La seizième clé, de Éric Sénabre (Didier Jeunesse, 2020)

Pays de Galles, 1913. Oswald règne en maître sur le manoir de Hemyock, décor cossu où une armée de domestiques dévoués le dorlote, lui laissant toute latitude pour s’adonner à sa passion : la poésie. Une existence comblée ? L’adolescent n’est jamais sorti de Hemyock – il faut dire que le manoir est si immense et labyrinthique qu’il n’en connaît même pas les limites. Mais à l’approche de son seizième anniversaire, Oswald a parfois des fulgurances troublantes, l’intuition que quelque chose ne tourne pas rond. Et voilà que surgit une jeune fille qui l’exhorte à fuir avec elle…

« Plus d’une fois, j’ai tenté de m’aventurer à travers le rideau d’arbres qui délimite la propriété, en m’aidant d’une boussole. À chaque fois, la boussole devenait comme folle et je me retrouvais soit à mon point de départ, soit ailleurs, mais toujours à l’intérieur de la limite. J’ai fini par renoncer, en me disant que la solution, je la trouverais dans le manoir. »

Hugo et moi venons de découvrir à voix haute ce roman qu’Antoine avait déjà lu seul à Noël. J’ai été surprise de voir que les garçons ne décrochaient pas face à cet univers profondément déstabilisant qui fait perdre tout repère et qui s’adresse manifestement à des lecteurs plus âgés, capables de suivre des raisonnements einsteiniens remettant en question nos conceptions les plus élémentaires de la causalité. Les deux fugitifs déambulent en effet dans un monde où le temps et l’espace ne sont plus donnés, mais malléables. Où des couloirs rectilignes tournent en rond et le présent façonne le passé. Où une infinité de réalités alternatives coexistent, se dissocient pour mieux se recomposer.

Nous avons apprécié la mise en place et l’originalité de l’intrigue, notamment l’énigme du manoir, les références à la poésie et la réflexion philosophique sur la liberté et l’éthique. Assez vite, pourtant, j’ai trouvé que le tâtonnement continuel dans un cadre qui ne révèle ses contours qu’à la toute fin fait retomber la tension narrative. De ce point de vue, ce roman me semble en-deçà de Sublutetia ou Le dernier songe de Lord Scriven. Un avis qui n’est pas partagé par Antoine qui vient de lire cette chronique par-dessus mon épaule et qui insiste pour que je précise que pour sa part, il a beaucoup aimé !

Extrait: « Rien ne lui avait jamais été formellement interdit à Hemyock ; avec l’âge, cependant, il avait compris que M. Aubrey – et sans doute le Directeur, quel qu’il fût – avait de tout temps placé des barrières invisibles autour de lui ; des barrières qui ne disaient pas leur nom. »

Lu en octobre 2020 – Didier Jeunesse, 15€

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