Blackwater, tome 2 : La Digue, Michael McDowell (Monsieur Toussaint Louverture, 2022)

« Moi vivante, et tant que j’habiterai dans cette maison, il n’y aura pas de crue à Perdido, avec ou sans digue. Les rivières ne monteront pas. […] Par contre Zaddie, quand je serai morte, reprit-elle, avec ou sans digue, cette ville et tous ses habitants disparaîtront de la surface de la terre… »

Comme tout Perdido, j’ai été frappée du tour pris par le bras de fer entre Mary-Love et Elinor. Leur affrontement se cristallise autour de la digue en construction. Et tous les coups semblent permis : pressions financières, alliances stratégiques, sacrifice, tentatives de déstabilisation psychologique ou de mobilisation de l’opinion publique…

Les équilibres au sein du clan évoluent au gré des mariages, des naissances et du retour de certains personnages. Concentré essentiellement sur ces tectoniques, Michael McDowell nous laisse mariner en eaux troubles quant aux desseins d’Elinor : mais que mijote-t-elle ? Cherche-t-elle la fortune, le pouvoir ? On pourrait le penser vu son intérêt pour les affaires. Mais elle pourrait tout aussi bien être une sorte de génie maléfique, d’esprit vengeur de la nature, déterminé à exiger le prix de ce que les entrepreneurs comme les Caskey lui arrachent. Mary-Love, elle, incarne le pouvoir, l’argent, le capitalisme (et le snobisme et le racisme par la même occasion). Mon avis global sur cette série dépendra de façon cruciale de ce que les prochains tomes nous révèleront de la nature et des motivations de son énigmatique belle-fille. On se demande bien aussi si la digue tiendra le coup et ce que la rivière déversera si ce n’est pas le cas…

« Par-delà coulait la Perdido, sombre et fangeuse, charriant dans un gargouillis tumultueux et inexorable des choses mortes ou luttant pour rester en vie, vers le vortex au centre de la confluence. »

En attendant, l’atmosphère de Perdido au seuil de la grande dépression m’a fait forte impression. La petite ville bruisse de potins et de projets, de rumeurs de faillites et de rêves contrariés par les aléas. J’ai particulièrement apprécié la description de la drôle d’ambiance qui y règne une fois la digue achevée.

« Tous prirent soudain conscience de cette digue qui les encerclait, et peut-être les applaudissements en fin de cérémonie manquèrent-ils de l’enthousiasme qu’ils avaient eu lorsqu’elle avait commencé. »

Mais ce qui fait la singularité de cette série, c’est la façon dont elle mêle les genres, dosant un soupçon d’humour noir (je pense au sacrifice d’un pauvre poulet !) et un registre surnaturel qui tire de plus en plus vers l’horrifique. Pour mieux nous intriguer.

Addictif !

Lu en juin 2022 – Monsieur Toussaint Louverture, 8,40€

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