Caïus et le gladiateur, de Henry Winterfeld (1969 pour l’édition originale en allemand, traduction française de 2001)

Lu à haute voix en juillet 2018

Quel plaisir de retrouver la sympathique bande d’élèves dont nous avions fait la connaissance au printemps, en lisant L’affaire Caïus! Si Henry Winterfeld a publié ce second volet de leurs aventures seulement seize ans plus tard, nos jeunes héros n’ont pas changé d’un poil et leurs idées et leurs dialogues sont toujours aussi réjouissants.

Pleins de bonne volonté, les garçons ont décidé d’offrir un esclave prénommé Udo à leur maître Xanthos. Ils sont loin d’imaginer que cette initiative les conduira dans des aventures aussi périlleuses qu’invraisemblables ! Pourquoi le marchand d’esclaves a-t-il mis la clé sous la porte pour s’enfuir précipitamment ? Qui est le terrifiant gladiateur borgne qui est à leurs trousses ? Quelle est la nature du complot terrible qui semble se tramer à Rome ? L’enquête menée par les garçons et leur maître les conduira dans le dédale des rues de Rome, au cimetière, sur un navire égyptien et même dans la fosse aux lions de l’arène !

On retrouve ici tous les ingrédients qui nous ont fait aimer le premier volet des aventures de Caïus : une intrigue palpitante, plusieurs bonnes frayeurs, des héros attachants et souvent hilarants (avec une mention spéciale pour l’imagination débordante et la verve d’Antoine et l’ironie de Xanthos !). Le roman offre aussi une immersion dans la Rome antique, sans que l’on ait une seule seconde l’impression de lire un ouvrage « pédagogique ». On se passionne tellement pour la chasse à l’assassin menée par les élèves que l’on remarque à peine qu’on apprend plein de choses sur la conquête des Gaules, la vie politique de Rome, ses relations avec l’Egypte, le commerce et l’emploi d’esclaves, et surtout la vie dans les arènes de gladiateurs. Cette lecture à voix haute a nourri des échanges très riches sur l’histoire de Rome, le tout dans une joyeuse bonne humeur alimentée par les frasques des jeunes héros. Elle ravira les amateurs de mythologies grecque et romaine qui sont sans cesse évoquées à travers les expressions et les exclamations des personnages.

Un roman que nous recommandons donc chaudement, même si la résolution finale m’a semblé un peu rapide… Quel dommage que le troisième tome des aventures de Caïus n’ait pas été traduit à ce jour !

Extrait

« – Dès le début, j’étais contre cette idée de t’offrir un esclave, maître Xanthos.
Il rayonnait de fierté.
– Et bien, Antoine, quel plaisir d’entendre pour une fois une parole sensée sortir de ta bouche.
Antoine poursuivit avec enthousiasme :
– Moi, je voulais t’offrir un lion. »

Livre de Poche Jeunesse, 5,90€

Caius-et-le-gladiateur

L’affaire Caïus, de Henry Winterfeld (1953 pour l’édition originale en allemand, traduction française de 2001)

Lu à haute voix en mai 2018

« Caïus est un âne ». La formule gravée par le jeune Rufus, élève de l’école Xanthos, sur une tablette de cire aurait pu rester une blague potache si une inscription identique n’avait pas été tracée le lendemain sur le temple de Minerve. Les soupçons se tournent naturellement vers Rufus, mais celui-ci clame son innocence. Ses camarades de classe mènent l’enquête à travers Rome : qui a osé commettre un tel sacrilège ? Pourquoi en vouloir à Caïus, fils d’un influent sénateur ? Rufus est-il coupable ou victime ?

Nous avons tous adoré ce roman pour plusieurs raisons : avant tout, l’intrigue très bien construite qui nous tient en haleine de la première à la dernière page du roman. Les chapitres sont découpés pour maintenir le suspense à son paroxysme : nous avons littéralement dévoré ce livre qui a inspiré à Antoine et à Hugo une bonne dose de frisson et s’est avéré complètement addictif.

