Le retour de Karlsson sur le toit (d’Astrid Lindgren, 1962 pour l’édition originale en suédois)

Le retour de Karlsson sur le toit.jpgÀ la faveur des vacances (et oui, dans notre région de l’Allemagne, nous avons actuellement une pause de deux semaines de « Pentecôte » !), Hugo et moi avons poursuivi, avec la compagnie d’un autre petit lecteur de notre entourage, notre relecture des aventures de Karlsson. Je vous parlais récemment du premier volet, dans lequel nous apprenions à connaître ce curieux bonhomme équipé d’une hélice, certes très imbu de lui-même et un brin psychopathe, mais débordant d’idées nous assurant de ne jamais nous ennuyer. Nous le retrouvons à présent en très grande forme, n’ayant rien perdu de sa verve et de son imagination au cours de l’été passé chez sa grand-mère :

«  – Impossible de te dire à quel point je me suis amusé, répondit Karlsson en mâchant goûlument une saucisse. Je ne vais donc pas te le dire.
– Moi aussi je me suis bien amusé, rétorqua Petit-Frère qui avait envie de raconter ses vacances à Karlsson. Elle est tellement gentille, ma grand-mère. Et tu n’imagines pas à quel point elle a été heureuse de me voir ! Elle m’a embrassé tellement fort…
– Pourquoi ?
– Parce qu’elle m’aime.
Karlsson arrêta de mâcher.
– Tu crois peut-être que ma grand-mère ne m’aime pas ? Tu crois peut-être qu’elle ne m’a pas embrassé tellement fort qu’elle a failli m’étouffer, parce qu’elle m’aimait ? Je vais te dire une chose : ma grand-mère a des petites mains de fer. Si elle m’avait aimé quelques centaines de grammes de plus, elle aurait mis fin à mes jours.
– Ah bon ? Alors, dans ce cas, elle embrasse vraiment très fort ta grand-mère, admit Petit-Frère.
Bien que les embrassades de sa propre grand-mère ne soient pas comparables à celles de la grand-mère de Karlsson, Petit-Frère savait qu’elle aimait son petit-ils. Il s’efforça de bien expliquer ça à Karlsson.
– Mais parfois, elle m’énerve, ajouta-t-il après un moment de réflexion. Elle n’arrêta pas de me dire de changer de chaussettes, de ne pas me battre avec Lars Jansson et plein d’autres trucs comme ça.
L’assiette étant vide, Karlsson la jeta par terre.
– Tu crois peut-être que ma grand-mère ne me répète pas tout le temps la même chose ! Tu crois peut-être qu’elle ne met pas son réveil à sonner à cinq heures du matin pour avoir le temps de me répéter que je dois changer de chaussettes et qu’il ne faut pas que je me batte avec Lars Jansson ?
– Toi aussi, tu connais Lars Jansson ? s’étonna Petit-Frère.
– Non ! Heureusement !
– Mais alors, pourquoi ta grand-mère…
– Parce qu’il n’y a personne au monde qui rabâche autant qu’elle. Tu vas peut-être finir par te mettre ça dans le crâne ! Toi qui connais Lars Jansson, comment peux-tu avoir le culot de dire que c’est ta grand)mère qui rabâche le plus ? Personne n’arrive à la cheville de ma grand-mère qui est capable de répéter toute une journée que je ne dois pas me battre avec Lars Jansson alors que je ne le connais même pas ! Et, entre nous, j’espère bien ne jamais le connaître ! »

Après ces retrouvailles mémorables et un grand ménage de rentrée tout aussi inoubliable, nos deux compères ont fort à faire : les parents de Petit-Frère sont en effet contraints de s’absenter et d’engager une gouvernante pour s’occuper des enfants. J’ai nommé : la redoutable Mlle Bouc ! Si celle-ci se targue de savoir être ferme avec les enfants, elle est loin de soupçonner à qui elle a affaire cette fois-ci…

« Les yeux de Karlsson se mirent à pétiller.
– Tu as beaucoup de chance, déclara-t-il. Le meilleur dompteur de bourriques du monde, tu sais qui c’est ? »

Les blagues de Karlsson sont toujours réjouissantes, les dialogues pleins d’ironie et les situations de plus en plus extravagantes. Un ravissement pour tous les enfants sages qui n’en apprécient pas moins de rire des bêtises des autres !

