Peggy Sue et les fantômes, tome 1 : Le jour du chien bleu, de Serge Brussolo (Plon, 2001)

Peggy Sue et les fantômes_couv

Cela faisait longtemps que j’avais envie de découvrir Serge Brussolo, et en particulier sa célèbre série jeunesse Peggy Sue et les fantômes dont j’avais souvent entendu parler. C’est désormais chose faite, après quelques soirées de lecture à voix haute avec Hugo. Et quelle découverte !

Disons-le d’emblée, il ne faut pas se fier à l’impression donnée par la mise en place de l’intrigue qui rappelle beaucoup d’éléments assez classiques de la fantasy, avec son héroïne aux pouvoirs spéciaux. Peggy Sue a le don – et le malheur – d’être la seule à percevoir les Invisibles – sortes de créatures malfaisantes aux pouvoirs immenses qui, telles les divinités de la mythologie grecque, s’amusent à semer la pagaille parmi les humains. Malédiction car personne ne croit Peggy, et le combat qu’elle doit mener seule contre les complots machiavéliques des invisibles semble spectaculairement inégal. Le jour où un étrange soleil bleu apparaît au-dessus de la ville, même Peggy est loin d’imaginer ce qui l’attend…

Je m’attendais donc à passer un très bon moment auprès d’une héroïne courageuse dont les pouvoirs surnaturels et le combat promettaient de belles aventures. Ça ne s’est pas du tout passé comme prévu : à partir de ce point de départ assez classique, Serge Brussolo compose en effet un roman assez ahurissant dont je ne suis pas surprise qu’il ait été autant lu et traduit.

Son originalité vient d’abord de son intrigue qui ne suit pas la trame narrative habituelle, mais semble plutôt rebondir, nous prenant à chaque fois de court pour nous entraîner un peu plus loin dans l’imaginaire délirant de l’auteur. Tout – je dis bien tout ! – peut arriver et il y a quelque chose d’à la fois inquiétant et réjouissant à voir ainsi les frontières de ce que nous pouvions concevoir sans cesse repoussées.

Mais ce roman nous a surtout surpris par le tour de fable sociale, voire même d’expérience imaginaire qu’il prend rapidement : que se passerait-il s’il devenait possible de démultiplier ses capacités intellectuelles sans aucun effort ? Et si les animaux parvenaient à renverser le rapport de force avec les humains ? Ces questions passionnantes sont autant de fils pour sonder la nature humaine – la solitude, le progrès, l’autorité, la folie, l’opportunisme, l’apparence, et les relations entre humains et animaux. Vertigineux ! Le tableau est sombre, glaçant même par moments, mais fascinant. On ne sait plus si on est chez Lewis Carroll, chez Orwell ou dans l’un de ces contes de fée atroces où les enfants risquent de se faire manger.

Je crois que Hugo n’a jamais été aussi impressionné par une lecture. Mais il ne pense plus qu’à lire le prochain tome depuis que nous l’avons terminée.

Un roman marquant, donc, à découvrir si vous n’avez pas l’âme trop sensible !

PS : Je n’ai pas réussi à savoir s’il y a eu une nouvelle édition depuis celle que je possède, parue chez Plon en 2001. Je l’espère, car celle-ci ne met vraiment pas en valeur ce roman original, entre la couverture qui bat des records de laideur, la quatrième de couverture qui raconte la moitié de l’intrigue et de multiples coquilles oubliées dans le texte…

Lu à voix haute en juin 2020 – Plon, disponible d’occasion (épuisé)

6 réflexions au sujet de « Peggy Sue et les fantômes, tome 1 : Le jour du chien bleu, de Serge Brussolo (Plon, 2001) »

  1. Bonjour, mon fils ne veut plus lire en ce moment mais ton retour attise ma curiosité. J’ai plusieurs romans ados dans ma pile; il me demande d’attendre, de ne pas les commencer sans lui. Sinon il y a une édition de 2004 chez Poche pocket. Bon week end.

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    • Franchement, c’est un roman très spécial et assez captivant, même s’il faut passer outre la couverture mochissime. J’espère qu’il aura de quoi retrouver le plaisir de la lecture 🙂 Si tu m’écris ce qu’il a aimé, je peux peut-être réfléchir avec toi à des idées pour lui ?

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      • Seul, il ne lit que par obligation (le quart d’heure de lecture au collège). Des lectures que j’ai faites à voix haute ses préférées ont été les Sauveur et fils. Il m’a demandé d’arrêter pour l’instant et de reprendre à la rentrée. Pourtant, il n’est jamais aussi concentré que lorsque je lui lis un roman. J’en ai plusieurs d’avance, il choisit ceux qu’il veut lire seul (dans ce cas il préfère les enquêtes) et ceux qu’il veut qu’on lise ensemble.

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  2. Ping : Dracula, de Bram Stoker (1897 pour l’édition originale en anglais, 2020 pour l’édition française illustrée par François Roca, L’école des loisirs) | L'île aux trésors

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