Miss Pook et les enfants de la lune, de Bertrand Santini, 2017

Lu à voix haute en février 2018

Paris, 1907. Miss Pook ressemble à bien des égards à Mary Poppins, mais avec une part d’ombre troublante et assortie d’un dragon volant dénommé Goldorillon, dont on ne sait pas bien non plus s’il doit nous rassurer ou nous inquiéter… La petite Élise, auprès de laquelle la jeune femme se fait employer comme gouvernante, est loin d’imaginer les aventures fantastiques et effroyables qui l’attendent ! Contrairement à l’éditeur, qui dévoile des éléments clé de l’intrigue en quatrième de couverture, je n’en dis pas plus pour préserver la surprise de découvrir les péripéties proprement vertigineuses de ce roman…

Le livre est très beau, avec une couverture mate et brillante magnifiquement dessinée. Nous avons tous été vraiment happés par l’intrigue qui est très efficace – le 1er chapitre est incroyable ! Le cœur du roman décrit l’univers farfelu, trompeur, voire effrayant de Miss Pook. Le tout est parachevé par un final spectaculaire qui vient à la fois bouleverser le cours de l’aventure, la placer sous un jour inattendu, et poser les jalons du tome suivant.

Le roman est conseillé à partir de 10 ans et il peut effectivement être lu par des enfants de cet âge-là, restant plutôt court – 180 pages imprimées en gros caractère, avec des chapitres nombreux et brefs. Cela dit, le texte, très bien écrit, me semble exigeant pour un jeune lecteur ; on dirait que Bertrand Santini s’amuse à utiliser des termes inhabituels, voire incongrus, parce que leur sonorité est amusante: « infundibuliforme », « cacochymes »… Il y a plusieurs lectures possibles et le lecteur adulte voit beaucoup d’allusions ironiques à de grandes évolutions sociales (féminisme, écologie, guerres, clivages sociaux…) que le contexte du début du 20ème siècle permet de mettre en perspective. L’histoire comporte une part de merveilleux, mais aussi une noirceur et un réalisme surprenants dans un roman jeunesse où l’on sent bien que le happy end ne va pas de soi et que tout – absolument tout ! – est possible.

Tout cela n’a pas altéré le plaisir d’Antoine et de Hugo qui se sont vraiment laissés captiver par l’intrigue et ont ri de bon cœur à plusieurs reprises. Ils ont aussi apprécié les très nombreuses références aux légendes et à la mythologie grecque que nous venons justement d’explorer en détail grâce aux « feuilletons » de Murielle Szac.

 

Les rencontres, loufoques et effrayantes, que réserve l’univers de Miss Pook nous ont rappelé Alice au pays des merveilles et les aventures de Jim Bouton. Nous avons également cru reconnaître beaucoup d’emprunts aux univers de Road Dahl – de Sacrées Sorcières à Charlie et le grand ascenseur de verre en passant par tous ses romans mettant en scène des parents ignobles… Pour ma part, j’ai vraiment apprécié le doute qui entoure le personnage de Miss Pook, mais j’ai trouvé les rebondissements successifs peut-être un peu trop nombreux et radicaux pour être crédibles. Il nous restera à découvrir si le deuxième tome tient toutes ces promesses !

Extraits

« Albert Crépin se redressa pour observer la silhouette féminine qui s’effaçait dans l’horizon embrumé. S’il avait recouvré ses esprits, peut-être aurait-il remarqué ce prodige supplémentaire : la jeune femme s’éloignait sur le pont d’Iéna sans laisser la moindre empreinte dans la neige. »

« Les prochaines années seront le théâtre de grands désastres et de terribles guerres, répondit Miss Pook avec sérieux.
La réponse désarçonna la fillette.
– Et dans cent ans ? demanda-t-elle.
– Le vint et unième siècle sera à nouveau le théâtre de grands désastres et de terribles guerres, répéta Miss Pook. Les hommes sont d’incorrigibles chenapans, sais-tu ? Le passé ne leur sert jamais de leçon.
– Et dans deux cents ans, alors ? insista la fillette.
– Au vingt-deuxième siècle, le calme et la paix régneront sur Terre.
– Enfin ! s’exclama Élise. Les hommes auront-ils appris à vivre ensemble ?
– Pas du tout ! répondit la gouvernance. Simplement, il n’y en aura plus !
Élise écarquilla les yeux.
– Dors bien, maintenant, petit ange !
Miss Pook déposa un baiser sur le front de l’enfant et disparut de la chambre sans un bruit. »

« Ah, quelle sagacité ! Quel sens de la déduction ! Nul doute que pour un esprit aussi brillant, résoudre la troisième question ne sera qu’une simple formalité, dit le Sphinx avec une emphase ironique.
La fillette savait que cette troisième énigme se révèlerait un casse-tête effroyable, peut-être un problème d’algèbre bilinéaire, ou un sujet philosophique traitant de l’être et du néant, ou bien – plus exaspérant encore – ce genre de question anodine, mais dont on oublie toujours la réponse, telle que la durée exacte de cuisson de l’œuf poché. »

« En vous retournant, vous découvrirez donc deux Vampires qui vous sourient d’un air affable et apparemment inoffensif. »

Grasset Jeunesse, 13,90€

miss Pook

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