«  – Vous devriez avoir honte ! Il y a des milliers de gosses dans le monde qui paieraient cher pour manger un plat comme celui-là.
Karlsson sortit alors un bloc-notes et un crayon de sa poche.
– Pourrais-tu me donner le nom de deux d’entre eux ? demanda-t-il. »

Lu à voix haute à l’automne 2016 et relu en juin 2019 – Livre de Poche, 4,95€

Karlsson sur le toit (d’Astrid Lindgren, 1955)

Karlsson sur le toitPetit-Frère est le benjamin ordinaire d’une famille suédoise ordinaire habitant dans une rue ordinaire de Stockholm. Il éprouve les plaisirs et les frustrations d’un gamin de son âge : il adore jouer avec ses deux amis et se blottir dans les bras de sa maman ; il se sent parfois seul par rapport à son grand frère et à sa grande sœur qui sont plus proches en âge ; et, avant tout, il adorerait avoir un chien. Rien que de bien ordinaire, me direz-vous. Mais notre histoire commence lorsque Petit-Frère fait une rencontre absolument extraordinaire : celle de Karlsson, petit bonhomme à la langue bien pendue et sûr de lui, débordant d’idées et d’imagination, et doté d’une hélice lui permettant de voler et de rejoindre sa petite maison… sur le toit de l’immeuble ! L’existence ordinaire de Petit Frère prend alors un nouveau tour, rythmé d’aventures incroyables. À tel point que toute la famille doute : Karlsson existe-t-il vraiment, ou seulement dans l’imagination de Petit Frère ?

Nous avions déjà dévoré les trois tomes des aventures de Karlsson à l’automne 2016, quand les enfants n’avaient que 5 et 7 ans. Depuis, Karlsson était devenu une référence incontournable de notre univers littéraire familial, que les enfants ont fait lire à toute la famille et que nous évoquons très régulièrement avec beaucoup de plaisir. À l’époque, les garçons s’étaient beaucoup identifiés à Karlsson qui se permet beaucoup de comportements proscrits : il se laisse complètement aller au jeu, expérimente tout ce qui lui passe par la tête sans tabou, se vante et ment sans vergogne, s’empiffre de sucreries, ne partage pas ses bonbons mais aime à jouer les justiciers… ravissant les petits lecteurs qui aimeraient parfois pouvoir se conduire ainsi ! En relisant le roman quelques années plus tard, les garçons se sont plus identifiés à Petit-Frère et indignés du comportement égoïste de Karlsson. Mais restent intacts le plaisir du jeu, qu’Astrid Lindgren sait si bien restituer, et l’amusement que procurent les répliques cultes de Karlsson (« Du calme, pas de panique ! » ou « Tout ça c’est purement matériel » quand il a détruit quelque chose…).

Je ne le répéterai jamais assez : quel dommage qu’Astrid Lindgren ne soit pas plus lue en France ! Chacun de ses livres est une ode à l’enfance et au jeu qui donne un plaisir de lecture intense aux petits lecteurs et lectrices qui commencent à lire des romans. Ils sont des références incontournables en Europe du Nord, en Allemagne ou en Russie et d’après Wikipedia, ils se sont vendus à plus de 165 millions d’exemplaires dans le monde. Pourquoi si peu d’écho chez nous ? Peut-être le côté transgressif, voire subversif d’une Fifi Brindacier, d’un Kalle Blomqvist, d’une Ronja fille de brigand ou d’un Karlsson sur le toit vont ils trop à rebours des principes éducatifs plus stricts qui prévalent en France ? Pour ma part, je tiens énormément à l’idée de permettre à mes enfants, par la littérature, d’imaginer des expériences, de rêver des aventures qui restent hors de portée dans la réalité…

Extraits :

« C’est seulement à ce moment-là que Petit-Frère se demanda comment il allait pouvoir monter sur le toit, lui qui ne savait pas voler.

– Du calme ! Pas de panique ! dit Karlsson. Tu grimperas sur mon dos et, hop !, on montera chez moi. Mais fais bien attention de ne pas mettre tes doigts dans mon hélice !

– Tu es sûr que tu auras la force de me porter ?

