illustrations de Camille Jourdy qui évoquent merveilleusement l’esprit d’enfance. Et les dialogues débordent d’humour et de jeux de mots.

Hugo n’a pas boudé son plaisir et, impatient de connaître la suite, il a lu seul la troisième histoire. Truffe et machin peut donc être lu sans difficulté par de (très) jeunes lecteurs.

Un joli hommage à l’enfance, à l’imagination et au jeu !

Pour finir de vous convaincre, l’avis d’Aurélie est par ici, celui de Pepita par là… Merci à elles pour cette découverte !

 

Lu à voix haute en janvier 2019 – Éditions MeMo, 8€

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Le collier du géant (de Michael Morpurgo, 2018 pour la présente édition)

Les enfants peuvent parfois concevoir des projets inattendus et les mettre en œuvre avec une ténacité qui confine à l’obstination ! Cherry, onze ans, par exemple, a passé chaque jour de ses vacances en Cornouailles à traquer chaque coquillage de la plage pour en faire le collier le plus long jamais fabriqué – un collier de géant ! Et lorsqu’approche le moment de repartir, la fillette est déterminée à tout mettre en œuvre pour finaliser cette œuvre spectaculaire. Si bien que toute à son entreprise, elle ne se rend pas compte que les nuages s’amassent au-dessus de la plage, que le vent se lève et que la marée monte…

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Michael Morpurgo signe un album aux allures de conte. Cheryl est une petite fille sympathique, vive et imaginative, qui semble s’animer grâce aux illustrations tendres et chaleureuses de Briony May Smith. Son projet démesuré est de ceux qui parlent aux enfants et à tous ceux qui l’ont été un jour : impossible de ne pas vibrer avec elle à l’idée que le collier reste inachevé !

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Mais cet album étrange nous entraîne aussi, comme le font souvent les contes, sur les chemins de ce qui nous terrorise le plus : l’angoisse d’être livré à soi-même, vulnérable face à des dangers aux contours indiscernables, et bien sûr la peur de la mort. À tel point qu’on ne sait plus très bien s’il s’agit d’un récit enfantin, d’une fable, d’une histoire d’épouvante ou d’un drame. La qualité d’écriture de Michael Morpurgo transporte ses lecteurs, jeunes ou moins jeunes, les faisant passer par tous les sentiments, de la tendresse et l’amusement à la terreur et l’horreur. La tension narrative, qui semble au summum de la première à la dernière page, fait de cet album une lecture magnétique qui se découvre d’un trait.

Impossible, donc, de rester insensible à l’histoire de Cherry. Encore sous le coup de la fin, glaçante, je me suis demandé si les sentiments mitigés que Hugo et moi avons ressentis en refermant le livre étaient dus au caractère tragique de l’histoire, un peu surprenant dans un livre adressé aux lecteurs à partir de 7 ans. Ou à une ambivalence face à la morale qui me semble émerger de cette histoire – alors que nous aimons tant les histoires qui nous font rêver d’aventures enfantines vécues par des gamins intrépides, quitte à faire abstraction le temps d’une parenthèse de lecture des dangers qui les guetteraient dans le monde réel…

Lu à voix haute en décembre 2018 – Gallimard Jeunesse, 13€

Le collier du géant

La montagne noire (de Maria Jalibert, 2018)

La montagne noire, récit onirique aux allures de conte, fait résonner des peurs universelles – celles qui nous ont fait frissonner à la lecture du Petit Poucet ou de Hansel et Gretel : la terreur d’être un jour oublié, abandonné seul au cœur d’une forêt sauvage et étrange…

L’histoire est celle de Rémi, dont la vie s’est écroulée suite à la mort brutale de ses parents, quelques mois plus tôt. Le jeune garçon est plongé depuis dans un état second, plongé dans une spirale de rêveries et de souvenirs. En retrait de la réalité, du temps et des autres enfants, qu’il perçoit vaguement mais dont il ne parvient plus à partager l’insouciance. Tellement en retrait que lorsque la colonie où il passe l’été rentre d’une excursion à la montagne noire, Rémi est oublié et reste seul. Seul dans le noir, au creux d’une nature incommensurable et mystérieuse. Seul avec son désarroi, ses souvenirs, mais aussi une détermination à survivre qui s’affirme avec force…