Ensuite, ce roman nous plonge dans la Rome antique et permet d’apprendre plein de choses tout en restant très accessible à de jeunes lecteurs, avec ses 250 pages organisées en chapitres assez courts. Des bains de Diane au forum, en passant par le cirque, les temples, le Palais impérial, l’école et les différentes collines de Rome, le livre nous conduit à travers la ville et nous fait découvrir le quotidien des Romains du 1er siècle après Jésus-Christ. En toile de fond évoluent patriciens, sénateurs, consul, militaires et magistrats, mais aussi esclaves, précepteurs, rédacteurs des nouvelles, artisans et galériens. Il est question de conquête des Gaules, d’histoire, de mythologie, de superstitions et de politique. De petites notes de bas de page expliquent très simplement les termes techniques et historiques.

Malgré ce contexte historique très présent, les enfants se sont très facilement identifiés aux jeunes héros de l’histoire qui pourraient finalement être les écoliers de n’importe quelle classe. Ils ont, en particulier, beaucoup ri des élucubrations d’Antoine que son imagination fertile lui inspire en toute situation…

Enfin, les raisonnements et les hypothèses développés par la fine équipe à partir des indices rencontrés permettent de façon très ludique de s’associer à l’enquête – Antoine et Hugo s’en sont donné à cœur joie… L’affaire Caïus nous semble donc offrir donc une excellente première initiation au genre policier !

 

Extraits

« Ils commençaient à trouver bizarre l’absence de leur maître, et les propos d’Antoine n’étaient pas faits pour les rassurer.
– Et pour quelle raison crois-tu que Lukos aurait pu le tuer ? lui demanda sèchement Mucius.
– Oh ! Pour une raison bien simple, répondit Antoine. C’est parce que le bruit de l’école dérange Lukos pendant ses consultations.
– Le mobile du crime me semble insuffisant ! objecta Jules en prenant la voix de son père, un juge réputé.
Antoine haussa les épaules.
– Eh bien, il ne l’a pas tué, dit-il. Il l’a métamorphosé en cochon, ce qui revient au même.
Malgré leur inquiétude, les élèves ne purent s’empêcher de rire. Mais Jules insista.
– Si Xantippe était transformé en cochon, dit-il, nous l’entendrions grogner à côté !
– Pas forcément, dit Antoine. Lukos a pu le métamorphoser en cochon muet.
– Ça n’existe pas !
Il se disputèrent alors pour savoir s’il y avait ou non des cochons muets. Publius allait intervenir dans la discussion lorsque ses yeux tombèrent sur le mur, derrière le pupitre de Xantippe, et il s’écria :
– Tiens ! La tablette a disparu ! ».

« Les jeunes garçons furent impressionnés par l’accent de sincérité de Rufus. Jusqu’à présent, ils avaient eu la conviction que leur ami était l’auteur de l’inscription, et l’idée que ce pût être quelqu’un d’autre ne les avait même pas effleurés.
– Jure-le ! ordonna Mucius.
– Je le jure ! dit Rufus d’une voix ferme et en levant la main droite.
Mucius se retourna alors et considéra ses compagnons d’un œil soupçonneux.
– Ne serait-ce pas l’un de vous ? demanda-t-il sur un ton menaçant.
– En tout cas, ce n’est pas moi ! répliqua Publius en prenant un air offensé.
– Moi, reprit Rufus, j’ai si souvent répété à Caïus qu’il était un âne, que je n’éprouve pas le besoin de l’écrire encore sur les murs. »

« Un homme riche doit commettre ses crimes lui-même, s’il veut dormir tranquille. »

Livre de Poche Jeunesse (Hachette), 5,90€

affaire caius

Le mystérieux cercle Benedict, de Trenton Lee Stewart (2007 pour l’édition originale en anglais, 2013 pour la traduction française)

Lu en décembre 2017

Orphelin et surdoué, Reynie souffre de la solitude et des persécutions des autres élèves et passe le plus clair de son temps dans la bibliothèque ou à lire le journal. C’est ainsi qu’un beau jour, il tombe sur une annonce mystérieuse : « TU ES UN ENFANT ? TU POSSÈDES DES APTITUDES EXCEPTIONNELLES ? TU SOUHAITES VIVRE UNE EXPÉRIENCE UNIQUE ? ». Intrigué par cette l’opportunité de cette « expérience unique », Reynie décide de se présenter à l’examen organisé le week-end suivant. Il est loin de se douter du caractère pour le moins déroutant des épreuves et des rencontres extraordinaires auxquelles elles le mèneront. Il s’agit pourtant de contribuer à une mission dangereuse qui fera des jeunes recrues de véritables agents secrets infiltrés dans la pension dirigée par un scientifique sur le point d’utiliser toutes ses redoutables connaissances en ingénierie et en neurosciences pour prendre le pouvoir. L’amitié, l’intelligence, l’ingéniosité et la solidarité des enfants seront-elles suffisantes pour mettre un coup d’arrêt à cette vaste entreprise de manipulation ?