– On verra bien. J’espère que j’arriverai au moins à faire la moitié du chemin, malade et misérable que je suis. Mais j’aurai toujours la possibilité de te lâcher si je sens que je n’y arrive pas.

Petit-Frère trouvait l’idée d’être lâché à mi-chemin un peu inquiétante.

– Mais je suis sûr que ça va bien se passer, poursuivit Karlsson. À condition que mon moteur ne cale pas.

– Si tu cales, on tombe, fit remarquer Petit-Frère.-

Splash ! Tu as raison, mais tout ça c’est purement matériel, rétorqua Karlsson en faisant un geste nonchalant de la main. »

« Comme maman était fâchée avec Karlsson, il n’avait pas osé lui demander l’autorisation de l’inviter. Karlsson se mit à bouder comme jamais.

– Je ne joue plus si je ne suis pas invité, déclara-t-il. Moi aussi j’ai le droit de m’amuser !

– D’accord, je t’invite, se dépêcha de dire Petit-Frère.

Tant pis pour la réaction de sa mère. Organiser son anniversaire sans Karlsson n’était pas possible.

– Qu’est-ce qu’on va manger ? se renseigna Karlsson quand il avait fini de bouder.

– Un gâteau, bien sûr. Un gâteau avec huit bougies.

– Ah bon ? J’ai une proposition à te faire.

– Laquelle ?

– Demande à ta mère de te préparer plutôt huit gâteau avec une bougie ? »

 

Lu à haute voix en octobre 2016 et relu en mai 2019 – Le livre de Poche, 4,90€

Pombo Courage (d’Émile Cucherousset et Clémence Paldacci, 2019)

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Pantoufles et tomahawk en forêt !

Une couverture ravissante, une histoire en forme de conte, un roman dans lequel on entre avec le sentiment réjouissant de renouer intensément avec l’enfance – son insouciance, son imagination et sa créativité sans bornes…

 

 

 

 

 

Les deux protagonistes de l’histoire ne pourraient pas être plus différents l’un de l’autre, mais nous rappellent forcément des personnes rencontrées dans la vraie vie ! D’un côté, Pombo, incorrigible pantouflard qui préfère vivre ses aventures en imagination, confortablement installé dans son fauteuil à bascule ; de l’autre, Java le casse-cou qui ne tient pas en place et ne recule devant aucun défi. Justement, sa dernière lubie a de quoi donner le vertige à Pombo : il s’agit de construire une cabane au sommet d’un chêne. Leur amitié résistera-t-elle à ce projet téméraire ?

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Nous le savions depuis Truffe et Machin: avec son écriture vive et limpide, Émile Cucherousset n’a pas son pareil pour évoquer les jeux enfantins – nous avons pris autant de plaisir à le lire qu’à dévorer les romans d’Astrid Lindgren qui en parle si bien. Les illustrations douces et tendres de Clémence Paldacci donnent un charme irrésistible au roman et rendent joliment hommage à la forêt comme merveilleux terrain de jeux. On regretterait presque de ne plus avoir l’âge de construire de cabanes et de grimper aux arbres !

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Les dialogues débordent d’humour et d’esprit :
« – Java, pourquoi faudrait-il que ta cabane se trouve perchée tout là-haut ? Elle est très bien au sol.
– C’est pour voir le lointain, Pombo.
– Le lointain, je n’ai qu’à fermer les yeux pour le voir, Java.
– Ce n’est pas le lointain que tu vois. C’est le fond de ton imagination.
– Si tu crois que mon imagination a un fond… »

Ode au jeu et aux bonheurs simples de l’enfance, le roman célèbre aussi et surtout l’amitié qui transcende les différences, convainc de faire des concessions et peut fournir des ressources insoupçonnées pour parvenir à se dépasser…

Une merveilleuse lecture à voix haute ou un texte à lire seul. Émile Cucherousset parvient en effet à proposer un texte à la fois littéraire et accessible aux plus jeunes lecteurs. Nous vous mettons au défi de ne pas fondre de tendresse !

Un grand merci à Chloé Mary et à l’auteur pour l’envoi d’un exemplaire dédicacé qui m’est parvenu le jour de mon anniversaire !

