Rentrée littéraire : Ta mère et moi, de Guillaume de Tonquédec (Stock, 2026)

Entre Marie-Christine et Patrick, le coup de foudre a été immédiat et de cet amour sont nés quatre enfants, dont l’auteur qui garde du bonheur familial un souvenir émerveillé. Mais beaucoup trop tôt, ils sont mis à l’épreuve d’un diagnostic implacable : la sclérose en plaques va progressivement entraver les mouvements de Marie-Christine, lui faire perdre peu à peu sa mobilité.

Célèbre acteur de théâtre et de cinéma, l’auteur livre un témoignage que l’on sent d’une grande sincérité. Il raconte les défaites successives face à la maladie, ce qu’elle dérobe à sa mère et à toute la famille, mais aussi ce que tous parviennent à défendre aussi longtemps que possible. Guillaume de Tonquédec dit aussi le regard de notre société sur le handicap et sa propre difficulté à assumer et accepter la situation de sa mère, puis à trouver sa place dans une configuration familiale bouleversée. Mais Ta mère et moi se donne avant tout à lire comme une immense histoire d’amour – de celles qui résistent au déclin physique, à la douleur de voir l’être aimé souffrir et à la nécessité d’en devenir l’aidant. Les mots « Ta mère et moi » sont ceux qui ouvrent systématiquement la réponse du père de l’auteur lorsque ce dernier lui demande comment il va.

« Papa, je me suis trompé.
Ce que je croyais être un sacrifice de ta part, une mise entre parenthèses de ta vie, est un don.
Le don de toi à celle que tu aimes le plus au monde.
Tu sais quoi ? Tu es le plus grand amoureux que j’aie jamais rencontré. Mes héros de théâtre ne t’arrivent pas à la cheville. »

La littérature offre un levier puissant pour élargir notre horizon, mieux comprendre ce que vivent les personnes en situation de handicap et leur proches, surmonter les malaises et certains réflexes de recul pour construire ensemble une société plus inclusive, ouverte et solidaire. Le roman Un enfant sans histoire dédié par Minh Tran Huy à son enfant autiste ou Le Monde dans le dos, dans lequel l’auteur allemand Thomas Melle évoque sa bipolarité de manière bouleversante m’ont ouvert une fenêtre sur un vécu douloureux que j’ai eu l’impression d’apprivoiser et de mieux pouvoir appréhender.

Si le récit livré ici est éminemment respectable et si j’ai apprécié d’en apprendre plus sur la maladie de la sclérose en plaques dont j’ignorais presque tout, je suis restée un peu sur ma faim sur le plan littéraire. Là où Minh Tran Huy avait fait le choix d’entrelacer des éléments biographiques relatifs à l’extraordinaire Temple Grandin et le récit de la vie de son fils pour mieux faire ressortir le désespoir de l’absence d’évolution de ce dernier, là où Thomas Melle m’avait troublée en me faisant ressentir de l’intérieur ce que produit la bipolarité sur la perception du monde et de de soi, Guillaume de Tonquédec choisit une voie beaucoup plus brute et directe, celle d’un récit de vie porté par les souvenirs familiaux et par une émotion dont la sincérité ne fait aucun doute.

Ce dépouillement explique sans doute qu’il puisse toucher profondément. Les premiers retours de lecteurs montrent d’ailleurs que Ta mère et moi trouve son public, et je conseillerais volontiers cette lecture aux adeptes de récits autobiographiques et de témoignages familiaux. Mais j’aurais aimé que l’écriture fasse davantage que me raconter cette expérience telle quelle : qu’elle m’y fasse entrer, qu’elle déplace mon regard ou qu’elle invente une forme capable de me faire ressentir autrement ce que la maladie bouleverse. J’ai été émue par l’histoire et la tendresse de cette famille, sans être véritablement saisie par le texte lui-même.

Merci à Babelio et aux éditions Stock pour cette lecture offerte dans le cadre d’une Masse critique privilégiée.

Lu en août 2026 – Stock, 19€

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