Les aventures de Huckleberry Finn : Mark Twain (1884 pour l’édition originale en anglais)

Lu mi-novembre 2017

L’enthousiasme de la lecture des aventures de Tom Sawyer était tel que la poursuite de l’histoire avec celles de son ami Huckleberry Finn s’imposait ! Nous avons donc retrouvé le jeune vagabond à peu près là où nous l’avions quitté, très mal à l’aise et partagé entre les efforts de la gentille veuve Douglas qui s’emploie à le civiliser, à l’instruire et à l’éduquer, et le retour de son père ivrogne et violent. En proie à ses dilemmes, Huckleberry prend la fuite, bientôt rejoint par Jim, un esclave qui refuse d’être vendu. Nous les suivons tous les deux dans leur folle épopée en radeau, sur le Mississipi, pour rejoindre les États « libres » du Nord où l’un et l’autre peuvent espérer vivre libres. Échapperont-ils à la traque des esclaves qui prennent la fuite et aux remous du Mississipi ?

Le voyage est ponctué de péripéties, de retournements et de rencontres inattendues qui rendent la lecture du roman véritablement palpitante. Plus encore que dans Tom Sawyer, Mark Twain nous fait découvrir, en toile de fond, les Etats-Unis d’avant la guerre de Sécession, leurs bourgades et leur quotidien, leur exploitations et les rivalités entre grands propriétaires, l’hypocrisie morale et la condition des esclaves. Le roman montre très subtilement, à travers les yeux naïfs de Huck, comment le jeune garçon prend conscience de l’humanité de Jim et questionne sa conception du bien et du mal. En dépit de ce contexte historique très présent dans le roman, le suspense, les états d’âme enfantins et le parcours initiatique continuent de nous parler comme si le texte avait été écrit hier. Mes garçons ont été enchantés de retrouver l’imagination délirante de Tom Sawyer qui surgit dans l’histoire pour un final décoiffant. Et Mark Twain trouve un équilibre subtil entre la restitution de conditions sociales révoltantes et la part de rêve qui rend ce roman adapté à de jeunes lecteurs – puisque ce sont toujours les enfants et leurs intuitions morales généreuses qui triomphent des adultes et de leurs conventions inhumaines.

Extraits

« Le lendemain, Miss Watson me gronda pour la saleté de mes vêtements. La veuve, elle, se contenta de les nettoyer d’un air si triste que je me promis de faire tout mon possible pour bien me conduire durant quelque temps. Puis sa sœur m’emmena dans son bureau pour prier. Elle me raconta qu’on pouvait, par la prière, obtenir tout ce qu’on voulait ; mais ce n’est pas vrai : j’ai essayé ! Une fois par exemple, j’avais une ligne de pêche, mais pas d’hameçon. À trois ou quatre reprises, j’ai essayé de prier pour avoir des hameçons mais ça n’a pas marché. À la fin, j’ai proposé à Miss Watson de les demander pour moi. Elle m’a traité de sot, sans me donner d’explications. Mais à mon retour, j’ai demandé à la veuve ce qu’elle en pensait ; elle m’a répondu qu’on ne pouvait obtenir par la prière que des « biens spirituels ». »

« Je racontai à Jim ce qui s’était passé sur le Walter Scott. Je m’efforçai de lui montrer ce que de semblables aventures avaient d’excitant, mais il me répondit que lui ne voulait plus d’aventures. À chacun son point de vue ! »

« C’est alors que je vis deux hommes armés à bord d’un canot qui me demandèrent :
– Ce radeau, là-bas, est-il à toi ?
– Oui.
– Y a-t-il des hommes à bord ?
– Un seul.
– Nous recherchons cinq esclaves qui viennent de s’évader. L’homme dont tu parles est-il noir ou blanc ?
Je ne pus répondre tout de suite. Je voulais dire la vérité, mais les mots ne sortaient pas.
– Un blanc, répondis-je enfin faiblement.
– Bon, nous allons voir ça.
– Oh ! oui, car c’est Papa qui est là. Il est malade, et vous pourriez m’aider à ramener le radeau à la rive.
– C’est ennuyeux, nous sommes très pressés, enfin allons-y.
– Vous êtes très gentils. Je ne peux pas remorquer le radeau tout seul et tous les gens à qui j’ai demandé de m’aider ont refusé.
– C’est révoltant, mais bizarre aussi. Dis-moi, mon garçon, qu’est-ce qu’il a, ton père ?
– Il a la… euh !… oh !… pas grand chose.
Les deux hommes s’arrêtèrent net. Nous étions tout près du radeau.
– Ne mens pas, veux-tu. Quelle maladie a ton père ?
– Il a la… Vous m’aiderez quand même, n’est-ce pas ? Je vous jetterai l’amarre et vous n’aurez pas besoin d’approcher.
– En arrière, John, dit aussitôt l’un des hommes. »

Gallimard, 6,90€

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