Par ici pour les avis de Pepita, de Hashtagcéline et d’Aurélie

Lu à voix haute en avril 2019 – Éditions MeMo (Petite Polynie), 9€

Hamaika et le poisson, de Pierre Zapolarrua (illustrations d’Anastasia Parrotto, 2018)

« Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau

Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est là-haut. »

Il y a plus de cinquante ans, Juliette Greco chantait déjà avec humour les obstacles aux relations unissant les êtres trop différents. Et de fait, les volatiles comme les animaux aquatiques préfèrent généralement rester entre semblables, méconnaissant et craignant les autres espèces. Mais heureusement, il y aura toujours des passeurs, des individus ouverts et curieux qui s’accommodent mal des frontières… Hamaika, par exemple : cette poule maigrichonne aux yeux clairs, plus intéressée par l’exploration du monde que par les grains à picorer dans la cour. Déterminée, elle sent pourtant bien à quel point elle est singulière parmi ses consœurs. Mais un beau jour, elle fait la rencontre d’un poisson. Un poisson tout aussi singulier… C’est le début d’une amitié qui est loin d’être une évidence, mais les deux compères débordent de créativité pour surmonter les petits obstacles pratiques !

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JonasCette fable de haute fantaisie est un concentré, en 70 pages à peine, de tout ce que nous aimons : des personnages drôles et attachants, des trésors d’imagination, des propos philosophiques à hauteur d’enfant et des aventures palpitantes. Les illustrations pleines de couleurs sont un plaisir pour l’œil et ont beaucoup parlé aux enfants (avec une palme pour le poisson qui tente de retenir sa respiration, qui les a fait rire aux éclats !). C’est un vrai roman arc-en-ciel que voilà ! Vous imaginerez aisément que nous n’en avons fait qu’une bouchée, ne boudant pas notre plaisir de voyager une fois encore en Petite Polynie, grâce à Chloé Mary que nous remercions chaleureusement pour cette nouvelle pépite.

Hashtagcéline et Pepita ont elles aussi aimé ce livre. N’hésitez pas à lire leurs avis ! 

 

Extraits

« Il en va des poules comme des autres animaux. Chacun préfère rester entre soi, entre poules en l’occurrence, sans souci de ce qui se passe ailleurs.
Mais il est quelques individus, parfois, un peu différents.
Hamaika était de ceux-là. »

« Elle voulait simplement aller plus loin, juste pour voir, savoir. Elle était curieuse de tout. Tout l’étonnait, l’enchantait. Tout était digne d’intérêt, d’observation minutieuse. »

« Plusieurs solutions furent discutées. Faire venir les autres poules sur la plage. Mais elles auraient trop peur, et auraient certainement refusé. Trouver un caillou creux rempli d’eau et le traîner avec Jonas jusqu’à la ferme. Hamaika n’en aurait pas la force. Entourer Jonas d’algues… C’était plus léger que le caillou mais ça ne permettrait pas à Jonas de respirer. Creuser un tunnel qui s’emplirait d’eau à marée haute et propulserait Jonas, comme porté par le souffle d’une baleine, au milieu de la cour de la ferme. Beaucoup trop long ! Et le tunnel se serait écroulé sous l’effet de la marée.
Alors Jonas essaya de retenir sa respiration à l’air libre pour voir combien de temps il pouvait ainsi tenir. Hamaika compta scrupuleusement ces essais d’apnée, mais ce n’était pas suffisant pour rejoindre la ferme. »

Lu à voix haute en mars 2019 – Éditions Memo (Petite Polynie), 9,50€

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La petite épopée des pions (de Audren, avec les illustrations de Cédric Philippe, 2017)

Les limites sont souvent rassurantes. On peut ainsi se satisfaire et s’accrocher à cela : vivre dans un espace confortable et clairement borné, suivant une routine bien rodée et des règles aussi simples qu’efficaces, en acceptant l’inéluctable pouvoir de « l’ordre » et des déterminismes – fatalité, volonté des dieux ou, en l’occurrence, La Main lorsqu’elle décide de sortir les pions en vue d’une partie sur le damier. Et pourtant, il y aura toujours des irréductibles qui auront envie de prendre le risque, parfois insensé, d’aller au-delà, d’explorer le vaste monde et de repousser le plus loin possible les limites de leur liberté. Ceux-là seront souvent considérés au mieux comme des têtes brûlées, au pire comme des fous : mais ces individus prêts à aller au bout de leurs rêves peuvent vivre des choses fabuleuses que les autres ne peuvent même pas imaginer, contribuant ainsi à élargir l’horizon des possibles de l’ensemble de leurs congénères…

