Le chien des Baskerville, de Sir Arthur Conan Doyle (1901-1902 pour l’édition originale en anglais, 1905 pour la traduction française)

Lu en janvier 2018

Le goût des garçons pour les Escape Game dans lesquels on doit interpréter des indices pour résoudre une série d’énigmes m’a donné l’idée de relire avec eux Le chien des Baskerville. Cet illustre épisode des enquêtes du célèbre détective Sherlock Holmes le met aux prises, assisté du fidèle Dr Watson, avec un chien de légende infernal dont on murmure qu’il hanterait la vieille famille Baskerville depuis des siècles. Lorsque Sir Charles Baskerville meurt dans des conditions mystérieuses, le mythe ressurgit et c’est au duo de détectives de faire la lumière sur l’affaire : des forces surnaturelles sont-elles à l’œuvre sur la lande qui entoure le manoir des Baskerville ou quelqu’un en chair et en os aurait-il des raisons d’en vouloir à la famille ? Y-a-t-il lieu de s’inquiéter pour la sécurité de Sir Henry, l’héritier du domaine ?

L’histoire est fascinante et Conan Doyle parvient à semer le doute des plus cartésiens quant aux événements possiblement surnaturels qui se déroulent sur la lande. L’opportunité d’examiner les indices identifiés par les détectives et d’observer les conclusions tirées par Sherlock Holmes est ludique et a amusé les enfants. Si le récit flotte un peu au milieu de l’histoire, il monte en puissance dans la dernière ligne droite, pour un final assez spectaculaire.

Néanmoins, ce roman a eu moins de succès que je ne le pensais sur la base de mes souvenirs d’enfance et je vois trois raisons principales susceptibles d’expliquer cette réception mitigée. D’une part, cette lecture a été entravée par un style assez fleuri et par l’inscription de l’intrigue dans un contexte historique rendant nécessaires beaucoup d’explications : qu’est-ce qu’un fiacre ? Et un maître d’hôtel, un baron, un forçat ou un bohémien ? Qu’est-ce que le Times ? Pourquoi envoyer des télégrammes ? etc. Il est intéressant de remarquer que l’ouvrage est fortement imprégné par la fascination de la fin du 19ème siècle pour toutes sortes de sciences – médecine et anatomie, entomologie, astronomie – mais là encore, semble aujourd’hui daté (et je ne parle même pas de la fascination de l’un des personnages pour les théories racialistes et la craniométrie, sur laquelle j’ai préféré rester élusive…).

D’autre part, Sherlock Holmes n’est pas un héro qui suscite facilement l’identification des enfants. C’est là la différence entre cet ouvrage et L’île au Trésor, écrit à la même époque et lui aussi un peu jargonnant, mais dont le protagoniste est un jeune garçon gentil et courageux. L’illustre détective est non seulement adulte, mais peu sympathique : Antoine et Hugo se sont agacés à plusieurs reprises de ses vanteries !

Enfin, le roman leur a vraiment fait peur. Là où d’autres livres que j’aurais jugés plus effrayants – en particulier toutes les aventures de Harry Potter, ou même certains contes – ne les avaient pas durablement impressionnés, c’est la première lecture après laquelle ils ont redouté d’aller se coucher seuls. Heureusement, toutes les frayeurs se sont dissipées une fois la lecture achevée ! Au final, je m’interroge sur ce qui a motivé la publication de ce roman dans une collection « jeunesse » et je recommanderais de réserver sa lecture à des lecteurs déjà grands.

Extrait

« Sir Charles gisait sur le ventre, bras en croix, les doigts enfoncés dans le sol ; ses traités étaient révulsés, à tel point que j’ai hésité à l’identifier. De toute évidence, il n’avait pas subi de violences et il ne portait aucune blessure physique. Mais à l’enquête Barrymore fit une déposition inexacte. Il déclara qu’autour du cadavre il n’y avait aucune trace sur le sol. Il n’en avait remarqué aucune. Moi j’en ai vu : à une courte distance, mais fraîches et nettes.
– Des traces de pas ?
– Des traces de pas.
– D’un homme ou d’une femme ?
Le docteur Mortimer nous dévisagea d’un regard étrange avant de répondre dans un chuchotement :
– Monsieur Holmes, les empreintes étaient celles d’un chien gigantesque ! »

« Mais la salle à manger qui donnait sur le vestibule était peuplée de ténèbres et d’ombres. Imaginez une pièce rectangulaire, avec une marge pour séparer l’estrade où mangeait la famille de la partie inférieure réservée aux serviteurs. À une extrémité, un balcon pour musiciens la surplombait. Des poutres noircies décoraient un plafond que la fumée n’avait guère épargné. Avec des dizaines de torches flamboyantes, la couleur et la gaieté d’un banquet de jadis, l’atmosphère aurait été transformée ; mais pour l’heure, entre deux gentlemen vêtus de noir et assis dans le petit cercle de lumière projetée par une lampe à abat-jour, il y avait de quoi être déprimé et ne pas avoir envie de bavarder. Tout une rangée d’ancêtres, dans une bizarre variété de costumes, depuis le chevalier élisabéthain jusqu’au dandy de la Régence, plongeaient leurs regards fixes sur nous et nous impressionnaient par leur présence silencieuse. »

« Plus l’on reste ici, plus l’esprit de la lande insinue dans l’âme le sentiment de son infini et exerce son sinistre pouvoir d’envoûtement. Quand on se promène pour pénétrer jusqu’à son cœur, on perd toute trace de l’Angleterre moderne, mais on trouve partout des habitations et des ouvrages datant de la préhistoire. Où que l’on aille, ce ne sont que maisons de ces peuples oubliés dont les temples sont, croit-on, les énormes monolithes que l’on voit. Quand on contemple leurs tombeaux, ou les cabanes en pierre grise qui s’accrochent au flanc des collines, on se sent tellement loin de son époque que si un homme chevelu, vêtu de peaux de bêtes, se glissait hors de sa porte basse et ajustait une flèche à son arc, sa présence paraîtrait encore plus naturelle que la mienne. »

Folio Junior, 7,40€

chien des Baskerville

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