Incroyable ! de Zabus et Hippolyte (Dargaud, 2020)

La curiosité est immédiatement à son comble face à ce prologue qui prend un recul vertigineux, nous parle de l’histoire avant de plonger pleinement dedans. Tous les ingrédients sont là : le décor belge des années 1980, un protagoniste de onze ans qui semble étonné d’être là, une galerie de personnages secondaires divers et variés et un accessoire-clé. Comment tout cela va-t-il s’imbriquer ? Et qu’est-ce que cette Fiche 965 vient faire là au moment où l’on pense que le récit va commencer ?

On découvre bientôt que les fiches, c’est le grand dada de Jean-Loup. Le mouflet promène sa solitude entre son école et sa chambre, sa vie sociale étant pour ainsi dire inversement proportionnelle à l’activité intense qui se déploie en permanence dans sa tête : sous la forme de questions frénétiques, de défis qu’il se lance à lui-même et de dialogues avec des personnages étonnants. Au premier rang desquels, le roi des Belges lui-même ! Mais d’où sort un tel énergumène et surtout, où va-t-il ? Si certains semblent croire que ce chemin est tout tracé, à la lecture de ces pages, on ne sait qu’une chose : il sera forcément incroyable.

Les moussaillons de L’île aux trésors et moi avons ouvert cette BD pour la feuilleter et elle nous a tellement happés que nous l’avons finalement intégralement lue ensemble. Le prologue et le mystère qui entourent le petit protagoniste placent le récit sous tension. Ce personnage adorablement croqué qui tente de composer avec les difficultés, de garder espoir et de tracer son chemin tant bien que mal, nous a fait fondre de tendresse.

Incroyable ! Extrait de la page 24.

Les thèmes sont graves mais la BD ne s’appesantit à aucun moment, l’humour et la poésie l’emportent. Le trait frêle et expressif d’Hippolyte, qui peut faire penser à Sempé, fait écho à cette légèreté et parvient à merveille à donner corps à l’imaginaire foisonnant de Jean-Loup. Nous avons souri, ri même, emportés par la vivacité du garçon, la drôlerie des dialogues, le comique de situation qui confine au burlesque, l’autodérision à la belge – et, évidemment, les savoureuses informations insolites et chiffrées dont mes moussaillons partagent la passion avec Jean-Loup. La solitude et la détresse sont pourtant loin d’être euphémisés. La BD les met au jour par la voix du narrateur et l’obscurité du décor sur lesquels l’absence des parents plane douloureusement. Mais tout en nous chuchotant de ne jamais désespérer : la vie n’est-elle pas faite des contingences les plus inattendues ?

C’est ce cheminement fragile, entre rire, larmes et réconfort, qui fait tout le charme de cette BD singulière entre toutes.

Un grand merci à LiraLoin de nous avoir fait découvrir cette merveille et à Lucie d’avoir fini de nous convaincre de la dévorer.

Lu en octobre 2021 – Dargaud, 21€

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