extrait 1Quel sujet passionnant que celui de ce petit roman ! À travers le destin d’une troupe de petits pions partagés entre leur fascination pour le monde extérieur et leur aspiration à regagner le confort rassurant de leur boîte en bois de rose, Audren invite les jeunes lecteurs à une réflexion philosophique exaltante sur la liberté, le libre-arbitre, l’aspiration individuelle à la distinction et les révolutions. L’exploit est d’évoquer ces questions vertigineuses à travers un texte non seulement accessible pour le public ciblé (« à partir de 8 ans »), grâce à un texte ciselé de moins de 50 pages, porté par de nombreuses illustrations en noir et blanc, mais aussi plein d’humour, de légèreté et de rebondissements. On se laisse volontiers entraîner dans l’histoire et on rit de bon cœur des mésaventures des pions et de l’ironie du texte.

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Quand les enfants apprennent vite à lire et se lancent à 6-8 ans dans des lectures plus longues, ce n’est pas toujours facile de leur trouver des textes entre les « premières lectures » (pas toujours très passionnantes sur le fond) et les romans plus étoffés qui abordent souvent des thématiques plus adaptées à des collégiens. Les romans de la collection Petite Polynie des éditions MeMo (voir Truffe et Machin et Vendredi ou les autres jours) contribuent avec beaucoup de talent à combler ce manque (n’hésitez pas à regarder ce qu’en disent Pepita et Aurélie). Outre la satisfaction de pouvoir découvrir de « vrais romans » en autonomie, il y souffle un vent de rêve et de liberté qui devrait apporter un plaisir de lecture intense aux lecteurs et lectrices à partir du plus jeune âge.

Pour des albums accessible aux plus jeunes qui donnent à réfléchir à des questions similaires, regardez aussi Au-delà de la forêt, de Nadine Robert et Gérard Dubois, et Le secret du rocher noir, de Joe Todd-Stanton.

 

Extraits

« Quand on ne sait pas ce que c’est d’être libre, le moindre déplacement peut ressembler à la liberté. »

« Sasha finit par se dire que la prière était à la rigueur une astuce pour se donner de l’envie et de la force, mais certainement pas la potion magique qu’il avait attendue. Comme il rêvait d’être remarqué à son tour par ses congénères, il interrompit Sasha-le-Héros et annonça haut et fort :
– Et bien, moi, je vais quitter la boîte !
– Hein ??? Quoi ? Qu’est-ce que tu dis, Sasha ? Tu ne tournes pas rond ! Et La Main, alors ? s’étonnèrent les autres.
– Je me fous de La Main.
– OOOHHH ! répondirent-ils d’une seule voix.
– Je te rappelle que nous ne pouvons rien faire sans La Main ! ajouta justement et posément Sacha-la-Raisonnable, qui semblait avoir déjà réfléchi au problème.
– Quand on veut, on peut ! s’enhardit Sasha. Je vais quitter la boîte et… il est même possible que je ne revienne pas.
En disant cela, il sentit un frisson lui parcourir le bois. Il avait très peur de ne pas savoir retrouver son chemin, très peur de se perdre à tout jamais. Toutefois, l’envie d’autre chose était plus forte que la peur. L’envie de ne pas ressembler à ses pairs, l’envie de ne plus dépendre de La Main, l’envie, sans doute, d’une véritable liberté.
– Tu rêves ! s’exclama l’un des Sasha. Tu penses que la vie est plus drôle ailleurs, que tout y est possible, mais nous sommes bien heureux ici. Nous vivons dans le meilleur des mondes. Ailleurs, tu ne sais pas ce qui t’attend. »

« Je me demande si ce n’est pas ça la vraie vie, finalement. L’aventure, la surprise, la nouveauté, le désordre, le risque… »

 

Lu à voix haute en février 2019 – Éditions Memo (Petite Polynie), 8€

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Truffe et machin (d’Emile Cucherousset et Camille Jourdy, 2018)

truffe et machin_extraitQu’arrive-t-il quand nos chères têtes blondes ont quelques heures devant elles, sans rien de particulier à faire ? Ces moments d’inaction, d’ennui, de désœuvrement, désormais trop rares, souvent réduits à une peau de chagrin par des rythmes de vie effrénés… Quoiqu’il en soit, tous ceux qui ont lu Fifi Brindacier, Les aventures de Tom Sawyer ou encore celles de Tom-Tom et Nana vous le diront : dans telle situation, les mouflets ne manqueront évidemment pas de concevoir toutes sortes d’idées… lumineuses !