La montagne noire est un bel objet-livre qui attire l’œil avec une intrigante couverture aux couleurs mates signée par Anne Laval. Mes garçons ont apprécié les illustrations esquissées au début de chaque chapitre et les petits marques-pages détachables à l’effigie des protagonistes (caractéristiques de la collection Mon marque-page). Ce roman parvient à évoquer avec justesse et sensibilité la question du deuil, si douloureuse et si préoccupante pour beaucoup d’enfants, en portant un message positif à travers le cheminement d’un garçon qui prend confiance en lui-même. La belle écriture évocatrice de Maria Jalibert va droit au cœur des jeunes lecteurs : l’intrigue a immédiatement intéressé Antoine et Hugo – qui ont terminé seuls cette lecture amorcée ensemble, trop impatients de connaître la fin.

Mais justement la fin… Et bien, sans vouloir en révéler trop, elle nous a malheureusement laissé sur notre faim ! Nous avons tous ressenti un sentiment de frustration en refermant le livre sans apprendre le fin mot de l’histoire sur la déambulation hallucinée (?) de Rémi à travers la montagne noire. Cette issue ne nous a pas semblé à la hauteur d’un roman qui nous avait captivés jusque-là…

Extraits

« Depuis la mort des mes parents, rien ne semblait s’imprimer clairement dans mon cerveau. Je m’étais installé dans une sorte de rêverie mélancolique. C’était comme un voile opaque qui s’était abattu brutalement sur ma vie. Un voile pesant qui avait tout recouvert sans laisser passer le moindre trait de lumière. »

« Je ne vis personne et la nuit, peu à peu, me tomba dessus. Les bois, éclairés par les derniers rayons du soleil quelques minutes auparavant, s’assombrirent et prirent une allure inquiétante. Les massifs de bruyère devinrent des tâches noires, les rochers des silhouettes menaçantes. Je décidai de rester sur le mien, et je m’y raccrochai comme un naufragé à son radeau. »

« Il y avait quelque chose d’étrange dans cette clairière : pas un seul bruit, c’était le silence total. »

 

Lu à voix haute en novembre 2018 – Didier Jeunesse, 12€

la montagne noire

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Zoé et la boule à neige (de Lorette Berger et Ben.Bert)

Au moment où les enfants commencent à se débrouiller pour lire seuls et se sentent capables de « s’attaquer » à des romans avec plus de texte, tout l’enjeu pour eux consiste à amorcer ce type de lecture avec une histoire suffisamment passionnante pour persévérer jusqu’à la dernière page, sans être trop exigeante pour éviter que le petit lecteur ou la petite lectrice ne se décourage… Ce savant équilibre me semble très réussi pour Zoé et la boule à neige.

Capture d_écran 2018-11-16 à 20.06.05L’histoire est jolie comme un conte. Zoé est une petite fille gourmande et rêveuse qui guette la neige de Noël avec anxiété. La vie n’est pas toujours comme on la souhaite, mais à cette période de l’année, les choses les plus merveilleuses ne peuvent-elles pas se produire ? Zoé est loin d’imaginer ce qui l’attend lorsque sa vieille voisine glisse un énigmatique petit paquet dans son cartable… Agréablement surprenante, l’intrigue me semble avoir de quoi captiver les lecteurs et lectrices en herbe. La forme me semble également très adaptée : le roman n’excède pas une cinquantaine de pages, divisée en brefs chapitres dont la lecture est aérée et appuyée par des illustrations.

C’est Hugo (actuellement en CE1) qui a repéré ce petit roman et je remercie les éditions ThoT de nous avoir permis de le découvrir. Le moins que l’on puisse dire est que la lecture a été concluante, puisque Hugo a dévoré cette histoire en une seule fois ! Nous avons eu beaucoup de plaisir à reparler par la suite des aventures de Zoé.

