Le Yark, de Bertrand Santini (2011)

Lu à haute voix en septembre 2018

Mise en garde ! Lecture déconseillée avant de mettre les enfants au lit : risque élevé de fou-rire incontrôlable frisant l’hystérie… On a beau voir venir l’incroyable Bertrand Santini, après avoir dévoré Miss Pook, Hugo de la nuit et tous les tomes du Journal de Gurty, il y a de quoi rester bouche bée face aux aventures du Yark !

Monstre effrayant avide de chair d’enfant, le Yark est aussi… un animal en voie d’extinction. C’est que la pauvre bête a l’estomac fragile et ne digère que les enfants sages. Ne m’en demandez surtout pas plus, croyez-moi, il est préférable de ne pas entrer ici dans le détail des manifestations déplorables de cette faiblesse digestive. Toujours est-il que si cette créature pleine de scrupules préférerait mille fois se nourrir de gamins insupportables, elle n’a pas vraiment le choix :

« Les bons sentiments n’ont jamais nourri personne. Et surtout pas les monstres. La Nature, qui ne connaît pas de morale, se fiche malheureusement de ce qui est bien et de ce qui est mal. Et depuis la nuit des temps, force est de constater que ce sont toujours les plus gentils qui se font bouffer en premier. »

Comme beaucoup aujourd’hui, le Yark regrette donc amèrement les enfants bien élevés, propres et innocents de jadis et désespère de trouver de quoi se mettre sous la dent…

N’y allons pas par quatre chemins, tout est génial : l’objet livre est magnifique, la couverture et les illustrations (par Laurent Gapaillard) de toute beauté et pleines de poésie.

 

L’histoire qui s’amorce et se présente comme une fable en noir et blanc est en réalité bien plus complexe et nuancée que cela. Puisque notre sympathie va, évidemment, au Yark qui n’est finalement pas si monstrueux. Pleine d’ironie et d’impertinence (j’ai parfois pensé au Môme en conserve de Christine Nöstlinger, où le petit héros doit apprendre à désobéir pour s’en sortir…), l’histoire a fait hurler de rire les enfants. Ils se sont aussi beaucoup amusés du jeu de l’auteur sur le rythme et rimes souvent audacieuses !

« Son derrière à réaction lui fait franchir le mur du son. Et semblable au dieu Pégase, le Yark disparaît dans les étoiles, à fond les gaz. »

Cette langue magnifique si bien maniée par Bertrand Santini fait de ce livre un vrai bonheur de lecture à voix haute !

Tous les publics trouveront leur bonheur dans Le Yark : la cocasserie des péripéties du Yark fera rire petits et grands, son air effrayant ravira les amateurs de monstres, les plus âgés profiteront de l’association jubilatoire de l’ironie et de la poésie, ainsi que d’une double lecture incitant à réfléchir aux dérives actuelles comme aux limites de l’état de nature… Et tout cela en 76 pages, pas étonnant que ce livre soit déjà largement considéré comme un classique !

Grasset jeunesse, 12,50€

Le Yark

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