Soixante-douze heures, de Marie-Sophie Vermot (2018)

Lu en septembre 2018

Une vraie claque ! Voici un roman dense et bouleversant, qui nous ébranle dans ce que nous avons de plus profond et universel : l’expérience de la maternité, du passage à l’âge adulte, mais aussi celle de la filiation de l’inscription parfois difficile dans une histoire familiale, sa trajectoire singulière et ses secrets.

Irène, petite lycéenne sans histoires de 17 ans, vient de donner naissance à un enfant. Un enfant qu’elle a décidé de mettre au monde, mais qu’elle n’élèvera pas. Soixante-douze heures, c’est le délai de réflexion dont elle dispose avant que son bébé ne soit enregistré sous X à l’état civil. Soixante-douze heures pendant lesquelles Irène ne cesse de penser au nouveau-né, à la fois portée par une force qui l’étonne elle-même, fermement résolue à aller au bout d’une démarche qu’elle a mûrement réfléchie, mais prise de court par les émotions puissantes que ce petit être lui inspire et qui lui font craindre de changer d’avis.

Restitué à la première personne, sans pathos ni jugement, le tourbillon d’émotions, d’impressions, de dilemmes et de souvenirs qui agite Irène m’a immédiatement et complètement aspirée. Avec une lucidité désarçonnante, Irène pense à son histoire de petite fille discrète un peu écrasée par le fardeau des attentes parentales, au bouleversement de sa découverte récente de sa propre sensualité, à l’expérience intime de sa grossesse et sur les dilemmes terribles qui en découlent. On ne peut s’empêcher de comprendre Irène à chaque page et parfois même, quand on a été soi-même une petite fille, de s’identifier. Irène évoque aussi le vernis familial qui se fissure sous l’effet du coup de tonnerre de l’annonce de sa grossesse, chaque membre de la famille se retrouvant confronté à ses propres choix de vie, libres ou contraintes, heureux ou pas…

La solitude d’Irène, à la charnière entre plusieurs âges, transparaît à chaque page, alourdie par les jugements de ses camarades, ses proches, la boulangère – jugements dont Irène a une conscience aiguë. Si le roman est aussi bouleversant, c’est qu’il restitue la spirale de pensées d’Irène comme elles viennent, avec ses dilemmes et ses incertitudes, et sans jugement aucun.

Dans ce livre, Marie-Sophie Vermot parle, plus largement, de l’importance et de la difficulté de faire ses choix de vie. De la difficulté pour les parents de faire confiance à leurs enfants et de les laisser cheminer vers ce qu’ils ont choisi.

Un vrai coup de cœur à recommander aux lecteurs à partir du lycée. Mais pas seulement. Cette lecture a fait vibrer mon cœur de maman, laissez-vous donc tenter aussi et vous serez peut-être aussi surpris que moi !

Un grand merci aux arbronautes du blog À l’ombre du grand arbre de m’avoir donné envie de découvrir ce livre et à l’éditeur de m’avoir permis de le lire.

Éditions Thierry Magnier, 13€

Extraits

« Je suis devenue mère, mais Max grandira sans moi, en dépit de cette tendresse qui m’envahit et enfle à vue d’œil.
Cette tendresse qui est peut-être une forme d’amour contre laquelle je dois me défendre pour ne pas être tentée de revenir sur ma décision. Parce qu’il y a ces choses que je n’avais pas prévues, ces choses qui me troublent : la sensation animale de son corps grenouille sur le mien. Son souffle tiède, aussi léger qu’un duvet d’oie.
Son pleur de nouveau-né qui vibre au creux de moi et qui arrache. »

« Mina D. et d’autres, ici, savent que durant ces soixante-douze heures, je n’ai pas cessé de penser à toi, à ton bonheur futur, à l’élan que je veux te donner.
J’emporte avec moi ton beau regard, tes mimiques, les mouvements de ton cœur.
J’emporte le souvenir de nos neufs mois.
Va, petit Max, je t’aime.
Va, mon amour, la vie est belle, tu verras.
La vie t’attend. »

soixante-douze heures photo

2 réflexions au sujet de « Soixante-douze heures, de Marie-Sophie Vermot (2018) »

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