Nous n’avons fait qu’une bouchée de ce roman de 630 pages qui s’est révélé très addictif, grâce à son intrigue très bien construite et au découpage savant des chapitres pour donner irrésistiblement envie de poursuivre la lecture. À la faveur des vacances de Noël, nous avons largement prolongé la demi-heure quotidienne de lecture !

Au-delà de ce récit palpitant, Le mystérieux cercle Benedict a séduit toute la famille par ses personnages hauts en couleur et par les multiples énigmes et messages codés intégrés dans l’histoire de façon à nous donner la possibilité, très ludique, de chercher à les résoudre en même temps que les enfants. Mais surtout, les péripéties de Reynie et ses amis, permettent à Trenton Lee Stewart de nous interroger, un peu à la manière de J.K. Rowling dans Harry Potter, sur des questions passionnantes : tolérance vis-à-vis des différences, importance du sens critique et de la réflexivité, instrumentalisations politiques des peurs et des avancées scientifiques, résistance et dilemmes éthiques face aux manipulations, rôle de l’école, mémoire et amnésie, fondement des liens familiaux… L’auteur maîtrise parfaitement l’équilibre entre ces problèmes angoissants et la dose d’humour et de rêve qui rend ce roman adapté à de jeunes lecteurs – puisque ce sont toujours les jeunes et courageux héros qui finissent par triompher des complots des adultes.

« Reynie s’attendait à ce qu’elle se présente, mais au lieu de cela, elle se contenta d’essuyer quelques miettes de gâteau sur sa bouche.
– Tu voulais me demander quelque chose ? reprit-elle.
– Oh oui. Est-ce que je pourrais téléphoner à ma tutrice, Miss Perumal, s’il vous plaît ? Personne ne sait où je me trouve, et je crains qu’elle ne s’inquiète.
– C’est très délicat de ta part, Reynard, mais rassure-toi : nous avons déjà prévenu Miss Perumal. Tu n’as donc plus à t’en préoccuper.
La femme-crayon s’apprêtait de nouveau à partir.
– Madame ? Excusez-moi, madame ?
Elle s’arrêta.
– Oui. Qu’y-a-t-il encore, Reynard ?
– Pardonnez-moi de vous demander cela, madame, je ne le ferais pas si ce n’était pas très important pour moi… c’est que… vous ne seriez pas en train de me mentir, par hasard ? »

« Les enfants embrassèrent du regard leur nouvelle école. Les bâtiments de pierre grise de la Pension se ressemblaient tant, et ils étaient si proches les uns des autres, qu’il était difficile d’affirmer avec certitude où finissait l’un et où commençait le suivant. Ils étaient disposés en une sorte de U tout autour de la grand-Place pavée, et reliés par des chemins et des escaliers de pierre. Sous cet angle, avec la tour qui se dressait juste derrière la résidence, l’ensemble donnait moins l’impression d’une école que d’une forteresse. »

« À vous entendre, on dirait qu’il n’y a aucune règle ici, remarqua Sticky.
– C’est vrai, George, répondit Jillson. Pratiquement aucune. Vous pouvez vous habiller comme vous voulez, pourvu que vous ayez un pantalon, une chemise et des chaussures. Vous pouvez faire votre toilette aussi souvent que vous voulez, ou jamais, du moment que vous êtes propres pour aller en classe. Vous pouvez manger ce que vous voulez, et quand vous voulez, durant les heures d’ouverture du réfectoire. Le soir, vous pouvez éteindre aussi tard que vous voulez avant dix heures. Et vous pouvez vous promener où vous voulez dans l’enceinte de la Pension, tant que vous ne quittez pas les allées et les couloirs à bande jaune.
– À vrai dire, intervint Reynie, tout cela ressemble beaucoup à un règlement.
Jackson le foudroya de ses yeux de glace.
– Comme c’est ton premier jour ici, Reynard, je ne m’attends pas à ce que tu comprennes, mais c’est une des lois de l’existence que tu apprendras à la Pension : bien des choses qui ressemblent à des règles n’en sont pas, et on a toujours l’impression qu’il y a plus de règles qu’il n’en existe en réalité.
– Ça fait donc deux lois que j’apprendrai, observa Reynie.
– C’est exactement ce que j’essaie de t’expliquer. »