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Des idées, Truffe et machin n’en manquent pas. Ce petit roman est en réalité un recueil de trois aventures de ces deux lapereaux aussi audacieux qu’inséparables. Nous les avons suivis avec délice dans leur chasse aux idées et la traque de leurs ombres. Leur entrain est communicatif et nous avons beaucoup ri de voir les deux compères entrer si pleinement dans leurs jeux qu’ils finissent par être dépassés par leur propre imagination. Ces situations sont sublimées par les illustrations de Camille Jourdy qui évoquent merveilleusement l’esprit d’enfance. Et les dialogues débordent d’humour et de jeux de mots.

Hugo n’a pas boudé son plaisir et, impatient de connaître la suite, il a lu seul la troisième histoire. Truffe et machin peut donc être lu sans difficulté par de (très) jeunes lecteurs.

Un joli hommage à l’enfance, à l’imagination et au jeu !

Pour finir de vous convaincre, l’avis d’Aurélie est par ici, celui de Pepita par là… Merci à elles pour cette découverte !

 

Lu à voix haute en janvier 2019 – Éditions MeMo, 8€

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Le collier du géant (de Michael Morpurgo, 2018 pour la présente édition)

Les enfants peuvent parfois concevoir des projets inattendus et les mettre en œuvre avec une ténacité qui confine à l’obstination ! Cherry, onze ans, par exemple, a passé chaque jour de ses vacances en Cornouailles à traquer chaque coquillage de la plage pour en faire le collier le plus long jamais fabriqué – un collier de géant ! Et lorsqu’approche le moment de repartir, la fillette est déterminée à tout mettre en œuvre pour finaliser cette œuvre spectaculaire. Si bien que toute à son entreprise, elle ne se rend pas compte que les nuages s’amassent au-dessus de la plage, que le vent se lève et que la marée monte…

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Michael Morpurgo signe un album aux allures de conte. Cheryl est une petite fille sympathique, vive et imaginative, qui semble s’animer grâce aux illustrations tendres et chaleureuses de Briony May Smith. Son projet démesuré est de ceux qui parlent aux enfants et à tous ceux qui l’ont été un jour : impossible de ne pas vibrer avec elle à l’idée que le collier reste inachevé !

Le collier du géant_extrait 2

Mais cet album étrange nous entraîne aussi, comme le font souvent les contes, sur les chemins de ce qui nous terrorise le plus : l’angoisse d’être livré à soi-même, vulnérable face à des dangers aux contours indiscernables, et bien sûr la peur de la mort. À tel point qu’on ne sait plus très bien s’il s’agit d’un récit enfantin, d’une fable, d’une histoire d’épouvante ou d’un drame. La qualité d’écriture de Michael Morpurgo transporte ses lecteurs, jeunes ou moins jeunes, les faisant passer par tous les sentiments, de la tendresse et l’amusement à la terreur et l’horreur. La tension narrative, qui semble au summum de la première à la dernière page, fait de cet album une lecture magnétique qui se découvre d’un trait.

Impossible, donc, de rester insensible à l’histoire de Cherry. Encore sous le coup de la fin, glaçante, je me suis demandé si les sentiments mitigés que Hugo et moi avons ressentis en refermant le livre étaient dus au caractère tragique de l’histoire, un peu surprenant dans un livre adressé aux lecteurs à partir de 7 ans. Ou à une ambivalence face à la morale qui me semble émerger de cette histoire – alors que nous aimons tant les histoires qui nous font rêver d’aventures enfantines vécues par des gamins intrépides, quitte à faire abstraction le temps d’une parenthèse de lecture des dangers qui les guetteraient dans le monde réel…

Lu à voix haute en décembre 2018 – Gallimard Jeunesse, 13€

Le collier du géant