Ma seule réserve concernerait les illustrations qui sont un peu curieuses, avec des personnages déformés qui ne m’ont pas parlé. Mais pour être toute à fait transparente, la tête aplatie de Zoé a fait rire les garçons !

Voici donc un chouette petit roman pour apprentis lecteurs, à découvrir au coin du feu pendant les vacances de Noël – ou cet été, histoire de se rafraîchir un peu les idées !

Lu en novembre 2018 – Éditions ThoT, 8€

zoé et la boule à neige

Les cousins Karlsson, tome 1, de Katarina Mazetti (2013 pour la traduction en français)

Voici un petit roman d’aventures à la saveur acidulée et au charme suédois ! Dans une atmosphère sympathique digne de la série du Club des Cinq, quatre cousines et cousins accompagnés d’un chat apprennent à se connaître lors d’un été chez leur tante Frida. Cette artiste un peu extravagante vit seule sur une île pittoresque et leur laisse énormément de liberté pour explorer les lieux. Mais très vite, les indices d’une autre présence sur l’île se multiplient : bruits, visites nocturnes, fumée à l’autre bout de l’île… De quoi alimenter l’imagination fertile des cousins et les mettre sur la piste des intrus !

Cette histoire a été très appréciée par les garçons qui ont été captivés par l’intrigue, mais qui ont aussi beaucoup ri des frasques de Chatpardeur, des dialogues entre les enfants et des petites lubies de chacun. Quelle famille haute en couleurs ! Ce petit roman léger et sans prétention se lit donc très bien et nous a offert un bon moment de détente en famille. Facile d’accès, il peut être lu y compris à des enfants très jeunes.

Pour ma part (mais j’ai vingt-cinq ans de plus que le public ciblé par ce roman…), j’ai été un peu frustrée par quelques incohérences et par les modalités de « l’enquête » menée par les cousins – en pratique, surtout une recherche à travers l’île – et par sa résolution rapide, sans impliquer de véritable déduction comme dans d’autres romans d’enquête. J’ai peut-être aussi ressenti un excès de bons sentiments à la fin du roman, lorsque la petite histoire rencontre la grande – mais peut-être est-ce finalement une manière de parler de choses graves de l’actualité à de jeunes enfants…

Quoiqu’il en soit, le succès a été entier auprès des garçons qui ont très envie de continuer à suivre les aventures des quatre cousins avec les prochains tomes de la série !

Extraits

« Chatpardeur est un gros chat castré au pelage noir, roux, gris et blanc. Un automne, Bourdon a trouvé un petit chaton maigre et frigorifié au fond d’un bois. Elle a eu pitié de lui et a décidé de le ramener à la maison où elle l’a nourri avec tant d’énergie qu’il a atteint sept kilos en un rien de temps. Aujourd’hui, elle arrive à peine à le soulever. Chatpardeur adore surprendre les gens. Il saute et atterrit sur leurs genoux de tout son poids quand ils s’y attendent le moins. Au début, leur père a beaucoup râlé. Il n’aimait pas que le chat passe ses journées à somnoler sur son imprimante. Chaque fois qu’il imprimait quelque chose, Chatpardeur se réveillait et essayait d’attraper les feuilles avec sa patte, criblant ses rapports de recherche de trous de griffes. »

«  – Je sais ! Des pièges ! dit Bourdon. On va creuser un trou très profond avec des pieux bien pointus au fond et on recouvrira tout ça de branches pour que le trou ne se voie pas… Ou alors on peut dissimuler des cordes avec des nœuds coulants par terre, comme Robin des Bois dans la forêt de Sherwood, comme ça les bandits se prendront les pieds dedans et s’envoleront jusqu’aux cimes des arbres… »

Lu à voix haute en octobre 2018 – Éditions Thierry Magnier, 6,90€

Les cousins Karlsson