Livre de poche, 7,90€

Le-mysterieux-cercle-Benedict

Le môme en conserve, de Christine Nöstlinger (1979 pour l’édition originale en allemand)

Lu en juillet 2017

Berthe Bartolotti est attachante, mais sans aucun doute une originale : loufoque et tête-en-l’air, elle arbore les tenues bariolées les plus audacieuses, prend ses repas (les combinaisons d’ingrédients les plus improbables) dans son fauteuil à bascule, fume le cigare, élève des poissons rouges dans sa baignoire, cultive un bazar excessif dans chaque pièce de sa maison et adore commander toutes sortes de choses par correspondance. Un beau jour, elle reçoit pourtant un paquet qu’elle ne se souvient pas avoir demandé. Il contient une mystérieuse boîte de conserve avec, à l’intérieur, un enfant garanti par le fabricant « joyeux, agréable et prometteur », « facile à prendre en main et à surveiller ».

Pas évident, pour un enfant aussi parfait que Frédéric, de s’accommoder des frasques de sa nouvelle maman et, surtout, de se faire apprécier des enfants du voisinage. Quelle est l’énigmatique entreprise qui l’a fabriqué et pourquoi l’a-t-elle expédié chez Mme Bartolotti ? Comment s’y prendra-t-elle pour élever cet enfant et expliquer son arrivée subite à son entourage ? Et lui, parviendra-t-il à apprendre des mauvaises manières et à s’acclimater dans son nouveau foyer ?

Ce roman décapant a contribué à faire de Christine Nöstlinger l’une des auteures de littérature jeunesse les plus lus dans les pays germanophones. Si l’ironie des premières pages nous a un peu désarçonnés, nous avons été très vite pris par l’intrigue du livre qui nous propose finalement une expérience : qu’adviendrait-il d’un enfant produit en usine, avec toutes les garanties de perfection ? La part de mystère qui entoure l’entreprise à l’origine de Frédéric est aussi troublante, voire inquiétante, pour un roman assez addictif (nous avons lu les 210 pages en trois jours !). Mais ce que nos garçons ont le plus apprécié à la lecture de ce livre, c’est la succession de situations comiques, créées notamment par les excentricités de Mme Bartolotti, ses disputes affectueuses avec son ami le pharmacien et surtout par son ingénuité qui permet de porter un regard frais sur les « bonnes manières » inculquées à Frédéric. Antoine et Hugo ont littéralement ri aux éclats ! Les petits apprécieront aussi le style léger, très abordable, et les illustrations qui parsèment le texte et viennent renforcer sa dimension comique. Les lecteurs un peu plus grands apprécieront aussi, de la part d’une auteure qui a grandi dans l’Autriche national-socialiste, une réflexion distanciée sur l’éducation et les qualités des « bons » parents, le mythe de l’enfant-modèle tourné en dérision et la morale de l’histoire, résolument anticonformiste et anti-autoritaire. Au final, il s’agit d’un livre qui fait plaisir à tout le monde !

