Au-delà de la forêt de Nadine Robert et Gérard Dubois (2017)

Lu à haute voix en septembre 2018

Imaginez un petit village, à peine un hameau, perdu dans une forêt aussi effrayante qu’incommensurable.

Au-delà de la forêt_forêt

On a beau pressentir le danger, comment ne pas avoir irrésistiblement envie de savoir ce qu’il y a au-delà ? Existerait-il un moyen d’y parvenir sans se risquer à traverser ? Telle est l’intrigue passionnante de ce bel album qui a littéralement ravi les garçons qui lisent pourtant plus volontiers des gros pavés ces derniers temps… Cette idée de ne pas renoncer là où tous rebroussent chemin, de passer outre et de se poser un défi spectaculaire – tout cela leur a parlé à 100% ! Un peu comme l’avait fait Le secret du rocher noir, construit suivant à partir d’une intrigue similaire.

au-delà de la forêt

Le suspense est instauré dès la couverture (puisque le titre nous annonce qu’il s’agit d’aller au-delà de la forêt sans rien nous montrer qui dépasse l’horizon des deux protagonistes), puis délicieusement ménagé jusqu’à la dernière page. Mes petits auditeurs ont vibré de plaisir, à un point auquel je dois avouer que je ne m’attendais pas !

Mais il n’y a pas que cela : l’objet-livre est beau, avec sa couverture rigide et texturée et ses illustrations tellement « vintage » (on croirait presque retrouver un album de Beatrix Potter). À dire vrai, d’habitude, j’ai plutôt le coup de cœur pour les explosions de couleurs qui sont peut-être plus dans l’air du temps, comme par exemple – pour rester dans l’univers de la forêt – dans l’album Lotte, fille pirate, de Sandrine Bonini et Audrey Spiry.

Lotte fille pirate

Mais finalement, ce côté rétro, travaillé jusque dans les moindres détails, graphismes, couleurs un peu effacées, donne au livre des allures de conte et produit un effet réconfortant comme une madeleine de Proust. Tout fait du bien dans cette lecture : l’enthousiasme de mettre à exécution une idée folle, la satisfaction du travail effectué et du chemin parcouru pas à pas, la complicité du jeune héro avec son père, et le bel élan collectif et la solidarité déclenchée par leur projet qui pouvait pourtant paraître si démesuré à première vue. Un vrai album « feel-good », immédiatement adopté par Hugo comme livre de chevet !

Seuil jeunesse, 13,90€

Au-delà de la forêt_extrait

4 réflexions au sujet de « Au-delà de la forêt de Nadine Robert et Gérard Dubois (2017) »

  1. Ping : Mais… qu’y-a-t-il au delà de la forêt ? |

  2. J’ai vraiment savouré et apprécié le livre « Au-delà de la forêt ». J’aime le relire et y trouver à chaque fois, éléments nouveaux de réflexion et compréhension.

    Les illustrations sont magnifiques. On y voit même l’odeur du pain chaud et la force des éléments de la nature qui se déchainent. On y ressent le confort du coussin, de la doudou et la profondeur du sommeil. Le côté majestueux de la forêt, à la fois sombre mais protecteur. La liberté des oiseaux qui peuvent s’y envoler. Puis la sollicitude et la solidarité des villageois, le sens de la fête, le but atteint, l’échange et la collaboration.

    J’ai vraiment adoré la fin de l’histoire : le moment où Arthur, son papa et le chien Danton découvrent qu’ils ont la chance de vivre au beau milieu d’un magnifique et immense royaume, avec le moment privilégié d’être salué par le roi de la forêt lui-même, l’orignal, au sommet d’une une tour semblable à celle des lièvres !

    Et je suis d’accord avec ma fille Emanuelle, qui voit la famille Lièvre découvrir qu’au delà la forêt, vit une autre communauté, avec ses différences, et ressemblances dans un besoin similaire de découvrir l’Autre.

    Concernant l’orignal, je me suis rappelé une description lue dans le livre « Confessions animales, bestiaire », de l’anthropologue québécois Serge Bouchard, aux Éditions du passage:

    « Je suis orignal. Dire cela, simplement, nous ouvre la porte des forêts les plus profondes, là où le murmure du temps s’appelle grand espace et s’épelle silence.[…] Il n’est pas un froid pour m’impressionner. Jamais je ne frissonne, jamais je ne me plains. Je suis un roi dans les sapins, les épinettes, aux pays anciens des grandes forêts dures et pointues qui ont depuis toujours bordé les grands glaciers, calottes fondues et disparues mais que j’ai bien connues, je suis un roi dans cette forêt boréale couvrant tous les nords de la terre […] » (page 78)

    Voici à nouveau Serge Bouchard, concernant le lièvre :

    « Dans la constellation du Lièvre, les étoiles ont des grandes oreilles, pour entendre la musique du Cosmos, ses chocs, ses chants, ses bruissements. […] Je suis à l’écoute des moindres tremblements du monde, des plaques tectoniques, dont je ressens la dérive sous les grosses et longues pantoufles de mes pattes arrière, jusqu’aux feuilles de tremble que le moindre vent chatouille. » (page 63)

    Avant même que de commencer l’histoire, le livre se présentait en force avec une citation de Ai Weiwei, prônant liberté, force de la pensée de chacun, confiance à notre instinct, valeur des actions collectives.

    Le livre est dédié « À toutes les personnes courageuses pourvues de grandes oreilles ».

    Mission accomplie : beauté, détermination, écoute, compréhension de l’autre et collaboration. Un livre magnifique pour petits et grands !

    P .S. Merci Dominique

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  3. Merci beaucoup de nous faire part ici de cette lecture personnelle qui fait, je trouve, très bien écho au livre ! Je suis absolument ravie que les lectures que nous partageons ici circulent autant, y compris (vu d’ici) vers le bout du monde, à travers des forêts « dures et pointues » 🙂

    Je trouve également que les valeurs incarnées par cet album sont très belles, mais aussi que le lecteur peut y puiser quelque chose de simple, mais de profondément réjouissant et réconfortant – tout ce que vous évoquez: le bonheur du travail bien fait, l’attachement familial, l’odeur du pain, le partage et l’appel de la liberté… Merci pour les citations québecoises qui prolongent très joliment cette lecture, ainsi que pour avoir attiré notre attention sur l’amusante dédicace et la citation en épigraphe qui nous avaient malencontreusement échappé. Une raison de plus pour relire le livre, ce que nous avons fait avec plaisir cet après-midi.

    Au plaisir de poursuivre nos échanges !

    Isabelle

    J'aime

  4. Ping : La petite épopée des pions (de Audren, avec les illustrations de Cédric Philippe, 2017) | L'île aux trésors

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