Extrait 

« Sur l’écran, le Guignol à tête de bois, bien moins inconscient du danger qu’il n’en avait l’air, assommait le crocodile en plastique. Les enfants dans le studio de télévision se mirent à hurler comme une horde de singes.
Frédéric lâcha le bout de son nez et se leva en murmurant :
« Pauvre, pauvre crocodile ! »
Puis il se dirigea vers le téléviseur et l’éteignit. L’image disparut avant que le crocodile n’ait rendu l’âme.
« Tu n’aimes pas les marionnettes ? demanda M. Alexandre qui se souvint avoir détesté ce genre de spectacle durant son enfance.
– Il faut être bon pour les animaux, répondit Frédéric.
– Mais enfin, c’était un crocodile ! protesta Mme Bartolotti. Les crocodiles sont des animaux féroces qui mangent les hommes tous crus.
– Ce crocodile, expliqua Frédéric, avait seulement envie de dormir. Le type au bonnet noir l’a réveillé en hurlant comme un grossier personnage.
– Non, non ! Le crocodile voulait attaquer Guignol dans le dos ! s’écria Mme Bartolotti qui, petite fille, avait adoré les spectacles de marionnette.
– Je ne crois pas que les animaux sachent qu’il est déloyal d’attaquer dans le dos, fit remarquer Frédéric.
– Oui, mais… mais… bredouilla Mme Bartolotti.
– S’il traversait un parc naturel où des animaux sauvages vivent en liberté, l’homme au bonnet noir n’avait pas à descendre de voiture ! expliqua Frédéric. C’eût été plus sûr pour lui et pour ce pauvre crocodile ! »

Le livre de Poche, 4,95€

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Série « Kamo » de Daniel Pennac (Gallimard jeunesse, 1992 et 1993)

Avec les « Kamo », Daniel Pennac signe une série de quatre courts romans intrigants et captivants : parmi ceux qui m’ont le plus marquée, enfant… Je les avais dévorés peu après leur parution, quand j’avais à peu près l’âge des deux protagonistes, qui sont en CM2 dans L’idée du siècle et en 5ème lors de L’évasion de Kamo, l’épisode final. Ces aventures faisaient partie de celles que j’avais bien envie relire avec les garçons quand ils auraient le même âge. À la demande d’Antoine, qui les a dénichés parmi mes livres de cette époque, nous les avons finalement lus un peu plus tôt, avec toujours autant de succès. Dans la foulée, nous avons prêté L’idée du siècle à l’une de leurs amies (9 ans) qui l’a autant aimé que nous…

L’ingrédient principal des quatre romans est incontestablement une intrigue captivante, distillant des rebondissements à la limite du fantastique dans le quotidien plutôt classique de deux garçons du 18ème arrondissement de Paris – leurs parents, leurs copains, l’école, les devoirs. Une fois amorcée la lecture de chacune des aventures, pas facile de reposer le livre !

Cela dit, les « Kamo » ne sont pas seulement des péripéties palpitantes, mais s’incarnent également dans des personnages attachants si bien esquissés par touches de petits détails qu’on croirait les connaître, l’ironie et l’humour des dialogues, la répartie de Kamo et les situations improbables imaginées par D. Pennac. Chacun des épisodes parle aussi des grandes questions – l’amour, le temps, la mort et l’histoire, avec un grand ou un petit H. Du coup, j’espère que les garçons les reliront un peu plus grands pour profiter pleinement de tout cela…

 

Extrait

« – Pas question que je monte là-dessus, déclara Kamo.
Il tenait la bicyclette à distance, du bout des doigts, avec une moue de dégoût, comme si elle eût été enduite de confiture.
– Ah, non ? et pourquoi ?
Kamo me jeta un bref coup d’œil, hésita une seconde, et répondit :
– Parce que.
– Tu ne sais pas monter à bicyclette ?
Là, il eut son sourire méprisant :
– Il y a des tas des choses que je ne sais pas faire. Je ne connaissais pas un mot d’anglais, l’année dernière, tu te rappelles ? J’ai appris en trois mois. Alors le vélo…
– Eh bien, justement, tu vas apprendre en deux heures.
– Non, je n’apprendrai pas.
– Pourquoi ?
– Ça me regarde.
Patience. Je connaissais mon Kamo, ce n’était pas le moment de l’énerver.
– Kamo, Pope a réparé cette bécane spécialement pour toi.
Il fronça les sourcils.
– Je suis désolé.
– Une bécane historique, Kamo. Elle a fait la Résistance. Elle a même échappé à une embuscade des Allemands. Tiens, regarde.
Un genou à terre, je lui montrai les deux impacts de balle. L’une avait perforé le cadre (juste entre le mollet et la cuisse de grand-père qui n’avait jamais pédalé aussi vite de sa vie), l’autre avait troué le garde-boue arrière (grand-père était passé…). Pope, mon père, n’avait pas voulu réparer les dégâts. Il pensait que ces traces héroïques plairaient à Kamo.
– Je suis désolé pour ton père vraiment, mais je ne monterai pas sur cette bicyclette. »